TRANSLATION DU CONCILE A SIENNE
au nom de la « nation anglaise », dont le nombre des suppôts atteignait un chiffre un peu moins dérisoire. Il ne fut question ni des Italiens, ni des Espagnols par la raison qu'aucun de ceuxci n'avait encore paru, et que ceux-là n'avaient au synode d'autres représentants que les légats eux-mêmes.
Ainsi le souhait de Martin V se trouvait réalisé : la papauté demeurait libre de choisir le lieu où siégerait le concile. En vertu de leurs pouvoirs, et se conformant sans doute à des instructions secrètes, les présidents, que la délégation des pères mettait à l'aise, désignèrent aussitôt Sienne.
Ayant satisfaction sur ce point important, peut-être cédèrentils sur la question de forme. Toujours est-il que, le lendemain, on tint un simulacre de session, au cours de laquelle l'évêque de Posen lut un décret ainsi conçu : « Le très saint concile général « de Pavie, légitimement assemblé en l'Esprit Saint et repré- « sentant l'Église universelle, change de résidence, à cause de « l'épidémie sévissant notoirement dans la ville, et, en place de « Pavie, choisit, comme lieu de réunion convenable et remplis- « sant les conditions voulues, la ville de Sienne, pareillement « située en Italie. » On remarquera qu'il n'était fait mention ni des légats, ni du saint-siège : le concile se transférait, semblaitil, de sa propre autorité. Il est certain que les représentants du pape se prêtèrent à ce manège, car Pierre Donato répondit : « Placet »à l'évêque de Posen, non à titre de légat, mais comme président de la « nation italienne » (22 juin 1423) '. Les légats ne se seraient peut-être pas effacés de la sorte, s'ils avaient prévu l'avantage que devaient tirer plus tard de cette circonstance les jaloux défenseurs de la suprématie conciliaire.
tentur honorifice pro honore Conimunis. » (Arch. d'État de Sienne, Concisloro, Deliherazioni, 334, f° 10 r°.)
1. Elle ne lui avait donné, remarque Jean de Rag'use, aucun mandat à cet effet. D'autres placet furent prononcés par Nicolas de Soest pour la « nation allemande », par Richard Flemming pour la « nation anglaise », et par Philibert de Montjeu, pour la « nation française », qui n'avait pas non plus eu, d'avance, connaissance du texte du décret (Monum. Concil., I, 10, 11 ; Mansi, XXVIII, 1057).
Martin V, plus soucieux de sauvegarder ses droits, ne manqua pas d'intervenir et d'affirmer sa volonté. Tandis que je ne sais quels mécontents, s' intitulant « ultramontains », affichaient sur la porte de Saint-Pierre de Rome un appel et une protestation contre la translation du concile ', deux clercs de la Chambre apostolique, envoyés aux Siennois, leur annonçaient que le pape approuvait le choix de leur ville et les invitait à charger une commission de prendre les dispositions nécessaires 2. Quand, plus tard, Martin V reçut, à Rome, deux ambassadeurs que lui adressait le « concile », et dont l'un n'était autre que l'un de ses légats 3, il exprima officiellement l'assurance de sa satisfaction : la translation du synode, en effet, s'imposait ; les pères avaient fait preuve de sagesse et de zèle ; Sienne convenait à l'œuvre qu'on avait en vue ; bref, le pape avait donné et renouvelait son approbation 4.
1. Ce fait, que Jean de Raguse lui-même passe sous silence, est révélé par une lettre qu'écrivit de Rome, le 7 juillet 1423, le siennois Daniello Nicolo Romanelli : « Io non so se a la magnifica Signoria vestra è noto, pochy di fa, qui in Roma, a la porta di Santo Pietro fur poste iscritte che cierti de le nationi d'oltremonti apellavano e si dicievano crevati (e) quel Concilio da Pavia fusse dimosso, protestando, etc. » (Arch. d'État de Sienne, Copiari di lettere dirette al Concistoro, liasse 17.)
2. Conseil du peuple du i juillet 1 123 : « Cum ad presens dominus Bartolomeus de Lante et dominus Johannes Azel, clerici apostolice Camere. qui ex parte domini nostri pape Martini V veniunt ad magnificos Dominos ad noiificandum qualiter prefatus Dominus noster acceptavit permutaeionem loci Concilii decivitate Papie ad civitatem Senarum, advisaverunt insuper prefatos Dominos, pro parte prefati Domini nostri, quod provideant ad multa concernentia habundantiam civitatis. . . » (Arch. d'Etat de Sienne, Concistoro, Deliherazioni, 331, fol. 4 r°). — Lettre des Siennois à leur ambassadeur à Florence, du 5 juillet: « Hoc niane fuerunt duo oratores sanctissimi domini nostri Pape, et exposuerunt qualiter sua Sanctitas ratificavit deliberationem Papie factam..., et conclusive requisiverunt ut deberemus eligere cives cum plena auctoritate ad providendum cunctis expedientibus super hac materia. » Ihid., Copia lettere del Concistoro, n° 1622.) — Ce sont, je pense, ces deux clercs de la Chambre qui furent chargés d'apporter aux Siennois la lettre du pape publiée dans le t. XXVIII de Mansi (col. 1078) : ce serait par erreur que, dans cette édition, d'ailleurs asse? défectueuse, le second serait désigné par l'initiale P.
3. A la nouvelle de la translation du concile, Martin V dépêcha un courrier à ses présidents pour leur ordonner de le rejoindre (Arch. du Val., Intr. et exil., 382, fol. 120 v").
i. « Audivimusea que venerabilis frater Jacobus, episcopusSpoletanus, etdilectus lilius Bernardus, prior priorafus B. Marie de Solaco, diocesis Burdegalensis,