‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 39 sur 396 · I.E PAPE PROMET DE SE RENDRE A SIENNE · texte numérisé non relu

I.E PAPE PROMET DE SE RENDRE A SIENNE

Martin V était si satisfait du choix de la ville de Sienne qu'il ne croyait plus nécessaire de suivre la timide recommandation du cardinal Amé de Saluées : il annonçait l'intention de se rendre au concile avec sa cour. C'est la nouvelle que rapportèrent aux Siennois l'évêque de Spolète et le prieur de Soulac, et c'est ce que confirmèrent des lettres adressées par le pape, le 25 juillet, à un grand nombre de prélats : Sienne jouissait d'un climat sain, d'une réputation sûre ; la liberté y régnait ; les habitants s'y montraient larges ; rien n'y manquait de ce qu'on pouvait souhaiter pour la tenue d'un synode auquel le pape se promettait d'assister en personne. « Nous espérons nous y trouver déjà (( quand tu liras ces lettres », écrivait-il notamment à l'archevêque de Cologne. Et tous les prélats de la chrétienté furent invités à prendre aussi le chemin de Sienne *.

La présence d'un concile était pour une cité un honneur et surtout la source de gros profits. Charmés de l'aubaine inespérée que leur présageaient ces bonnes nouvelles, les Siennois s'empressèrent de prendre leurs dispositions 2.

oratores vestri, nobis prudenter exposuerunt ; et per ipsos seriosius informati de gestis per vos in Papia, tam circa ordinationem Concilii generalis quam postmodum translationem ejusdem ad civitatem Senensem ex causa légitima et necessaria, vestram diligenciam atque sapientiam plurimum commendamus, translacionemque ipsam factam maturo consilio ad predictam civitatem Senensem, ad hoc sanctum opus idoneam, jani approbavimus et nunc tenore presencium approbamus... » (Arch. nat., LLia, fol. 53 v°.) — Cette ratification officielle de Martin V doit être placée dans la seconde partie du mois de juillet, car c'est seulement vers le milieu de ce mois que l'évêque de Spolète paraît avoir traversé Sienne en se rendant à Rome. Voir une délibération du 13 juillet : « Quod pro honore Communis Senensis dominus episcopus Spoleti, qui est unus ex Presidentibus, honorifice presentetur, et in disessu suo a civitate Senensi sibi hospitium solvatur, ut bene contentus a civitate Senensi discedat et causam habeat bene operari pro communitate nostra. » (Arch. d'Etat de Sienne, Concisloro, Deliberazioni, 334, fol. 8 v°.)

1, Monum. Concil., I, 11 ; Rinaldi, VIII, 563 ; Mansi, XXVIII, 1078 ; Fr. Tomazzi (Muratori, XX, 23).

2. Il sera question plus loin des mesures prises par la république à partir du

Ils ne laissaient pas de ressentir quelque vague inquiétude : le bonheur entrevu pouvait encore leur échapper. « Les gens de « la curie, leur écrivait de Rome un de leurs compatriotes, ne « parviennent pas à se figurer qu'un autre lieu que Rome con- (( vienne à la tenue d'un concile l. » Et, dans une lettre d'un professeur de Pérouse, ils lisaient : « Parmi les curiaux, beaucoup pré- « tendent la ville impropre, en signalent les inconvénients. Les «uns sont de bonne foi ; d'autres, les plus influents, tout en affec- « tant de vouloir se contenter de Sienne, travaillent, en réalité, à <( attirer le concile à Rome2. » De leur côté, les Florentins, jaloux et ne désespérant pas de faire prévaloir le choix de leur ville, passaient pour allécher le pape par des offres merveilleuses et pour répandre que l'on trouverait à Sienne la famine et la peste.

Les Siennois se flattèrent d'endormir cette animosité en témoignant à leurs voisins d'autant plus de confiance qu'ils croyaient avoir plus de raisons de se méfier d'eux : ils les tinrent au courant des nouvelles :i, les prièrent d'intervenir à Rome en leur faveur 4,

27 juin. Dès cette date les Siennois avaient été informés de la translation du concile par un messager du pape, le docteur en droit Jean « Teutonicus », qui s'en retournait de Pavie à Rome (Arch. d'Etat de Sienne, Concistoro, Deliherazioni, 333, fol. 27 v°). Le 8 juillet, ils ordonnèrent une procession d'actions de grâces : « Insuper deliberaverunt quod in honorem Dei omnipotentis et celestis curie, ob recognitionem gratie quam Deus nostre civitati preparavit, videlicet sacrum Concilium, quod per civitatem Senensem fiât processio honorata cùm omnibus presbiteris, fratribus et clericis etreliquiis et rébus opportunis, prout hactenus consuetum est. » Jbid., fol. 6 v°.)

1. Lettre de Daniello Nicolo Romanelli, du 7 juillet 1423 (ibid.-, Copiari di lettere direlte al Concistoro, liasse 47).

2. Lettre adressée, de Sienne même, le 4 juillet, à la seigneurie, par le professeur Sallustio di ser Guglielmo de Pérouse : « La Signoria vestra a sentito la deliberatione factta a Pavia da deversi fare el Concilio a Siena ; e, perche a me pare questo séria grande exaltatione a cita vestra, per tuto ve aviso alcuna cosa che jo sento. Cio è che molli cortegiani dicono la cita de Syena non essere luocho ydoneo a sostenere el Concilio, e a cio allegano più manchamenti ; e molti di questi ci dicono a buona fede, e molti altri, dequighe (sic) che più possono, el dichono per che sotto questo colore vorreno tirare el Concilio quà a Roma, anchora che en palese dicano el contrario, e musterno (sic) contentarsi assai delà cita de Syena. » (Ibid.).

3. Lettres de la seigneurie des 5, 14 et 18 juillet 1423, adressées notamment à Andreoccio di Marco Bindi, ambassadeur siennois à Florence (Arch. d'Etal de Sienne, Copia letlere del Concistoro, n° 1622) ;Fr. Tomazzi (loc. cit.).

4. V. la première de ces lettres. Cf. une délibération du même jour (14 juil-

ÎNQUIÉTUDE DES SIENNOIS H

tâchèrent même de faire aboutir un traité d'alliance que les Florentins souhaitaient de conclure avec le pape *: En même temps, ils s'efforcèrent de lutter, à la fois, contre les préventions romaines et contre la concurrence florentine. Non contents de stimuler le zèle de leur évêque, Antoine Casini, qui remplissait auprès du pape les fonctions de trésorier 2, ils se hâtèrent de former une ambassade spéciale, dont la mission fut d'insister pour obtenir de Martin V la réalisation de ses promesses 3.

La peur qu'ils éprouvaient de voir rompre le projet dont ils se promettaient tant d'avantages explique qu'ils aient souscrit sans difficulté à la plupart des conditions du saint-siège. Qu'on lise le traité conclu, au mois de juillet, entre le vice-camérier du pape et leurs ambassadeurs, en prévision de l'hypothèse de la venue à Sienne de Martin V, des cardinaux et de la curie 4 : sous couleur de garantir au pape sa liberté, cette convention lui assure une situation prépondérante. Dans toutes les villes du territoire sien-

letj : « Magnifici Domini, cum Vexillario, magistris et officialibus Balie, deliberaverunt quod Antlreoccio Marci Bindi, oratori apud dominos Florentines, -scribant magnifici Domini nostri, quod ipsc requirat dominos Florentinos ut scribant domino Marcello, eorum oratori Rome, quod, ad peticionem nostrorum ambasiatqrurri, pro expedicione adventus Concilii operetur illud quod sibi possibile sit cum domino nostro Papa et cum aliis. » (Arch. d'État de Sienne, Concistoro, Deliberazioni, 334, fol. 9 v°.)

1. Le 10 juillet, il est décidé d'écrire dans ce sens à l'évêque de Sienne (ibid., fol. 8 r°). — Les Florentins ne semblent avoir eu connaissance que beaucoup plus tard des intentions perfides que leur avaient prêtées les Siennois au sujet du concile: ils cherchèrent à se disculper, le 4 février 1424,- en protestant de leurs bons sentiments (Commissioni di Rin. d. Alhizzi, II, 96). — On a dit que Martin V était alors allié de Sienne contre Florence (G. Pérouse, p. 47) ; mais le texte allégué (Muratori, XX, 32) se rapporte à l'année 1430.

2. Lettre du 1er juillet priant l'évoque d'agir activement près du pape ; cf. une lettre du 2 juillet adressée au ministre général des frères Mineurs (Copia, leltere de.l Concistoro, n° 1622).

3. Le conseil en avait été donné, le 4 juillet, par Sallustio di ser Guglielmo de Pérouse, dans la lettre déjà citée : « E per tanto jo con molta fede recommendo a la Signoria vestra che, desiderando voy el Concilio, preslaniente mandiate quà vestri ambasciadori... » L'ambassade fut, en effet, décidée le surlendemain et composée de Charles Angelini, de Ceccho di Bartolomeo Petrucci et du notaire Christophe Andréa, chacun devant avoir à sa disposition six chevaux. La rédaction de leurs instructions fut confiée à une commission que l'on constitua le 9 juillet (Concistoro, Deliberazioni, 334, f° 5 v°, 7 v°).

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