PR0GRAM31E INQUIÉTANT DES FRANÇAIS
garderait d'y déroger et renoncerait à l'emploi de la formule commode : non obstante constitutione generali. Limitée ainsi par les canons, la puissance apostolique le serait aussi par le contrôle du sacré collège : il y avait toute une catégorie d'actes, tels que les nominations de gouverneurs *, que les papes ne pourraient accomplir sans le consentement des cardinaux. Ceux-ci, d'ailleurs, devaient être choisis par le souverain pontife, non seulement dans les diverses nations, — ce que Martin V avait promis 2. — mais sur une liste de candidats dressée par les nations elles-mêmes. Ensuite venait une série de mesures qui eussent tari à sa source même le principal revenu du saint-siège: le pape était invité à ne plus frapper le clergé de taxes 3, sa seule ressource devant être désormais de lever impôt sur les sujets laïques des Etats de l'Eglise ; encore fallait-il que cette levée fût approuvée des cardinaux et justifiée par une circonstance exceptionnelle. Chez eux, les Français réclamaient le retour pur et simple à ce qu'on appelait les « libertés de l'Eglise de France ». Ainsi plus d'annates ni de « communs et menus services 4 », plus de provisions apostoliques s'exerçant au détriment des élus ou en violation du droit des collateurs ordinaires ! Plus de commende, plus de dispense pour le cumul de deux bénéfices
1. D'autres actes étaient formellement interdits aux papes, par exemple, l'aliénation de terres ou de châteaux appartenant soit à l'Eglise romaine, soit à des églises particulières. Martin V devait révoquer toute mesure semblable préalablement consentie.
2. V. son projet de réforme et les divers concordats passés en 1418 (B. Hiïbler, p. 128, 166, 195, 208). Les Français insistent pour que chaque création nouvelle de cardinal tende à établir dans le sacré collège la représentation proportionnelle des nations {Monum. Concil., I, 34).
3. Et aussi à ne plus autoriser les laïques à le faire et à révoquer les permissions semblables déjà données.
4. Les Français admettaient pourtant qu'on empêchât la violence de s'exercer, comme c'était l'habitude, dans les élections. Ils toléraient l'usage des expectatives durant les premiers jours de chaque pontificat ou à l'occasion de la venue de quelque grand prince. Ils voulaient bien que les collateurs ordinaires fussent obligés, à peine de déchéance, de faire, dans une mesure exactement déterminée, la part des universitaires et celle des familiers de princes, de papes ou de cardinaux.
incompatibles ou de trois bénéfices quelconques ! Puis, comme si ces projets n'étaient pas, par eux-mêmes, assez propres à épouvanter la curie, la « nation française » annonçait, au sujet du «chef» de l'Eglise, tout un nouveau programme de réformes qu'elle n'avait pas encore eu, disait-elle, le loisir d'élaborer *.
Donc amoindrissement, non seulement des ressources, mais aussi de l'autorité du saint-siège : Martin V ne devait pas facilement admettre que ce fût là un progrès utile à réaliser. On conçoit l'effarement des légats quand leur fut présenté, après communication aux autres « nations », le programme de la « nation « française ». A partir de ce jour, suivant Jean de Raguse, ils ne songèrent plus qu'à ménager la dissolution du concile2.
D'autres circonstances encore purent augmenter leur inquiétude, leur faire considérer, à tort ou à raison, la position comme intenable et les amener à prendre, d'accord avec le pape, la résolution d'en finir.
De tous les princes, le plus à redouter pour Martin V était sûrement celui qui, en laissant élire dans ses états un nouvel antipape 3, venait, une fois de plus, de contribuer à la prolongation du schisme. Alphonse V d'Aragon, le chevalier superbe, le souverain magnanime, ne gardait plus aucune mesure depuis qu'il se voyait à la veille d'être évincé du royaume de Naples par le jeune Louis III d'Anjou, protégé du saint-siège4. De sa perfidie, égale à sa générosité, le pape avait désormais tout à craindre, surtout s'il ne parvenait pas à soustraire le concile aux influences aragonaises.
Or, dès le 28 août, Alphonse avait, de Naples, adressé aux Siennois une lettre insidieuse. Il prétendait savoir que des enne-