MANŒUVRES DU ROT D ARAGON
mis de la réforme, ayant apparemment de bonnes raisons de la redouter, se proposaient de dissoudre soudainement le concile, ou de le transférer en un lieu peu sûr, en tous cas de l'empêcher d'aboutir. Pour lui, fidèle en cela aux traditions paternelles, il déclarait appeler de ses vœux la réforme de l'Eglise « dans son « chef et ses membres ». Il exhortait donc les Siennois à se liguer, dans l'intérêt de cette œuvre, avec les pères les plus zélés, et annonçait l'intention inquiétante de se rendre lui-même à Sienne ou, dumoins, d'y envoyer et d'y faire envoyer par les princes ses alliés d'importantes délégations : il se fût peut-être ainsi emparé de la direction du synode '.
Quand cette missive parvint à Sienne, sans doute vers le 43 novembre, les autorités décidèrent de la communiquer aux légats2. Mais, l'un des jours suivants, l'ambassadeur aragonais fit au gouvernement des ouvertures si délicates que les magistrats, fort émus, résolurent de ne les dévoiler qu'à un seul de leurs concitoyens, sous le sceau du secret, et jurèrent tous, sur l'Évangile, de n'en souffler mot à personne 3.
1. « Sed, quia percepimus quod nonnulli tanti boni neglectores, vel propriis eorum passionibus, vel quia concii reputantur, Consilium quod nunc Senis celebrari indictum est dissolvere repentine, seu ad alium non tutum locum certis cautelis et adinventionibus satagunt commutare, et ne celebretur Consilium totaliter procurare, ex quo dicte salutifere reformationi negatur occasio et tota ehristianitas remanet in confuso, Magnificentias vestras... rogamus exortamurque et in Domino obsecramur quatinus, ne tantum christianitatis benefîcium suspendatur..., taliter insistatis, una cum his quos divinis obsequiis et beneficio tante rey noveritis esse affectos, quodomnino pax et reformacio sancte matris Ecclesie in capite et in membris quiesque perpétua subsequantur. Nos enim, pro regibus, principibus aliisque dominis et colligatis nostris, prelatisque nostre dominacionis et illorum, qui in christianitate pars exigua non existunt..., offerimus ad eundem Senis (sic) Concilium ire personalitcr, vel mittere personas insignes, taliter quod, nisi malignitas evidentissima operetur, a sancta matre Ecclesia scrupulus undique evelletur et mundi universalis ehristianitas in vere pacis amenitate persistet. » (Arch. d'État de Sienne, Copiari di lettere dirette al Concistoro, liasse 48.)
2. Décision du 13 : « Quod littera transmissa per regem Aragonie eorum Communitati transmittatur ad Présidentes Concilii. » (Concistoro, Deliberazioni, ,336, fol. 10 v°.) Il n'est question, avant le 11 novembre, de l'arrivée d'aucun message aragonais (ibid., fol. 9 v°).
3. Décision du 16 novembre : « Quod ser Nicolaus Dardi, cancellarius, notificet Christoforo Andrée totum quod recitatum est hoc mane fuisse expositum per
Les Siennois ont si bien tenu parole que nous sommes fort embarrassés aujourd'hui pour déterminer le sens exact de ces ouvertures d'Alphonse V. Ce qu'on peut remarquer, c'est que les magistrats, prévoyant une suite à cette conversation, s'arrangèrent aussitôt pour que l'Aragonais continuât à s'entretenir avec eux, soit par intermédiaire, soit directement '. Un banquet fut offert au représentant d'Alphonse ~. Ce diplomate demeura à Sienne, et ne cessa de nouer avec les habitants ou avec les pères des intrigues louches, dont le résultat fut de compliquer encore la tâche des présidents.
Le pape en fut si effrayé qu'il prit le parti de s'en plaindre à Alphonse V lui-même. De là une curieuse lettre où le souverain pontife explique son intervention dans les affaires napolitaines et se défend de toute animosité à l'égard du roi d'Aragon : en quoi avait-il mérité d'être en butte aux attaques systématiques de l'envoyé du prince? Tant par ses démarches publiques que par ses machinations secrètes, cet émissaire n'était occupé qu'à battre en brèche l'autorité de Rome et à dénigrer le saint-père ; mais Martin V dédaignait de pareilles injures, comptant que Dieu se chargerait de venger son honneur et l'Eglise 3.
Le danger n'en était pas moins grand. A la faveur du trouble
ambassialorem régis Aragonum, et det sibi juramentum de tenendo secretum. Et similiter omnes juraverunt ad sancta Dei evangelia, manu tactis scripturis missalis, sécréta tenereexposita per dictum oratorem, recitata in publieum inter dominos Capitaneum populi,Vexilliferos et officiarios Balie et Cancellarium et me, notarium. »~(Ibid., fol. Il r°.)
1. Le siennois Jacopo di Marco était chargé de conférer avec l'ambassadeur aragonais : « Et quod dicat sub brevi quod nos misimus ad Sanctum Patrem duos famulos pro informando ipsum de sessione jam facta vel fienda, et quodrespondit per unum verba generalia, et quod alius nondum rediit, et quod, quando ulterius sciemus, ulterius diceretur Magnificentie sue circa materiam intendentem ad adventum persone Summi Pontificis ; et quod dicat sibi quod, quando vult conferre aliqua cum Dominis, quod mittat secretarium suum ad cancellarium Communis Senarum, et, si personaliter vult conferre, adviset, et dabitur modus... » (Ibid., fol. 11 v°.)