‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 64 sur 396 · MENACES DE DISSOLUTION · texte numérisé non relu

MENACES DE DISSOLUTION

exact ne nous est pas connu, plongèrent les Sîennois dans un tel embarras qu'ils prirent l'avis des cardinaux. Que faire ? Parler aux présidents ? Ecrire à Martin V ? Lui adresser une ambassade? Et que lui dire, après tout 1 ? On s'arrêta à l'idée d'une nouvelle démarche auprès des légats (30 décembre) ; mais, cette fois, le ton des Siennois dut être comminatoire :

Plus de doute, les présidents voulaient la dissolution. Ce n'était pas aux Siennois, dirait-on, de critiquer pareille mesure. D'accord ! Cependant ils étaient, ils avaient toujours été, fidèles à F Eglise : cela les regardait donc. Cela les regardait surtout s'il devait en résulter une honte pour leur patrie. Eh bien ! qu'on le sût d'avance : ils révéleraient au monde, à tous les princes, à tous les gouvernements, la véritable cause de la dissolution, ils dégageraient leur responsabilité. Il n'était point de sacrifice pécuniaire qu'ils ne fussent prêts à s'imposer pour échapper à cet opprobre !

Un langage analogue fut tenu à un prélat qui jouissait d'un grand crédit, Richard Flemming, évêque de Lincoln ~.

1. Décisions clu 28 décembre : « Quod conferatur cum dominis cardinalibus S. Eustachii et Bononie ;et narraretur eis idquodexposuitinterpresoratoris régis Aragonum: de quo petatur ab eis consilium, si loquendum esset cum Presidentibus, et si forte scribendum domino nostro Pape vel oratores mittendum, et quid eidem dicendum. Demum referatur Consistorio, et quid sit fiendum deliberetur. Et quod Jacobus domini Marci conférât cum oratore Aragonum régis, et référât. » (Concistoro, Deliherazioni, 336, fol. 41 r°.)

2. « Quod Vexilliferi et officiales Balie pro parte Communitatis mittantur ad Présidentes sacrosancti Concilii. Qui dicant dictis Presidentibus quod, secundum quod sentitur, hi Présidentes intendunt dissolutionem Concilii ; et, quanquam cognoscamus quod ad nos non pertineat investigare et velle perquirere causant dissolutionis, tamen, quia fidèles fuimus semper et sumus sacrosancte Ecclesie, ad nos pertinet, et maxime si dissolutio fieret cum verecundia civitatis nostre. Quod si foret, dominis Presidentibus dicatur quod nostri Communis est intentio universis mundi principibus et gubernatoribus signifîcare causam dissolutionis Concilii, demostrando quod culpa talis dissolutionis non procedit ex nobis, et nullatenus, propterhocut infamiam aufugiamus, intendimus expensis parcere. Et similiter, vel modo magis appropriato, dicatur Linconiensi. » (Ibid., fol. 42 r°.) — Au mois de novembre 1421, Martin V avait invité Richard Flemming à venir résider quelque temps à sa cour (J. Haller, England und Rom unter Martin V, dans Quellen u. Forschnngen ans italienischen Archiven u. Bihliotheken, t. VIII, 1905, p. 253, notel).

44 MARTIN V ET LE CONCILE DE SIENiNE

Devant cette attitude menaçante, les légats ne cherchèrent pas à biaiser. Ces hommes, que Jean de Raguse dépeint comme recourant à mille subterfuges, eurent, au contraire, le mérite de jouer franc jeu. « C'est bien de la dissolution qu'il s'agit, répon- « dirent-ils : vous avez, en effet, pénétré nos desseins. Mais « prenez garde ! Quiconque y mettra obstacle, fût-ce le gouver- « nement, encourra la colère et l'inimitié du pape. » Et ils accusèrent les commissaires de s'être livrés à des manœuvres attentatoires à l'autorité, à 1 honneur de Martin V. Les Siennois allaient se faire ranger au nombre des pires ennemis de l'Eglise ! Il ne faudrait point s'étonner s'il leur arrivait malheur. Cette scène violente dut avoir lieu le 5 janvier 1424 *.

Troublés, mais non découragés, les Siennois en revinrent alors aux moyens de douceur. Une distribution générale de gibier leur parut présenter quelque opportunité 2. Puis, se retournant vers le pape, ils lui adressèrent, le 13 janvier, une longue lettre, éplorée, dont j'ai déjà, à plusieurs reprises, tiré des renseignements précieux. Sienne pouvait se rendre ce témoignage qu'aucune cité ne la surpassait en fidélité à l'Eglise, en dévouement au pape régnant. Les reproches à cet égard ne lui en étaient que plus sensibles ; sa renommée lui était chère, elle devait la défendre. Suivait le récit de la scène pénible qui vient d'être rapportée : le consistoire se plaignait vivement du langage injurieux des

1. « Etaudita narratione facta per Présidentes domini nostri Pape officialibus Balie sacri Concilii Senensis, continente in effectu quod dissolutio Concilii non impediretur per Communitatem Senensem, in quantum nolit dicta Communitas, et illud impédientes, incurrere indignationem ac inimicitiam domini nostri Pape : deliberaverunt magnifici domini Capitaneus, Vexilliferi, magïstri et officiâtes Balie predicte quod dicti Vexilliferi et officiales Balie in absentia Dominorum, vel cum duobus aut tribus ex eis, si velint magnifici Domini, habeant ad colloquium infrascriptos egregios et hrmorandos cives, cum quibus dicta materia dilig-enter examinetur et disceptetur. .. » (Concistoro, Deliberazioni, 337, fol. 4 r° ; v. aussi la lettre du 13 janvier, ci-dessous, p. 1, note 45).

2. Décision du 10 janvier : « Deliberaverunt scribi Capitaneo et potestatibus Communitatis Senensis, illis videlicet quibus videbitur dictis magnificis Dominis et Capitaneo populi, quod faciant venari a communitatibus sibi subjectis, et transmittant venationes, ut presententur Présidentes et aliiprélati sacri Concilii pro parte Communis Senensis. » (Concistoro, Deliberazioni, 337, fol. 5 re.)

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