DISCOURS DU FRÈRE JÉRÔME DE FLORENCE
véritables de la politique siennoise : ambition, avarice, intérêt mercantile. Puis, pour faire entendre plus clairement au consistoire ses volontés, il lui envoyait Angelotto de' Foschi, évêque d'Anagni, et Jean degli Obizzi, auditeur des causes du sacré Palais l.
Après avoir ainsi démasqué ses batteries, on s'attendrait à ce que le saint-siège agît avec promptitude et vigueur. Mais, au lieu de mettre fin brusquement au synode, les légats demeurèrent encore quelque temps sur la défensive, se bornant à parer les coups et dissimulant leur action dissolvante.
Pour contrebalancer l'effet d'un sermon de Jean de Raguse où avaient été flétris les ennemis des conciles, ils tirent monter en chaire, le jour de l'Epiphanie, le dominicain Jérôme de Florence ~. Sous la même robe, c'était un enseignement bien différent : « Un « concile général n'est pas indispensable pour réformer l'Eglise. « Trop de conciles finiraient par énerver la papauté. Des pécheurs, « des impies ne sauraient s'assembler au nom de Jésus-Christ, « etc. » Ce fut un vrai scandale. Réclamé par les pères, le texte du discours leur fut livré, le lendemain, sous ce titre provocateur : « Sermon de Mc Jérôme de Florence; si quelqu'un s'en trouve « offensé, qu'il en appelle, ou qu'il s'amende ! » Les pères, plutôt que de s'amender, décrétèrent l'arrestation du fâcheux orateur. Il paraît qu'on n'était alors, ni dans un camp ni dans l'autre, très enclin à la tolérance. Jérôme cependant fut élargi sous la caution de son général, le légat Léonard Dati, qui promit de le tenir à la disposition du concile. On parlait de rétractation : mais Jérôme gagna du temps et, plus tard, s'esquiva, en compagnie des présidents 3.
Un succès plus décisif fut celui que les légats obtinrent en semant la division dans la « nation française », celle dont les