DURS REPROCHES DU PAPE AUX SIENNOIS
clergé siennois, et l'on parvenait à constituer un groupe compact hostile à la dissolution l. Si Sienne, à ce moment, consentit à prêter une cinquantaine de lances à ses puissants voisins 2, il est probable que le désir de les gagner à sa politique religieuse ne fut pas étranger à sa générosité 3.
Rien n'échappait à l'œil vigilant de Martin V. De nouveau il exprima son vif mécontentement : « Si d'autres, écrivit-il aux « magistrats de Sienne, d'autres dont le dévouement et les sente timents nous inspirent moins de confiance, avaient agi de la « sorte envers nous, empêchant, par des procédés déshonnêtes « et contraires à la liberté conciliaire, nos présidents et les autres « prélats de poursuivre Y expédition du synode, nous aurions été « plus disposé à le souffrir : mais, dans une ville que nous « avons toujours aimée, où nous avons vu avec tant de joie et (( de confiance le concile transférer ses séances, supporter tant « et de tels dégoûts, c'est ce qui nous est plus difficile, c'est « ce qui nous cause une douleur plus grande. Notre honneur, « notre intérêt, ceux de l'Eglise de Rome ne comptent pas « pour vous. Vous ne songez qu'au gain, comme si le concile « devait être une sorte de foire pour les marchands, et non « une libre consultation des prélats. C'est à ceux-ci, et non « aux laïques, qu'il appartient de discuter ce qui a trait au « saint synode et de prendre, à cet égard, toutes les mesures
1. Décisions des 16 et 18 février : « Quod ambaxiatores alias electi ad civitatem Florentie mittantur cras ad inquirendum Florentinos, quod disponant eorum prelatos ad confirmalionem Coneilii Senensis, et quod ab eis hauriatur et reportetur eorum finalis, clara et ultima intentio in predictis... Deliberaverunt respondere ambaxiatori Florentino quod inanimet prelatos Florentinos quod velint congregari cum prelatis Senensibus et esse unius intentionis. » (Ihid., fol. 21 r°, 22 vn.) — On différa pourtant encore le départ pour Florence de l'ambassade projetée.
2. Décision du 8 février: « Facere gratum responsum ambaxiatori Florentino quale putaverint convenire ad conservationem amicitie et fraternitatis ipsorum, et quod, secundum postulata ambaxiatoris prefati, eisdem Florentinis prestentur et concedantur.i,. lancée nostre gentis armorum, ut verus amor, non fictus, appareat. » Ihid., fol. 16 r°.)
3. Cf. une décision du 12 février : « Quod camerarius Bicherne prestet officialibus Balie Coneilii florenos decem auri pro quibusdam secretis expensis fiendis pro dicto Concilio...» (Ihid., fol. 19 r°.)
« nécessaires. Nous vous prions donc et requérons de ne pas « porter la faux dans la moisson d'autrui, de ne point vous « mêler de ce qui ne vous regarde pas, et de ne pas vous ima- « giner que le concile doive être prolongé ou dissous à votre « gré. Si nous vous voyions persister dans de telles manières de « faire, notre honneur nous obligerait à vous ôter toute possibi- « lité de continuer ces pratiques 1... » Puis, s'adressant particulièrement à Jacopo di ser Marco, le négociant dont le nom figureen tête de la liste des commissaires : « Nous avons signifié à « ton gouvernement, écrivit le pape le 12 février, de ne pas « parler de réforme de l'Eglise quand votre gain seul est en <c cause, et de ne pas entraver par des démarches malséantes la « libre expédition du concile, comme s'il ne s'agissait que d'une « opération commerciale. Depuis, nous avons été informé « d'heure en heure des façons déshonnêtes dont vous usez, toi et « certains autres marchands, qui, par amour du gain, et non « dans l'intérêt de l'Eglise, empêchez et troublez Y expédition « du concile général. Si vous ne réparez vos torts, quelle honte « souillera à tout jamais la réputation de votre cité ! Et, ce qui « nous fait peine à dire, toi que nous chérissons d'une tendresse « paternelle, et plusieurs autres marchands, tes concitoyens, vous « recevrez du peuple siennois votre salaire, quand il aura bien « compris la portée de vos actes. Si vous persévérez, peut-être <( serez-vous cause d'un nouveau schisme dans l'Eglise ; mais « vous finirez par être cause aussi de la perte de votre patrie 2. » A ces lettres, si menaçantes et si mortifiantes, le gouvernement siennois ne répondit qu'en témoignant un étonnement peu sincère et une douleur fort inutile, en essayant, tout aussi vainement, de justifier sa conduite et celle de Jacopo di ser Marco, enfin en se répandant en plaintes contre les légats 3.
1. Arch.nat., LL 4a, fol. 49 r° ; Rinaldi, VIII, 567. 1. Monum. Concil., I, 51.
3. Décision du 17 février : « Deliberaveruat quod pro parte magnificorum Dominorum respondealur Pape ad literam per ipsum scriptam Jacobo domini