RECRUES FAITES PAR LE CONCILE
Il ne devait guère se faire d'illusion sur l'effet de son plaidoyer. Mais, au moment où la situation du concile semblait désespérée, un secours, depuis long-temps attendu, ranima soudain l'espoir du parti réformateur.
Jean de Raguse était, à Sienne, l'unique représentant de cette Université de Paris qui avait jadis tant insisté pour la réunion dusynode l. Le 2 février, il reçut enfin des nouvelles de la délégation que l'Université avait tardivement fait partir ~. Plein de joie et de confiance (malgré de fâcheux bruits), il écrivit aussitôt à ses collègues de se hâter : ce serait la fin du schisme de la « nation française 3 », le salut du concile, le triomphe de la réforme 4.
Au même moment, on annonçait l'approche de Jean de Rochetaillée, archevêque de Rouen, ambassadeur du roi d'Angleterre 5:
Marci, excusando et justificando opéra dicti Jacobi et vestre Commimitatis, et etiam dolendo et mirando de verbis pereum seriptis, etaggravando opéras Presidentium. Et similiter scribatur una littera Collegio cardinalium, et quod illa littera Pape legatur in Consilio populi. » (Arch. d'État de Sienne, Concistoro, Deliberazioni, 337, fol. 22 r°.)
1 . On lui avait même contesté, un moment, le droit de siéger comme délégué de l'Université; les lettres qu'il produisait l'accréditaient plutôt auprès du pape que du concile. Cependant il avait invoqué le témoignage de plusieurs prélats, et Martin V, renonçant à le chasser du synode ou à lui fermer la bouche, s'était borné à faire le vide, autant que possible, autour de lui (Jean de Raguse, p. 3, 61, 62).
2. Le 26 septembre seulement l'Université avait arrêté le texte des lettres et dés articles qu'elle faisait porter au pape, aux cardinaux, au concile, aux Siennois. Le 16 novembre ses ambassadeurs n'étaient pas encore partis (Denifle et Châtelain, Auctar. Chartul. Univ. Paris., II, 303, 305).
3. Cette querelle était déjà, paraît-il, en voie d'accommodement.
4. Lettres du 3 février 1 12 ï (Moniim. Concil., I, 48). Cf. une décision prise le 1 1 février par les autorités siennoises : « Deliberaverunt dare ambaxiatoribus Universitatis Parisius pro eorum mansione domum in qua stabat Judex appellationum pênes Executorem justitie. » (Concistoro, Deliberazioni,331, fol. 18 r°.)
5. V. une délibération capitulaire de Rouen du 28 février 1424, où il est ques-
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le nom de ce prélat; célèbre dans le clergé, inspirait universellement confiance.
En effet, le 12 février, pères et bourgeois, en grand nombre, se portèrent à cheval, fort loin dans la campagne, au devant de ce haut personnage et des cinq délégués de l'Université de Paris, le trop fameux Jean Beaupère, l'ambitieux Jean Chuffart *, Robert Poitevin, Jean Hervé et Jean le Moutardier 2.
Ces nouveaux venus furent aussitôt les arbitres de la situation. Les deux fractions hostiles de la nation française décidèrent, d'un commun accord, de s'en rapporter, quant à leurs griefs réciproques, au jugement de Rochetaillée et, quant au choix d'un président, aux cinq universitaires, lesquels s'empressèrent de nommer l'archevêque de Rouen.
Ainsi se trouva réalisée l'union tant désirée. On ne prévoyait pas alors qu'elle allait précéder de si peu la dissolution.
Le coup de grâce, en effet, vint de ceux-là même de qui l'on attendait le salut. Au surplus, on n'était pas sans concevoir quelques soupçons, en dépit de la confiance qu'on témoignait :
tion « dicti archiepiscopi ad Consilium générale in curia Romana ex parte principis et Ecclesie existentis » (Arch. de Seine-Inférieure, G 2123, fol. 162 v°). — A l'occasion de l'ambassade que le roi et l'Eglise gallicane devaient envoyer au concile général, une taxe avait été imposée sur le clergé des provinces de France soumises à la domination anglaise. Mais le clergé de la province de Reims, réuni en chapitre provincial à Noyon, détermina, de son côté, sa part contributive. Il en résulta un appel interjeté, le 7 février 1424, par le chapitre de Noyon au souverain pontife et au concile (Ribl. nat., ms. français 12032, fol. 14 r°).
1 . Chancelier de la reine Isabeau de Bavière, avide d'honneurs et d'argent, et qui, en 1419, avait passé huit mois en cour de Rome (A. Tuetey, Journal d'un bourgeois de Paris, p. xvm, xxiv, xxxi ; II. Denifle, Chartul. Univ. Paris., IV, p. xvii-xix).
2. Jean de Raguse, p. 49. — François Tomazzi prétend que six docteurs délégués par l'Université vinrent avec celui qu'il appelle le « patriarche de Paris », c'est-à-dire Jean de Rochetaillée (Muratori, XX, 23). C'est peut-être qu'il faut joindre aux cinq maîtres nommés par Jean de Raguse Liévin Nevelinc, qu'on retrouve à Rome, peu après, chargé de représenter la Faculté de droit (Chartul. Univ. Paris., IV, 432). — Cf. cette décision des autorités siennoises du 13 avril : « Deliberaverunt procurari de cera, confectis, bladis, vino et aliis rébus, prout decet et consuetum est, ambaxiatori régis Anglie, ex uno capite, et ambaxiatoribus Universitatis Parisius, ex alio, qui nuper venerunt ad Concilium. » (Concistoro, Deliberazioni,o31, fol. 20 r°.)