‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 82 sur 396 · RÉSISTANCE DÉSESPÉRÉE DES SIENNOIS · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE DÉSESPÉRÉE DES SIENNOIS

frappés d'amende. On renouvelle les protestations des 26 janvier et jours suivants (7 mars).

Il est toujours question de réforme. Un des légats, Jacques de Gamplo, se rend même, à plusieurs reprises, dans la commission qui s'en occupe, pour discuter certains articles 1.

Les Siennois surtout se montrent admirables de persévérance et de duplicité. Auprès du pape ils se vantent, par la bouche du cardinal Correr, de prétendus services rendus à la cause du saint-siège : ils auraient empêché les « nations » d'avancer la date du prochain concile et dédicter des constitutions qui eussent lié les mains au saint-père2. D'autre part, ils choisissent ce moment pour démentir effrontément tout bruit de dissolution. C'est ce qu'ils écrivent à des ambassadeurs français qu'ils croient être en route, et a Charles VII lui-même. Le concile, à les entendre, poursuit tranquillement ses travaux 3 ; il va se renforcer de prélats, d'ambassadeurs incessamment attendus 4 ; pour

1. Jean de Raguse, p. 46, 52, 53, 56. Cf. François Tomazzi, loco cit.

2. Lettre du 3 mars 1424 au cardinal Correr. Après l'avoir remercié de s'être employé en leur faveur auprès du pape, les Siennois ajoutent : « Dignemini idem sollicite facere et operari ut sue Beatitudinis bona intcntio et affectio erga nos, suos veros filios et servitores fidelissimos, ostendatur ; advisantes reverendissimam Paternitatem vestram qualiter Nationes Concilii se adinvicem unierunt, tractaveruntque facere présidentes conciliarios, abreviare tempus futuri Concilii et alias constitutiones ordinare que ligarent manus sanctissimi Domini nostri. Quibus omnibus, tanquam curiosi boni status sue Sanctitatis, cum bona honestate obviare conati sumus, taliter quod hucusque nichil eorum actum est, nec tamen Nationes aliquam indignationem sumere potuerunt. ï>(Copia lettere del Concistoro, n° 1623.) — Le gouvernement, qui avait à Rome un autre commissaire secret, se rendait bien compte que cette négociation pouvait paraître suspecte aux pères. Il jugea nécessaire de les rassurer, d'autant que l'abbé Pierre Colonna, auquel les Siennois n'avaient pourtant donné aucun mandat, avait écrit qu'il se rendait à Rome pour faire la paix de Sienne avec le saint-siège : « [3 mars] Quod scribatur super dicta materia cardinali Bononiensi et commissario secreto Rome... Et quod tollatur suspicio presidentibus Nacionum quam habent contra Communitatem nostram ne tractetur concordia cum domino nostro Papa non facta mentione de ipsis, quanquam asseratur fuisse scriptum Presidentibus per dominum de Columna dicta causa ire Romam, cum nullam commissionem habeat, neque queritur alia concordia. » (Concistoro, Deliberazioni, 338, fol. 3 v°.)

3. Comme le roi le sait sans doute par Bertrand de Cadoène, évêque de Saint- Flour, par Guillaume de Goyon, évêque de Cavaillon, et par Thomas, abbé de Paisley, « qui, tanquam vestri veri et fidelissimi servitores, operati sunt multa in dicto Conciliopei-tinentia ad honorem etstatum Majestatis vestre ».

1. Serait-ce une allusion à l'envoi de Jean de Fruyn, que le duc de Bourgogne,

que son organisation atteigne la perfection, il ne lui manque que la présence des envoyés français; la réforme est assurée 4. Cependant qu'on se hâte, et que Charles VII exhorte alliés et feudataires à se faire aussi représenter 2 !

Puis ce sont de mystérieuses communications avec les pères 3 : la « nation italienne » ne doit rien décider sans avertir le consistoire 4. Ce sont de fréquentes assemblées du peuple, où l'on ressasse les incidents survenus depuis le début du concile \ Il s'agit d'empêcher la tenue d'une session où la dissolution pourrait être votée 6.

Mais voici que Martin V, se rendant aux avis du cardinal Correr, adresse aux Siennois Gérard Faidet, chanoine de Paris 7,

étant àChàtillon, désigna, le 1er février 1-121, comme son ambassadeur auprès du concile de Sienne (Bibl. nat., collect. de Bourgogne, ms. 65, fol. 143 v") ? Jean de Fruyn avait été, dès 1 123, envoyé à Rome comme substitut du procureur général que Philippe le Bon entretenait près du saint-siège ( L. Gauthier, Jean de Fruyn, archevêque élu de Besançon, dans Mém. de la Soc. d'émulation du Douhs, 1901, p. 265) ; mais je ne sache pas qu'il ait jamais paru à Sienne.

1. « Certi reddimur, consideratis virtutibus vestrarum rcverendarum Paternitatum, quod dictum sacrum Concilium debitam perfectionem suscipiet, et Ecclesia sancta Dei, cujus sumus dêvotissimi servitores, utiliter reformabitur. »

2. Lettres du 24 février (Copia leltere del Concistoro, n° 1623).

3. Y . Concistoro, Deliherazioni, 338, fol. 2 v° (à la date du 1er mars).

4. « [2 mars:] Quoddestinentur aliquot ex Girculo ad présidentes ad tollendum eisgelosias quas habent ne decipiantur in prosequendo Concilium inter Naciones. Et quod dicat[ur] presidenti nationis Ytalice ne incurrant ad aliquid innovandum vel concludendum sine conscientia Consistorii, sed vacent ad praticandum, et hoc sub secreto. » (lbid., fol. 3 v0.;

5. « [24 février:] Délibéra verunt hodie fieri Consilium populi, in quo narrentur gesta Concilii usque ad hune finem, et fiât proposita generalis... [25 février:] Convocato et congregato Gonsilio populi, etc., in quo facta generali proposita super materia Concilii sacri Senensis, fuit in eo solenniter obtentum ac deliberatum, per .clxxxii. lupinos albos redditos pro sic, non obstantibus .lvii. nigris reddilis pro non, cum materia sit gravis, et ut detur materia cogitandi et capiendi super ea meliorem partitum. quod dicta materia reducatur alias ad simile Consilium, et quicquid in eo deliberabitur, ita liât. » (lbid., 337, fol. 27 r°, 28 v°.)

6. « [24 février:] Quod Jacobus domini Marci. ser Cristoforus Andrée et Jacobus Massani vadant ad présidentes et alios prelatos Nationum, cum quibus operenturjuxta posse impedire sessionem Concilii, ne ejusdem dissolutio consequatur. » (lbid., fol. 27 v".)

7. La Gallia, christ. (XIII, 241) ne lui donne que le titre de chanoine de Toulouse. Docteur de l'Université de Paris dès 1416, il avait été envoyé ensuite au concile de Constance (Denifle et Châtelain, Chartul. Univ. Paris., IV, 319 ; Auctar., II, 224, note 4). Martin V n'allait pas tarder à le nommer évêque de Mon-

Page 1