‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 95 sur 396 · VÉRITABLES CAUSES DE LA DISSOLUTION · texte numérisé non relu

VÉRITABLES CAUSES DE LA DISSOLUTION

« n est plus dangereux que de soumettre à un examen l'adminis- « tration du saint-siège. » Ce danger se compliquait encore, à Sienne, de la présence des Aragonais et de l'indiscrète intervention des habitants dans les affaires ecclésiastiques. Le moyen le moins héroïque, mais le plus sûr, d'enrayer ce mouvement, qui risquait de tout emporter, c'était la dissolution. L'opération, fort délicate, fut préparée de longue main, brusquée seulement à la fin. Elle réussit à souhait, pour cette fois, en dépit de la résistance intéressée des gens de Sienne. Toutefois, quelles qu'aient été tour à tour l'habileté, la fermeté, la souplesse et la brusquerie des présidents, gardons-nous de leur attribuer toute la gloire, ou toute la honte, d'une mission dans laquelle ils ne manquèrent point de coopérateurs.

Et d'abord, la responsabilité de l'échec du concile retombe lourdement sur tous ceux, princes, prélats, docteurs, — et ils sont légion, — qui, convoqués à Sienne, négligèrent de s'y rendre. Annoncé depuis cinq ans, ouvert à Pavie dès le mois d'avril et à Sienne au mois de juillet 1423, le concile, on ne doit pas l'oublier, siégea dix mois presque sans interruption. Durant ce long espace de temps, qui répondit à l'appel de Martin V? Un nombre insignifiant de pères. A la session du mois de novembre on ne compta que vingt-cinq mitres, tant évêques qu'abbés. Jean de Raguse, les Siennois s'épuisèrent en démarches inutiles. On se souvient de l'appoint que le clergé de la ville et des environs fut invité à fournir pour combler une partie des vides de la « nation « italienne ». C'était là ce qu'on appelait l'assemblée de l'Eglise universelle ! Une seule Université, celle de Paris, un seul souverain, le roi d'Angleterre, envoyèrent tardivement des représentants : on sait le rôle dissolvant qu'ils jouèrent, obéissant à un mot d'ordre qui s'explique trop bien par des considérations étrangères à la réforme ecclésiastique1. Le 12 mars, Martin V

1. V. llisl. de la Prugmal. Sanction de Bourges sons Ch. VIT, p. xxi-xxiii.

put constater que le nombre des pères ne répondait en aucune manière à l'importance des questions qui doivent être agitées dans un concile œcuménique : vainement on avait attendu; ceux que leur titre obligeait à prendre part au synode continuaient de s'abstenir ; personne n'arrivait plus ; au contraire, dans le petit nombre de ceux qui étaient venus, des départs forcés creusaient chaque jour de nouveaux vides K Un contemporain l'assure : « Le concile fut dissous, en mars, faute de prélats2. »

Ces abstentions, du moins, simplifièrent la tâche des présidents. Elle fut encore facilitée par la complaisance résignée de la plupart des pères. Il faut le reconnaître : les voix ardentes d'un Jean de Raguse ou d'un Guillaume Josseaume rencontrèrent peu d'échos. L'indifférence des uns, la timidité des autres, jointes au désir que beaucoup avaient de regagner leurs iVyers ou de se rapprocher de Rome, source de toutes grâces, firent la partie belle au saint-père. C'est à peine si l'annonce du dénouement prévu souleva une clameur d'indignation vite étouffée : on se dispersa, le silence se fit, et les espérances de réforme furent ajournées à sept ans.

Je parle de la réforme radicale rêvée par les esprits les plus téméraires : car, au contraire, pour bien montrer qu'il n'était point ennemi d'un autre genre de réformes, Martin V, par la bulle même qui prononçait la dissolution, institua une commission cardinalice chargée de recueillir, au sujet des abus de la cour romaine et de l'Eglise, tous les avis, tous les renseignements qu'on vou-

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