‹ La crise religieuse du XVe siècleChapitre 14 sur 257 · Moiuiin. Concil., III · texte numérisé non relu

Moiuiin. Concil., III

2. Après avoir prononcé ces paroles lui-même, Marlin V les fil répéter par l'iinnal fiscal Au},^iislin de Pise, ([iii en demanda acte aux prolonolaires Mansi, XXNII, 1201). C'est peul-étre ce qui expli(iiie le muL /Wf/riev doiil a erii dcvoii- se servir Gerson : « Scqiieretur quod Dominas nosler... noluit ca qiitc conciliariter faeta sunt per sacrum ('onstaiiticnse Coneilium invicdabiliter ohservare : cujus lamen upposilimi idem Doniinus nosler p/ur/es palam dixil. » O/ip., II. 306. y

XXll INTRODUCTION

preuve que les pères avaient lini par s'incliner devant Tautorilé apostolique '.Conclusions contradictoires, qui Tuneel l'autre manquent de base. Elles ne reposent que sur des faits entièrement controuvés. Il n'y a eu, de la part du pape, d'autre confirmation que celle des décrets rendus contre les erreurs bohémiennes '^.

Martin V cependant rompit bientôt le silence : mais on va voir que ce ne fut pas pour apporter son adhésion aux principes proclamés, du moins en apparence, dans les quatrième et cinquième sessions.

Le concile de Constance venait de prendre fm. Les ambassadeurs de Pologne, qui ne se tenaient pas pour battus, avaient interjeté appel au concile futur de la décision du pape relative au libelle de Falkenberg. Le 10 mai 1418, Martin V, à cette occasion, tint un consistoire public en présence du roi des Romains. Il y fit lire une minute de bulle, dont on peut discuter la valeur dogmatique, puisqu'elle ne reçut jamais d'autre publicité, mais dont on ne saurait plus contester l'existence, et qui répand d'étranges clartés sur la pensée du pape.

C'était une constitution rédigée sous la forme Ad perpetuam i^ei memoriam. Non seulement elle annulait l'ap-

1. Pierrf de Versailles : « Concilium Constantiense, postquam Martinus positus est in Sede apostolica, petivit ab eo coiifirmacionem et approbacionem eorum que fecerat. » (Bibl. Vat. mss. lat. Val. 4134, fol. 168; 4140, fol. 11.) J. de Torquemada (Roccaberti, XIII, 605, 608 ; Sw/nma de Ecoles. ,\ih. II, § 99 ; lib. III, § 34). — Plus justement le même auteur a observé {ihld., lib. III, § 32) que, à partir de l'avènement de Martin V, le concile cessa de statuer et de définir, et que toutes les constitutions désormais furent faites au nom du pape, approhaiite Synodo.

2. La bulle In eminentis du 22 février 141X (v. plus haut, p. xix,note 4) est évidemment celle dont, au xvu'^ siècle, le bibliothécaire de la Valicane, Emm. de Scheelstrate, annonçait mystérieusement la découverte, en lui attribuant une signification qu'elle n'a pas. C'est aussi d'elle que Gilbert lîurnet disait, sans l'avoir lue, qu'elle ne servait " qu'à faire voir l'artifice et la fraude de la cour de Rome, en général, et, en particuliei-, du pape »( Foyage de Suisse, d'//<i/je et de quelques endroits d'Allemagne et de France, Amsterdam, 1718 , in-12, II, 390;.

LA CnNSTITlTION [d 10 M\\ ItIN XXIH

pel des ambassadeurs de Pologne, mais elle posait et justifiait, au moyen de textes canoniques, le principe suivant : « Il n'est permis à personne d'en appeler du juge suprême, « c'est-à-dire du saint-siège, du pontife romain, vicaire de « Jésus-Christ, ni de se dérober à son jugement dans « les affaires de foi ; celles-ci, en effet, étant plus impor- « tantes, doivent être déférées au tribunal du pape '. » Ainsi, en matière de foi. la supériorité du concile était niée par Martin V, qui, au contraii'e, proclamait l'autorité suprême du saint-siège.

Le fait parut si grave aux auteurs gallicans qu'ils s'efforcèrent de révoquer en doute l'existence de cette bulle *. Bossuet y relevait un anachronisme, et il eût eu raison, si le consistoire se fût tenu, ainsi qu'il le croyait, le 10 mars 1418, puisque l'appel des Polonais, annulé dans la bulle, ne fut interjeté que le 22 avril. Mais la date du 10 mars, qu'on croit généralement fournie par un texte de Gerson, n'a été introduite qu'à tort dans ce texte, grâce à une inadvertance de l'éditeur Ellics du Pin : en me reportant aux manuscrits •\ je me suis convaincu (jue «■ 10 mars » devait être corrigé en « 10 mai » ; cette dernière date, la seule qu'indique, en réalité, Gerson, est confirmée par deux lettres écrites, de Constance, trois jours plus tard '.

1. Gerson, Quomodo et an liceat... ; Dialngiis apnloçiefinis 0pp., II, 303. 390); B. Bes^.Johannes Fidkenherg,0. P.. und der i)reussisch-polnische Slreil vorilein Konslanzer Konzil, dans Zeitschr. f. Kirchemjesch.. XVI 118961, p. 539, î5S.

2. Bossuet, Defens. Déclarât.. III, x, 27 ; .1. Lentant, Ilist. du concile de Constance .\nisterdam, 1727), II, 522; Mgr Maiet, [)ii concile général et de la paix religieuse Paris, 1869, in-S" , I. 432.

3. Bihl. liai., ms. lat. 14900. fol. 313 v°; ms. lai. 17189. fol. 30 r". Ce sonl les deux mss. de Sainl-Victor el de Navarre donl scst servi EUies du Pin.

4. La Icllre de (iaspard Schaueiipfiuf; fixe, ainsi ((lie Gerson. le consistoire au 10 mai; la lettre de Pierre de Womieditii fournit la date, presque pareille, du 9 mai (B. Bess, p. 434. note 1. 438, 456).

XXIV IM'lKtlUClMtN

Une autre objection fondée sur le mystère étrange dont celte bulle fut entourée tombe également depuis qu'on connaît les phases du procès de Falkenberg. Martin V manœuvrait adroitement pour obtenir, de la part du roi de Pologne, le désaveu de Tappel de ses ambassadeurs ; les raisons qui empêchèrent le pape de donner à celte bulle une publicité plus grande sont les mêmes qui le portèrent à garder le secret, pendant plusieurs années, sur la condamnation du livre incriminé et sur la rétractation de Falkenberg ^ Le document n'en est pas moins, au plus haut point, digne d'attention en ce qu'il révèle les véritables sentiments du souverain pontife.

Les contemporains ne s'y trompèrent pas. Il suffit de lire le mémoire que Gerson, alarmé, rédigea aussitôt sur le droit d'en appeler, en matière de foi, des sentences du pape : Quo modo et an liceat in causis fidei a Summo Pontificeappellare^-. La bulle du 10 mai aboutissait, disait-il, à nier la supériorité du concile, à ne lui permettre, en aucun cas, de juger et de déposer les papes: c'était le renversement de l'œuvre de Pise et de Constance. Si l'on en admettait le principe, et si le concile n'était plus le tribunal suprême, il fallait dire que Jean XXIII n'avait pas cessé de régner et que Benoît XIII avait raison de braver les citations des pères ^ Certaines personnes, ajoute notre auteur, allaient

1. B. Bess, p. 442, 444, 458, 460. —On ne peut plus dire, d'ailleurs, comme Bossuet, que Gerson est seul à mentionner cette bulle : il en est question dans le récit de Pierre de Wormedith [ihid., p. 458).

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