‹ La crise religieuse du XVe siècleChapitre 155 sur 257 · G. l'éi'ouse. p. 122 et suiv · texte numérisé non relu

G. l'éi'ouse. p. 122 et suiv

FIDÉLITÉ DU CARDINAL ORSIM 24o

des murs, le cardinal se crut suivi, pi([ua des deux, tomba de cheval, se blessa au ^-eiiou, g^agna clopin-clopant les brousses de la rive du Tibre, oii il se tint lon^ti'inps blotti, jusipià ce que des matelots, le prenant sur leurs cpaules. lui lissent passer le lleuve à gué pour le transporter à bord de la ^-alère génoise '. Tels furent les adieux du prélat savoyard à cette cour où il avait rempli les fonctions de vice-camérier et île légat. l)e[)uis de longs mois, il se renfermait dans une opposition sourde; il était destiné à un rôle plus bruvant : âme de la résistance b:iloise, opiniâtre champion de la suprématie conciliaire, on le verra un jour tenir tète à lui seul à toutes les forces de la papauté.

Derrière ces transfuges, qui restait donc à Rome pour assister Eugène dans son abandon ? Quelques jeunes prélats sans expérience ou sans gravité ; deux ou trois cardinaux peu notables ; un seul homme de valeur, le vieux cardinal romain Giordano Orsini, inspirateur désabusé d'une politique dont on recueillait trop de funestes fruits, défenseur impuissant de la souveraineté pontificale.

Est-ce condescendance ou découragement ? Le vieil humaniste recourut, dans cet instant critique, à de tendres supplications pour tâcher de fléchir riiomme en grande partie responsable du soulèvement bàlois, son jeune collègue Cesarini : «■ J'avais tou- « jours pensé, lui écrivit-il. révérendissime seigneur, que le zèle (( et l'amour de Dieu inspiraient votre conduite à Bàle, et que « vous n'aviez en vue ([ue le maintien de l'unité, la défense des (( intérêts de l'Eglise... Beaucoup, à votre sujet, pensaient ou « parlaient autrement : mais je m'en rapportais moins aux propos « d'autrui qu'à l'expérience que j'avais de votre vertu, de votre <( bonté. Aujourd'hui, je suis forcé de concevoir quelque doute.

I. Lt'tlro (lu iliR- lU- Milan (lu 2l..jui',lcl I l:5:5, livs peu posti-rieurc à l'anivi-o de Louis Aleman à Gênes (ms. 198* tk- Douai, fol. 31" r ; Ampliss. collerl.. VIII. tï20 . Le récit, li-i'-s vivant, de M. (i. IVtousc p. 125. 1 27 cont i(Mit . niallicuicus.Mii;'iil . plusieurs ilélails de fantaisie.

246 I A VICTOIRE 1)1" CONCILK

o N'eus refusez la présidence qui vous est oll'erte par notre saint « père le Pape. Etranjj^e chose, si vraiment vous vous souciez « (le l'unité de l'I^^glise! Je ne vois pas (jnelle excuse vous i)ou- « vez invoquer. N'est-ce pas au nom du pape que vous avez (( ouvert le concile de Bàle? N'étiez-vous pas son légat? Ne vous u ètes-vous pas en maintes circonstances couvert de son autoce rite? Et maintenant vous refusez de présider en son nom! (( Pourquoi ce cliang-ement ? Je l'ignore. Je persisterai cepen- « dant à croire et à soutenir que votre bonté, votre vertu vous (( empêchent de vouloir ([u'un scandale éclate... Il semble bien (( que je sois sûr de vos bonnes intentions : et pourtant, je vous (( en supplie du fond du cieur, j'en conjure la miséricorde « divine, ne songez, ne travaillez qu'à la pacification et au (( salut de l'Eglise, ne vous laissez pas entraîner à ce qui pourrait (( conduire au schisme... Les circonstances sont plus que jamais « critiques, le moindre accident peut causer une perturbation (( étrange. Vous vous souvenez des maux produits par le schisme « passé, combien la foi en a été ébranlée, la piété amoindrie. Si, (' ce qu'à Dieu ne plaise, l'Église repassait par les mêmes épreuves, " sa blessure, cette fois, serait irrémédiable... Prenez garde, non « seulement à ne pas vous tromper, mais aussi à ce que d'autres « ne se servent pas de vous pour fomenter la discorde, provoquer « le scandale 1... Vous êtes citoyen romain, vous êtes cardinal : « or, les Romains passent pour être responsables du dernier u schisme, et l'on répète couramment que tous les scandales qui « ont éclaté proviennent des cardinaux. Double raison pour (( éviter tout acte capable d'engendrer soit le scandale, soit le « schisme... C'est l'amour que je porte à l'Église de Dieu, l'atïec- « tion que j'ai pour votre personne qui me forcent à vous écrire « ainsi. Ce sont conseils d'ami : recevez-les en bonne part. Dieu « m'est témoin que je vous ai toujours aimé, que je vous aime « encore pour votre vertu. Mais, durant cette dernière partie de « ma vieillesse, je voudrais g-oûter la paix et voir l'Eglise unie.

CESARIM IMM.KXlBI.l-: ADVKRSAIRr. ni' PAPK Zlt

« J al beaucoup vu, beaucoup appris; je retloute biuu des choses: « c'est riiabitucle des vieillards. Toujours je m'elVorcerai de « défendre la dif^nité de l'Eg-lise i-oinaine, l'autorité du saintce sièfii-e, autant ([ue Dieu mêle permettra. I*]t je le supplie humblece ment de vous inspirer aussi la pensée d'a^-ir de manière à saute vej^^arder l'union, la paix del Mj^lise. l;i li JUKjuillitt' et le salut « de la chrétienté '. »

Touchant appel, dont l'éloquence, malheureusement, dut rester vaine ! Cesarinl, je l'imag-ine, répondit ;'i (iiordano que ses remontrances se fussent adressées avec plus de profit à Hug-ène IV lul-niémc. A ce moment, en elFet, le lég-af. dans une lettre écrite au marquis de Mantoue, cherch;ùt à justifier la conduite des pères et à rassurer sa propre conscience en rejetant sur le pape la responsabilité de to"us les malheurs qu'il entrevoyait -. Le concile s'occupait déjà de provoquer des soustractions d'obédience, au cas où le pape ne céderait pas dans le délai prescrit ; l'avenir était sombre : mais qu'importait, en somme, puisqu'Eugène était le maître de sauver la situation ? Cesarini s'en lavait les mains.

Revenons à Eug-ène IV.

Il reçut bientôt du même légat une formule de rétractation. On l'invitait à révo([uer sa bulle de dissolution, à allirmer très nettement l'existence contimie du concile depuis son ouverture, à reconnaître l'inefficacité absolue des tentatives de translation ou de dissolution, à adhérer enfin au svnode franchement, de tout cœur, en promettant de le soutenir et de le favoriser. Si le pape souscrivait à cette formule, toutes les difficultés cessaient. Les pères eux-mêmes n'auraient plus pour lui que des égards respectueux : Cesarini s'en portait garant et consentait, dans le cas

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