J. Haller. III
MEFiANCK gi: l^sl•llu:^T i,i;s pitKsiDKNTs
dain Moriii purlèivnl diins le niènie sens. Parmi les dépulés ii qui raiïaire était soumise, et qui matin et soir s'assemblèrent avec les cardinaux dans le couvent de Saint-François, il nv eut g-uère que l'évèque de Dig-ne, Pierre de \'ersailles, l'abbé de Citeaux, Jean Picart. le provincial des Dominicains de Lombardie, Jean de Montenero, et l'ambassadeur castillan Jean de Torquemada qui lissent valoir, avec le cardinal Capranica, des raisons conciliantes, telles que le besoin de ne pas multiplier d'inutiles désobéissances.
Cesarinl lui-même fut d'avis de n'admettre ses collègues que sous certaines garanties, en leur déniant tout exercice de juridiction coactive et en stipulant le maintien des règles jus(pi'alors ()])servées dans la tenue du synode. Il y avait cependant quelque chose de changé dans l'attitude du légat. A partir de sa grande humiliation de décembre 1431}, la papauté ne trouva plus en lui cet adversaire impétueux qui menait gaiement les troupes bàloises à l'assaut des prérogatives romaines '. Gesarini prêcha le calme dans la commission. 11 ne dépendit pas de lui qu'on ne s'y plaçât sur un terrain de conciliation. Quand il vit le vent tourner du côté de l'intransigeance, il se retira sans conclure.
Le fait est que, sur cinquante et un sulfrages exprimés, il y en eut deux pour l'admission pure et simple, dix pour 1 admission conditionnelle des présidents, trente-neuf pour le rejet des bulles. Après treize jours de délibérations, on put donc rendre compte à Sigismond des résultats : la commission était d'avis de
I. Dans un rapport adressé, de Hàlc, au marquis (k- Mantouo le 11 mars li:il, les paroles suivantes sont rapportées comme ayant été prononcées par(:esarini peu de jours auparavant : <• Voi sapete bcue ehe. avanti che noslro sipnorc il Papa conlirmasse questo sagro Coucilio, ,jn me fasia forto per lo Conoilio eoutra di lui. perché me pareajusto e de far el dcbitomio. llora que tanto liumauissimameulc se è mosso a la conlirmatioue de quello. jo lo vol{rio tenere e( adorarc per mio sauto Padre. .. Lauteurdu rajiport ajoute : >• E cossi conforto cadauno. » ( Archivio Gonzaga de Manloue. Curlcfniio ilcijV inv'nli eii nUri ne' Svizzeri. H .wii. n" .'i.^
Le Pnpe el le (À)ncile. -'
322 LA TIIÈVK ENTRE LK l'Al'l'; ET LE CONCILE
n'admettre qu'Albergati et Cesarini et de iie point les admettre en vertu de leurs bulles (l*"' mars) ^
L'Empereur fut fort ennuyé. L'observation exacte des priiKi[)es de Constance, c'était bel et bon : mais, pour l'amour de Dieu, qu'on prît garde au scandale ! Albergati allait refuser la présidence, du moment que ses collègues en étaient exclus, et Cesarini serait tenté sans doute d'en faire autant : plus dé présidents, plus de concile, débandade générale, défaut complet d'autorité chez les rares suppôts qui resteraient ! Et les engagements pris par Sigismond envers le pape, sur l'invitation même du concile, qui songeait à s'y conformer? Le roi de France, le duc de Bourgogne, les Électeurs de l'Empire avaient tous écrit à Eugène dans le même style. L'Empereur, si les pères ne faisaient point honneur à sa parole, n'avait plus qu'à se retirer, et les Electeurs n'étaient déjà que trop enclins à rompre avec Bàle, Plutôt que de courir ces dangers, ne valait-il pas mieux recevoir les présidents, en les mettant hors d'état de nuire, donner satisfaction au pape sur ce point, tout en sauvegardant l'autorité conciliaire? Il ne s'agissait que de prendre ses précautions. L'évêque d'Olmûtz, porte-parole de l'Empereur, eut alors une expression heureuse : les présidents, dit-il, au milieu du concile, seraient comme ces cadres qu'on fixe au mur avec des clous, et qui ne bougent plus -.
Ce fut un trait de lumière. On ne s'appliqua plus, dans les députations, qu'à organiser un système de garanties propres à rendre les présidents du pape inoffensifs. On fit mieux : on voulut les compromettre ; on tâcha d'obtenir d'eux, au sujet de la suprématie conciliaire, une reconnaissance expresse qu'on n'avait
1. Moniim. Concil., II, (506-60S, 610, 614 ; Relalio mag. Johannis de Se(jobi;t in depulatione Fidei fada super maleria hullnrum de presidenlia (Bibl. Vat. , ms. lat. Palat. 600, fol. 1-31). Cf., dans le nicmc ms. J'ol. 31), un opuscule de Nicolas de Cues, De auctoritale presidendi in Concilia generali.
2. Monum. Concil., II, 629-631 : J. Ilallcf. III, 37: Musée lirilanniquc. ms. Ilarley 3767, fol. 162 v.
GARANTIKS CONTKK LES l>Hl':siDF-NTS 32^^
point osé exiger dlùigène IV. C'est ce (jui l'aillit rompre l'accord.
Certes, les présidents (j'entends ceux (pii avaient rejoint Cesarini à Bàle) se montrèrent accommodants. Ils promettaient de respecter le rèj^lement du concile, se résignaient à n'exercer de juridiction coactive qu'avec la permission des pères, garantissaient de toutes manières la sécurité des suppôts, consentaient il ce que les actes fussent expédiés au nom et sous le sceau du concile, pourvu ([ue mention ,v fût inscrite de leur présence. Ils admettaient, chose plus grave, que si aucun d'eux ne voulait conclure conformément au v(X3U des députations, un autre le fit à leur place, et qu'à leur défaut la présidence revînt au premier des prélats. Ils allaient même jusqu'à se prêter aux formalités de l'incorporation et ne refusaient point le serment d'obéissance aux décrets du concile ([ui avait tant choqué notamment les Anglais.
Cependant, en dépit de cette bonne volonté évidente, quand le sacrifice exigé d'eux intéressait la doctrine, leur embarras était
extrême.
On imagina de renouveler une fois de plus les décrets de Constance : ils supplièrent que cela n'eût lieu ni la veille, ni le jour de leur admission.
Le plus intrépide fut celui dont on se méfiait le moins, ce saint cardinal Albergati qui, sous sa robe de chartreux, portait un cruel cilice '. Revenu à Bàle depuis plusieurs mois ', il n'avait jamais voulu se faire incorporer, manifestant à tout propos son horreur pour le schisme •'. Avi cours d'une chaude
1. \\-si);isiiui.) ilii Histicci (A. Mai. Spicileçi. Itomun.A. Iti-J .
2. Le frère Augustin de Leoiiessa écrivait, de Hàle, le 3 août 1 133 : .< Uecepta est domus pro cardiiiali S. Crucis.et expectatur. Sed habetur pro suspecto. quia illi prelati qui vcncrunt ex parte Pape multis dixerunt quod ipsi mitlebantur ad domimini S. Crueis. » Hihl. Laurent ieniie, plut, xvi, ms. 13. foL S9 V.)
3. l)eiil!>che Reichslafisaklen, XL K3, 87.— Le pape, écrit-on le 11 mars au marquis de Mantoue. a pour lui la grâce de Dieu, le dévouement d Alher^ati, la bonne volonté rie llùnnereur et la sollicitude continue des ambassadeurs \ éniliens
324 LA TRÊVE ENTUK LK PAl'E El' LE CONCILE
discussion, il dévoila le fond de sa pensée. On devrait bien, osat-il dire, charger de pieux et savants personnages d'examiner ces fameux décrets de 1415, pour voir s'ils avaient été fondés sur de justes motifs, si les pères de Constance avaient eu le droit de les édicter.
Ce fut un toile. On cria au scandale, on s'écarta avec horreur du saint homme. Ces légats n'avaient pas la même foi que les pères, et ils prétendaient les présider ! Oui ou non, croyaient-ils que le pape fût subordonné au concile dans les trois cas ?
« Nous croyons ce que croit l'Eglise catholique » : ce fut leur réponse énigmatique.
Mauvaise défaite ! N'étaient-ils pas prélats? Ne devaient-ils pas connaître l'objet de leur croyance? Qu'entendaient-ils, d'ailleurs, par « Eglise catholique » ?
Les présidents se révoltèrent. Ils n'étaient pas des hérétiques pour qu'on leur fît subir un pareil interrogatoire. Ils n'avaient point reçu du pape mandat de faire une profession de foi.
On insista : s'ils refusaient de parler au nom du souverain pontife, au moins pouvaient-ils s'expliquer en leur nom particulier. — « Nous ne reconnaissons pas ces décrets, nous ne les (( reconnaîtrons jamais ! » La vérité avait fini par jaillir de leur bouche, quelque dangereuse qu'en fût la manifestation.
On pense bien que cet aveu sincère ne facilita point l'entente. Les pères, de leur côté, se disaient prêts à mourir pour sauvegarder la foi en ces décrets contestés.
Sigismond, cette fois, était scandalisé de l'attitude des présidents. Pourquoi le concile de Constance n'aurait-il pas même autorité que les autres conciles œcuméniques, dont les canons étaient révérés à l'égal des quatre évangiles ? C'est ce que le
(Arch. Gonzaga deManloue, Carleggio degl inviati ed' altri ne Svizzeri, E xvii, 11° 3;. Eugène IV lui-même écrivait, le 11 avril, qu'Albcrgati avait prouvé sa sagesse et la sûreté de son jugement; il le savait dégagé de passion et croyait superflu de lui indiquer comme il devait se comporter à Bàle (Rinaldi, IX, 173).