‹ La crise religieuse du XVe siècleChapitre 206 sur 257 · DISCUSSION SI R LES DÉCRETS DE · texte numérisé non relu

DISCUSSION SI R LES DÉCRETS DE

naïf monarque ne parvenait point à comprendre, et déjà, prévoyant léchée de ses démarches conciliantes, il proposait de n'admettre à la présidence (ju un des huit légats désignés par le pape, l'orthodoxe Cesarini '.

Ce dernier n'était pas loin de partager ce sentiment. En tout cas, il estimait que ses collègues, après avoir manifesté de pareilles opinions, ne i)ouvaient plus être présidents à moins de donner chacun une adhésion expresse aux principes de Constance. Il ne les dispensait même pas d'assister en personne à la session oîi allaient être renouvelés ces décrets. Les nonces représentaient le pape ; celui-ci et le synode ne faisaient plus qu'un. Le moment était critique : on allait voir consolidée à tout jamais l'autorité des conciles généraux, oubience seraient, au contraire, les idées de la bulle Deus novit qui triompheraient !

Vainement les Vénitiens intervinrent, rappelant les promesses faites au pape par Cesarini lui-même. \'ainement l'abbé de Samte- Justine objecta l'impossibilité de rien décider sans la permission d'Eugène : il était même douteux que le saint-père approuvât les concessions déjà faites. Quant à l'abbé, il n'avait jamais, grâce eà Dieu, été noté d'hérésie, et il aimait mieux, personnellement, renoncer à la présidence que subir un examen au sujet de sa foi. Sur ce, Cesarini, impitoyable, remarqua que Louis Barbo pouvait être quitte de cet examen en un instant: croyait-il, oui ou non, que les décrets de Constance fussent justes et catholiques? Mais non : l'abbé décidément, préférait renoncer à la présidence. D'où le cardinal Cervantes conclut logiquement : « C'est une (( question de foi ; il faut de la lumière. L'aveu des présidents « montre déjà clairement que leur croyance n'est pas la (( nôtre '-. »

1. Monum. Cuncil., II, 0;U. 634, 636.637 : ,1. Haller, III, 42. 45.

2. Mnnum. Concil., II, 640. — II convenait, disait-il aussi, que le saint siè^e reconnût l'autorité des conciles, pour qu'un pape ne fût pas libre de détruire l'Eglise au p-é de sa volonté. L'adhésion du pape au concile impliquait son assentiment aux décrets.

326 LA IIIÈVE ENTRK M', PAl'i; l/l' r,F, CON(;iI,K

Cependant Alberf2^ati, appelé encore une fois, fut mis en demeure de s."expliquer dans la chambre de l'Empereui'. Il h' lit en ces termes : « J'ai dit que, si le concile n'était pas aujourd'hui « asseniblé, il faudrait le réunir, ne fût-ce (jue pour déterminer (( le sens des décrets de Constance sur l'autorité des conciles. « Je veux toujours garder la foi catholi(]ue et obéir à notre sainte « mère l'Eg-lise. En ce (pii concerne ces décrets, je ne prétends (( pas m'élever contre eux : je me conforme aux décisions du « concile de Constance et du concile de Bàle canoniquemcnt « assemblé ; je me conforme à ces décrets de la manière que les (( comprend et les admet VEglise. selon la doctrine des saints et « des anciens docteurs K » Par cette déclaration, qui fut d'ailleurs jug-ée insuffisante, le pieux cardinal se rapprochait d'Antoine de Roselli, et indiquait la solution qui avait déjà probablement les préférences de la cour de Rome : ne point renier les décrets de 1415, mais tâcher de les interpréter dans un sens favorable à la doctrine traditionnelle. C'était une attitude déjà plus conciliante que celle qu'il avait adoptée, ainsi que ses collègues, lors des précédents débats. Mais ces hésitations, ces tâtonnements, ces scrupules montrent assez que les présidents de 1434 n'avaient, pas plus que les nonces de 1433, d'instructions précises au sujet de la manière de résoudre l'angoissante difficulté que soulevaient les décrets de 1 415.

L'hiver s'acheva au milieu de ces discussions pénibles, et les meilleurs esprits constataient tristement que le concile n'abordait toujours pas la réforme -. De concession en concession,

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