‹ La crise religieuse du XVe siècleChapitre 207 sur 257 · Moniiin. Concil.^ II. 6 il · texte numérisé non relu

Moniiin. Concil.^ II. 6 il

2. Ibid.. p. 359, 669, 697-699 ; J. Haller, III. 74, 184, 190; Concil. Basil., V, 94, 101 . — Si^isiiiond, par exemi)le, comme im lui réclamait une constitution en faveur du clergé, semblable à celle de Charles IV, la (JaroUne, répondit par cette boutade : " Ces clercs veulent de moi une Caroline ou une Sigismondine. Quils nous fassent donc une Basiline, pour commencer, c"est-à-dire une constitution réformant l'Église! » (Ihid.,p. 681.1 Les pères, bien entendu, rejetaient sur le pape la responsabilité de cette faillite, tandis que les représentants du pape accusaient le concile. Ce qui faisait dire encore à Sigismond: " Le pape et le concile devi-aient, au contraire, faire com ne les deux mains qui mutuellement se lavent. » Ibid., p. 6:'.().;

i;«).N(,i;ssiONs faitrs pais \.ks pfiesidknts 3:27

les présidents, livras h l'ux-mêmes, en vinrent à accej)ler les conditions suivantes, projjosées |)ar TEnipereur '. Ils se feraient inctirporei' i-l piètoiaicnl. en leur nom privé, le serment imposé à tous K's nuMnl)ics du concile, aucjuel serait ajoute- désormais une clause visant tout spécialement les décrets de Constance. Ils seraient admis à la présidence sous les réserves déjà stipulées. Kniin ils n'assisteraient que s'ils le voulaient bien ii la session où seraient renouvelés les décrets de Itl'). Cet arrangement, approuvé le 7 avril dans les députations, semblait clore le débat, quand soudain une nouvelle exig-encc des pères, ou j)lutôt le besoin (pi'ils éprouvèrent de définir nettement la situation, faillit amener une rupture.

Au projet de décret on ajoutait ime phrase expliquant que les actes du concile passés sous la présidence du premier des prélats auraient même valeur que les actes passés en la présence des présidents. G était enlever à cette dernière toute sij^nification. Les I présidents pouvaient s'abstenir, se retirer : leur désapprobation n'empêcherait rien, n'arrêterait rien ; remplacés aussitôt, ils ne pourraient môme pas ralentir le torrent qui emportait l'Mglise vers des destinées inconnues.

Alber^ati, parlant au nom de ses coUèg-ues, fit observer que le projet de décret avait été discuté, arrêté, porté même par lettre à la connaissance d'Eugène, et qu il n'y avait plus moyen d'y rien changer. On ne pouvait surtout pas leur demander de concessions nouvelles : ils non avaient que trop accordé. Les reproches déjà leur arrivaient de Florence.

I. I^e 5 avril, d'api-ès le ms. Ilarley 3767 (fol. 193 r") du Musée brilanui([ue. — \'ers le 9 avril, on craignait, à Bàle, ([ue la nouvelle de l'accord conclu par le pape avec Sforza (v. plus loin, p. 33 i; ne rendît confiance aux présidents et ne les portât à rompre les enira^enienls déjà ])ris : .. M prcfiiti l'rcsideiiti sono rimase d'acordo una voila se^îondo la firmatione di dicli capiLoli. Ma hora se dubita per qucsta novella sopra/onta de lo acordo del Papa al conte Francescho, che non siano insu|icrl)iti. zoè li trc, Taranto. l'adoa e S. .lustina. Ma, se vorano contradire a quello che una volta hauno coulirniaLo, <-red<) ne ca/.cra una graiule errore. » (Archivio (îonzaga de Mantoue. (Jarteygio deyi iiiri;iti eil allri ne' Srizzi'ri. K XVII. n" 3.j

328 LA TR1>.VK ENTRE Li; l'AI'i: Kl' LE CONCILE

Sigismoiul, lui, s'étonnait de rétonnement des présidents. Il avait toujours compris que l'eiracement de la papauté était un fait acquis, et qu'il serait loisible aux pères de se passer, quand ils voudraient, de la coopération des représentants du pape. Autrement, ceux-ci n'auraient qu'à se tenir à l'écart, sous un prétexte quelconque : ils annihileraient l'œuvre de l'assemblée. En se voyant si bien compris, Alberi,^ati voulut partir ; on eut grand'peine à le retenir.

Cesarini, à son tour, s'efforça de démontrer que la clause ajoutée au projet était implicitement contenue dans les conventions primitives ; ou bien que faisait-on, sinon se jouer des conciles? Albergati, cette fois, s'élança vers la porte, et ses collègues le suivirent.

Le désarroi était k son comble. L'Empereur ne voulait plus se mêler de rien ; Cesarini trouvait « horrible » qu'on laissât repartir les présidents de la sorte. On convint de renoncer à l'addition projetée ; en revanche, les présidents reconnaîtraient devant les députés que la clause était de droit. Ils refusèrent. Au moins qu'ils tissent cette déclaration devant Sig-ismond ! — Encore une fois, non ! L'on se contenta alors d'ajouter quelques mots indiquant, d'une manière vague, que les conditions mises à l'admission des présidents « auraient dans tous les cas leur force et « leur effet». Les présidents finirent par accepter ce texte obscur.

Au dernier moment, une opposition imprévue surgit encore. Un des ambassadeurs du comte d'Armagnac, Ravmond d'Aressv, prieur de la Daurade, signala l'extension abusive donnée à certains mots d'un des décrets de lil5, seu ad ea pertinentihiis ' ; on en arrivait à forger un dogme contraire à la foi, au droit et à la vérité : avant de rien innover, il importait de bien définir le sens de ces mots. Pour sa part, il ne consentirait au renouvellement de ce décret cpi'après avoir reçu de nouvelles instructions de

J. y. plus haut, au début de llntiNKluction.

SF.RMRNT IMPOSÉ AIX PRKSIDKNTS 329

son maître. C'était la protestation d un esprit modéré contre les exatréralions (liiii Nicolas de Cues. Mais cet ambassadeur fut désavoué par ses collèj^uos, menacé de poursuites par le procureur do la foi. (À\sariiii mit lin à la discussion en faisant remarquer que ri-',v:m«;ile lui-même pouvait donner lieu à de fausses interprétations. v[ (pu'. (piand un doute se produirait au sujet du décret de Constance, le concile était là pour l'éclaircir.

A bout do force et las de batailler i, les quatre collègues de Cesarini présents à Bàle, l'abbé de Sainte-Justine, l'évéque de Padoue, l'archevêque de ïarente, Albergati lui-même, se lai.ssèrent incorporer et, pour cela, .se résignèrent à prêter, on leurs propres noms, le .serment de travailler au .succès du concile, de ne pas s'en éloigner sans sa permis.sion, de défendre et de garder ses décrets, particulièrement ceux qui, empruntés au concile de Constance, établissaient la subordination du pape aux conciles généraux: addition importante au serment habituel, faite tout spécialement à l'intention des légats. Ils étaient les premiers dans la chrétienté à jurer solennellement l'observation du nouveau dogme (24 avril 1434).

« Admirable œuvre de Dieu ! » s'écrie Jean de Ségovie, qui voit dans cette victoire la consécration définitive de la suprématie conciliaire. «Que la postérité le sache », ajoute-t-il en enflant la voix : « ils ont été vaincus dans le combat ceux qui « avaient tant lutté contre cette doctrine, avec de si puissants « soutiens. Nombre de pères voulaient les admettre purement « et simplement, en vertu de leurs bulles : mais la vérité a (( vaincu le monde - ! »

1. Le 20 avril 1434, Georges Cesarini écrivait encore, de Bàle, à Mathieu Correr: « Orta est non mediocris suspilio apud istos de Concilio quod ipsi Présidentes aliquam sinislram inleiilionein non haheanl. (|uando islud aiiquo modo acceptare nulunt. N'am qnaniplurcs de Concilio suspiiantur. quando ali(iiiid in Concilio determinatnm essel ipiod liaberel tangere personam Pape, lune ipsi Présidentes adesse forsilan nollcnt, et hoc modo verli posset in dubium apnd nuiltos utrum illud artiiin Presidenlilms non presentihns essel validum et firmum.... » (Archivio Gonzaga de Mantnue, (liirlvtfijio deyi iiivi:ili ed'ullri nv' Svizzeri. K xvu, n" ^.]

2. Monum. dmcil., II. 041," 6 '.5, 647-6 49 ; J. Ilaller. 111,60,80.

'^30 i,A Tiîî:vE KNrni: i.i: pai'i; ei m: concim'-

Jean de Torquemada, au contraire, insiste sur la contrainte que subirent les présidents et sur le caractère personnel de leurs eng-agements '. 11 est certain qu'ils ne jurèrent l'observation des décrets de (Constance et de Bàle qu'en leurs noms particuliers, non comme représentants du pape, dont ils eurent soin de dégager la responsabilité par une protestation secrète-: leur défaillance, si défaillance il y a, n'intéressait qu eux seuls.

Le surlendemain eut lieu la dix-septième session, dans laquelle ils furent admis, ainsi que Cesarini, à présider au nom du pape. Le décret maintenait les anciens règ-lements, faisait une obligation aux présidents de conclure conformément aux décisions du concile, annonçait qu'à leur défaut, ou sur leur refus, ce soin incomberait à un prélat, le premier en rang, à défaut de celui-ci, au second, et ainsi de suite 3.

Cette long"ue querelle n'eut son épilogue que deux mois plus tard, dans la dix-huitième session, où les pères se donnèrent la satisfaction de renouveler encore une fois, comme ils se l'étaient promis, les fameux décrets de 141o ^. Pour compenser l'ellet de cette manifestation, les présidents auraient voulu qu'on renouvelât en même temps un autre décret du concile de Constance, celui qui condamnait l'erreur hussite consistant à nier que Pierre fût le chef de l'Eglise ; la proposition en avait été faite, dès le 30 avril, par Pierre de Versailles ; mais, malgré l'insistance de l'évêque de Digne, le concile refusa de se prêter à cette sorte de jeu de bascule. Il ne tenait pas à ce qu'entre les deux pouvoirs l'équilibre fût de sitôt rétabli.

Le 2(> juin, après la messe, un des promoteurs vint avertir les

1. Sumina de Ecrlesia, lib. II, cap. 100; cf. lit). III, cap. 23.

2. Ils n'acceptaient, dirent-ils, la présidence dans ces conditions que pour éviter un plus j;rand scandale, et ils n'entendaient parla causer aucun préjudice au saint-siège llinaldi, IX. 20.3).

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