‹ La crise religieuse du XVe siècleChapitre 213 sur 257 · Monam. Concil · texte numérisé non relu

Monam. Concil

2. A. de Tummulillis, XoUhilia lemporum (éd. C. Corvisieri, Rome, isito,

3. VitaN. Capponii, col. 102: N. Capponi. coi. II8I : FI. lîiondo, p. 180, ISl. Letti-e des Conservateurs et Caporioni à Sig-ismond du 10 mai 1432 (Bibl. nat., ms. lat. 157;"), fol. 97 r" : Ampliss. collecl..VUl, 117, sous la date du S mai). Deutsche Reichslansaklen. X. 819.

4. Monum. ConciL, 11.717: cf. p. 711. .\.de Tummulillis. loc. cit. sous la date du 22 mai). Infessura (éd. Tommasini , j). 32. FI. lîiondo, p. 481. Paolo dello Mastro, p. S3 (sous la date fausse du samedi 29 juin); N. délia Tuccia, p. 136 ; A. dei Veghi, p. 15. Cron. di Boloçina, col. 648 (sous la date du 1" juin).

5. A. de Tummulillis, P. dello Mastro, FI. lîiondo, Cron. di Bologna, loc. cil. ; Cron. del Graziani, p. ;i81. Erich Konig, Kardinal Giordano Orsini, p. 73.

i.H i-Ai'i; iMiisu.\.Mi;it 38U

d'abord à Saint-Chrvso^one, ensudc dans \v palais du pape ("alliste, contii^u ii Saint-Marie-au-Trastévère, s'y voyait abandonné de presque tous ses serviteurs. Son neveu lui était resté : Ton vint l'arrêter sous ses yeux, mal^^ré ses larmes '. Parvenu à ce comble de détresse, le malheureux pontife ne trouvait [)lus en lui-même la moindre force de résistance ; il répondait doucement aux sommations des révolutionnaires et se laissait arracher, pour la livraison d'Ostie et du Chàteau-Saint-Anfje, des ordres (jui. par bonheur, ne furent point exécutés.

Du dehors, le secours n'aurait pu venir que d'Attendolo. A la nouvelle de la révolution, ce chef s'était ra[)proché de Kome, occupant la porte de Saint-Sébastien et campant à Saint-Paulhors-les-Miu-s. Mais il n'avait qu'un but : joindie François Sfor/a. Après avoir razzié la Campagne, il consentit, pour obtenir le passage à travers la ville, à signer une trêve de deux mois avec les « gouverneurs de la liberté de la République des Romains "-». Cela ne faisait guère l'affaire d'Eugène IV. Fortebraccio, de son côté, redevenu libre de ses mouvements par suite de l'éloignement d'Attendolo, opéra, à Vetralla, sa jonction avec l'autre soudoyer du Visconti, Piccinino -K

Le pape était prisonnier. Autour de lui, les Romains montaient la garde de jour et de nuit ; nul ne pouvait l'approcher sans leur permission ' .

Leur dessein, paraît-il, était de l'amener à se transporter dans

1. Dans le registre des Mandali ll;50-3'i des Arcliives dKtat de U(jine, un lit encore un mandement de François Condolmario du 2a mai 143 i (fol. 113 v° : tout le reste des feuillets est resté blanc.

2. C'est ainsi qu'ils sintituleat dans une lellre du (> septembre aux prieurs des arts de Pérouse (Arrliivio slor. italiano, XVI, ii, 1851. j). 581'.

3. ri. Ui<uulo. p. 178, 181 : N. délia Tuccia. p. 136, 13" :.\. deTinnuudillis, /oc cil. : P.dellii Masliu.p. S3 : infessura, p. 32 : Crnnica di UoUujnn. cul. (ils : ,1. Simuuela, cul. 225 : Neri Capponi, col. 1180: G. Canibi. Islorie {Delizie deyli enul. Toscani, \\. 18H .

;. Laurent \alla prétend, contre toute vraisemblance, que les Romains auraient laissé i)artir lùiKcnc s'il avait voulu conclure la paix et leur abandonner l'administration municipale (De falsa Conslnnliiii Jonatione declnninlin. Opéra. p.7!»3 .

3i.O LA TRI^VË ENTRK l.i: l'.VI'i: Kl LK CoNCll.K

le palais Colonna. Là, au cœur de Home, ils reussent plus facilement i^ardé, à l'abri de toute surprise, jusqu'au jour où le concile et le duc de Milan eussent prononcé sur son sort. Kn attendant, ils envoyaient à Fortebraccio l'étendard de lîonie, le proclamaient leur capitaine fi^énéral. Ils invitaient même Piccinino à se rapprocher avec ses troupes, oll'rant de lui livrer, pour le compte du Visconti, et la ^'ille éternelle et le souverain pontife '.

Il ne restait au pape d autre ressource que de fuir, et sans perdre de temps. On lui en donnait le conseil, sans lui en fournir les moyens. Son bon sens lui inspira peut-être la meilleure conduite qu'il pût tenir dans cette conjoncture critique. Il affecta en public une entière sécurité ; il ne cessa d'accueillir les Romains avec bienveillance ; il parut même déjà consolé de la perte de son autorité, à la pensée que, déchargé des soucis du gouvernement, il consacrerait désormais tous ses soins aux alfaires de l'Église, sans que la ville de Rome y perdît, bien au contraire. Cet optimisme si humble, cette résignation, cette humeur charmante, qui, de la part d'un saint homme, devaient moins étonner, en imposèrent à ses gardiens: ils se relâchèrent un peu de leur vigilance. On va voir qu'Eugène IV sut mettre leurs distractions à profit.

Le fleuve offrait naturellement l'issue la plus facile : il est vrai que les Romains en avaient confié la surveillance à quelques énergumènes qui avaient ordre de couler toutes les embarcations abordant sur la rive droite comme pour venir chercher le pape. Un batelier pourtant accepta de tenter l'enlèvement d'Eugène ; mais, dans son zèle intempestif, il nettoya si bien la berge, il recouvrit sa barque d'une tenture si luxueuse que son projet bientôt ne fut un secret pour personne : rames et voile furent confisquées, et l'évêque de Tropaa, qui avait soudoyé l'homme, n'eut plus la permission d'approcher du saint-père.

1. Fl. Biondo, p. 581 ; Cronica del Graziani, p. 382; Ncri Capponi, col. 1181 ; Nerii Caponii vita, col. 492.

ÉVASION d'eUGÈNK IV 3il

Le 4 ou le;) juin', au matin, un des plus anciens serviteurs d'Eugène, le u soudan des prisons pontificales », Jean de Melelo -, reconnut, dans le Trastévère, un de ses compatriotes, un nommé \'alontin. attaché en qualité d"« écrivain >, c'est-à-dire (K' commissaire, ;i un pirate d'Ischia, Vitello, avec qui le pape s'tlait entendu récemment pour le service de la police en mer vers l'embouchure du Tibre'. Or. la «;alère de Vitello était mouillée à Ostie, et Valentin, son écrivain, avait remonté le ileuve dans une barque de pèche, pour venir aux provisions. Jean de Meleto s'aper(,iit vile que \^alentin était homme à tenter de faire évader le saint-père. Il lui ordonna de mouiller au milieu du Tibre, tandis que ses compa<i^nons termineraient leurs emplettes, et il revint avertir Eu*;fène IV.

Il était onze heures du matin environ '*. Toutes les sentinelles dormaient. La résolution du pape fut aussitôt prise *. Revêtus, lui et Jean de Meleto, de deux frocs noirs de bénédictins, le capuchon à moitié rabattu sur le visage, ils sortent de la chambre, descendent au rez-de-chaussée, sans provoquer, de la part des curiaux qu'ils rencontrent, le moindre témoignage de respect, en concluent avec plaisir qu'ils ne sont point reconnus, gagnent une porte de derrière et enfourchent deux de ces mules efflanquées dont se servent les moines de Saint-Paul'', tandis que,

1. La date du 5 est fournie par FI. Biondo et par G. Morelli p. Ils . Ant. de Xvi^Yn éd. Ariodautc Kabreiti, II, 13 (Idiiuo cellcdu 2 juin; G. Canibi Deliz. di erud. Toscani, .\X. 189 et \a Cronicn di liohnina (coi. 649 celle du i. N. délia Tuccia (p. 13S Ijcsite entre le 4 et le 5. Inl'essura p. 32) se trompe évidemment en retardant révasiou jusqu'au 1 i juin, de même que Paolo dello Mastro (p. 84) en la renvoyant au i juillet.

2. Il e.\er(,"ait déjà cette charge le 1"" décembre 1431, et était qualifié de « noble homme » lArch. d'Étal de Rome, Tes. ponlifîcio, Bullelœ, 1431-34, foi. 67 r»).

3. Vilello était napolitain : c'est ce qui a fait dire que sa f^alère était envoyée au pape par la reine tie .Naples Xcri Gapponi. col. 11 M; Islurie di Firenze. Murât., XIX. 970 ; Monstrelet. éd. Douët d'Arcq, V, 88i.

4. On place ([uelquefois cette scène, à tort, vers le milieu de la nuit^v. Gregorovius, VII. 53 .

T). Il n'y a rien d'exact sans doute dans la version d'.\. de Tummulillis p. 38^ : le pape fei^naïadétre malade et envoyant chercher un frère mineur, avec lequel il aurait échangé ses vêtements. Cf. Croatca di Bologna, col. 649.

6, A. de Tiimmiilillis donne à Eagène IV un frère mineur copinie compagnon

342 I.A Tlth^^VE KNTRE LK l'APE HT LK CONCIEE

dans la cour du palais, le patriarche de Jérusalem et les évèques d' Aucune et de Parenzo feignent d'attendre luie audience et répondent à une troupe de Trastévérins, qui survient sur ces entrefaites, que le saint-père doit se montrer aussitôt après sa sieste.

Eugène I\ et son compagnon g-agnent ainsi la llipa Grande', l*révenu par un échanson, Valentin, aidé de Jean de Meleto, fait descendre, non sans peine, le pape de sa monture, le soutient dans sa marche chancelante sur la déclivité de la berge et, entré dans l'eau jusqu'à mi-corps, le transporte dans le bateau : misérable embarcation, souillée de boue, garnie de paille, au fond de laquelle on couche tout de son long- le successeur de saint Pierre. Aussitôt les hommes se penchent sur leurs huit avirons, et la barque commence à descendre le fleuve.

Cette scène cependant n'avait pu échapper à l'attention des nombreux marins du port. Ces moines si pressés qui laissaient leurs mules k l'abandon, cet embarquement précipité qui eût ressemblé à un enlèvement s'il eût été moins silencieux, ce départ clandestin de Valentin, homme connu de tous et qui pourtant n'avait dit adieu à personne, toutes ces circonstances singulières donnaient à réfléchir ; mais, tandis que les bateliers formaient leurs conjectures, la barque avait déjà dépassé la tour de la Porta Portese -.

Or, depuis l'emprisonnement de son neveu le camerlingue, Eugène IV avait gardé près de sa personne, au Trastévère, le seul cardinal qui ne l'eût pas abandonné, Antoine Casini, lequel, apprenant par léchanson l'évasion du pape, jugea le moment venu défaire en hâte ses paquets. L'agitation, le trouble de ses

dans sa fuite. Infessiira 'p. 32; et Platina fol. 125 v°) parlent d'un frère Arsène. Plus inexacte encore, la C/'onaca de/ Gruziani (Archivio slorico ilatiano, XVI. i, 381) prétend quEug^ène IV se sauva avec un cardinal.

1. Suivant N. délia Tuccia (p. 138), le pape aurait été accompagne de son soudan, monté, et de son cuisinier, à pied. G. Cambi fp. 189) parle de trois serviteurs, outre le soudan, escortant Eugène IV.

2. X. délia Tuccia en fait un brigantin, et A. de ïummulillis ime galère.

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