Jean de Scgovie [Moiiiim. Concil., II
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Quoi (ju'il en soit, l'impossibilité physique où Eugène se trouvait de songer à aucun déplacement lointain, la guerre déchaînée dans le pays ihénan. la lenteur du clergé à se mettre en hranle. la nécessité d'une nouvelle convocation ~, l'approche de l'hiver cjui sans doute empêcherait cet ordre de produire son elTel, d'autres raisons encore que le pape voulait taire •', et ([ui pourraient être, entre autres, l'attitude agressive prise par le roi des Romains à l'égard de Venise '', par suite, la méfiance de plus en plus justiliée que devait inspirer à un pontife vénitien le séjour du concile en une ville impériale: tout contribuait à dissuader Eugène de prolonger l'épreuve inutilement tentée à Bâle.
11 ne voulait point pourtant, comme avait pu le donner à entendre la lettre de l'évêque de Cervia, ajourner le concile à dix ans. Mais quelques mois du moins lui étaient nécessaires pour respirer, rétablir sa santé, achever de réduire les rebelles. A l'expiration de ce court délai, il entendait tenir le concile dans une région moins inabordable et mieux connue.
Bologne fixa son choix. 11 avait conservé bon souvenir des dix mois durant lesquels, comme légat, il avait gouverné cette ville (1423-1 i2i), et si, quatre ans plus tard, la révolte y avait triomphé, il .savait gré aux Bolonais d être rentrés dans le devoir aussitôt après son avènement. Le vénitien qu'il y avait envoyé comme gouverneur ou, plus exactement, pour partager le pouvoir avec un conseil de vingt citovens, commençait déjà à y effacer
1 . .Vbbô E. Vaucollc. La Brel,i(/ne et h concile de Bide Annales de Saint-Louisdes-Français, 190<). p. 5.35\
2. On erfîolii sur ce mot. Bcaupère, de retour à Bâle, se défendit de l'avoir prononcé : il avait seulement, disait-il, demandé au ])ape dincilcr. par ses paroles, SCS lettres et son exemple, les prélats à venir .1. Ilaller, Concil. Basil., I. 2S3\
.3. « Honestatis causa » bulle du 12 novembre). Ailleurs Eugène répète que toutes ses raisons ne sauraient être divulguées « sine nota quoriimdam prin'-ipum » [Moniim . (Concil.. II. 151, 157 ; cf. Mansi, XXIX, 48" .
S. Deiilsclw Beiclislaysaklen.X, Z\:\ o{ suiv.
122 EinÈNE IV ET l,K CONCILE DE lîAEE
les traces de rniiarchie par des ordonnances réparatrices ^ . De plus, à l'avantage d'être moins éloignée de Home, Bologne joignait celui d'être également plus près de Gonstantinople. Martin V, à la fin de son règne, avait obtenu l'assentiment de Jean Paléolo^-ue au projet d'un concile d'union qui devait se tenir en une des vdles de la côte orientale d'Italie. Ces pourparlers venaient de reprendre, et Bologne était une des cités qui avaient le plus de chance d'être agréées par l'empereur et par le patriarche de Gonstantinople '. Dès lors, pour ne pas tenir deux conciles à la fois, il y avait tout avantage à ne point poursuivre plus longtemps l'essai infructueux de Bcàle et à concentrer les efforts de la chrétienté et du saint-siège sur la célébration, dans un délai de dix-huit mois, à Bologne, d'un concile général de réforme et d'union.
Ce concile, dans la pensée du pape, ne devait pas se substituer à celui de Bâle, comme celui de Sienne à celui de Pavie.
1 Cron. di Bologna (Murât., XVIII, 631, 632, 637) ; Ann. Bonon. {ihld., col. 871- 73) • Pompeo Vizani, Dieci lihri délia hisloria délia sua patria (Bologne, 1596, in-4'') p 318 etsuiv.. .334 : G. Permise, p. 55-63, 72, 77-83. — Les ordonnances de Fantino Dandoli se trouvent notamment à TArchivio del Gomune de Bologne, Libro Fantini. fol. 8 r», 10 et suiv., 19 v», etc. — Quelques jours à peme après avoir pris cette détermination, le pape eut lieu de craindre que la tranquillité de Bologne ne fût troublée par les intrigues du duc de Milan. Gest ce que prouve la lettre suivante, du 4 décembre 1431, adressée à Baptiste Ganedoli : " Relatum est nobis aliquos nunccios dilecti filii nobilis viri ducis Mediolanensis cum nonnullis civibus Bononiensibus in civitate nostra Bononie per hos dies practicas aliquas tenuisse"; quas et si, de fidclitate et devotione populi Bononiensis, de prudentia et sollicitudine gubcrnaloris, de fuie et circumspcctione tua plurimum in Domino confidentes, non muUi existimemus, aut quitquam proinde grave vereamur. liortamur tamen in Domino dilectionem tuam ut, quemadmodum precipue dilectionis filios decet, quinam hii cives sint qui taies cum prefatis nunciis practicas et sermones tenant, diligenter inquiras, eorumque incepta atque intentiones pro posse infringas, de hiisque... cum dilecto filio Fantino Dandulo sollicite conféras. » (Arch. du Vat., Reg. 370, fol. 46 r».) - Gette hostdite milanaise fut, d'ailleurs, une des objections soulevées contre le choix de Bologne. On ^e plaignit aussi des épidémies fréquentes dans cette ville et de 1 espnl turbulent de la population, mais surtout du voisinage de Venise et des raisons qui devaient faire craindre pour l'indépendance des pères (J. Haller, I, 289, 296,
^.Gecconi, Sludi storici nul Concilio di Firenze (Florence, 1869, in-S»), I. p. 59,
69, xviii
NorvEAr c.ONr.iLK roNvouiK a molocm:
Sorte de synode complémontnire. il ne comptait pas dans la série des conciles périoditjues dont la célébration était ()l)lij,^atoire depuis Constance. Mais, pour respecter les termes du décret Frequcns. dix ans après la fin du concile de Bàle, un autre concile s'ouvrirait : Euj^ène se hâtait d'en détermmer le lieu, en ne consultant à ce sujet les pères que pour la forme ; il dési^^nait une ville située hors d'Italie, une ville voisine de la France, Avifrnon, s'imai^inant que cette concession k longue échéance serait une compensation suffisante au déboire qu'allaient éprouver les Français.
Tel fut l'objet de deux g^randes bulles datées du 12 novembre li3l. L'une, destinée peut-être à être montrée la première, se bornait k donner au légat le « pouvoir » de dissoudre le concile, au cas où il en subsisterait encore quehjue vestige, et celui de convoquer le clergé à Bologne; elle avait l'air de s'en rapporter au légat et aux pères du soin de déterminer le lieu de réunion du concile suivant '. La seconde, au contraire, prononçait d'autorité, la dissolution du synode actuel, et enjoignait à tous prélats, sous peine d'excommunication, de se rendre à Bologne dans les dix-huit mois, à Avignon dans les dix ans -.
Pour prendre ces graves mesures, le pape s'abritait derrière l'assentiment de dix de ses cardinaux dont les souscriptions autographes, en effet, se lisaient au bas des deux bulles du 12 novembre. Ce qu'on a pu déjà conjecturer des sentiments méfiants du sacré collège à l'égard du concile explique suffisamment une telle approbation '. \\n outre, l'on a dit que, voyant Eugène malade, les cardinaux voulaient éviter qu'en cas de mort du pape les gens de Bàle entreprissent de lui élire un successeur '*. Giordano Orsini l'atteste : plusieurs des cardinaux qui, dans la suite, désavouèrent cette dissolution l'avaient eux-
1. Rinaldi. IX. 10 5 ; Monum. Concil.. II. TO. •2. Ihid.. p. 67.