LORD HALIFAX
Depuis 1866, TEsprit-Saint a continué et perfectionné son œuvre. Il existe en Angleterre, depuis 1859, une association qui tend à établir l'unité dans l'Église anglicane :
English Church Union, En 1886, son président, lord Halifax, s'adressant à cette société à l'occasion de son vingt-septième anniversaire, lui disait :
« Si une autorité centrale est bonne pour la communion anglicane, une autorité
centrale doit être bonne pour l'Église entière... L'Église d'Angleterre doit-elle rester acéphale et sans aucun centre commun?
Pouvons-nous rien concevoir de plus favorable à l'unité de l'Église qu'un tel centre, pourvu toujours que le principe de centralisation soit accepté de manière à sauvegarder les droits de la juridiction locale?
Certainement ceux qui reconnaissent la légitimité d'un appel de l'archevêque de Cantorbéry au conseil judiciaire, n'ont pa& à émettre des scrupules pour un appel à un évéque chrétien. Y a-t-il un chrétien instruit qui ne préférerait Léon XIII au Conseil privé (1)? »
Même dans la bouche d'un protestant connu par son dévouement à l'Église anglicane, ces paroles qui, dans les premières années de ce siècle, eussent soulevé une
(i) Cité par Fernaiid Dalbus dans un article du Mondcy T.'j mai 1895.
véritable tempête, n'excitèrent ni indignation, ni surprise.
Le 14 février de cette année 1895, lord Halifax est allé plus loin. Dans un grand discours prononcé à Bristol, l'illustre président de VEnglish Church Union n'a pas craint de dire :
« Autrefois, il n'y avait qu'une seule Eglise, et de cette Eglise, et de cette unité (je parle de l'Occident, que j'ai plus particulièrement en vue dans mon discours) Rome était le symbole et le centre. Rome fut non seulement le seul siège apostolique de l'Occident, non seulement la gardienne des tombeaux des grands apôtres Pierre et Paul, non seulement elle fut glorifiée par la longue liste des martyrs qu'elle avait enfantés, par la distinction de ses évêques, par sa primauté reconnue et les relations étroites qui l'unissaient à toute l'Église d'Occident; mais, en ce qui concerne l'Angleterre, Rome fut la source d'où nos an-
cêtres saxons tirèrent leur christianisme...
Cantorbéry 'était la fille de Rome. La beauté du spectacle que présenterait l'Église d'Occident réunie une fois de plus, la disparition des schismes et la paix régnant de nouveau entre tous ses membres, doivent faire désirer à tous le jour où l'Eglise d'Angleterre , notre propre Église , que nous aimons tous, sera unie de nouveau par les liens d'une communion visible avec le Saint-Siège et toutes les Églises de l'Occident... Nous sommes convaincus, et chaque année nouvelle affermit notre conviction, que la grande renaissance religieuse en Angleterre, commencée par Wesley, continuée par Siméon, reprise de nouveau par les grands chefs du mouvement d'Oxford..., et tous les autres signes innombrables de vitalité apparaissant de toute part ne peuvent, dans les desseins du Dieu tout-puissant, avoir d'autres résultats que le retour de la communion entière des
fidèles anglicans, chez nous, en Amérique et dans nos missions répandues sur la terre entière, aune réunion générale. »
(( ... Ne craignons pas de le dire franchement, l'union avec Rome est possible, elle est désirable. Déclarons-le sans détour, nous désirons la paix avec Rome de tout notre cœur. »
VEnglisJi C hure h Union compte 35.237 adhérents parmi lesquels 4.277 membres du clergé, et 26 évêques. Quelques semaines après ce discours, lord Halifax était réélu président de cette société. Ce n'était point l'Eglise anglicane tout entière qui, à Bristol, parlait par sa bouche. Mais on se tromperait considérablement si dans ses paroles on ne voyait que l'expression d'une opinion individuelle. L'homme qui a formulé si nettement le désir de placer de nouveau l'Angleterre sous l'autorité du Saint-Siège n'est pas, comme on pourrait le croire, un de ceux qui ne tiennent plus à T Eglise an-
glicârie que par un fil prêt à se briser. Il y est attaché au contraire par les racines les plus profondes. Il désire bien la réunion de cette Église à l'Église romaine, mais sans vouloir reconnaître qu'elle soit hérétique, a La réunion générale, dit-il dans ce même discours de Bristol, voilà notre désir; quant à nous séparer individuellement de notre Église, c'est une idée qui ne nous vient même pas... Si on nous demande de renoncer à la communion avec l'Église d'Angleterre en donnant pour raison qu'elle est hérétique, nous répondrons : Il n'y a rien dans sa doctrine autorisée qui ne soit enseigné dans les chaires et dans les catéchismes de l'Église romaine elle-même. »
C'est ainsi que, chez les Anglais les plus fortement ancrés dans une hérésie que leurs préjugés d'éducation les einpêchent de reconnaître, des idées catholiques se mêlent aux idées protestantes. Un courant traverse en ce moment l'Église anglicane qui pousse
vers Rome une partie de ses membres, et qui finira, tout porte à l'espérer, par l'y entraîner tout entière. Quand et comment cela se fera-t-il? c'est encore le secret de Dieu. Tout ce qu'il lui plaît de nous laisser voir, c'est qu'il veut qu'à son travail souverain nous unissions nos petits efforts et que nous fassions avancer son œuvre par nos prières. Parmi tous les mérites de lord Halifax, un des plus grands est d'avoir compris cela et de s'être appliqué à le faire comprendre autour de lui. a Dieu, disait-il encore à Bristol, nous demande de faire notre possible afin de pouvoir à son tour couronner nos efforts. . . Si nous fatiguons ses oreillesde nos supplications unies, lui, qui ne demande qu'à être prié, nous accordera l'accomplissement denosdésirs, et,àsonheure, il mettra fin aux divisions de la chrétienté. » Quelle leçon pour nous catholiques d'entendre des anglicans nous prêcher ainsi la prière !