‹ La crise religieuse en AngleterreChapitre 11 sur 30 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l'armée du SALIJT. LES RITUALISTES.

PERSPECTIVE DU DÉSÉTABLISSEMENT.

(c II suffit, disait au commencement de septembre 1895 le cardinal Vaughan, archevêque de Westminster, dans son discours d'ouverture de la Catholic Truth Society, il suffit que nous considérions les mouvements qui se produisent en Angleterre non seulement parmi les anglicans, mais au sein de toutes les confessions, pour être convaincus que « l'Esprit de Dieu plane sur les eaux ».

Cet Esprit de Dieu remue l'Angleterre protestante jusque dans ses bas-fonds. Pen-

dant que la grâce tourne un nombre chaque jour croissant d'esprits cultivés et de nobles âmes du côté de Rome, elle soulève des masses ignorantes et grossières, qui n'avaient plus guère de chrétien que le nom, vers ce divin Sauveur des hommes qui a dit : Venez tous à moi.

Ces masses vont au Sauveur, et elles l'adorent et elles le servent autant qu'elles le connaissent. Elles ne demandent, pour le mieux servir, qu'à le mieux connaître.

Au moins en est-il ainsi pour un grand nombre. Ces masses réunies, mises en ordre et disciplinées par un chef habile, forment cette institution, fort sérieuse, il n'est pas inutile de le dire quand on écrit pour des Français, qui s'appelle V Armée du Salut.

C'est à l'influence de cet Esprit de Dieu qui plane en ce moment sur les eaux, beaucoup plus encore qu'au génie de Booth, qu'est due la prodigieuse et extraordinaire-

ment rapide extension de V Armée du Salut.

II y a vingt-cinq ans, l'Armée du Salut n'existait pas. Aujourd'hui elle compte, seulement dans la Grande-Bretagne d'où elle s'est répandue dans le monde entier, environ cinq millions de membres. Elle jouit d'une propriété foncière s'élevant à 600.000 livres, et son revenu annuel est de trois quarts de million. Booth, qui en est le général, a dix mille officiers sous ses ordres. C'est une véritable armée. Après avoir traversé une période assez courte de mépris et de risées, elle a pris rang, au moins en Angleterre, parmi les institutions environnées de l'estime publique.

Il y a là un résultat immense que l'esprit entreprenant et organisateur, le génie même, si on le veut, du général Booth, ne suffit point à expliquer. L'œuvre a réussi parce qu'elle répond, d'une manière vague ei bien incomplète assurément, mais enfin

elle répond au réveil de l'esprit religieux dans un grand nombre d'âmes. L'Armée du Salut n'est pas seulement une œuvre moralisatrice; c'est une œuvre religieuse, elle s'applique à moraliser par des .moyens religieux. Elle fait appel au sentiment religieux, non à un sentiment religieux quelconque, mais au sentiment religieux chrétien (1). On se tromperait fort si l'on ne

(1) « The whole character of the Army, ils newspapers^ ils meetings, its conversation, its addresses^ are primarily and essentially religious. It puts religion in the forefront, and when it gathers it» outcasts together, its first object is work at thesalvation of soûls. » TheMonlh, December 1890. The Salvaèion Army and darkest England by the editor, p. 467.

Dans cette peinture du mouvement reh'gieux en Angleterre, au lieu de nous en rapporter à nos propres appréciations, nous nous appuyons constamment sur les autorite's qui nous semblent les meilleures, quoique nous ne les citions pas toujours. Celle de l'éditeur de l'importante revue rédigée par les Pères Jésuites anglais que nous suivons au sujet de l* Armée du Salut est incontestablement très grande. Mais nous n'ignorons pas que les catholiques anglais ne portent pas tous exactement le même jugement sur l'Armée du Salut et ne s'en forment pas tous la même idée. Outre que cette institution, par certains côtés

voyait en elle qu'une simple société de tempérance. Société de tempérance, elle Test^ et c'est déjà un grand point et un beau succès; mais de plus et surtout elle tourne les regards de ses millions de membres, de ces hommes et de ces femmes qui ne croyaient plus à rien et ne savaient plus prier, vers le Dieu fait homme, qui est venu sauver le monde, et elle leur apprend à croire en lui, à Fadorer, à le servir. Elle ne va pas assez loin dans cette voie, cela est vrai. Elle ne demande pas aux passions tous les sacrifices que leur demande l'Evangile, et c'est là une des causes de sa popularité. En se bornant à prêcher un christianisme mutilé, elle donne au sentiment chrétien une satisfaction trop facile, que Dieu seul peut faire tourner au bien,

bizarre^ offre des points de vue assez divers pour expliquer ces divergences d'opinions^ elle demande, pour être bien comprise^ une ëtude sërieuse que tous ne font pas au même de^rë.

mais il est certain qu'elle donne à ce sentiment une certaine satisfaction, et il est plus certain encore que ce sentiment, ce n'est point elle qui Ta mis dans les âmes :

il vient de la grâce de Dieu, d'une effusion plus abondante de l'Esprit-Saint sur l'Eglise d'Angleterre pendant ces dernières années.

L'Armée du Salut ne serait-elle pas tout simplement un premier labour donné à une terre fertile tombée en friche et où Dieu se propose de jeter de nouveau la semence catholique ? Que faudrait-il pour faire rentrer ces multitudes égarées dans le bercail de la véritable Eglise ? Une grâce plus abondante encore, une impulsign plus puissante du souffle divin, et un Booth catholique.

Jusqu'ici Dieu n'a admis à collaborer avec lui à la résurrection de l'Église catholique en Angleterre que ces ouvriers invisibles, qui attirent sa grâce sur les. âmes par leurs prières. D'ordinaire et en règle générale,

les prêtres catholiques éclairent et soutiennent les âmes que cette grâce de Dieu leur amène sans aller eux-mêmes au-devant d'elles et sans les chercher au milieu du protestantisme. Ces prêtres étaient jusqu'ici trop peu nombreux pour se consacrer à un autre ministère, à celui, par exemple, des conférences publiques adressées à des protestants. Aujourd'hui, leur nombre s'est accru. Dès que l'inspiration de leur zèle les poussera vers le peuple, et qu'ils se mettront à distribuer le pain de vie à ces multitudes affamées de Dieu, auxquelles l'Armée du Salut donne une nourriture religieuse si légère, ils verront leurs conquêtes se multiplier (1).

Le peuple anglais est préparé à les rece-

(i) C'est Topinion de l^éminent Père Jésuite anglais que nous avons cité plus haut: «ourpriestsare rapidly increasiflg in number, and soon they will nol be entir ely occupied wilh the pressing work of the conversion of Engtand. » — The Month, May 1892. Catholic England in modem titneSy by Fath. Morris.

voir et les attend. Les ritualistes Font familiarisé avec nos dogmes, avec nos sacrements, et, ce qui est peut-être plus décisif encore, avec nos cérémonies (1). La moisson est prête et les ouvriers sont là. Dieu sait quand il devra leur faire signe et leur mettre la faucille à la main. Ne nous impatientons pas ; ne nous pressons pas outre mesure ; et que les mystérieuses lenteurs de la Providence ne nous empêchent point d'espérer.

Le grand boulevard de l'hérésie, celui qui retient le plus grand nombre d'âmes loin de l'Eglise catholique, c'est l'Eglise établie, c'est r Établissement, comme on dit en Angleterre. Or, ce boulevard est aujourd'hui fortement ébranlé. La question du Désétablissement a déjà été plusieurs fois posée :

ce n'est plus qu'une affaire de temps, et

(i) « Rituaiists hâve accuslomed the country to the look of OUI* priests and of our nuns, of our altars and our vestments and our cérémonies^ and they preach our doctrines. » The Monûh, May iSc^i, p. 4'*-

d'un temps qui semble ne pouvoir être long.

Le jour où ce rempart de Terreur tombera, et où r Église anglicane sera désagrégée, il se fera une véritable irruption dans le sein de l'Eglise catholique (1).

(1)0 The day cannot be far off when a direct attack will be made on ihe Establishment by secularists and infidels, and though the stronghold will not yield to the first attack^ it is in the order of things that it must one day go. When it goes, the vast mass of instructed Anglicans will gravitate to Rome. » Tlic Month, May iSga, p. 4^.

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