CHAPITRE III
ASSOCIATION POUR LA PROMOTION DE l'uNITÉ DE LA. CHRÉTIENTÉ FONDÉE A LOÎJDRES EN 1857. A l'esprit PROTESTANT DE CETTE SOCIÉTÉ s'allie un DÉSIR SINCÈRE DE SE RATTACHER AU CENTRE DE l'uNITÉ CATHO- LIQUE. c'est la un FAIT QUI A LA PORTÉE
d'un véritable Événement, et cet événement EST VRAIMEMT SURNATUREL.
Sous l'influence de ce mouvement surnaturel, une association fut fondée à Londres en 1857 sous ce titre : Association pour la promotion de Vanité de la chrétienté , Association for the promotion of the unity of Christendom, Le but de cette société était
de réunir les membres des trois Eglises catholique, grecque et anglicane, dans une commune prière tendant à obtenir de Dieu la réunion de ces trois Eglises qui réclamaient le titre de catholique, disaient les statuts de l'association, en une seule Église. Des catholiques, des prêtres même s'enrôlèrent dans cette société, surtout sur le continent, sans remarquer que cette association, tout en poursuivant un but très louable, était imprégnée d'un esprit protestant. Les évêques d'Angleterre le remarquèrent et ils s'en émurent. Par une démarche concertée entre eux tous en avril 1864 ils consultèrent la congrégation du Saint Office. Cette congrégation leur adressa, en septembre de cette même année 1864, par l'organe de son secrétaire le cardinal Patrizi, une réponse qui justifiait pleinement leur manière de voir et interdisait aux catholiques de faire partie de cette société. « Cette société, disait le car-
dinal Patrizi, est fondée tout entière sur cette supposition que la véritable Eglise de Jésus-Christ se compose en partie de l'Église romaine répandue dans le monde entier, en partie du schisme de Photius, et aussi de l'hérésie anglicane, trois Églises qui ont également, et les deux autres aussi bien que l'Église romaine, un seul Seigneur, une seule foi, et un seul baptême (1). »
Cette réponse surprit vivement les anglicans bien intentionnés dont se composait cette société. Ils envoyèrent une adresse au cardinal secrétaire du Saint Office, afin de lui faire mieux connaître la pensée irréprochable, croyaient-ils, qui avait présidé à la rédaction des statuts de leur association. Cette adresse était signée
(i) Tota (societas) in eo est ut supponat veram Jesii Christî £(!clesiam constare partim ex Romanâ Ecclesia per universum orbem diffusa et propagata, partim vero ex schismate Photiano el ex Anglicanâ haeresi quibus aeque ac Ecolesiae Romanae un us est Dominus, una fides, et unum baptisma.
6i JA CRISE RELIGIEUSE
de cent quatre-vingt-dix-huit membres du clergé anglican. Ils protestaient qu'ils n'avaient point entendu affirmer que les trois Eglises dont ils poursuivaient l'union, réclamaient de droit le titre de catholique , mais seulement qu'elles le réclamaient de fait, et qu'ils n'entendaient point préjuger la question.
Il est incontestable qu'à l'esprit protestant , dont leurs préjugés et leur bonne foi les empêchaient de se rendre compte et qui formait, et forme encore, nous le verrons, le grand obstacle à l'unité, s'alliait chez eux un désir très vif et très sincère de rattacher l'Eglise anglicane à l'Eglise catholique romaine. Ce désir, qui n'a fait que s'accroître et se propager depuis cette époque, donne les meilleures espérances pour l'avenir; car il vient visiblement de F Esprit-Saint.
« Qu'une association, disait, en 1866, dans une lettre à son clergé, le grand archevêque de Westminster, qui devint , quelques
années plus tard, le cardinal Manning, qu'une association pour promouvoir la réunion de l'Angleterre à l'Eglise catholique romaine , existe, et que près de deux cents membres du clergé anglican, se donnant à eux-mêmes le titre de doyens, chanoines, curés, ou autres prêtres de l'Église d'Angleterre, aient envoyé une adresse au secrétaire du Saint Office pour lui exprimer le désir de s'unir à Rome, c'est là un fait nouveau dans notre histoire depuis la séparation de l'Angleterre d'avec l'unité catholique. Nous ne regardons point ce fait comme un événement purement intellectuel ou naturel. Nous sommes heureux d'y reconnaître une influence surnaturelle et une impulsion de la grâce (1). »
Ce jugement emprunte à la gravité de son auteur, à son esprit si calme, si réfléchi, si mesuré, et en même temps à la solennité du
(i) England and Chrislendom, p. 147.
document où il est exprimé une particulière importance. Du reste, ce fut également celui de Newman et des hommes les plus capables, à tout point de vue, de comprendre l'histoire religieuse de l'Angleterre au XIX® siècle. Tous s'accordent à reconnaître qu'il j a en elle une impulsion de l' Esprit-Saint qui la mène d'une manière lente et mystérieuse vers une heureuse transformation.