MANNING ET NEWMAN
La grande erreur des anglicans, celle qui est à la fois la plus répandue et la plus profondément enracinée dans les esprits, c'est de croire que, malgré tout, leur Eglise est une portion de F Eglise catholique, de l'Église du Christ.
Ce fut la grande erreur de Pusey. Il se consolait de la conversion de Newman en pensant qu'il passait simplement d'une branche de l'Eglise à une autre, et que.
s'il n'appartenait plus à l'Eglise d'Angleterre, il ne cessait point pour cela d'appartenir à rÉglise de Dieu, et qu'il continuerait à travailler là où Dieu l'appelait, car il ne doutait point que Dieu ne l'y eût appelé.
« Il me semble qu'il ne nous a vraiment pas quittés, écrivait-il, mais qu'il a plutôt été transplanté dans une autre partie de la vigne où la vigueur de son puissant esprit pourra être pleinement employée : elle ne Tétait pas chez nous (l). »
Ce fut aussi l'erreur de ce bon M. Church :
a Qu'on nous laisse libre carrière, dit-il dans une de ses lettres qui ont été publiées, et nous montrerons que nous avons tout ce qu'il nous faut. La vérité a été obscurcie, mais elle est encore là. C'est ici que nous sommes, c'est ici qu'avec la grâce de Dieu
(i) « He seems to me not so much gone from us as transplantée! into another part of ihe vineyard, where the fuU énergies of his powerful mind can be employed, which herethey were not. » — Annals of the tracfarian movenirnt, par Brown, p. lao.
nous voulons rester et faire notre devoir :
Spartani nactus es, hanc exorna (1). »
Cette erreur n'est pas seulement le résultat des préjugés accumulés par trois siècles de protestantisme : le patriotisme, ce patriotisme anglais si tenace et si profond, y entre pour une bonne part.
L'anglican aime son Église comme il aime l'Angleterre. Il l'identifie avec elle.
Que cette Eglise dans laquelle il est né, au milieu de laquelle il a grandi, dont il a entendu et lu si souvent l'éloge ne soit, suivant l'expression de Newman « qu'une pure institution nationale, a mère national institution » (2), cela ne peut entrer dans son esprit que si Dieu lui-même l'y fait entrer.
(i) « Give us free play, and \ve will show lliat we hâve ail we want. The truth has been obscured,, but it is there. Hère we are \ hère, by God's grâce, we mean to stay and lo do our duty. Spartani nactus es^ hanc exorna. » The Month, February 189^. Life and letters of Dean Chiirch, by Kegan PauL; p. 21 5.
(a) Jpologia pro vit ci sud. Note E, on pag. 327 ; The Anglican Church.
C'est là ce qui explique que cette erreur, qui saute aux yeux d'un catholique français même de l'esprit le plus médiocre, ait pu être longtemps celle des Newman et des Manning : « Au temps où je le connus, dit le père Lockart dans un article publié sur le cardinal Manning après sa mort, au temps où je le connus à Chichester, à Lavington et à Oxford, il croyait sans l'ombre d'un doute que l'Eglise d'Angleterre était une partie de l'Eglise catholique (1). y>
Quant au cardinal Newman, une fois qu'il fut devenu catholique, il ne pouvait s'expliquer qu'il eût jamais pu croire une pareille chose. Après ma conversion, dit-il lui-même, « il me vint, je ne puis dire combien promptement, mais très promptement, un étonnement extrême d'avoir jamais pu m'imaginer que l'Eglise anglicane était une portion de l'Eglise catholique » (2).
(i) Dublin Review^ April 1892, p. 376.
(îï) « I cannot tell how soon tliere came on me — bul
Il se Tétait imaginé cependant, il l'avait cru de tout son cœur, et pendant de longues années et après de sérieuses études.
Mais un jour il lui sembla que des écailles tombaient de ses yeux, et comme s'ils se fussent ouverts tout d'un coup, as if my eyes were suddcnly open, il vit que cette prétendue portion de l'Eglise catholique n'était qu'une pure institution nationale.
Si l'erreur dont nous parlons est si difficile à reconnaître pour de tels hommes, comment serait-elle reconnue par les autres?
Gomment le sera-t-elle par toute une Eglise?
Il ne faut désespérer de rien : la grâce de Dieu est plus forte que tous les préjugés, et la prière peut l'obtenir, non pas seulement pour des individus, mais pour toute une Eglise et pour toute une nation.
very soon — an extrême astonisheinent thad I had ever imagtned it (the Church of England) to be a portion of the catholic Church. » — Apologiâ pro vM sud. Note F, on pag. 227 : The Anglican Church.