‹ La crise religieuse en AngleterreChapitre 19 sur 30 · PRESSE ANGLICANE. LETTRE PASTORALE · texte numérisé non relu

PRESSE ANGLICANE. LETTRE PASTORALE

DE l'archevêque DE CANTORBÉRY.

Au moment de la publication de la lettre de Léon XIII, la presse fut seule à parler. Si les chefs de l'Eglise anglicane gardèrent d'abord le silence, ce ne fut pas indifférence de leur part, comme on put le croire un instant, ce fut embarras. Avant de répondre aux avances de Rome, il fallait qu'ils eussent pris le temps de se consulter, et surtout qu'ils connussent au juste les principales

conditions auxquelles FUnion leur était proposée. Si quelqu'un avait qualité pour le leur dire, après le souverain Pontife, c'était bien le cardinal Vaughan, archevêque de Westminster. Le cardinal jugea qu'il était non seulement de son droit, mais encore de son devoir d'élever la voix en cette importante circonstance, et qu'il devait le faire de manière à dissiper du premier coup toutes les équivoques.

Son Éminence s'acquitta de ce devoir dans le discours d'ouverture du congrès de la Catholic Truth Society tenu à Bristol, sous sa présidence, au commencement de septembre de cette année 1895. Ce discours roule tout entier sur l'Union. Le cardinal y expose longuement et fortement cette thèse que le mot union doit signifier ce retour à l'union constitutionnelle qui existait jadis, avant la défection d'une partie de la chrétienté occidentale au XVI® siècle ». Renoncer au libre examen, adopter toutes les doctrines

de l'Eglise catholique, et par-dessus tout admettre que ce le pape tient du droit divin le pouvoir d'enseigner et de gouverner l'Église universelle », telles sont, dit Son Eminence, les seules conditions auquelles l'union puisse se faire.

Cette fois encore, les réflexions de la presse ne se firent pas attendre.

« Si le cardinal Vaughan, dit le Standard^ parle ici au nom du pape, cela clôt la question. La réunion des chrétiens restera longtemps un vain rêve. Le cardinal expose le débat très clairement. Le romanisme et l'anglicanisme sont séparés par une simple contradiction. L'un déclare que l'autorité du pape lui donne la juridiction sur toute l'Église et découle expressément des paroles du Christ. L'autre met une négation devant ces deux assertions, et, jusqu'à ce que l'un des partis cède, la réunion est impossible. Le cardinal compte plutôt sur l'effet des conversions individuelles que

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sur une réconciliation formelle des deux partis. Ce n'est pas l'idée du pape, et il faut remarquer que sur plus d'un point, ils ne semblent pas entièrement d'accord. »

(( De la lettre du cardinal Vaughan, dit à son tour le Guardian, l'organe le plus autorisé de l'anglicanisme, de la lettre du carnal Vaughan il n'y a rien à dire. Elle est parfaitement loyale, parfaitement intelligible, et parfaitement impraticable. La seule voie de réunion qu'il connaisse est celle de la soumission absolue. Mais si c'était là le seul objet que le pape avait en vue , avait-il besoin d'écrire une nouvelle encyclique pour le dire ? Léon XIII est un homme d'État aussi bien qu'un théologien, et nous avons peine à croire qu'en rompant le silence que les papes ont si longtemps gardé à ce sujet, il voulait seulement proclamer que son attitude était précisément celle de Pie V ou de Pie IX. »

Cependant l'Angleterre tenait à entendre sur cette grave question des voix plus au-

torisées que celles des journaux. L'arôhevêque de Westminster avait parlé : rarchevêque de Cantorbéry devait parler à son tour. Ce fut Favis de Tépiscopat anglican et, à sa demande, peu de temps après la publication du discours du cardinal Vaughan sur TUnion, paraissait une lettre pastorale de l'archevêque de Cantorbéry sur le même sujet. Sa Grâce répondait par un refus catégorique et même injurieux. « La confession romaine, dans laquelle la chrétienté occidentale trouva, à une époque, son unité, ne s'est pas montrée capable de maintenir sa domination sur les nations qui étaient toutes siennes. Maintenant, avec une inconscience flagrante de sa position et de l'histoire de l'Église d'Angleterre, elle invite la nation anglaise à se réunir à elle. » On sent percer dans ces paroles et dans plusieurs autres le dépit et la mauvaise humeur. Cependant le D"" Benson n'est point un fanatique. Esprit modéré et conciliant,

il n'est point aussi hostile à l'Église catholique et à la Réunion que sa lettre pastorale pourrait le faire croire. Ce qu'elle a d'aigre et de blessant s'explique par les circonstances dans lesquelles elle a été écrite.

Mis en demeure malgré lui, non par le cardinal, mais par une pression exercée sur lui par ses collègues dans l'épiscopat, de répondre à des déclarations nettes et précises qui lui parurent heurter de front et rudement les idées reçues dans l'Eglise anglicane, le primat se crut autorisé à mettre lui aussi une certaine rudesse dans sa réponse. Mais la vraie réponse au discours du cardinal, nous la trouvons au congrès de Norwich.

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