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CHAPITRE XIV

LE CONGRÈS DE l'ÉGLISE ANGLICANE A NOR-

wich en octobre 1895. le sermon

d'ouverture prêché par l'archevêque d'york.

C'est le 8 octobre de cette année 1895 que s'est ouvert à Norwich le congrès de l'Eglise anglicane. Un certain nombre de questions y ont été traitées, mais celle qui a dominé toutes les autres, c'est la grande question de l'Union.

Les congressistes se sont d'abord rendus à la cathédrale pour y assister à un service et y entendre un sermon prêché par l'archevêque d'York. Après Cantorbéry, York

est le premier siège épiscopal de l'Église d'Angleterre. Le sujet de ce sermon était la réunion de l'Eglise anglicane à l'Eglise catholique. L'éminent prédicateur avait pris pour texte ces paroles de saint Paul dans le chapitre quatrième de son épître aux Ephésiens : Solliciti servare unitateni spiritûs in vînculo pacis, Unum corpus y et unus spiritûs, sicut uocati estis in unâ spe vocationis vestrœ. Unus Dominus, una fides, unum baptisma. Unus Deus et Pater omnium, qui est super omnes et per omnia et in omnibus vobis. Après quelques considérations générales sur l'unité de l'Église très brièvement présentées, l'archevêque aborde nettement son sujet.

(( La réunion est dans l'air. De tous les côtés nous entendons des cris qui réclament l'unité. Dans la lettre du Pape au peuple anglais, une voix venue de Rome nous a excités à ce même désir. Cette lettre est remarquable en bien des manières, et, dans

un certain sens, elle est unique. Elle respire du commencement à la fin un esprit de paternelle affection, et elle exprime Tardent désir d'un prélat âgé et estimable de voir se réunir les branches divisées de l'Église catholique. Une telle lettre, quel que puisse être son résultat final, mérite assurément un bon accueil. Lui opposer le silence ou le mépris serait indigne d'un peuple chrétien. Nous ne saurions nous coutenter non plus de répéter ce qui a déjà été dit tant de fois que dans les circonstances présentes la Réunion est impossible... Nous ne pouvons oublier que le vénérable prélat qui s'est ainsi adressé au peuple d'Angleterre est l'évéque qui préside la branche la plus ancienne et certainement la plus étendue de l'Eglise catholique. Il préside une Eglise qui a produit une multitude de saints et lancé une noble armée de martyrs, une Eglise qui nous a légué un vaste trésor de littérature théologique, une Église dont

nous avons reçu, dans les siècles passés, au temps de notre faiblesse et de notre malheur, un secours considérable et plein

d'amour On remarquera que la lettre

du pape ne dit rien des conditions auxquelles son désir de l'Union peut être réalisé. Mais nous ne sommes plus dans l'ignorance à ce sujet. Le principal ministre de l'Église romaine résidant parmi nous a expliqué, dans un récent discours, le sens pratique et l'intention de cette lettre. Il nous dit qu'en ce qui nous concerne, il n'y a qu'une voie par laquelle l'unité puisse être rétablie : la soumission absolue et sans conditions du peuple d'Angleterre au pape de Rome. Il nous assure que nulle autre question de doctrine ou de discipline ne doit être prise en considération. Reconnaître la suprématie/ wr^ dwino de Tévêque de Rome sur tous les chrétiens de toutes les nations est la seule chose nécessaire, Varticulus stantis aut cadentis Ecclesiœ.

Si nous ne sommes pas disposés à reconnaître ce droit, alors il n'y a plus rien à dire. »

(( Toutefois il est assez avisé pour comprendre qu'à de pareilles conditions il n'y a aucun espoir de voir s'opérer la Réunion, et il y renonce, il en désespère. Ses prédécesseurs avaient l'âme davantage tournée vers l'espérance... Mais le cardinal a certainement raison de renoncer à toute espèce de réunion aux conditions qu'il indique. Il peut être sûr que ni l'Église ni le peuple d'Angleterre ne se soumettront jamais à un despotisme ecclésiastique contre lequel ils ont protesté pendant des siècles et qu'ils ont fini par abjurer. La prétention de la suprématie du pape a été examinée par nous à plusieurs reprises pendant les trois derniers siècles, et à chaque fois délibérément rejetée. Nous ne la considérons pas comme un simple empiétement sur notre liberté spirituelle. Nous croyons fermement qu'elle

est contraire à la pensée et à la volonté du Christ. »

La pensée que l'archevêque d'York développe dans le reste de son discours, c'est que la suprématie du pape ne s'appuie ni sur l'Écriture ni sur la tradition. Il mêle au rapide exposé de cette thèse des aveux et des appréciations qui méritent d'être signalés. Plusieurs de ses vues jettent une assez vive lumière sur la situation et sur l'état d'esprit des anglicans.

ce C'est à cause de cette prétention énorme que Rome s'est séparée du reste du monde chrétien dans l'Orient et dans l'Occident.

Les différences de doctrine et de rites qui existent entre elle et l'Église grecque ou r Église anglicane sont, sauf quelques graves exceptions, relativement peu importantes. Un grand nombre sont susceptibles d'explications, et un grand nombre d'amendements. Mais la barrière qui s'oppose à la Réunion, c'est cette prétention du pape. La

porte est fermée à clef contre nous, et la clef est du côté de Rome... D'un autre côté, personne parmi ceux qui observent les signes des temps ne peut manquer de voir que, dans l'espace des quelques niois qui viennent de s'écouler, d'une foule de côtés, chez nous et à l'étranger, des preuves remarquables ont été données de l'intérêt croissant et précis qu'inspire cette importante question, et du désir profond que l'on éprouve de voir disparaître ce grand c5cav^a>.ov de la chrétienté par la réunion de ses membres séparés. Des deux côtés, les esprits et les cœurs d'hommes zélés et capables ont été amenés à conférer amicalement, et ces conférences n'ont point été inutiles... On a très bien dit que, lorsque l'heure de la réconciliation entre Rome et l'Angleterre sera venue, nous ne leur céderons pas, ni eux à nous, mais que les uns et les autres nous céderons à Dieu. Ce

n'est pas moins un devoir très impérieux

pour chacun de nous de faire tout notre possible pour arriver à cette heureuse fin.

Si nous ne voyons pas le résultat final, nous pourrons au moins lui préparer la voie. Il n'est pas un homme réfléchi qui puisse croire honnêtement que Tétat présent de la chrétienté est conforme à la volonté du Christ, et personne d'entre nous n'est exempt de l'obligation de travailler à le rendre autre qu^il n'est... La tentation de notre position particulière est de nous complaire en nous-mêmes et de regarder tacitement comme une chose certaine que nous sommes arrivés à déterminer d'une manière définitive ce qui se rapporte à la doctrine et au culte, en nous basant sur les trente-neuf articles et sur les actes de l'Uniformité. Le temps peut n'être pas éloigné où nous ferons sagement de reviser notre position pour ce qui touche aux matières d'importance secondaire... Si nous sommes appelés à occuper une place de choix dans

la promotion de Tunion de la chrétienté, nous devons avoir le courage de nous affranchir de tout ce qui est étroit et de tout ce qui ne nous est pas nécessairement propre, soit dans nos croyances, soit dans nos pratiques; autrement nous échouerons à coup sûr. Le mouvement actuel peut suivre son cours sans amener aucun résultat immédiat et bien déterminé ; mais il ne peut être entièrement inutile. 11 a du moins servi à réveiller rintérêt qui s'attache à cette importante question de l'Union, et à nous exciter tous à faire les plus sérieux efforts pour arriver au but vers lequel il nous pousse.

Un pape éminent du dix-septième siècle a déclaré que ses prédécesseurs sur la chaire pontificale étaient responsables de la perte de l'Angleterre (1). Nous pouvons bien espérer que le jour viendra où un autre pape aura la gloire de réconcilier ces deux grandes branches de l'Église catholique. »

(i) C'est à Urbain VIII qu'on prête cette parole.

Nous avons tenu à citer de longs extraits de ce sermon, parce qu'ils donnent une idée très exacte de l'opinion générale et presque universelle qui règne dans l'Eglise anglicane au sujet de l'Union. Ce ne sont point là seulement les pensées et les sentiments de l'archevêque d'York, ce qui pourtant serait déjà beaucoup, ce sont les pensées et les sentiments de la grande majorité des membres de l'Eglise établie. Parmi tous les discours prononcés au congrès de Norwich, aucun n'a été autant remarqué, admiré et goûté que celui de l'archevêque d'York. Aucun orateur n'a été aussi parfaitement et aussi complètement à l'unisson de l'assemblée qui, à n'en pas douter, représentait bien les pensées et les sentiments de l'Église anglicane dans son ensemble, dans sa majeure partie. Cette Eglise n'a pas d'organe plus autorisé que le Guardian Ai II n'y a pas eu l'ombre d'une divergence d'appréciations, disait le Guardian dans son nu-

méro du 23 octobre, au sujet du mémorable sermon de Tarchevêque d'York. Tous ceux qui l'ont entendu en ont parlé avec enthousiasme comme d'un chef-d'œuvre, et aucun discours durant toute la durée du congrès n'a été aussi complètement goûté. »

Le Guardian ajoutait : ce Toutes nos fortes têtes ont parlé en des termes pleins d'espérance de la réalisation de cette union, vivement désirée. »

Cette union — c'est de l'union « en corps » qu'il s'agit — les catholiques seraient-ils donc les seuls à ne pas l'espérer? Elle ne peut se faire dans les circonstances présentes, dit l'archevêque d'York. Soit!

Mais ces circonstances, est-il donc si difficile à Dieu de les changer? Les circonstances dans lesquelles se trouvait l'Angleterre, au point de vue religieux, il y a soixante ans, ont changé d'une manière inespérée que Newman n'hésitait pas, nous l'avons vu, à appeler miraculeuse. Pourquoi ne

changeraient-elles pas encore? Si, pour cela, un nouveau miracle est nécessaire, Dieu n'attend que nos prières pour l'opérer.

Quand on examine les choses de près, il est impossible de ne pas reconnaître que ce nouveau miracle serait, après tout, moins grand que le premier.

Ce que, dans cet écrit, nous voudrions par-dessus tout faire bien comprendre, c'est que, dans cette grande affaire de l'union des Eglises, l'important est de beaucoup prier, et que, malgré toutes les difficultés, et quelles que soient les raisons qu'on puisse faire valoir pour démontrer le peu de probabilité de l'union ce en corps », quels que soient aussi les pronostics fâcheux qu'on puisse observer, il ne faut désespérer de rien, si l'on sait faire violence au ciel par la prière.

C'est à l'influence de la prière que saint Grégoire le Grand attribuait la conversion de l'Angleterre en 597 et la pensée même qu'il avait eue de lui envoyer des apôtres. « Pen-

dant que la nation des Anglais, dans un coin du monde, adorait le bois et la pierre, j'ai dû au secours de vos prières, écrivait-il à un pieux évêque, de me décider à lui envoyer un moine de mon monastère pour lui prêcher la foi (1). »

Pour convertir ces idolâtres au christianisme, il ne fallait rien moins que des miracles. Dieu voulait qu'ils fussent convertis : des miracles furent opérés. Dieu avait choisi cette nation, suivant l'expression de saint Grégoire, ce Je sais, écrivait le saint pontife au saint missionnaire qu'il avait envoyé, je sais que le Dieu Tout-Puissant s'est servi de votre charité pour faire éclater de grands miracles au milieu de cette nation qu'il lui a plu de choisir (2). »

(i) Dum gens Anglorum in mundi angulo posita in cultu lignorum ac lapidum perfida nuncusque remaneret, ex vestrae mihi orationis adjutorio placuit ut ad eam monasterii mei monachum in predicationein transmittere Deo auctore debuissem. — Epist.^ lib. VIII, Ind. iv, epist. xxx.

(2) Scio enim quod Omnipotens Deus per dilectionem

Il semble bien qu'il y ait dans ces souvenirs de quoi faire concevoir de grandes espérances. Car d'une part le bras de Dieu ne s'est pas raccourci, et d'autre part des signes manifestes indiquent que l'Angleterre, malgré tout, n'a point cessé d'être la nation que Dieu a choisie : in gente quant eligi voluit.

tuam in gente quam eligi voluit magna miracula ostendit. — Epist,, lib. XI. Ind. iv*, epist. xxviii.

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