PRODUITS PAR LA LETTRE DE LEON XIII
LA PRIMAUTÉ DU PAPE DEVIENDRA LE PONT QUE LES DEUX ÉGLISES TRAVERSERONT POUR SE DONNER LE BAISER DE RÉCONCILIATION.
En attendant que Tunion se fasse entre les deux Eglises, si jamais elle se fait, il s'opère entre les catholiques et les anglicans un rapprochement qu'on peut en considérer comme la préparation et le prélude*
En général, le ton des anglicans quand ils
parlent du catholicisme, comme celui des catholiques quand ils parlent de l'anglicanisme, devient de plus en plus exempt de tout ce qui sent le blâme, T acrimonie ou le mépris.
Un catholique anglais éminent, M. Wilfrid Ward, dans un article publié dans le Nineteenth Century (novembre 1895), soutient que ce rapprochement est le grand moyen de préparer l'union des deux Eglises. D'après lui, et nous croyons qu'il est tout à fait dans le vrai, ce qui empêche les membres des deux Eglises de pouvoir s'entendre, ce sont moins encore les divergences de doctrine qui les séparent, que la manière tout à fait différente dont ils comprennent les choses religieuses en général, ce Le langage qu'ils parlent, l'ensemble de leur bagage intellectuel, la classe d'idées qui informent leur intelligence, tout cela est devenu tout à fait différent. »
Cet article de M. Ward : The rigidity of
Rome, est une réponse à une diatribe contre Rome dans la même revue : The Nineteenth Century, livraison de juin 1895, à laquelle Fauteur, un chanoine anglican, le D** Jessopp, avait donné ce titre significatif et insultant : The Celés tial Empire ofthe West, le Céleste Empire (ï Occident. Le céleste empire d'Occident, c'est Rome. C'est l'Église catholique, Eglise aux doctrines pétrifiées, dit le D"* Jessopp, qui est aux Eglises amies du progrès ce que la civilisation de la Chine est aux civilisations européennes. M. Ward n'a pas de peine à démontrer que cette manière de considérer la papauté est absolument contraire à la vérité ; mais en même temps il reconnaît que c'est exactement la manière dont elle est considérée par la moyenne des protestants. « Il serait difficile, dit-il, d'exprimer plus fortement (avec ce supplément de couleur qu'y ajoute la caricature) les rapports que la moyenne des Anglais entretient avec la papauté qu'en
les comparant à ceux d'un Européen avec la civilisation de la Chine. »
Les deux cas paraissent identiques à la grande majorité des Anglais, parce que dans les deux ils se tiennent à la même distance. Comment les amener à reconnaître leur erreur en ce qui touche à la papauté ?
En supprimant la distance.
Désormais, les jeunes gens catholiques, en Angleterre, fréquenteront les universités protestantes, les catholiques de toutes les classes entreront dans la voie indiquée par cette importante mesure en se mêlant davantage à leurs frères séparés, et ces derniers reconnaîtront que ces catholiques qu'ils regardaient comme des momies sont aussi vivants qu'eux, qu'ils sont autant qu'eux des hommes de leur siècle et des hommes de progrès, et qu'ils n'ont absolument rien des traits du Céleste-Empire.
Le chemin qui conduira le plus sûrement à l'Union — c'est la très juste pensée de
M. Ward que nous continuons à reproduire — ce sera de substituer aux anciennes controverses et aux discussions proprement dites de simples explications échangées avec une grande bienveillance de part et d'autre et un sincère désir d'arriver à se comprendre, dans des entretiens particuliers, (c L'esprit de polémique remplace la lumière par la chaleur, et il rend l'assimilation et le rapprochement presque impossibles. La controverse a été, sans aucun doute, dans tous les temps, une nécessité créée par les circonstances. Mais elle peut difficilement réussir à produire la persuasion. »
Nous connaissons l'avis de l'archevêque d'York sur ce point. L'évêque anglican de Londres, en préchant dans sa cathédrale de Saint-Paul, à l'occasion de sa visite pastorale vers le milieu du mois d'octobre 1895, a proclamé la nécessité de renoncer aux polémiques, si l'on veut arriver à l'union des deux Eglises.
(( C'est particulièrement en ce qui concerne l'union de la chrétienté que je voudrais insister sur l'importance d'une atmosphère douce et vivifiante, » disait de son côté l'évéque anglican de Ghester dans le discours prononcé par lui vers la même époque à Stockport, à la conférence annuelle de son diocèse.
L'atmosphère s'adoucit peu à peu. Il semble que les controverses, autrefois nécessaires, aient fait leur temps. On en est las des deux côtés. Il y a des exceptions sans doute, mais elles deviennent de plus en plus rares, et c'est chose fort heureuse.
Car de ces polémiques plus ou moins vives, et quelquefois violentes, des anciens temps, il est résulté, dans les deux partis, dès qu'une discussion religieuse est ouverte, une tendance à se défendre à tout prix, une répugnance presque invincible à céder, une disposition à regarder les raisons de l'adversaire comme des moyens dont il se
sert pour gagner sa cause, sans examiner si elles établissent la vérité.
Newman, dans le livre si profondément pensé qu'il a publié en 1870, sous ce titre : An essai/ in aid of a grammar of assent^ fait une très juste observation qui s'applique parfaitement à notre sujet. « Nous jugeons par nous-mêmes, par nos propres lumières, suivant nos propres principes, et notre critérium de la vérité ji'est pas tant la manipulation des propositions énoncées devant nous que le caractère intellectuel et moral de la personne qui les soutient et l'effet final silencieusement produit sur notre esprit par ses arguments et ses conclusions (1). »
Il suffit qu'une raison soit donnée par un catholique pour qu'elle impressionne peu un protestant : il suffit qu'elle soit donnée par un protestant pour qu'elle impressionne peu un catholique.
Il suffit qu'un livre sur des questions re-
(i) Informai in fercnce y p. 295.
ligieuses soit écrit par un protestant pour qu'il soit peu goûté et souvent peu lu par les catholiques ; il suffît qu'il soit écrit par un catholique pour qu'il soit peu goûté et souvent peu lu par les protestants.
C'est là qu'il faut chercher l'explication de l'effet relativement fort restreint produit par les ouvrages des catholiques anglais qui démontrent la vérité de notre foi et réfutent les erreurs de l'anglicanisme. Il n'est pas d'objection sérieuse et importante à laquelle il n'ait été fait, par les hommes les plus compétents et sous une forme claire et saisissante, une réponse très forte et très solide, et malgré cela ces objections demeurent très répandues et conservent toute leur force sur un très grand nombre d'esprits.
Il n'est pas une vérité catholique qui n'ait été, dans plusieurs ouvrages et de plusieurs manières , lumineusement démontrée , et malgré ces démonstrations lumineuses les ombres demeurent et ces vérités sont niées.
Ces ouvrages sont, pour la plupart, très peu connus en France. On ne se doute généralement pas parmi nous de ce que les catholiques anglais ont, depuis une quarantaine d'années, dépensé de labeur, de recherches de tout genre, de science et de talent pour faire éclater à tous les regards la vérité de leur foi (1). Nous avons entendu plus d'une fois des Français exprimer la conviction que si des ouvrages stir les points fondamentaux du catholicisme étaient composés en anglais, de manière à exposer fortement toutes les preuves que fournissent TEcriture, la tradition et l'histoire, ils produiraient une vive impression sur les anglicans et amèneraient des conversions nombreuses : ils ne savaient pas
(i) L'institution divine de la primauté du pape, en particulier, et ses prérogatives ont été victorieusement démontrées en plusieurs manières, au point de vue théologique et au point de vue historique, en des ouvrages fort remarquables et en de nombreux articles de revues, surtout dans le Month et dans le Dublin Reçiew.
que ces ouvrages avaient été composés, et encore composés par des maîtres.
Loin d'être inutiles, ces ouvrages, ces écrits de tout genre ont produit de très heureux résultats, et nous ne prétendons pas que, dans ce sens, il n'y ait plus rien à faire; nous disons seulement qu'il y a encore autre chose à faire, qu'il y a surtout autre chose à faire. Ces écrits, il y a à disposer les anglicans à les lire et à les comprendre. Il y a à amener nos frères séparés à entrer dans nos idées en entrant nous-mêmes dans les leurs et en les partageant dans tout ce qu'elles ont de juste et de vrai, et cela va plus loin que beaucoup de catholiques ne le pensent (1). Il y a à
(i) n faut en particulier savoir reconnaître et même savoir de'plorer avec les protestants les superfétations grossières, ridicules^ portées parfois jusqu'à une condamnable superstition qu'une piété indiscrète et mal éclairée qu'on serait tenté d'appeler, dans certains cas^ une piété idiote a mêlées aux pratiques catholiques les plus belles et les plus orthodoxes. « Ce qui éloigne de nous les âmes les plus chrétiennes du protestantisme, écrivait en 1869 ^^
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faire tomber les préventions qu'ils ont contre nous en nous dépouillant nous-mêmes de celles que nous avons contre eux. Il y a à les rendre catholiques de cœur afin de pouvoir les rendre catholiques d'esprit. Il y a à les amener à reconnaître ce qui se remarque de vrai, de beau et de grand parmi nous en commençant par reconnaître nous-mêmes ce qui se rencontre de vrai, de grand et de beau parmi eux.
La lettre apostolique de Léon XIII au peuple anglais fera entrer dans cette voie
auteur de beaucoup de doctrine et de beaucoup de sens qui avait ve'cu au milieu des protestants, ce ne sont pas nos grandes croyances, la Trinité^ etc.. Ce sont nos dogmes secondaires et les pratiques qui en de'coulent, le culte de la sainte Vierge et des saints^ les indulgences, nos formules liturgiques, nos confréries, nos mille pratiques de pieté. Rien de plus facile assurément que de justifier ces choses dans ce qu'elles ont d'essentiel et de défini par PÉglise. Mais en est-il de même des surcharges qu'y a ajoutées et qu'y ajoute tous les jours une dévotion plus zélée qu'intelligente, nouveautés légères et toutes de surface qui n'ont aucune racine dans le christianisme intérieur et la vie en Jésus-Christ? — De Vavenir du protestantisme et du catholicisme^ -par lechanoine F. Martin, liv. II, ch. ii,p. 88.
à la fois les catholiques et les anglicans.
Cette lettre, en effet, respire du premier mot jusqu'au dernier, l'estime, l'affection, le désir de la paix et de l'union. Pas un mot de reproche et d'amertume. Pas une trace de controverse. Léon XIII considère les anglicans par leurs beaux côtés, et il leur prodigue les témoignages d'une vive et à coup sûr très sincère admiration.
Un exemple venant de si haut ne peut manquer d'être suivi et de créer entre les deux Eglises un courant d'estime, de confiance et de sympathie qui finira par les unir et les fusionner en une seule*
En somme, toutes les causes de division se réduisent à peu près à une seule : la primauté du pape, et cette cause de division, la lettre de Léon XIII l'a, non pas détruite, mais atténuée, et, à cette heure, catholiques et anglicans, au moins un grand nombre de ces derniers, s'accordent pour désirer la voir disparaître.
Que les catholiques anglais le désirent, cela n'est pas douteux, et on a lieu d'espérer qu'ils en donneront aux anglicans de telles preuves, que la défiance à ce sujet ne leur sera plus possible.
Quant aux anglicans qui appellent l'Union de tous leurs vœux, ils appellent par là même la papauté. La logique les pousse vers Rome. Elle y pousse ceux qui admettent et enseignent les doctrines romaines, et, dans tous les cas, ceux qui veulent l'unité de doctrine.
D'abord ceux qui admettent et enseignent les doctrines romaines.
Ces doctrines, quelle autorité les anglicans ont-ils pour les présenter autrement que comme de simples opinions personnelles qu'ils se sont formées à eux-mêmes, et que chacun est libre d'accepter ou de rejeter? C'est ce que M. Francis Peek fait très justement remarquer au chanoine anglican Knox Little.
Le chanoine Knox Little, qui est un ritualiste avancé, vient de publier un ouvrage intitulé : The Sacerdotalisniy Le Sacerdotalisme, où il expose comme étant la seule vraie doctrine, et même comme étant la doctrine que doit adopter FÉglise anglicane, la doctrine de l'Église catholique romaine sur la confession auriculaire, sur la présence réelle, et plusieurs autres points. M. Francis Peek, qui appartient à FEglise évangélique, n'admet point cet enseignement et il s'applique à le rejeter. Il déclare au chanoine Knox Little que, dans tous les cas, il ne peut l'accepter de lui. « 11 nous serait beaucoup plus facile, lui dit-il, d'accepter un pareil enseignement de Rome.
Dans cette communion du moins, la source de tout pouvoir spirituel est dans le chef de l'Eglise, tandis que la source du pouvoir d'un évéque anglican, c'est le politicien qui le nomme. On me dira sans doute que cela n'est pas exact, l'évéque étant choisi
par le chapitre et sacré par un autre évêquc- Mais il y a un fait sur lequel on ne saurait passer, c'est que le chapitre et Tévêque obéissent aux instructions du Premier Ministre qui décide quel prêtre sera fait évéque et par là obtiendra « le pouvoir des clefs »
avec tous les autres dons surnaturels réclamés par les sacerdotalistes (1). »
M. Peek a parfaitement raison. L'évéque peut être désigné par le Premier Ministre ou par n'importe quel autre laïque, et, pour recevoir le caractère épiscopal et le pouvoir
(i) It would be far easier to accept siich leaching from Rome, for at least ihe source of ail spiritual power in ihat community is the head of her Church, whilst the source of an Anglican bishop's power is the politician who appoints liim. No doubt itwill besaid thatthis is not correct, the bishop being chosen by the chapter and ordaîned by anotber bishop* but the fact cannot be got over that both chapter and bishop obey the instructions oflhe Prime Minister, who décides what priest shall be raade a bishop and thereby obtain « the power of the Keys » wilh ail the other supernatural gifts claimed by the sacerdotalisls. — T/ieCofitemporaryRndcw.DeQemhev iSgS. The Sacerdotalism, by Francis Peek.
radical de Tépiscopat, il suffit qu'il soit sacré par un autre évêque ; mais pour avoir une mission, il est nécessaire qu'il soit placé à la tête de son troupeau par le Pasteur suprême. C'est Notre-Seigneur lui-même qui l'a réglé ainsi en décidant que son Église serait un seul Bercail auquel serait préposé un seul Pasteur. Les évêques sont des pasteurs aussi ; ils reçoivent dans leur ordination le pouvoir radical d'être faits pasteurs, le pouvoir radical de paître le troupeau qui leur sera confié, mais il faut que ce troupeau leur soit confié par l'unique Pasteur de l'unique Bercail.
Qui vous a envoyé? peut-on demander au chanoine Knox Little. Qui vous a donné mission pour enseigner la doctrine que vous enseignez, et pour pardonner les péchés?
Votre évêque? Mais qui a envoyé votre évêque? Un autre évêque? Mais encore qui a envoyé cet autre évêque ? Si vous ne pouvez remonter jusqu'au Suprême Pasteur, on a le
droit de vous dire que vous enseignez et que vous absolvez sans mission.
A l'objection formulée par M. Peek, il n'y a qu'une réponse. C'est de dire : c'est vrai, le successeur de Pierre peut seul, en s'appuyant sur l'Evangile, prétendre être la source d'où découle tout pouvoir spirituel, tout pouvoir d'enseigner et d'absoudre.
Cette source si clairement indiquée par l'Evangile, nous nous mettrons en communication avec elle.
On peut espérer que cette réponse sera faite. Elle s'impose.
C'est ainsi que la logique pousse vers Rome ceux qui admettent et enseignent les doctrines romaines. Elle y pousse également ceux qui cherchent l'unité de doctrine.
Le grand pape auquel l'Angleterre doit d'être devenue chrétienne a écrit ces remarquables paroles dont la vérité, même de son temps, ne pouvait être contestée, une expérience de cinq siècles en fournissant déjà
une éclatante démonstration, a Les hérétiques ont cela de propre qu'ils ne peuvent rester longtemps dans Tétatoù ils étaient au moment de leur rupture avec TEglise ; mais en allant d'erreur en erreur, ils forment de nombreux partis, et le plus souvent ils se divisent par des contestations qui achèvent de mettre parmi eux le désordre et la confusion (1). »
En parlant ainsi le saint docteur écrivait d'avance l'histoire religieuse de l'Angleterre pendant les trois derniers siècles. Heureusement il semble bien que cette longue période de confusion touche à sa fin. Les anglicans se sont lassés de ces dissidences intérieures qui, à force de se multiplier, menacent de conduire leur Eglise à sa ruine,
(i) Habent vero hoeretici hocproprium, qiiocl in eo gradu in quo de Ecclesia exeunt, diu stare non possunt^ sed ad détériora quotidie riiunt, et sentiendo pejora^ in iniikis se partibus scindunt, atque a semetipsis plerumque longiiis confusionis siiae allercatione dividunlur. — S. Greg., Moral., lib. III, cap. xxv.
et de ces divergences qui la séparent des autres Eglises chrétiennes, et surtout de cette grande Eglise, la plus ancienne et la plus répandue de toutes, qui s'appelle l'Eglise catholique romaine. Un besoin d'unité chaque jour croissant tourne les regards d'un grand nombre vers Rome. Ils comprennent que cette unité qui leur fut donnée par la papauté, et que la papauté leur conserva pendant dix siècles, la papauté seule peut la leur rendre. Ils le comprennent et ils le disent.
(( L'histoire, disait un journal protestant, le Church Times, le 18 octobre 1895, peu de jours après le congrès de Norwich, l'histoire montre combien il est vain d'essayer de garder l'unité s'il n'y a un centre comme point de ralliement; et quand même il serait possible d'établir pour la chrétienté d'Occident un centre d'unité autre que le Saint-Siège, il est difficile de découvrir quels en seraient les avantages. »
Quand on en est là, il est incontestable qu'on a fait, à son insu peut-être, une grande partie du chemin qui mène à Rome.
Mais ce n'est pas tout.
Lord Halifax, nous l'avons vu, n'a pas craint d'affirmer, dans le discours qu'il a prononcé à Norwich, la veille du congrès, que <c ce ne sont pas Içs prétentions constitutionnelles du pape à la possession d'une primauté établie par Notre-Seigneur que rejette l'Eglise anglicane », mais seulement une extension de pouvoir que la foi catholique, nous l'avons dit, ne réclame nullement pour le Saint-Siège. Que l'on propage cette croyance à une primauté instituée par Notre-Seigneur parmi les membres de l'Église anglicane, qu'on la fasse pénétrer dans les masses en la faisant descendre des intelligences cultivées jusqu'au peuple, comme la lumière du soleil descend des montagnes jusqu'aux vallées, et alors l'obstacle qui vient du manque d'obéissance du
troupeau à ses pasteurs, aura en grande partie disparu. Les brebis et les pasteurs, mis ainsi en communion d'idées sur ce point capital, suivront l'impulsion qui les portera à se ranger sous la houlette du suprême Pasteur auquel Notre-Seigneur lui-même a dit dans la personne de Simon Pierre : pais mes agneaux y pais mes brebis y c'est-à-dire, comme l'a expliqué toute la tradition, pais mon troupeau tout entier.
Cette primauté du pape, qui a été jusqu'ici une cause de division, deviendra de cette manière, si les catholiques le veulent, et très certainement ils le veulent, une cause d'union. Elle deviendra une cause d'union d'abord entre les fidèles de l'Eglise anglicane et ceux qui les conduisent, puis entre cette Eglise et l'Eglise catholique.
Cette primauté du pape demeure bien encore, jusqu'à ce que les catholiques l'aient montrée sous son vrai jour, la grande barrière, suivant l'expression de l'archevêque
d'York, on peut même dire la seule barrière entre TÉglise anglicane et FEglise catholique. Mais c'est une barrière qui ira en s'abaissant peu à peu, et qui finira non seulement par disparaître, mais par devenir le pont que les deux Églises traverseront pour se donner le baiser de la réconciliation.
Ce pont , les catholiques anglais ont le devoir de le traverser les premiers. Ils le traverseront, non en reconnaissant l'autorité du Vicaire de Jésus-Christ qu'ils reconnaissent déjà, mais en obéissant franchement, ponctuellement, généreusement, aveuglément à sa direction dans cette grande affaire de l'union des Eglises. Ce pont, l'Eglise anglicane le traversera à son tour, et de l'autre côté elle trouvera l'unité , la paix, la solution de
toutes ses difficultés, une réponse précise et
pleine d'autorité à toutes les questions qu'elle se pose avec une si légitime anxiété, et elle saura ainsi à quoi s'en tenir, au moins pra-
tiquement, sur la validité de ses ordinations.
Pourquoi TEglise anglicane aurait-elle moins de confiance dans les lumières et l'équité du Saint-Siège sur ce point que sur tous les autres? C'est bien celui de tous en faveur duquel Rome serait tentée de faire fléchir, s'il en était besoin, les règles les plus inviolables elles-mêmes. Mais sans aller jusque-là, un pape comme Léon XIII ayant le cœur grand et l'esprit large et aimant l'Angleterre, ne saura-t-il pas trouver un moyen de tout concilier, et de suivre les prescriptions divines sans blesser ni les personnes, ni les droits acquis, ni l'amour si naturel d'un grand peuple pour son passé ?
De l'autre côté de ce pont, l'Eglise anglicane retrouvera l'esprit catholique. C'est en se séparant du Saint-Siège qu'elle a perdu cet esprit, non tout d'un coup, mais peu à peu, comme le rameau séparé du tronc perd la sève ; c'est en s'y rattachant
qu'elle le retrouvera par degrés. Le Saint- Siège est le tronc, la source, le foyer.
L'union à ce tronc ne sera d'abord qu'extérieure pour un grand nombre; mais peu à peu, la grâce aidant, d'extérieure cette union deviendra intérieure. L'enseignement d'un clergé en communion de doctrine avec Rome sera le canal par où la sève qui circule dans ce tronc, les flots de vérité qui coulent de cette source, et les rayons de lumière qui jaillissent de ce foyer arriveront jusqu'aux âmes.