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Manifestations diverses du Réveil

L'assemblée principale des partisans du Béveil est sans doute celle qui, depuis 1845 jusqu'en 1854, s'est tenue régulièrement à Amsterdam, deux fois par an, sous le nom de Béunion d'amis chrétiens, et dont M. Oroen était président. Elle a fondé un journal mensuel, sous la direction de M. Heldring, pasteur à Hemmen en Gueldre, homme d'un mérite reconnu surtout dans le domaine de la mission intérieure , fondateur d'un asyle de Madeleines, d'un asjle pour de petites filles négligées, et d'autres institutions. Cette Revue, intitulée L^Union^ voix chrétiennes {De Vereeniging ^

chfUtelijke sôemmenj, est assez répandue, et a survécu aux Réunions dont elle était d^abord Torgane. Elle intéresse surtout ses lecteurs par les communications toujours fraiches et originales de son rédacteur sur Toeuvre des missions.

Pour connaître le mouvement intérieur du Eéveil, c^est surtout au Vereeniging qu^il faut s^adresser. Les comptes rendus des assemblées des amis chrétiens sont pleins dMutéréti et donnent la physiognomie exacte du Réveil dans ses différentes phases. Au commencement, Funité prédomine. Et si Ton n^a en vue que la première phase du Réveil , M. Groen est dans le vrai lorsquMl dit (p. 10): ^Far lui-même le Réveil ne fut ni calviniste, ni luthérien, ni mennonite, il fut chrétien. Il n'avait pas Tantique orthodoxie de Dordrecht pour étendard, mais le drapeau de la Réforme, mais la Parole de Dieu; et s'il retrouvait avec bonheur la doctrine du salut admirablement exprimée dans nos livres symboliques, s'il appréciait une règle d'enseignement si conforme aux Saintes Écritures, s'il opposait aux envahissements du rationalisme la doctrine de TÉglise et le devoir de ses ministres, il ne songeait guère à accepter ou à imposer le joug absolu et littéral des formulaires avec une anxiété absurde et puérile. Un esprit de fraternité chrétienne prédominait sur de pareilles velléités.''

Mais ce ne fut que la première phase. Il devint bien-, tôt impossible de la prolonger. Les divergences qui éclatent dans le sein du Réveil en constituent la grande épreuve; épreuve qui doit montrer si ses partisans ont assez de confiance au Saint Esprit pour pouvoir supporter la différence des positions sociales, et des vues ecclésiastiques et scientifiques, inséparables de l'état d'imperfection et de progrès de nos conditions actuelles. Bientôt on vit se dessiner, je ne dis pas des partis,

mais des nuances très-diverses dans ces assemblées qui, sans avoir de symbole commun» tiraient leur unité de la confiance mutuelle de leurs membres au caractère chrétien quMls se reconnaissaient. En matière ecclésiastique, un confessionalisme poussé jnsqu^à la dissidence — car, en Hollande, la dissidence sortit, non d'une théorie sur la séparation de PÉglise et de TÉtat, mais du besoin de fonder une Église orthodoxe — un confessionalisme fougueux, dis-je> s^ manifeste à côté d^un baptisme extrême, représenté par un homme d^un talent remarquable, M. de Liefde. Missionnaire ardent, écrivain ascétique recherché dans un certain milieu, et surtout par le bas peuple, qui se nourrit de la lecture de son Magazin pour le bourgeois et le paysan {Magazijn voor hurger en boer)^ M. de Liefde est très-connu aussi en Angleterre et Ecosse pour les peintures à couleurs tranchantes quMl j a faites des désolations de rÉglise hollandaise. — Si, sur le terrain politique, les divergences n^ont pas éclaté dans ces assemblées, on comprend toutefois que la théorie de TÉtat chrétien ne pouvait être du goût de ceux qui penchaient vers les idées baptistes. On savait que quelques-uns de leurs membres ne s*entendaient pas avec M. Groen. M. van der Kemp représentait un principe politique plus radical, et d^un caractère peut-être plus réformé. Et si plus tard la rupture a éclaté entre M. Groen van Prinsterer et M. van der Brugghen, devenu ministre de la justice et chef du cabinet (1856), on peut présumer que cette rupture était préparée dans l'esprit des deux illustres champions parlementaires. Quel que soit le jugement que Ton porte sur la carrière ministérielle du dernier, ses antécédents, qu^il a eu tort de renier, et Tapologie qu'il a faite de sa conduite, ne permettent pas d'admettre, comme le suppose M. Groen, qu'il a fait défection

au moment de la crise. Si cette hypothèse a été trop généralement accaeillie, la cause en est en partie que les publications de M. Yan der Brugghen, {CAristelifie tijdvragen^ door een Juriat: questions chrétiennes du jour^ traitées par un jurisconsulte) ^ sortant du cercle des idées du Béveil, ont trouvé peu de lecteurs, et en partie peut-être encore la manière dont, dès qu^il fut devenu ministre, il parla de ses antécédents. — Dans le domaine de la doctrinci les divergences se sont moins prononcées encore , puisqu^en général on ne touchait pas au dogme. Si Ton eut admis la discussion dogmatique, ou plutôt si Ton en eût senti la nécessité, peut-être la désunion qui a éclaté plus tard se serait* elle manifestée bien plus tôt. Plusieurs indices semblent rendre ce jugement plausible. D^abord les bases de Talliance évangéliquci malgré les chaudes recommandations de M. Capadoce, n^ont jamais été adoptées par l'assemblée dont il s'agit. Fuis, tout le crédit du nom de Da Costa n'empêchait pas que les libertés de sa pensée ne fussent pour plusieurs un objet d'étonnement ou de crainte* Ajoutez que les membres pasteurs représentaient des nuances très- prononcées, depuis Torthodoxie tranchée de quelques-uns d'entre eux, jusqu'aux tendances plus scientifiques, et par cela même plus libres, de M. M. Sécretan, ^) Van Toorenenbergen, *) Beets et autres. Tout cela déjà attestait l'impossibilité de conserver l'union

') Pasteur de l'Église Wallonne de la Haye, auteur de deux lettres sur les principales tendances ihéologiques de notre époque, ïtl' iiixAé fragment de théologie, 1853, La Haye, J. van Golverdinge.

s) Pasteur à Flessingue, rédacteur de la plus ancienne revue ecclésiastique du pays, intitulée Boekzaal; auteur d'un commentaire sur la confession de foi néerlandaise, dont nous aurons à parler encore.

par une sorte de compromis entre les fractions divergentes, et marquait, qu'an lieu de former un parti commun, on aurait dû aborder, dans un esprit de fraternité^ le terrain de la discussion.

Quel fruit ont porte ces assemblées?

Elles ont dëployë leur activité au dehors dans les différents domaines de la mission intérieure, de l'organisation ecclésiastique et de la politique.

Si je nomme, en premier lieu, la mission intérieure, c^est parce que c^est là surtout que se trouve, à mes yeux la force du Eéveil, et que de tels fruits sont, sans doute, les plus durables et les plus bénis. En effet comment refuser son admiration et sa sympathie à ce zèle missionnaire qui a couvert le pays de salles d^asyle, d^écoles chrétiennes, d'institutions diverses pour le soulagement de toutes les misères physiques et morales de la société? Nommerai-je les grands établissements, comme ceux de M. Heldring, ou Técole normale de Nimègue, établissements soutenus par le concours actif et constant d^un grand nombre de personnes de toutes les parties du pays? Mais je craindrais de faire tort, en les passant sous silence, à tant d'autres institutions plus obscures, mais qui ne le cèdent aux précédentes ni par le zèle ni par l'activité. Ce qui caractérise les oeuvres philanthropiques du Héveil, c'est, on le comprend, — non, sans doate, l'action d'une dogmatique abstraite, mais — la puissance du principe évangélique considéré dans sa simplicité, à savoir l'état de péché de l'homme, la rédemption par Christ, une vie de reconnaissance et d'amour.

A côté de cette activité de nature tout évangélique et philanthropique, s'en manifestait une autre sur le terrain du droit ecclésiastique. J'ai déjà parlé de l'adresse qui fut faite au Synode en 1842, et dans laquelle

on réclamait le maintien de la doctrine réformée dans rÉglise. Le Synode refusa constamment d^entrer dans cette voie; de sorte que les communautés elles-mêmes semblaient devoir se charger de ce soin. Les signataires de Tadresse au Synode publièrent Tannée suivante un manifeste /s^à l^glise réformée en Néerlande/^ dans le but de lui signaler le danger de la situation, et de la rendre attentive aux devoirs qui semblaient en résulter pour elle. On a qualifié cette démarche de révolutionnaire. Mais comment porter un jugement pareil, si Ton admet franchement le régime presbytérien, qui est celui de rÉglise réformée, et si Fon part dn principe que la force de institution ecclésiastique réside dans les communautés elles-mêmes? Ce qu'il y a de plus salutaire, à mes yeux, dans Topposition confessionnelle, c'est précisément cet appel constant au peuple chrétien. C'est par ce point que le parti antirévolutionnaire en Hollande se sépare nettement du même parti en Prusse. Mais la question est de savoir si la confession du \6^mt siècle peut être encore, telle quelle, l'expression de la foi des chrétiens du 19^m«. L'appel au droit historique n'a de valeur , semble- t-il, sur le terrain de l'Église, qu'autant qu'on reconnaît aussi franchement le droit du progrès et de la transformation correspondante de l'institution. Or là est le côté faible de l'opposition de ce parti. La discussion faisait défaut. Mais ceci n'est pas la faute des membres laïques.

Je reprends le fil de ma narration. L'adresse à l'Église ne demeura pas sans résultats. On vit se former en divers lieux des. associations laïques pour le maintien et la défense de la doctrine et des droits de l'Église réformée. La voie que suivirent ces associations, ou ceux qui en représentaient l'esprit > était celle de la résistance passive et de l'opposition légale. De la résistance pas-

sive: car on ne reconnaissait pas la légitimité du pasteur ffinfidèle'*\ c^est à dire, de celai dont la doctrine ne s^accordait pas avec le symbole , et on refusait d^accepter son ministère. De la résistance légale: car trois fois on entreprit des procédures dans le but de faire casser, par les directions ecclésiastiques supérieures, la vocation de pasteurs élus par les consistoires. Pour bien juger de ces procédures, indiquons le caractère de Torganisation en vigueur. Le consistoire, qui choisit lui-même ses membres > appelle le pasteur. Si ce dernier accepte la vocation qui lui est adressée, son nom est proclamé, trois dimanches de suite, du haut de la chaire, i/pour entendre si quelqu'un aurait à représenter au consistoire quelque chose à Tégard de sa doctrine ou de sa vie, qui dût Fempécher d'être confirmé dans le ministère" (paroles de la liturgie de confirmation) , ou , comme s^exprime le règlement sur les places vacantes : » afin de s^assurer que personne n'ait à présenter des obstacles légitimes contre la vocation.'* ^IteB griefs contre l'appelé doivent être présentés par écrit au consistoire qui , après la troisième proclamation, en réfère à la direction classicale." /^Gelle-ci en décide en première instance, sauf appel à un collège supérieur.'^ Les trois procès dont je viens de parler ont été intentés, l'un en 1846, contre M» Butgers van der Loefi', alors appelé à Leide, les deux autres en 1854, contre M. Meyboom, appelé à Amsterdam et contre M. Zaalberg, appelé à La Haye. Il est remarquable que, des trois pasteurs incriminés» deux appartiennent à l'école de Groningue, actuellement la plus conservative et la plus inofTansive dans le camp libéral, et que le troisième, quoique sorti de celle de Leide, désavoue ouvertement les négations de quelques-uns des représentants de cette école, et se plaint amèrement des hardiesses de ses plus, jeunes adeptes. — Or quel a

été le résultat de ces procédures? Elles ont démontré que le droit des communautés était purement illusoire. L'opposition avait pour objet, non des pasteurs inconnus , mais des hommes qui avaient publié plusieurs écrits. On ne pouvait donc alléguer qu^on ignorât leurs tendances. Eh bien, on a écarté par une fin de non recevoir les plaintes dirigées contre eux : et pour quels motifs? Était-ce parce qu'on proclamait la liberté de renseignement dans rÉglise? ou parce qu'on prêchait le support et la tolérance? ou enfin parce qu'on s'efforçait d'éclairer les esprits sur l'état de crise par lequel passait l'Église, et sur les devoirs qui en résultaient pour tous? Non. Dans le premier cas on se bornait à une simple dénégation du fait, ou de l'hétérodoxie de l'accusé. Dans le second cas, on convint implicitement du fait; mais, tout en reconnaissant que l'Ëglise réformée a une doctrine, on déclara qu'il était impossible de la définir. Dans le troisième cas, enfin, on somma les accusateurs, qui n'avaient, pour la plupart, aucune culture tfaéologique, de prouver scientifiquement que Taccusé avait tort. — Ces procédures ne furent suivies d'aucune autre, bien qu'en présence des négations de la plus jeune école celles des trois pasteurs dont il s'agit ne fussent que des jeux d'enfants. C'est que l'organisation de l'Église a subi un changement. Gr&ce à la nou* velle formule d'admission des candidats, grâce au nouveau r^lement sur la discipline, il est assez difScile maintenant de prouver qu'un pasteur, quelle que soit sa doctrine, n'est paé dans les conditions légales de l'Église. La liberté des pasteurs est pleinement sauvegardée: les droits légaux des troupeaux leur ont été enlevés, sans qu'on les voie remplacés par les droits moraux basés sur la liberté des laïques. Les consistoires se choisissant eux-mêmes, et hn pasteurs n'étant plus

liés à aacune confession de foi, les troupeaux n^ont aucan moyen r^nlier de se faire entendre. Ils sont traités comme troupeaux au sens matériel du mot; c'est à dire que la tyrannie e^ complète, i)

QuMci se trouve engagée une question de droit d^une importance capitale, qui songerait à le nier? Mais, peuton demander, n^y a-t-il donc pas de milieu entre le régime de Torthodoxie et Fautorité arbitraire du pasteur? Nous le pensons. Nous ne redoutons nullement les formules les plus larges pour Tadmission des candidais au saint ministère: nous croyons les droits de la vérité suffisamment garantie par la liberté des troupeanx. Mais nous réclamons cette liberté; nous la voulons pleine, entière et sérieuse. La vouloir pour les pasteurs et non pour les troupeaux, supposer ceux-ci dans un constant état de minorité spirituelle, traiter le clergé comme étant seul en âge de majorité, seul en possession du Saint Esprit, c^est, du point de vue protestant, un non-sens, plus que cela, une iniquité.

Toutefois, je Tai déjà dit, on peut douter de Topportunité des démarches juridiques. L'Église était-elle en effet mûre pour exstirper Phérésie de son sein , pour comprendre la nature morale de Tidée d'hérésie, et pour juger les doctrines nouvelles d^un point du vue moral?^} Tout n^est pas dit, quand on en a simplement appelé à la tradition dogmatique. Fuis, était-il juste de s'^attaquer principalement à Técole de Groningue? Le

1) Le Synode vient d'abolir l'obligation de prêcher sur le catéchisme de Heidelberg. Ainsi se trouve rompu le dernier lien con-

fessionneL

*) Vinet^ dans un beau discours ^ dont j'ai oublié le titre, a montré comment la notion d'hérésie revêt un caractère moral.

Eëveil, nous Tavons vu, était d'abord, dans le fond, opposé au vieux supranaturalisme, qui, en présence des nouveaux besoins qui se manifestaient, devait prendre une attitude inquiète et méticuleuse. Eh bien, Técole de Groningue ne tentait-elle pas, de son côté, un Béveil? Ne commença- t-elle pas par prononcer le mot de régénération , que depuis longtemps TÉglise n'entendait pluspi) N^7 aurait-il pas eu moyen de s'entendre, ou, du moins, d'arriver, par la discussion, à une rupture motivée, et dont, des deux parts, on aurait eu conscience? Du point de vue confessionnel, il est vrai, Técole de Groningue donnait plus de prise au blâme que l'ancien supranaturalisme. Il n'était pas difficile de découvrir l'Arianisme et le Felagianisme dans les écrits de ses représentants. Mais n*était-elle pas fondée à demander que, mettant de côté ces anciennes dénominations, flétries par de si tristes souvenirs, on se laissât instruire par le Christ lui-même; et que, suivant un ordre opposé à celui de l'ancienne Église, on allât de l'histoire du Christ à sa nature, au lieu d'expliquer son histoire par sa nature définie d'avance? Le Béveil ne se verrait- t-il pas gravement compromis en s'attaquant à des tendances qui, malgré ce qu'elles avaient de négatif, recelaient peut-être plus d'éléments de vie et de progrès que celles qu'il tolérait?

Or il me semble qu'il en était ainsi. Je ne me sens guère plus partisan de l'école de Groningue que je ne l'étais à mon entrée dans le ministère* Je répète ici ce que j'ai dit ailleurs: ^) /r J'ai signé la confession de

1) Dans une des premières publications de celle école, intitulée ChriM'ijke betrachtingen {Méditations chrétiennes), ^} Dans mon dissours sur Da Costa.

foi de l'Église réformée néerlandaise dans la pleine conviction qu'elle jrenferme une notion du christianisme bien plus haute et plus profonde que celle qu^on prônait alors comme un progrès/' Mais, si Técole supranaturaliste n'était nullement à la hauteur de cette confession, l'école de Groningue soutenait un principe dont les adhérents de la confession auraient pu faire leur profit, et qu'ils auraient pu appliquer avantageusement à leurs théories dogmatiques et ecclésiastiques. S'ils l'eussent fait, ils auraient pu neutraliser l'effet des négations qu'ils déploraient: ils auraient suivi une voie plus sûre que les Groningois, en montrant que la personne du Christ se révèle bien mieux dans l'Ecriture et dans la vie de l'Église , qu'au moyen de théories socratiques et humanitaires.

Désormais, l'école de Groningue a fait son temps. Elle ne fait plus d'adeptes. On peut en dire du bien, .sans craindre de se voir enrôlé sous sa bannière, i) Disons donc hardiment qu'elle a arboré un drapeau auquel il aurait valu la peine de donner plus d^attention. Beprochons-lui sans doute tous ses défauts. Bepoussons sa conception afiadie du péché; déclarons que sa christologie satisfait aussi peu les besoins de la con-

M. Réville se trompe quand il affirme que la peur des doctrines de Leide a réconcilié avec l'école de Groningue ses anciens adversaires. Il est vrai que les sarcasmes^ dont cette école est l'objet de la part des disciples de Leide , pourraient facilement disposer à prendre sa défense; mais si le développement des tendances négatives au sein de l'Église en ont fait l'école conservative par excellence, cela ne saurait donner le change sur le vice radical de son point de départ. En appliquant au Christ une théorie humanitaire 9 puisée, non dans son histoire, mais dans le socratisme, elle se place, dès le début, en dehors du point de vue historique.

science religieuse que ceux de la pensée spéculative; reconnaissons qu*en mettant les mots d'éducation et de développement à la place de ceux de conversion et de régénération , cette école ne maintient le surnaturel dans rhistoire qu^à condition de le nier là oii il est surtout à sa place, à savoir dans la conscience. Mais^ après cela, ne taisons pas le bien qu'elle a fait. Evidemment elle a défendu les intérêts de TÉglise, des intérêts moraux et religieux. Elle ne voulait pas être négative, mais bien plutôt positive: et elle Tétait sans doute en présence des. écarts du rationalisme vulgaire et du libéralisme socialiste dans le milieu oii elle prit naissance. La base philosophique de sa doctrine, tout insuffisante qu'elle fût, réalisait cependant un progrès. C'était sans doute une tentative sans avenir et qui mettait une fois de plus en saillie Timpuissauce de la pensée philosophique en Hollande à cette époque, que celle du célèbre professeur Van Heusde à Utrecht, qu'on peut considérer comme le père de l'école de Groningue: on sait qu'il essaja de ressusciter le Platonisme pour le igème siècle. Cette entreprise, malgré le talent remarquable et la culture exquise de son auteur, ne pouvait manquer d'avorter, i) Comment en effet mettre de côté tout le développement de la pensée moderne, et considérer comme non avenue cette suite de systèmes élaborés sous l'inspiration, plus ou moins reconnue, de la pensée chrétienne? Or l'auteur avoue naïvement, dans sa préface, que c'est là le but qu'il poursuit. Eh bien,

^) Il s'en faut cependant que tout le monde soit de cet avis. On annonce même une troisième édition de Poavrage dans lequel Yan Heusde a développé son système: de socratische school voor de Vède eeuw {Técoîe socratique pour le l^ème siècle). La première édition parut en 1831 , la seconde en 1840.

qaoique Tentreprise fut condamnée à n^aboutir pas, Peffort qne fit ce philosophe de sortir du domaine de la scolastique n'était-il pas très-Ionable p Et si , au lieu d'expliquer les grands mystères (nom que Yan Heusde donnait au christianisme) par Tapplication des méthodes qui Pavaient conduit dans la description des petits mys* tères du Socratisme, la théologie avait compris que la morale des grands mystères était autre que celle des petits , ne lui aurait-elle pas su gré d^avoir abandonné le terrain de la métaphysique pour entrer dans celui de la morale? La théologie de Groningue révélait un besoin, qu^elle ne satisfait pas. En face d'une christologie défectueuse, la seule déclaration que Christ était le centre de la vie chrétienne comme de la théologie était un in* contestable progrès. En présence des graves lacunes de la théorie de la régénération et de Foeuvre du Saint Esprit, c'était encore un progrès que de vouloir imprimer à l'Église un caractère d'actualité, et de la considérer, non comme une institution, mais comme une société, le corps du Christ vivant.

Ajoutez que, dans le domaine pratique, les disciples de Groningue marquaient partout leur présence par une activité rare, et, chose inooie, par l'association de membres laïques à l'oeuvre pastorale. Sans nul doute, par l'activité philanthropique de ses adhérents, l'école de Groningue rivalisait avec le Béveil: si bien qu'un auteur, qui du reste est fort éloigné des principes de Groningue, M. Busken Huet, a pu tout récemment, sans reconnaître le caractère propre du Béveil, appeler l'école de Groningue le Béveil hollandais.

Sur le terrain religieux, ne convient-il pas de regarder, moins à ce qu'on est, qu'à ce qu'on veut être? L'école de Groningue voulait être une école positive, tout hérétique que fût sa doctrine. Or^ devant la ma-

nifestation de cette volonté, devant ces efforts, en présence de ces oeuvres, devait-on Tattaquer par des voies légales, et signaler ses écarts dans la doctrine comme une preuve d'infidélité au serment prêté à TÉgliseP Je n^approuve pas sans doute la parole hautaine qui échap* pa aux représentants de la théologie de Oroningue dans la colère de la lutte, à savoir que le parti confessionnel avait contre lui Pélite de la nation. Mais je me permets de croire que les attaques dont ils se virent Tobjet sur le terrain juridique ont trouvé peu d'écho dans la conscience de TEglise.

Un dernier ordre de faits relatifs au Béveil sont ceux de l'ordre politique. Après ^exposition détaillée que M. Groen a faite des principes de sa politique et de sa conduite parlementaire, je puis me dispenser d'entrer dans les détails. Je me borne à remarquer que, dès que la réorganisation de TÉtat par suite de la révision de la loi fondamentale en 1848 eut fait entrer dans la chambre M. Groen d'abord, puis quelques-uns de ses amis politiques, on vit se former, en plusieurs districts du pays, des collèges électoraux de couleur antirévolutionnaire, qui avaient pris pour devise l'union de la Néerlande avec la dynastie d'Orange {Nederland en Oranje). Bien que ces collèges aient rarement réussi à former une majorité, ils ont cependant puissamment influé sur les élections , en tenant souvent la balance entre les deux autres partis politiques, celui d'un conservatisme plus ou moins réactionnaire, et celui d'un libéralisme plus ou moins avancé.

Ainsi donc le parti orthodoxe était formellement organisé en parti politique, ayant ses statuts ^), ses can-

') Voici un exemple de ses statuts; c'est le programme du collège électoral antirévolutionnaire de Leide:

didats dans les élections manicipales ou politiques, tenant en baleine les autres partis, et les forçant de compter avec lui. Tous ceux qui avaient pris part à Topposition confessionnelle 9 ou seulement qui étaient connus comme professant les grandes doctrines de Torthodoxie évangélique, étaient censés lui appartenir. Pour plusieurs des adversaires du Réveil ou qui étaient censés rêtre cette transformation du principe religieux en principe politique a eu des conséquences funestes. Confondant Tun de ces principes avec Tautre, ils les ont enveloppés Tun dans la condamnation de Tautre, et ils se tenaient d'autant en garde contre les influences du parti évangélique, de la part des laïques comme de celle des pasteurs, qu'ils les soupçonnaient, justement ou injustement, d'agir par esprit de parti. Cet état de choses fut pour beaucoup dans les motifs qui déterminèrent les pasteurs à entrer dans la voie que

1. Toute puissance vient de Dieu, et est ordonnée par LuL 9. Le principe de la souveraineté du peuple est contraire à la

parole de Dieu, à Thistoire et au droit, et n'accuse que rébellion

envers Dieu.

3. Il faut plutôt obéir à Dieu qu'aux hommes. La soumissioa inconditionnelle à la sainte Écriture, comme à la parole de Dieu, seule infaillible, est un devoir, auquel il n'est jamais permis de se soustraire.

4. Dès qu'il s'agit des intérêts de l'Église, de l'école, de la patrie « il faut qu'en premier lieu on tienne compte de la foi chrétienne, telle que la Réforme l'a exprimée dans sesformnlaires, et que le sang de nos pères nous l'a acquise. 11 faut que les électeurs, dans le choix de leurs représentants, prennent avant tout ceci en considération.

5. La souveraineté de la maison d'Orange, reconnue et maintenue par la loi fondamentale, doit être défendue contre toute attaque directe ou indirecte. Elle est à la base de notre existence nationale, de la liberté et de la prospérité du peuple néerlandais.

nous aurons a caractériser dans le second chapitre de ce travail. Je n'ai plus qn^à signaler un fait relatif à ces collèges électoraux ; c^est que nullepart les luttes ne furent aussi vives que là ou il était question d'une candidature antirévolutionnaire. On voit combien les principes et les intérêts représentés des deux parts remuaient profondément le pays.

Dans le cercle de Tactivité politique du £éveil, je dois encore faire mention de Torgane qu'il a eu dans la presse périodique. Pendant cinq années (1850 — 1855) M. Groen a rédigé un journal politique et ecclésiastique intitulé De Nederlander (Le Néerlandais)* Le talent supérieur du rédacteur aurait aisément fait placer sa gazette au premier rang du journalisme néerlandais^ alors même qui celui-ci aurait en général mieux répondu aux exigences de la littérature et de la culture du pays. Mais le manque de sérieux et le ton d'ordinaire grossier et peu digne de l'opposition contribuèrent à engager M. Groen à renoncer à son entreprise ')• Malheureusement Topposition ecclésiastique ne faisait pas défaut. Le Morgenster {Étoile du matin) ^ journal qui se proposait de représenter un christianisme vivant, et qui fit constamment opposition au parti orthodoxe, rivalisait souvent, par le caractère violent et passionné de ses articles, avec les feuilles politiques du plus bas étage. Pour faire connaître l'état de l'opinion dans la partie du public protestant que représentait le Morgeneter^ et le caractère des attaques auxquelles M. Groen était en butte, je vais mettre sous les yeux du lecteur les derniers mots du manifeste, par lequel le Morgenster an* nonce que^ comme le Nederlander G^^%2iii de paraître i lui-même n'avait plus de raison d'exister. M. Groen

*) Voir Narede na een vi^jarigen siHJd.

ayant, dans une série d'articles, fait une retraite que tout le monde avait admirée, le Morgensier répliqua que Fétoite du matin disparaît dès qae le soleil apparaît à l'horizon.

//L'Étoile du matin ne luit pas pour elle même , elle annonce le lever du soleil. Déjà sa clarté pâlit, ses rayons faiblissent et disparaissent. Les brouillards du matin se dissipent. Soleil de la Justice, luis sur nous!'*

C'est bien le grand défaut et la cause de la stérilité du parti libéral d'alors de n'avoir pas compris la force vitale du Béveil. Far cela même aussi elle était impuissante a combattre ses défauts.

Je ne saurais terminer ce chapitre sans dire un mot des résultats du mouvement que je viens de décrire.

Le Béveil, ainsi constitué et organisé, devenu ,>parti antirévolutionnaire et confessionnel dans l'Eglise réformée des Pays-bas", a-t-il réellement modifié l'état général du pays? L'Église et l'Etat ont-ils subi son influence d'une manière sensible et durable? L'exposition de nos propres principes, dans le chapitre suivant, sera également une appréciation de la tendance antirévoluti* onnaire. Mais ici déjà je crois pouvoir dire que l'influence qu'elle a exercée et qu'elle exerce encore, est considérable. C'est en vertu de l'activité constante, infatigable, conséquente, qu'a déployée „le parti antirévolutionnaire et confessionnel", sous l'inspiration de la pensée de M. Groen, que la population protestante du pays, notamment dans l'Eglise réformée, s'est divisée en deux camps, celui de l'orthodoxie et celui du libéralisme, camps inégaux par le nombre des individus, mais non par les forces qu'ils possèdent, et qu'un vrai tiers-parti, qui, ne condamnant que l'esprit de frivolité, chercherait la conciliation sérieuse des tendances con-

traires dans ce qu'elle sont de vrai , n'a jusqu'ici que peu de chances de succès, tout organe se voyant aussitôt compté dans Tun ou Tautre camp.

Cette séparation ne saurait être sans doute le dernier mot du Béveil. En elle même, la division est un mal. Cependant ne peut-on pas dire, qu'avant d'arriver à une vraie conciliation, non du bien et du mal^ de la vérité et de l'erreur, mais de tout ce que les deux tendances renferment de sérieux et de légitime, il fallait qu'une opposition exclusive vint envelopper j dans un commun anathème, le bien avec le mal dans le camp ennemi? Pour rendre a l'Eglise la sève et le nerf de la pensée des Réformateurs, ne fallait-il pas commencer par l'accepter avec tous les alliages, qu'elle comprend, et par rejeter les tendances contraires, quelle que fût leur part de vérité? On se saurait refuser au Béveil l'honneur immortel devoir, en arborant le drapeau des Béformateurs , ressuscité leur oeuvre, et arrêté l'Église contemporaine sur la pente qui Fentrainait dans l'abîme.

Mais si le succès moral fut considérable, il n'en est pas de même du succès visible et matériel En effet, sous ce rapport, nous comprenons la confession de M. Groen: „0n ne peut se défendre d'un sentiment de tristesse, en comparant avec ces chances et ces moyens de succès l'issue de nos efforts'', et encore cet aveu significatif: .... ,^il y a quelque chose de surprenant et d'énigmatique dans l'histoire du parti orthodoxe et antirévolutionnaire, et dans la manière dont, pour quelque temps du moins, il a été mis hors de combat au moment même ou il semblait triompher", (p. 104). — Mais M, Groen oublie-t-il que ce n'est qu'en mourant que le chrétien triomphe, par ce qu'il ne doit pas triompher lui même ? L'Église n'a aucun bien a attendre

du triomphe des orthodoxes, mais beaucoup de bien à recevoir de leurs témoignages et de leurs souffrances.

En effet, le //parti antirévolutionnaire et confession* neV est, comme parti, en état de décomposition; mais les éléments dont il se composait peuvent-ils être anéantis ou neutralisés?

Le Nederlander ne parait plus ; les collèges électoraux antirévolutionnaires, pour autant qu'ils existent encore, traînent une existence mourante, donnant à peine çà et là quelques signes de vie. Dans la chambre, après la retraite de M. Oroen, le parti antirévolutionnaire se trouve réduit à trois ou quatre membres.

Les procédures ecclésiastiques n'ont eu pour résultat visible que d'annuUer les droits des troupeaux, et de faire prévaloir le règne de l'arbitraire.

L'école de Groningue, attaquée du point de vue confessionnel y a trouvé les plus chaleureux défenseurs dans ceux-là même qui n'approuvent pas ses doctrines.

Les assemblées des amis chrétiens ne se tiennent plus. 1)

i) Elles étaient depuis longtemps dans un état de décadence. On songeait à les réorganiser en leur donnant une base confessionnelle. On proposa les bases de la diète ecclésiastique allemande, c'est à dire les symboles de TÊglise luthérienne ^ de TÊgiise réformée et de rÉglise unie. Sur ces bases , on convoqua une pre* mière assemblée publique en 1854. Je fus invité , avec M. Heldring, à y lire quelques thèses sur la question de FÉglise. Je n'avais jamais pris part aux Réunions des amis. La transformation projetée me souriait. J'y voyais un premier pas fait pour sortir des étroites proportions d'un cercle, qui ne voulait pas être une coterie, et qui n'avait pas davantage les allures d'an parti. Je crois que la base confessionnelle, historiquement envisagée, est assez large pour fournir matière à des discussions approfondies, un

La seule Mission intérieure a poursuivi son oeuvre, et s'est peu ressentie des dissentimens qui se sont pro* Juits.

M. Groen attribue ces résultats à Tabandon de ses amis. Il écrit que ceux» qui précédemment avaient marché avec lui , Font quitté à Theure décisive.

C'est attribuer beaucoup à Thomme. C'est supposer à ces //amis/' comme M. Groen les nomme, peu de constance, et de fermeté de principes.

point de départ dans robjectivité de Thistoire, et non dans l'arbitraire des idées individuelles. Cependant je croyais , alors déjà , et je crois encore que le principe confessionnel^ précisément par ce qu'il est un principe historique» doit se modifier d'après les situations des différentes Eglises nationales. Les bases de la diète allemande sont en rapport avec l'État et les besoins de l'Église allemande. Les neuf articles de l'Alliance évangélique ont une couleur trop anglaise pour pouvoir devenir écuméniques. Une société qui se propose le relèvement de l'Église réformée néerlandaise doit avoir pour base et pour point de départ l'acte de naissance de cette Église» c'est à dire sa confession. Toutefois ce dé&ut de forme ne m'empêcha pas de me rendre au désir des honorables membres du comité-directeur. J'eus plus de peine à comprendre la composition de ce comité lui-même. Il me semblait que la seule présence d'un membre aussi radicalement baptiste que M. de Liefde compromettait dès l'abord le principe confessionnel. J'ai lieu de regretter que la crainte de voir attribuer mon opposition à quelque antipathie personnelle pour l'honorable M. de Liefde, antipathie que je n'éprouvais nullement» m'ait fait accepter la tâche dont on me proposait de me charger. Ce qu'on aurait pu prévoir peut-être» arriva. Il n'y eut pas de discussion de principes. M. de Liefde, conformément aux idées baptistes» mit en question la fidélité personnelle des pasteurs qui demeuraient dansr l'Église. Les pasteurs présents refusèrent d'accepter la discussion sur ce terrain. Tout cela finit par une rupture. Ce premier essai ne fut pas suivi d'autres.

Toutefois I hâtons-nous de le dire, M. Groen lai-méme est loin de voir, dans cet abandon supposé, une infidélité; auquel cas la conduite de ces //amis^ mériterait d'être flétrie des noms les plus honteux.

Au contraire, il reconnaît un caractère de sincérité à Tabandon dont il se plaint. Quand il énumère les arguments (p. VI), qu'il prête à ces amis infidèles, si cette énumération ne me paraît pas fidèle, on ne voit pas toutefois qu'il méconnaisse que le devoir les ait poussés dans la voie qu'ils suivent.

Cependant il semble n'être pas convaincu de l'opportunité de leurs raisons.

Non, sans doute, — aî-je besoin de le dire? — que l'honorable défenseur des droits de l'Église ait jamais voulu d'une adhésion à ses principes qui ne fût pas dans les conditions de la plus complète franchise. Il peut y avoir de l'inconvenance à dire ce dont il n'est pas permis de supposer le contraire; disons le cependant pour éviter toute espèce de malentendu, bravons les apparences de cette inconvenance: M. Groen a toujours repoussé avec vigueur toute coalition, toute solidarité basée sur une transaction de quelque nature qu'elle fdt. Mais il paraît ne pas croire qu'il existât, entre lui et ceux de ses amis dont il se plaint, une diversité de principes qui fût de nature à les autoriser et même à les obliger de se séparer de lui, du moins temporairement.

Ceci, à mes yeux, est une erreur. Je crois qu'aucun principe ne peut se poser, sans commencer par s'affranchir de toute solidarité avec d'autres principes, quitte à examiner plus tard quels points de contact ils peuvent avoir entre eu^.

M. Groen commet encore une erreur, ce me semble, quand il attribue l'abandon dont il se plaint à un chan-

gement ou à une modification de principes de la part de ses /iramis."" II a pu on être ainsi pour tel d'entre eux: mais citait alors encore une inconséquence respectable et qui 9 imposée parla conscience, revêtait tous les caractères de la nécessité*

Mais, pour moi et pour d'autres i il ne saurait être question même de cette inconséquence.

Un second chapitre va mettre le lecteur en état de juger de Texactitude de ces appréciations.

Nous allons suivre le principe éthique ou moral dans son apparition et dans son développement au sein de rÉglise réformée néerlandaise de ce siècle.

SECOND CHAPITEE.

Le pbincipe mobal. Ses premières manifestations dans le bfveil hollandais; son organe dans la presse

PÊRIODiamS: LA SOCIÉTÉ ET LE JOURNAL Urnst

en Vrede (s:éri£UX et paix).

§ 1. Za principe moral. Sa première manifestation dans le Réveil: M. Beeta.

Disons d^abord ce que nous entendons pai le principe éthique ou moral dans le domaine du christianisme.

Nous n'entendons pas par là Tapplication du dogme chrétien, la nécessité d'une sanctification venant s'ajouter à la foi. Toute conception sérieuse du christianisme la proclame, même celle qui en théorie laisse à peine une place à la sanctification. Mais autre chose est prêcher la vie chrétienne comme fruit et manifestation de la foi , autre chose considérer la foi elle-même comme principe de vie, ne voir dans le dogme d'autres éléments permanents et objectifs que ceux que la conscience morale peut s'assimiler et qui peuvent en élever le niveau. Un illustre théologien de l'Allemagne, M. Hundeshagen, a dans un ouvrage célèbre sur le Protestantisme allemand, décrit de cette manière la tâche de

rÉglise actuelle par rapport au dogme traditionnel. ,>I1 en est du dogme formulé de FÉglise, comme des métaux et des minerais. Ceux-ci sont les produits de ces fusions immenses opérées par ce feu primitif qui a eu tant de part à la formation actuelle de notre globe. Ce feu sW éteint; les métaux et les granits sont morts et froids. L^observateur vulgaire et superficiel ne soupçonne plus rien, en les voyant, des terribles catastrophes qu'il a fallu pour les former. Pour dissoudre ces corps immo* biles, pour séparer les matières précieuses d'avec Talliage des chaux et des laves, il faudrait un feu non moins fort que celui qui avait précédé la période de la pétrification. Sans cela il n'y a que des masses immobiles, inertes, lourdes, ne pouvant être ni forgées, ni fondues. Nos dogmes aussi sont le produit de révolutions analogues dans le monde moral, de ces révolutions puissantes qu'a faites dans le coeur de l'homme le feu que le Christ y a allumé. Aux époques productives de l'Église, l'ère apostolique et celle de la Réforme, la substance de ces dogmes, se trouvant encore à Fétat de liquidité, imprégnait toute son atmosfère. En se répandant hors du foyer de TÊglise cette masse liquide se figea, il est vrai, et de plus en plus se transforma en diverses cristallisations , mais celles-ci conservèrent longtemps encore la chaleur qui les rendit flexibles et malléables. Ce n'est que plus tard qu', entièrement ar« rachées à l'action vivifiante du feu primitif, elles devinrent froides, immobiles et mortes. Que s'ensuit*il pour le d<^me, tel qu'il nous a été transmis? La substance en est bonne; mais cette substance primitive s'est mêlée, dans la période de sa liquéfaction, avec des matières terreuses, empruntées à la culture de l'époque; elle a reçu, des maîtres qui lui ont appliqué les règles de l'art architectonique , une forme qui appartient au passé

et qui, sous bien des rapports, ne nous convient plus. C'est la vocation de la science de s'essayer toujours de nouveau à ce travail de purification et de refonte des matériaux; mais elle ne pourra réussir à la tâche qu'à mesure qu'elle réussit à allumer dans le coeur de Thomme le feu qui puisse les réchauffer et les liquéfier. Ce feu seul pourra rejeter comme des laves sans valeur les matières terreuses; l'état de fusion ou du moins de flexibilité permettra seul aux maîtres des époques postérieures de jeter en de nouveaux moules les anciennes matières sans leur faire violence. Et ce feu là est aussi pour la théologie la première condition d'une vraie critique. J'entends le feu qui s'allume au flambeau de la colère du Dieu saint et juste, flambeau qui projette sa lueur dans nos consciences assoupies et qui continue à y brûler dans les douleurs de la repentance. Ce feu s'y nourrit de tous les actes qui manifestent le repentir et la tristesse selon Dieu, maisi en même temps, il s'amortit, s'adoucit et s'apaise par la rosée de l'amour divin" 1).

Cette tâche de la science théologique correspond à une autre tâche, qui n'est pas imposée aux savants seuls mais à laquelle tous les fidèles sout appelés. C'est celle qui consiste à renoncer à tout moyen d'autorité, soit ecclésiastique , soit politi(]fue , pour faire triompher la vérité, et à s'en remettre uniquement au témoignage que la vérité, prêchée par la parole et par la vie, rencontre dans la conscience.

La grande acquisition dont l'Église est redevable à

la Kévolution, c'est de circonscrire son tenain^ de ré«

dui re son activité au domaine intérieur, le domaine

moral, celui de la conscience. Ce qu'elle perd ainsi en

') Der deuische Proiesianiismus. 2te Abd. S. 165.

pouvoir, elle le gagne en force. Moins elle est royaame de ce monde, plus elle sera royaume des deux.

C^est le grand mérite des coryphées de TÉglise actuelle, d^avoir senti cette transformation de TÉglise, d'y avoir vu un progrès et d'avoir engagé l'Eglise à entrer dans cette voie, hardiment et sans regret du passé. Je n'ai qu'à nommer deux noms, mais qui représentent toute une famille d'esprits qui ont reçu d'eux une impulsion plus ou moins puissante et qui continuent la pensée dont ils ont été les premiers organes, deux chefs d'école dans le sens le plus élevé de ce titre, Schleiermacher et Vinet. Schleiermacher , le penseur allemand; Vinet, le critique français; obéissant l'un et l'autre, en suivant des courants d'idées aussi différents que le sont les nationalités auxquelles ils appartiennent I à la même inspiration supérieure. On peut dire que l'apparition de " ces deux hommes est comme l'avènement de l'idée de la conscience chrétienne comme principe générateur soit dans la science soit dans l'Église. Une théologie, qui a son point de départ et le critère de sa vérité dans la conscience chrétienne ; une Église, qui ne serait que la manifestation de cette conscience; voilà les grandes vérités, qu'ils ont vu poindre à l'horizon et à la conquête desquelles ils nous convient.

Ils subissent, l'un et l'autre, le sort des esprits supérieurs, que des tendances qu'ils avaient eux-mêmes dépassées se couvrent de leurs noms et de leur autorité.

Schleiermacher , sorti du rationalisme, et l'ayant vaincu en lui laissant tous ses droits, se trouve invoqué à l'heure qu'il est par ceux que la recrudescence de l'orthodoxie confessionnelle a rejetés dans le camp de ce rationalisme, qu'ils n'avaient jamais complètement abandonné.

Vinet, sorti des rangs du méthodisme, mais lui ayant

demandé son dernier mot et ayant pris au sérieux le principe de la régénération, qui en fait la gloire, est maintenant exploité par nne théologie peureuse et sans avenir, qui ne sait opposer aux négations d^une trop hardie critique que ce même principe d^autorité, ruiné de fond en comble par les écrits de Tillustr^ professeur de Lausanne.

Or, aussi peu qu^il convient au rationalisme de se décorer du nom de Schleiermacher , aussi peu Tesprit si large, si riche et élastique de Vinet s'accommode*t*il aux étroites proportions du méthodisme.

Le méthodisme ne saurait mieux faire que de subir rinfluence réformatrice de Yinet, le rationalisme que de se régénérer au contact de la pensée de Schleiermacher. Prétendre le contraire, ce serait vouloir mettre le vin nouveau dans de vieux vaisseaux.

Les hommes qui inaugurent une nouvelle ère ne le font que par ce qu'ils comprennent leur siècle, qu^ils en sont les organes, soit en bien, soit en maL

La pensée morale, inaugurée par la théologie des deux illustres penseurs que nous avons nommés, est la pensée de TÉglise actuelle, le motif de ses luttes, le but de ces recherches. C'est pour ne Tavoir pas réconnu encore qu'elle est agitée et qu'elle sent ce malaise, qui la caractérise de nos jours. Là oà elle l'a reconnu , elle marche avec assurance et elle sait oii elle va.

Cela étant, on doit tout naturellement s'attendre à voir cette même pensée surgir sur divers points de l'horizon religieux. Sans la moindre correspondance extérieure on verra les esprits travailler dans un même sens en plusieurs endroits.

J'ai déjà dit que le principe de l'école de Groningue en Hollande était la manifestation d'un besoin. C'est le grand mérite de cette école d'avoir proclamé cette im-

portante vérité, que la personne da Christ est le principe de tonte vérité religieuse , de Tavoir proclamée à une époque où la théologie ne concevait rien de plus haut qu'une doctrine sur la nature et Toeuvre du Christ ou une morale qu'il aurait prêchée. Il est à déplorer, je le répàtei que le Réveil ait méconnu cet élément de progrès. Peut-être > en acceptant avec plus d'espoir le principe énoncé, eût-il empêché cette école de se rejeter du côté de l'humanisme et l'eût-il aidée à démêler le principe chrétien d'avec le principe humanitaire. Quoiqu'il en soitf la manière dont l'école de Groningue a accueilli l'opposition confessionnelle, la manière surtout dont elle a développé sa propre dogmatique et conçu la vie chrétienne, n'étaient pas de nature à lui gagner les esprits auxquels le Béveil avait appris à considérer le principe chrétien comme le principe d'une vie absolument nouvelle, et qui voyaient dans la conversion, non l'amélioration morale, mais la régénération de la nature humaine.

Ceux-ci cependant se trouvaient-ils satisfaits par la voie que suivait le Béveil? Ou plutôt: était*on fondé à supposer que Tidentité de principe religieux implir quait aussi l'identité de principe politique et de théorie ecclésiastique? La formation d'un parti antirévolutionnaire et confessionnel ne reposait-elle pas sur une fiction P

Ici je dois citer un nom, très populaire en Hollande, et qui représente, bien plus que le mien (car je n'avais pas appartenu à ce qu'on appelait »le parti"), cet état des esprits, qui demandait qu'on brisât les cadres d'un parti et qu'on se créât des horizons plus larges. C'est le nom de M. Beets, pasteur à Utrecht.

M. Beets, poëte très recherché en Hollande, qui, dès ses débuts littéraires, encore étudiant, avait trouvé un

public tout prépare à Tentendre et parmi P^ite de la population y — M. Beets, malgré Ténergie avec laquelle il sMtait rangé dès son entrée dans le ministère (1840) du côté dn Béveil, était demeuré Tun des hommes les plus populaires du pays. Gendre de Van der Palm, il n'avait pas renié sans doute ses sympathies pour l'illustre viellard, dont lui-même il avait rajeuni la viellesse; il lui a élevé dans une biographie très estimée un beau monument de reconnaissance et de piété filiale. Cependant la publication de deux volumes de sermons du jeune pasteur de Heemstede vint bientôt révéler au public religieux la précieuse acquisition que /rie parti'' avait faite y et détromper les esprits qui avaient attendu du disciple et parent de Van der Palm la prolongation de son école.

Dès lors la paroisse rurale de Heemstede devint un centre du Béveil. Plus peut-être que les charmants environs de Harlem, c'étaient les chaleureuses prédications du 4r pasteur et docteur" du petit village voisin, qui 7 attiraient pendant l'été les familles aristocratiques de la capitale. Aucune assemblée des amis ne paraissait complette sans M. Beets; aucune oeuvre n'était entreprise sans que sa coopération ne fût réclamée comme première condition de succès. M. Beets a sans doute beaucoup profité de cette vogue. L'un des plus grands charmes de ses écrits, c'est d'y voir percer cette fine observation, non seulement du coeur humain en général, mais surtout des dangers particuliers auxquels les chrétiens sont exposés.

M. Beets a«t-il suivi le mouvement du Béveil se transformant en parti antirévolutionnaire et confessionnel? En 1848 un appel, sorti de la Béunion des amis, fut adressé à tous les consistoires et aux pasteurs, ayant pour but d'organiser une assemblée générale des parti-

sans de Tancienne confession réformée afin d^aviser aux moyens de reconstruire TÉglise. On aurait pu s^attendre à trouver le nom de M. Beets parmi ceax qui avaient fait rappel. Or, non seulement qu'il ne s'y trouvait point, mais encore M. Beets n'a*t-il pas assisté à cette assemblée i). Je crois qu'on peut dire qu'alors déjà commençait à se dessiner dans le cercle des n amis ^ la différence qui existait entre la tendance juridique et celle qui| sans avoir encore la conscience de la portée de son principe, ne se plaçant pas encore décidément sur 1 terrain moral, se contentait de s'appeler médicale, prétendant qu'il fallait travailler à guérir l'Église plutôt qu'à la juger. Toujours est-il que de plus en plus les assemblées des amis perdaient en force ce qu^elles gagnaient en nombre. Si l'affluence des délégués laïques de tous les points du pays accusait le caractère général de l'opposition dans l'Église, surtout parmi la classe bourgeoise, on ne vit plus paraître nombre de ceux qui avaient donné l'éveil au mouvement. A la fin on ne vit presque plus de pasteurs présents.

Or à quelle impulsion obéissaient les absents? Étaiton en droit de les accuser de tergiversation, de crainte

Le programme était signé par M. M. 0. 6. Heldring, J. C.J. Sécretan, J. J. van Tooreneubergen ^ pasteurs; G. Groen van Prinsterer^ A. Capadose, Is. da Costa et Â. Mackay. Il contenait les articles solvants: L'état actael de l'Église réformée néerlandaise est, pour la doctrine et pour l'organisatioD^ un état de déviation, sinon de droit, du moins de fait, des grands principes que la parole elle-même de Dieu proclame; Il en résuite que la conscience de plusieurs se trouve lésée dans l'accomplissement des plus saints devoirs. Tons ceux qui aiment la vérité, telle qu'elle est en J. C, sont obligés de protester contre cet état de choses et de réclamer le retour à ces principes.

humaine» de relâchement de zèle? Mais une publication périodique de M. Beets, commencée la même année (1848) indiquait, ce me semble, une autre explication. Ce notait qu^un recueil d'édification: extraits de sermons, exégèses pratiques, pensées pieuses, etc., — un recueil, intitulé heures â! édification {sticàlelijke uren) et publié par petites livraisons mensuelles. Mais ce recueil peut être considéré comme la première apparition du principe éthique dans le Béveil, comme Tinauguration d'une littérature chrétienne, hollandaise et moderne à la fois. Évidemment ce n'étaient plus les formes lourdes de Tancienne école supranaturaliste, ce n'était pas non plus la monotomie conventionnelle des traités méthodistes, à laquelle les deux recueils de sermons que nous venons de mentionner n'avaient pas complettement échappé. Ce qui faisait la nouveauté de ce recueil, c'était le besoin de faire ressortir le côté morai du dogme reçu, de montrer l'accord entre le dogme et les aspirations de la conscience. Un ingénieux critique de l'extrême gauche, M. Busken Huet, dans une série d'articles sur la littérature d'édification de la Hollande moderne, articles où abondent les qualités et les défauts de cet esprit sagace et indiscipliné, a tout récemment mis en saillie les éléments de théologie moderne que récèle ce recueil de M. Beets. Du point de vue de M. Huet il ne peut que donner le conseil à M. Beets de se dégager entièrement de ce qu'il appelle les restes de son supranaturalisme , par où il entend tout le surnaturel biblique. Sans accepter le moins du monde le point de vue de M. Huet , je trouve que sa critique a ceci de vrai qu'on peut appliquer avec plus d'étendue que ne l'a fait M. Beets le principe moral à l'explication du contenu de l'Écriture et du dogme de l'Église. M. Beets ne se réclame pas du titre de théolo-

gien, bien qne, s'il eût voulu, il le serait dans un sens éminent, puisqu'il possède tontes les qualités qui font le théologien. C'est pouiquai il aime, trop peutêtre, à laisser en siaiu quo les questions qui rentrent dans le domaine de la théorie. Il est rrai, sa grande popularité est à ce prix. Bile s'explique sans doute en grande partie par les qualités supérieures de rédaction qui distinguent M. Beetsj mais il est probable que, sans ce couservatiame modéré, qui, laissant le dogme intact, le présente par le cûté pratique, cette popularité subirait de graves atteintes. C'est par là que M. Beets se rattache à Yan der Faim et représente, plus qu'aucun autre auteur dn Réveil , le caractère néerlandais. On peut dire qu'en prenant cette position M. Beets a nationalisé le Béveil et est encore à l'heure qu'il est un élément de réconoiliation entre les deux partis.

Les Stieiiel^if vren (4 volumes , 1848—1851} eurent nn succès immense, i) En comparant ce succès facile anz laborienx efforts du parti confessionnel pour faire accepter son programme politique par ceux qui étaient censés y appartenir, on ne saurait méconnaître qu'ici on avait touché an coeur même de la nation, que la conscience de l'Église rendait aux tendances religieuses du Béveil un témoignage qu'elle refusait à ses tendances politiques.

'} Cecu «oit dit auis préjadice de la aeoonde série, qai a cornmeacé à partître il y a deux ans. Cette série peut avoir les tnSmes qualités que Is première, sans inau^ei, comme celle-ci, aae nouvelle phase de l'histoire da Réveil

§ ^« Recherche d^une base scietUifique. Associations de pasteurs. Société Ernst en Vrede, M. Van

Oosterzee; M. Doedes.

Toutefois ce nMtait qu'un commencement. Il y a aussi une politique chrétienne; il y a une science chrétienne. M. Beets ne s'est occupé ni de Tune, ni de Tautre. Or , à moins de retomber dans un méthodisme , dont M. Beets voulait sortir et qui n'avait, comme nous l'avons vu, formé qu'un élément subalterne du Réveil néerlandais, il était inévitable que les différentes questions > soulevées soit par la politique de M. Qroen et de ses amis parlementaires, soit par les différentes écoles libérales en théologie, ne vinssent comparaître devant le tribunal de la conscience chrétienne , pour y être jugées d'un autre point de vue que celui de la science pure et du droit abstrait.

Est-ce le sentiment de cette vocation , qui avait poussé plusieurs pasteurs à former, en dehors des assemblées des amis , une société où les intérêts divers de l'Église devaient être discutés sous un point de vue pastoral et théologique? Évidemment, s'il y a une théologie, si la science n'est pas un jeu de l'esprit, mais si elle a une mission à remplir dans l'Église, elle suppose, non des questions résolues , mais des questions à résoudre : elle suppose, non une Église achevée, mais une Église en construction. Quand la perfection est atteinte, la science a pris fin.

Un premier essai dans ce sens n^avait pas abouti. Une société de pasteurs se réunissait annuellement dans un village de la Gueldre, sous la présidence de M. Mo« lenaar, de la Haye, homme d'une grande activité pasto-

raie et littéraire, et dont les commentaires pratiques sur la Bible ont puissamment contribué à entretenir au sein du peuple les traditions exégétiques de TÉglise réformée sous une forme populaire. Cette société représentait peut-être trop Tesprit traditionnel de TÉglise pour pouvoir efiScacément concourir à son développement actuel. A part M. Beets, M. van Toorenenbergen et quelques autres pasteurs de la génération nouvelle, elle se composait d'ecclésiastiques d'âge plus avancé, fidèles aux traditions de Dordrechti et que le Séveil avait tirés de Tobscurité, où Técole supranaturaliste , représentant pour iors le progrès, les avait laissés» Cette société, n'étant pas, à ce qu'il semble, parvenue à la fusion de l'esprit traditionnel avec celui du Béveil, dut se dissoudre. Il n'est sorti de ce mouvement qu'un commentaire de M. van Toorenenbergen sur la Confession de foi néerlandaise, érudit et soigné.

Un second essai semblait avoir plus d'avenir. Il était tenté par quelques pasteurs influents du Béveil , auxquels s'étaient joints d'autres théologiens, qui, sans lui appartenir, en avaient approuvé Tesprit et subi Tinfluence. Parmi ces derniers, M. M. Yan Oosterzee et Doedes, pasteurs à Botterdam, occupent la première place. Four connaître la physiognomie de la société qui fut nommée JSrnst en Yrede [sérieux et paix) ^ société dont nous avons à raconter l'histoire, nous ne saurions passer ces deux noms sous silence.

M. Van Oosterzee est l'une de ces réputations brillantes, incontestées, qui se conservent à la même hau« teur sur l'horizon, sans monter ni descendre. Orateur célèbre dès le début, il se voit, après vingt ans de ministère, entouré de la même auréole» et parlant toujours à des foules d^auditeurs. La position nette qu'il a prise dans le sein de l'orthodoxie, lui a ré-

concilié des esprits, qae son éloquence seule n'aurait pas attirés , sans éloigner de lui les autres d'une manière sensible. Dans le domaine de la science il a débuté par des lettres sur la critique de Strausz, lettres qui eurent un succès facile, cette critique n'ayant pas encore rencontré d'adhérents parmi les théologiens du pays. Fuis la revue de théologie, qu'il a fondée en 1845, de concert avec M. Doedes et deux savants laïques, et où il a débuté par un traité apologétique, semblait vou« loir introduire en Hollande la théologie évangélique libérale de l'Allemagne. Cette revue cependant n'a pu se maintenir à la hauteur de ces débuts et a dû plus tard cesser de paraître. Gomme les deux principaux rédacteurs, M. M. Van Oosterzee et Doedes i étant arrivés à des convictions plus positives, ne soutenaient plus que faiblement cette oeuvre qu'ils avaient créée, on la vit tomber lentement dans une sorte de nullité. Sa réapparition par les soins de M. Harting peut être considérée comme un stérile effort pour ramener la science à cette indifférence de principes {Vorauêset" zungslosigleit) ^ qui avait été la cause de son impuissance.

Ces débuts scientifiques du jeune théologien n'étaient pas accueillis avec moins de faveur que ses travaux oratoires. On croyait pouvoir se promettre un succès prodigieux de la tentative grandiose de M. Van Oosterzee , d'écrire la vie de Jésus. Le premier volume de cet ouvrage avait paru en 1846. Le dernier a paru en 1851, lorsque déjà l'état de l'opinion avait beaucoup changé. Un événement qui fait honneur au caractère de M. Van Oosterzee vint tout à coup porter atteinte à cette réputation théologique naissante. Lié d'amitié avec M. Scholten, professeur à Leide, M. Van Oosterzee n'en avait pas moins prononcé un jugement sévère

sur Touvrage de ce dernier qai devait bientôt faire école en Hollande.

Peut-être ce jugement n'était-il pas suffisamment motivé. Peut-être M. Van Oosterzee avait-il tort de supposer que la bienveillance et Fesprit de corps théologique laisseraient passer, sans en être froissés, les accusations qu'il lançait contre le professeur de Leide. C'était plutôt par une sorte d'instinct, qu'en vertu d'une analyse sévère, qu'il déclarait ne voir dans le prétendu développement donné par le savant de Leide à la doctrine réformée qu'une recrudescence de l'ancienne trilogie rationaliste , Dieu , la vertu et l'immortalité* Peut-être M. Scholten avait-il le droit de se plaindre du ton un peu •4este avec lequel une si grave condamnation était prononcée contre sa doctrine. Mais M. Scholten n^avait certainement pas le droit de se montrer offensé de ce qu'on l'attaquait, de voir dans les incriminations de son ancien ami une injure personnelle, et, au lieu de s'attacher à la question capitale, de l'attaquer sur des vétilles, de le chicaner pour les inexactitudes que devait tout naturellement commettre une plume aussi féconde que celle de M. v. O. Du reste celui-ci a eu tort de se retirer du champ de bataille, malgré l'arrêt de mort rendu contre lui par le juge de Leide. Il faut bien le dire: on n'était pas encore habitué dans les discussions scientifiques au ton d'autorité que M. Scholten se permettait de prendre. Peut-être si M. Van Oosterzee n'eût pas été l'un des premiers condamnés à mort, aurait-il pris son parti de la rigueur de la sentence. Plus tard il a eu plusieurs compagnons d'infortune, mais qui n'ont pas confondu l'arrêt d'un savant avec celui de la science.

Quoiqu'il en soit, l'espoir de voir fonder en Hollande une école théologique positive et vraiment évangélique

a été pendant longtemps déçu» par suite de la profonde désunion qui s'était prononcée entre deux hommes ^ qui semblaient appelés les premiers à en poser les fondements. M. M. Scholten et Van Oosterzee» élèves l'un et Tautre de la faculté d^Utrechti presque contemporains, ayant subi l'un et l'autre Tinfluence personnelle de rillustre van Heusde, ayant débuté par des thèses aca* démiques qui respiraient une même pensée théologique, large et évangélique, fournissant leurs contingents à la mSme revue théologique, M. M. Scholten et Yan Oos* terzee se sont trouvés, à défaut de discussion sérieuse et fraternelle, ramenés, Tun au rationalisme, Tautre au supranaluralisme, sans plus se rencontrer sur leurs chemins 1).

>) Les disciples de M. Scholten lui-même ne conteste&t plus qae l'épithète de rationaliste ne convienne à la tendance qn'ils suivent. En effet, pour peu qu'on n'applique pas cet épithète à quelque autre chose qu*à des écarts individuels, et pourvu qu'on ne s'en serve pas comme d'une injure, il est difficile de comprendre comment on pourrait donner une autre désignation à un système, qui proclame hautement l'autonomie et la souveraineté de la raison humaine. Quant à M. Van Oosterzee, il est à regretter que son esprit, large plutôt que profond, l'ait ramené sous ledrapau du principe de l'autorité. Au lieu d'observer les phénomènes de la vie morale, de creuser dans les profondeurs de la conscience et de chercher ainsi pour ses travaux apologétiques une base psychologique, qui n'ait rien a redouter de la part de la critique, on le voit appliquer les trésors d'une intelligence vive et souple et d'une vaste érudition à commenter la bible dans l'esprit d'une orthodoxie mitigée. C'est cet esprit que respirent ses plus récents écrits, à savoir les derniers volumes de sa vie de Jésus, dont les premiers ne se sont pas 'encore détachés de la tradition exégélique du rationalisme que M. Van Oostersee subissait plutôt qu'il ne l'acceptait, et surtout son ouvrage principal, qui fait suite à la vie de Jésus, la Christ ologie de l'ancien et du nou*

Si donc M. Van Oosterzee ne réussissait pas, gr&ce à sa retraite plutôt qu^aux attaques de M. Scholten, à conquérir la place, qui lui semblait destinée dans le mouvement théologique du pays, cette retraite mettait davantage en évidence celui de ses amis académiques , qui, sans avoir son brillant talent, passait pour avoir plus de solidité» et dont l'opinion publique s^était habitué à associer le nom au sien. M. Docdes, pasteur à Botterdam, oil Tinfluence de M. v. O. Tavait fait appeler, y avait hardiment arboré le drapeau de Forthodozie. Les sermons de M. Doedes , sans avoir la richesse d^idées de ceux de M. v. O., respirent tout le sérieux du méthodisme et sont en général de pressants appels à la conversion. M« Doedes devait la réputation d'être un esprit solide et érudit à une dissertation sur la critique du texte du N. T, dissertation qui avait obtenu de la société de Harlem la prime d^or. M. D. prit ensuite parti dans la querelle soulevée entre M. M. Opzoomer et Scholten* Comme M. Opzoomer a acquis depuis une grande influence dans la théologie, au point même de former école, c'est ici le lieu de dire un mot de ses débuts.

Le mouvement philosophique semblait s'être arrêté à TJtrecht depuis la mort de Yan Heusde et avoir passé à Oroningue par Forgane de ses disciples , lorsque fut appelé à la chaire vacante de philosophie à Utrecht

▼eau testameat, dout le troisième Yolume paraît dans ce moment Ce jagement sur les tendances de ces deux théologiens ne m'empêche pas de reconnaître 9 ai*je besoin de le direP les nombreuses beautés de détail qu'on rencontre dans leurs ouvrages. Des aperçus clairs ne manquent pas dans ceux de M. Scholten, et des combinaisons ingénieuses abondent dans ceux de M. Van Oosterzee.

(1845) un jeune jarisconsnlte , disciple de Leide, qni pendant ses années universitaires ne s^était pas moins occupé de littérature et de philosophie que de jurisprudence. Habitué qu^on était à voir la philosophie professer un grand respect pour la théologie, et ses représentants officiels renoncer sans trop de peine à la conduite des esprits, on ne fut pas peu surpris et indigné de voir le jeune novice réclamer pour la philosophie ce qui jusqu'ici avait paru le monopole de la théologie ou plutôt de rÉglise. Le discours d'inauguration de M. Opzoomer, intitulé: la réconciliation de Fiomme avec lui même par rintermédiaire de laphiloaophie , a soulevé un orage qui rappelle celui que souleva en Allemagne la publication de la vie de Jésus par Strausz. De tous cotés pleuvaient les articles et les brochures. L'auteur signalait Tépoque de la foi comme l'époque de l'innocence, celle du doute comme le réveil de l'esprit, celle de la philosophie comme la pacification des puissances spirituelles de l'homme. Si l'on eût été un peu plus au courant de l'histoire de la philosophie, peut-être aurait-on pu voir dans la confiance naïve, qu'avait le jeune professeur dans les résultats de sa science, encore un signe de l'innocence de la foi, mais on s'effrayait de toute prétention de la part de la philosophie. L'Église semblait en danger du moment que la philosophie, abandonnant les stériles abstractions de la métaphysique, prétendait à devenir une puissance. Il faut le dire, M. Opzoomer, affranchi des liens d'une orthodoxie traditionnelle, ne faisait rien pour rassurer les esprits et semblait au contraire se complaire dans sa réputation d'anti-christianisme. Il ne se ^ pas scrupule d'appeler, sans études critiques suffisantes, l'évangile un tas de fables. Il aspira au rôle de missionnaire en donnant des lectures publiques de morale, qui respiraient un

dëïsine vagne et une absence complette du principe évangélique. Toujours est-il que ces lectures attestaient le besoin de garantir la vie morale et religieuse, qui s^nblait péricliter du moment qu'elle se détachait du dogme chrétien. Serait-ce le même besoin religieux qui ait fait pencher alors M. Opzoomer du côté de celui des philosophes spéculatifs de TAllemagne dont le système i d'ailleurs peu fécond, semblait le mieux s'accommoder à ridée de la personnalité divine? Je Pignore: toujours e6t*il que M. Opzoomer, entre autres écrits polémiques i annonce un ouvrage, dont la première livraison seule a paru, intitulé: la doctrine de Dieu d'après Schelling, Hegel et Krause. Déjà l'ordre de cette nomenclature atteste la préférence qu'il donne au dernier. Il est fâcheux qu'il n'ait pas justifié cette préférence en faisant la critique de ces deux systèmes par lui rejetés. La livraison qui a paru se borne à exposer le point de vue de Krause, appelé panenthMime. Dans la préface M. Opzoomer s'explique sur le but de ce travail. Sans accepter le titre de partisan de Krause que ses adversaires lui avaient donné, il aspire à marquer la place qu'occupe dans le mouvement philosophique ce philosophe, qui alors avait aussi d'autres partisans en Hollande 1). Cette préface trahit de l'irritation chez l'auteur. Qu'est-ce qui pouvait à ce point irriter un jeuue

') M. Burger, ami de M. Opzoomer et docteur eu lettres, avait écrit un ouvrage sur la partie ascendante de la philosophie de Krause » et le professeur émérite de philosophie à Leide, Nieuwenhuis, avait publié une traduction de l'ouvrage du professeur Ahrens de Bruxelles, qui avait pour but d'exposer ce système. Ce dernier ouvrage avait donné lieu à une brochure polémique de M, Scholten sur la notion de Dieu {het Gûêshegrip) d'après Krause.

homme qui venait de passer des bancs de Tuniversité à la chaire professorale? M. Opzoomer était entre dans Tarène philosophique en attaquant Da Costa i qui venait de rendre Compte de la position qu^il avait prise dans la lutte de ses amis contre Tëcole de Groningue. M. Opzoomer nous apprend lui-même que cette lance brisëe avec les orthodoxes lui avait valu Tamitié de M. Scholten. Toutefois on put bientôt voir que la veine polémique du jeune philosophe n^était point épuisée par ce premier eiFort. Ce n^était pas à Forthodoxie seule, mais bien à la théologie elle-même que M. Opzoomer s'en prenait. Bientôt M. Van Oosterzee, puis M. Scholten lui-même éprouvèrent les effets de son humeur guerrière. Le premier fut attaqué pour son principe. M. Opzoomer défend les droits de la raison, contre ceux du sentiment, dont, à ce qu'il prétend, M. Van Oosterzee avait fait le critère de la vérité. — Enfin M. Scholten vit sa théorie trinitaire exposée aux coups d'une critique, qui cherchait, avant de construire, à faire table rase de la tradition théologique.

Telles furent les premières armes du jeune professeur. On conçoit les craintes et les colères que suscitaient dans le camp de l'Eglise de pareils débuts dans la carrière de l'enseignement. On peut dire que celui qui alors attaquait M. Opzoomer avait, sans examen ultérieur , l'opinion publique pour lui. Aussi ne fttt«ce pas Pun des moindres succès de M. Scholten, que d'avoir cherché, dans un écrit polémique dirigé uniquement contre M. Opzoomer, à le désarmer ou plutôt à démontrer son incompétence philosophique et théologique. Il faut le dire, c'était la cause de l'Eglise, la cause de l'évangile que M. Scholten défendait; et, se portant ainsi le champion des intérêts les plus élevés, il a bien pu ne pas comprendre plus tard qu'on Tait

lai

attaque lui-même comme un esprit négatif^ ennemi de révangile. Toutefois, si nous pouvons concevoir Tanimaiion d'un théologien qui combat pro arts et foeia ^ il est douteux qu'une pareille tactique apologétique serve les intérêts de la vérité. Ici encore la question de méthode n'a pas été traitée. M. Scholten a signalé toutes les lacunes de son adversaire. M. Opzoomer a répondu en signalant les siennes. La question de principe a été noyée dans ces luttes personnelles, et, au grand détriment de la vérité, M. Scholten a suivi son chemin et M. Opzoomer le sien, sans qu'on les ait plus vas se soucier Fun de l'autre jusqu'à ces derniers temps où, après une interruption de quelques années, toutes les questions semblent se relever en Hollande.

Au rang des adversaires de M. Opzoomer on distin** guait M. Doedes. M. Doedes, exaspéré de la prétention de la philosophie à juger le christianisme^ avait écrit une brochure intitulée: i»Le droit du christianisme maintenu contre la philosophie et l'incompétence démontrée de cette dernière à juger de la vérité de l'histoire et de la doctrine évangéliques". Il faut sans doute se rappeler l'antipathie des Hollandais pour la philosophie pour comprendre que cette thèse ait pu avoir du succès. M. Doedes termine son travail en sommant sa partie adverse de prouver le prétendu caractère mythique des récits évangéliques. Nous verrons bientôt que maintenant les rôles sont intervertis et que la théologie n'est plus la partie requérante^ mais qu'au contraire elle se voit mise en demeure de justifier la méthode en vertu de laquelle elle admet la réalité de faits qui semblent n'avoir aucune analogie avec l'ordre constant de l'histoire, réquisition que M. Doedes a laissée jusqu'ici sans réplique. La question de méthode a été,

grâce aux colères suscitées, ëcartée alors pour plusieurs années. M. Opzoomer» frappé de Tinterait de la théo* logie, n*a repris son influence que dans ces dernières années, surtout depuis la publication d'un traité de logique (1851) et la théologie a été trop préoccupée de ses querelles intestines pour s*occuper beaucoup de ses rapports avec la philosophie. 11 faut cependant signaler — comme indice que parmi ceux qui n'embrassaient pas le point de vue de M. Opzoomer, le goût des études phi* losophiques n'était pas complètement éteint — deux voix isolées qui ne pouvaient approuver la méthode apologétique de ses adversaires. Elles sortirent des rangs bien clair semés da kantianisme. M. Bakker a publié un écrit ayant pour objet de réfuter celui de M, Doedes. Dans la préface Tauteur , qui s'y montre comme un amateur expérimenté et modéré des études philosophiques, se plaint de ce que le réveil de ces études en Hollande, qui avait réjoui tous les amis de la vérité, semble devoir se perdre dans un déluge de personnalités, par suite des colères théologiques. Cette brochure, écrite avec beaucoup de dignité, indique claire* ment que la question de méthode n'est pas même abordée dans Técrit de M. Doedes. Un autre travail d'un pasteur, M. Post, qui se proposait également de défendre le droit de la philosophie dans les questions théologiques, ne m'est connu que de noms. Mais il faut surtout nommer, parmi les critiques intelligents et bienveillants de M. Op«soomer, le savant et vénérable pasteur Le Boy, l'un des vétérans de la solide orthodoxie en Hollande, et qui, pour la méthode philosophique, était depuis vingt-cinq années défenseur des doctrines kantiennes* Sans doute l'on ne se serait pas attendu à voir le vieux champion de l'Église accueillir avec sympathie les hardiesses de la pensée du jeune philosophe. Déjà dans

la préface il exprime Tespoir qu'une ëtude consëquente de la philosophie I le développement logique de la pensée philosophique, le ramènerait autant au christianisme que ses premiers essais Ten avait détourné. L'auteur» dont le ton affectueux et presque paternel contraste singulièrement avec les colères de ses plus jeunes collègues» donne gain de causeàTadversaire commun, quand il assigne à la philosophie la tâche de sortir Thomme de la période de la foi innocente. Mais déjà dans cette foi il voit percer la destination supérieure, les hautes capacités de Tesprit. Cet esprit a de tout temps cherché à sortir de cet état d'enfance. L'histoire de ces efforts c'est l'histoire de la philosophie. Ces efforts n'ont pas été infructueux. Kant notamment est en progrès sur ses devanciers quand il assigne à la science la conscience morale comme principe de certitude.

Ces voix néanmoins étaient trop peu en harmonie avec la disposition des esprits pour trouver beaucoup de retentissement. Le point de vue adopté par M. Doedes était mieux en rapport avec la frayeur qu'inspirait aux croyants l'idée de tout travail spéculatif. C'est ce qui explique pourquoi, surtout depuis que M. Doedes s'était associé à l'opposition confessionnelle contre l'école de Groningue, et lorsque le système de M. Scholten avait revêtu de plus en plus une couleur rationaliste^ le premier conquit aux yeux du /rparti antirévolutionnaire et confessionnel/' auquel cependant il ne se rattachait pas sans réserves, le rang de l'apologète le plus solide du christianisme.

La question scientifique restait ainsi dans la statu qno. M. Doedes ne tarda pas à prendre fait et cause pour le parti orthodoxe. En 1852 il publia trois lettres contre l'école de Groningue, qui sont devenues comme un arsenal» où l'opposition confessionnelle puisait ses armes scientifiques. Les trois points défendus: l'infaillibilité

apostolique, la dëïté dn Christ, Texpiation par le sang de la croix, derinrent en qaelque sorte le credo officiel de Torthodoxie* Ces trois points étaient habituellement cités dans le Nederlander ^ comme le minimum de la fidélité. Je ne veux pas ici faire de la critique; mais, persuadé que tout principe n'est fécond qu^à condition d'être poussé à -ses conséquences, je ne saurais m'empècher de déplorer que le parti confessionnel soit entré dans cette voie de compromis. En effet, les belles confessions de foi du seizième siècle ne sont-elles pas mutilées, si on en extrait tel ou tel dogme isolé, qui ne saurait être compris qu'en harmonie avec l'ensemble P

La méthode apologétique appliquée par M. Doedes , et qui semble se distinguer par l'absence complette de tout élément philosophique, n'a pas jusqu'ici été suffisamment justifiée. Ébranlé dans le système d'autorité , qui précédemment avait fait sa force, M. D. est resté en défaut de réplique, quand ses adversaires, que sa dia** lectique subtile et pressante avait bien souvent serrés de près, l'ont mis en demeure d'expliquer sa méthode scientifique i).

En donnant ainsi le signalement théologique de trois

Ceci reste vrai « même après la publication du discours académique , intitulé Chriaiiamme moderne ou ehriitianime aposioUque^ qui paraît au moment même où cette page s'imprime. Je me réjouis sincèrement de voir, — chose rare pour le moment en Hollande — un professeur en théologie avoir le courage de proclamer l'autonomie de l'Église vis à vis d'une science qui prétend s'imposer à elle. Je rends hommage, encore ici, au talent, avec lequel M. Doedes découvre les lacunes dans l'argumentation de ceux qu*il combat. Mais la question de la méthode, question vitale dans les débats actuels , n'est pas traitée.

des membres les pins influents de la société nommée JSmst en Frede, je ne prétends nullement amoindrir le mérite des antres. J'ai déjà nommé M. M. Heldring, philanthrope chrétien, Sécretan, Yan Toorenenbergen. Pour être complet j ^aurais à citer les noms de M. M. Van den Ham, pasteur à Utrecht, auteur d'une dissertation estimée sur Tépitre aux Hébreux, Yan Bhyn, qui en qualité d'inspecteur des missions néerlandaises leur a rendu de grands services et qui continue à prendre une part active aux débats ecclésiastiques, Hasebroek, pasteur à Amsterdam, orateur et poëte recherché. J'ai mis en saillie surtout les trois auteurs dont je viens de caractériser les tendances î non seulement à cause du rôle important qu'ils ont joué dans les luttes de l'Église, mais surtout pour faire ressortir l'un des caractères de la société dont il s'agit, à savoir que sa seule existence servait déjà a réconcilier le Béveil et la science. Précédemment peut-être M. v. Oosterzee , le théologien si populaire et M. Beets, le prédicateur du Béveil, n'auraient pas marché ensemble. Lorsque M. Doedes écrivait une dissertation sur la critique du texte biblique, certes il n'annonçait nullement un pasteur méthodiste.

§ 3. Mon entrée dans la société. Fondation

d'un Journal.

La société était déjà formée lorsque je fus invité à y prendre part. C'était en 1852. Je venais de publier un volume de sermons cité plus haut , où j'avais traité quelques questions sociales et ecclésiastiques dans un esprit contraire à celui du libéralisme régnant. Ce fut ma première publication. Plus jeune de quelques années que ceux qui étaient alors en évidence, éloigné

du centre du mouvement, j^avais depuis mon entrée dans la carrière pastorale (1842) observé la marche du mou* vement; mais je ne m'étais pas senti la vocation de prendre une part active à la lutte. Appelé en 1848 à Leidci je fus douloureusement surpris de la position que me fit ma seule réputation d'orthodoxie, sans que par aucune manifestation littéraire ou ecclésiastique j'eusse directement soutenu l'opposition confessionnelle. Je m'étais borné à ne pas récuser la solidarité dans la foi avec ceux qui étaient les organes de cette opposi* tion et a défendre les motifs moraux de leur conduite. En 1851, après une forte maladie, je crus recon« naître le devoir de ne plus me borner à la seule activité pastorale et d'élever la voix dans les débats ecclésiastiques. Non que j'attachasse tant d'importance a mon témoignage, ou qu'alors déjà j'eusse la conscience claire du principe qui me semble devoir répondre aux besoins religieux, ou que je comprisse clairement combien ce principe avait peu d'adhérents. Au contraire, je crus mes convitions partagées et ce principe mieux représenté par d'autres. Seulement je sentis qu'il s'agit de ne pas mépriser son talent, parce que d'autres en ont cinq ou dix.

Je signalai mon entrée dans la société en faisant une déclaration et présentant une proposition. Je déclarai qu'une société de pasteurs réunie en vue de discuter les questions pendantes me paraissait réclamée par les besoins du temps; que le Béveili sans tomber dans le mépris du saint ministère, n'avait pas assez reconnu la mission de la science théologique dans l'Église, que de cette neutralisation de l'un des facteurs, qui constituent le progrès de l'Église i il était résulté un certain malaise, dont il était temps de sortir. Je proposai en conséquence la fondation d'un journal, destiné à la discus-

sion théologiqae et pastorale des questions à Tordre du jour» plutôt qu^à la défense juridique des droits de TÉglise. Ma proposition, qui n'avait rien d'hostile au ^ parti confessionnel et antirévolutionnaire»'' mais qui tendait uniquement à combler une lacune dans le Eéveil, paraissait tellement répondre à un besoin senti de tousi qu'elle fut accueillie à l'unanimité des suffrages. Une commission fut nommée pour former la rédaction du journal, et cette commission se composait de M, Beets, M. Doedes et moi. Le titre, proposé, par M. Beets, JEmsi en Vrede (sérieux et paix) — titre» qui devint ensuite la devise de la société» — semblait indiquer dès l'abord la tendance éthique et conciliatrice que nous désirions suivre. Le premier numéro parût en Janvier 1858» avec un programme écrit par M. Beets et signé par les trois rédacteurs. Ce programme» du reste d'une couleur assez pftle, a ceci de caractéristique» qu'en opposition aux idées méthodistes il mettait l'accent sur l'Église visible manifestée par les sacremens. Après avoir établi ^autorité dés Saintes 'Écritures , rendu hommage aux vérités scripturaires exprimées dans les symboles de l'Église réformée, et proclamé la mission de la science d'expliquer les révélations divines» la rédaction témoigne de l'aversion pour toute théorie ecclésiastique» qui ferait dépendre l'Église de l'arbitraire des majorités, ou qui, ne tenant pas compte des moyens de grâce» à savoir le batême et la prédication» voudrait la transformer en une société d'élus^ Il en résulte qu'on ne prétend pas posséder un droit exclusif au titre du chrétien, comme c'est souvent la prétention des cercles du Béveil» qu'on ne revendique que le droit de proclamer ses convictions » de les défendre et de les propager par tous les moyens que la conscience sanctionne. On croit pouvoir de cette manière servir mieux les intérêts de l'É-

glise et travailler à la guérison des maux qui la désolent, et dont toute la vie sociale se ressent, qu^en restaurant Tautorité absolue des symboles, ou en acceptant d^emblée les énoncés problématiques de la seience. L^Église actuelle a besoin d^autre chose que d^un retour vers le passé ou d^innovations révolutionnaires. Elle a besoin de se rappeler avant tout le caractère moral des problèmes agités dans son sein et de se recueillir dans les profondeurs de la conscience. C'est cet esprit sérieux et recueilli, vraiment chrétien, qui semble surtout manquer aux luttes de Pépoque.

Ce programme, dans lequel le principe moral se trouvait plutôt indiqué qu'expliqué, fut assez peu remarqué. Le parti antirévolutionnaire et confessionnel s'efforçait de le trouver conforme à ses désirs, mais, ne voulant ou ne pouvant reconnaître l'indication d'un autre chemin, il le trouvait seulement trop peu accentué. En effet, il l'était; mais pas dans le sens où on l'entendait. Je fus chargé l'année suivante de rédiger une explication du programme. L'expérience d'une année m'avait donné , ainsi qu'à d'autres , plus pleine conscience du principe que ce journal devait représenter. Je pouvais préciser davantage. J'interprétai le titre «/nV^âr ^^ joata? comme indiquant un chemin à suivre et marquant un but à atteindre. La paix, l'harmonie dans l'Église n'est pas au point de départ, mais au terme de la route. Cette paix s'obtient par le sérieux réel dans la discussion, par lequel on ne tarde pas à reconnaître le fond moral de tous les problèmes et par trouver ainsi dans la conscience morale le critère de la vérité. //En donnant à notre Revue pour première devise le mot de sérieux^ nous ne désirons pas seulement indiquer les dispositions intérieures, qui doivent animer quiconque veut prendre part aux luttes ecclésiastiques. Nous prétendons — disais-je — désigner

ainsi le caractère propre de T^poque, faire le signalement de l'Église de nos jours. Nous croyons que l'Église chrétienne aspire de nos jours à passer de la sfère exclusivement religieuse dans la sfère morale^), ou plutôt à chercher un point d'appui pour le dogme di^ns la conscience morale, de manière à le transformer de vérité métaphysique en vérité morale. C'est là ce qui explique le prestige des tendances libérales. Sans pouvoir souvent satisfaire les besoins qu'elles réveillent, elles réveillent des besoins réels et légitimes, les besoins d'une religion assez humaine pour pouvoir pénétrer toutes les sfères de la vie. C'est à tort que ces tendances repoussent le mystère dans le domaine religieux. Elles méconnaissent par là le besoin que l'homme en a, ce qu'il y a de vraiment humain, moral et religieux, dans une foi qui n'a pas une pleine intelligence de son objet. Mais les tendances dites libérales ne sont pas les seules en défaut» L'intellectualisme et le légalisme de l'orthodoxie ne contredisent pas moins le caractère moral et religieux de la foi. Le séparatisme mystique, en substituant à la conscience le sentiment passif, donne dans le même écart. Se rendre compte de la nature et du contenu de sa foi, c'est humaniser le divin, sans lui enlever son caractère divin. La science théologique, en se plaçant en dehors du mystère, tue son propre objet. La foi en redoutant la science n'obéit pas à sa vraie nature. Ce point de vue détermine notre position entre les deux camps, celui de la science pure et celui de l'Église confessionnelle. Nous voulons la science libre; mais nous croyons que cette liberté doit être circonscrite par la nature même de

i) C'est ridée capitale de la théologie d'un des plas illustres théologiens de nos jours , M. Rothe de Heidelberg.

Tobjet de la science. Nous ne croyons pas à une science qui aurait à créer son objet. La tâche de la science est de décrire la réalité. Kobjet de la science théologique, c'est l'Église dans la plus large acception de ce mot. On ne saurait cultiver la science de TEglise sans avoir la foi de PÉglise. Cette foi comprend avec Tobjet observé Torgane même qui Tobserve. La science du reste doit être libre, même en ses égaremens. L'Esprit de la vérité, résidant dans TEglise et se traduisant dans la conscience de rÉglise, forme ici le tribunal suprême. Quant au parti confessionnel, nous admettons la vérité relative du point de vue juridique; mais en le subordonnant à celui que nous venons de décrire. Le vrai droit est enraciné dans la morale. L'Église est un corps, possédant ses organes et ses loiz. Elle est visible. Mais cette Église visible se transforme, comme le fait tout organisme, selon les développemens de sa vie intérieure. L'Église a une doctrine, une confession. Le méconnaître, ce serait se condamner à la fonder, ou bien sur la hiérarchie, ou bien sur le spiritualisme, qui en fait une institution d'élus. Mais cette doctrine, cette confession de l'Église ont leur source dans sa communion avec son chef invisible, dans la vie de Christ en elle. Elle n'est donc pas elle-même le fondement de l'Église. Ce fondement, c'est Christ. Mais la confession de la même foi rend visible ce qui était invisible, l'union des ftmes en Christ. Nous ne pouvons donc admettre comme un droit la liberté de la prédication dans l'Église. Nous désirons que la prédication soit l'expression de la foi de l'Église; mais aussi qu'elle le devienne, non par contrainte, mais uniquement en vertu de la conviction qu'elle doit l'être. Nous ne désespérons pas de voir s'établir cette conviction. Et c'est pourquoi nous ne voudrions pas que la liberté de la prédication fût entra-

véè par des moyens coêrcitifs quelconques. Nous admettons le droit de la tradition dans TEglise en même temps que le caractère progressif de TEglise elle môme. Ce second programme, qui se bornait à mettre en lumière les points déjà indiqués dans le premier, ne fut pas encore sufSsamment compris. Tant les esprits étaient prévenus , tant on était accoutumé à juger du point de vue des partis existants, qu'en général, et sauf excep* tiens, on n'y voyait qu'un nouveau manifeste, plus ou moins mitigé, du parti antirévolutionnaire et confessionnel. Nous avions sollicité des adhésions. Plus de cinquante pasteurs signèrent le programme. Si je récapitule maintenant ces noms je ne saurais me dissimuler qu'il y en a eu peut*étre qui par cette adhésion entendaient plutôt rendre un témoignage quelconque contre le libéralisme dominant, que prendre une position indépendante dans la lutte. La portée des principes énoncés n'a pas été suffisamment comprise. Tant était grande l'autorité de quelques noms, surtout de ceux de mes deux collègues dans la rédaction, que peut-être sur la foi de ces noms on en vit plusieurs s'embarquer sur le navire sans trop se préoccuper de la direction du bâtiment. N'est-ce pas ainsi qu'il faut expliquer qu'après avoir arboré un drapeau on ait fait si peu pour en soutenir l'honneur, que sur cinquante signataires on en ait été réduit à une dizaine de collaborateurs, et que, même de ceux-ci, plusieurs ne se soient guère soucié de réaliser les conditions du programme?

§ 4. Contenu du journal.

En effet, comment ces conditions furent*elles remplis? Qu'on me permette de reconnaître avant tout mes propres torts. En entrant dans la société et en faisant

ma proposition j'étais moi-mdme nouveau dans la lutte, et sans antëcëdents. Je comptais peut-être un peu trop sur la coopération de ceux qui avaient des antëcëdents* Je ne sentais pas assez à quel point une position acquise lie et oblige. A commencer par mes deux corëdacteurs , ils ne m'en voudront pas, je pen« se> si j'attribue à la position que leurs précédents leur avait faite le fait qu'ils ne sont pas entrés dans cette lice avec toute l'ardeur d'un premier amour. Pour moi, qui n'avais ni nom ni influence, je vivais dans cette oeuvre. Ne pas rester au dessous d'une entreprise imposée par la conscience fut toute mon ambition pendant ces six années. Comment espérer que M. Doedes eût tiré parti des ressources de sa dialectique acérée en faveur d'une idée qui au fond n'avait jamais été la sienne et dont la défense était peu en rapport avec la méthode qu'il avait suivie jusque-là dans sa polémiqueP Et la tournure d'esprit éminemment originale et indépendante de M. Beets, toute sympathique qu'elle fût à la pensée du journal» comment ne se trouverait^elle pas trop gênée, autant par les exigences de la périodicité que par les tracasseries inséparables des luttes théologiques , pour qu'il eût pu librement déployer ses ailes dans un jour* nal, qui devait se frayer une voie à travers le feu de l'ennemi? Aussi, sans méconnattre la valeur des articles fournis par Tun et par l'autre dans les trois premières séries, j'ose dire, que non seulement je me suis vu chargé de la plus grande partie du travail, mais que j'ai le moins perdu de vue le programme. Aussi mes deux collègues sentirent-ils que le travail de la rédaction n'était point ce qu'ils auraient choisi eux-mêmes. M'ayant en quelque sorte introduit auprès du public en associant à leurs noms fêtés mon nom obscur, ils me laissèrent seul à la tâche après trois années de travail commun.

Nous nous séparâmes en bons amis. Dès 1856 je fus la seul rédacteur , presque aussi le seul écrivain, de la Bévue.

J'ai déjà dit que nous étions peu soutenus. M. Yan Oosterzee, après avoir donné au programme une adhésion largement motivée et qui est un chef*d^oeuvre de style, n'a plus fourni que quelques sermons. Nous reçûmes aussi quelques autoes sermons ou discours religieux i). Mais, poux caractériser l'esprit général du journal, je ne puis mieux faire que d'emprunter les paroles d'un des plus jeunes collaborateurs, mais qui est sans doute l'un de ceux qui en ont le mieux saisi l'esprit. Voici comment M. Gunning, pasteur à Hilversum, s'exprime sur les tendances et les travaux de la Revue:

4rLe Journal Ernst en Frede s'est proposé, non de créer une nouvelle tendance, mais d'être l'organe d'une tendance qui existe dans l'Eglise. Cette tendance se caractérise par la manière dont, d'après elle, la vérité révélée doit être considérée. Bien que donnée dé Dieu d'une manière surnaturelle, cette vérité n'est pas surhu* maine pour cela. Le surnaturel est parfaitement humain, l'homme lui-même se trouvant au dessus de la nature. S'il en est ainsi, il s'agit de comprendre la vérité, c'est à dire d'y reconnaître la réalisation des aspirations humaines, la satisfaction des besoins de l'homme. Tout don de Dieu suppose, en celui auquel il est fait, la capacité de le recevoir. Or la vérité révélée étant infinie et inépuisable impose l'adoration: c'est ce qui en constitue le côté religieux. Mais cette vérité

«) Je dois mentionner cependant, comme' entrant toilt à fait dans l'esprit de la Revue, les articles de M. van Toorenenbergen , sur l'autorité des Êcritnres , de MM. Hugenholtz , pasteur à Amsterdam , et Yan der Broggheu sur des questions de sotériologie.

infinie tend à pénétrer dans la vicj elle fait naître des sentimens, crée des mobiles qui revêtent les caractères de Tinfini: c^est ce qui constitue le côté moral de la vérité. D'où il résulte que la religion et la morale corn* posent une véritable unité.

/"Cette tendance a reçu le nom de tendance éthique et conciliatrice: éthique, parce qu'on est convenu d'appel«r ainsi la science qui voit, dans la conscience humaine, le surnaturel devenant naturel, le divin devenant humain. Précisément parce que la tendance éthique a pour objet Fhomme, considéré dans ses vrais besoina, ou comme fait à Timage de Dieu, elle a pour point de départ le Christ, la parfaite image de Dieu, Tétre unique en qui la nature divine et la nature humaine se trouvent parfaitement unies.

/fCette tendance a ensuite été nommée conciliatrice (irenischj^ parce qu'elle part du principe que toute erreur cache un élément de vérité et qu'aucune erreur ne saurait être efficacement combattue, à moins que cet élément de vérité ne soit sincèrement reconnu et accepté. Il n'est pas d'autre moyen d'ôter tout prétexte à l'erreur. C'est pourquoi, loin de chercher des transactions, les représentants de cette tendance, s'efforcent, en remontant aux éléments constitutifs de l'erreur, de séparer ce que ces éléments renferment de vérité d'avec ce qu'ils ont de faux. Admettant, avec le supranatnralisme, le caractère immédiatement divin de la révélation, ils condamment ce système en ce qu'il fait reposer cette révélation sur la base de l'autorité extérieure, comme s'il désespérait de trouver le terrain ou l'esprit de Dieu et l'esprit de l'homme se rencontrent. Admettant d'autre part, avec l'école libérale, que la révélation se justifie aux yeux de l'esprit humain , ils combattent cette école pour avoir considéré comme juge compétent en cette

lis

matière TinteHigence plutôt que la conscience. La tendance dont nous parlons mérite donc aussi peu le nom d'orthodoxie mitigée, que celui de libéralisme modéré. Elle aspire à être Texpression du principe chrétien luimême, qui n'est autre chose que Tunion de la nature divine et de la nature humaine dans la personne du Christ — Chaque série des livraisons du dit journal s'ouvre par Texposition plus ou moins détaillée des principes dont il vient d'être question.''

Je me permets de compléter la caractéristique de M. Gunning, sans prétendre résumer en quelques pages le contenu de six volumes* J'ai déjà parlé des programmes des deux premiers. J'ouvris la troisième série (1855) par un article intitulé: noire situation (onze toestand). Comme cet article provoqua une violente opposition , il ne sera pas hors de propos d'en indiquer le contenu. Je marquais d'arbord l'importance capitale qu'a TÉglise réformée' pour le pays, importance telle que sa situation spirituelle modifie la physionomie de toute la société hollandaise. Cependant, si importante qu'elle soit, on ne saurait la considérer comme la mère de la nationalité néerlandaise. Le prétendre serait refuser à un million de catholiques, demeurant dans le pays, la désignation de Hollandais et tout attachement au passé de la patrie. Ce serait en outre méconnaître le caractère spécial de l'Église néerlandaise au moyen âge.

Il me paraissait urgent de mettre en saillie ces jdeux points: l'importance nationale de l'Église réformée et rexistcnce d'un catholicisme néerlandais. J'écartais ainsi , sans les attaquer directement, deux erreurs graves qui se répandaient dans le pays: Tune qui consistait à confondre l'Église réformée avec un protestantisme vague, ' '^ ni caractère national; l'autre qui cherchait ^e protestantisme pour faire considérer

les catholiques comme les enfants mineurs du pays, comme des hommes indignes d'être rangés parmi les défenseurs des libertés et des droits de la nation.

Aussi ne tarda-t-on pas à diriger de deux camps opposés des attaques contre ces thèses inofPensives. M. Yan Gilse, professeur, actuellement décédé, du séminaire des Mennonites, théologien érudit et indépendant, sous Tempire de préventions qui me rendaient solidaire des principes antirévolutionnaires de M. Groen/ vit dans mes paroles un grand danger pour Tunité du protestantisme néerlandais; comme si je revendiquais pour les canons de Dordrecht la gloire des princes d'Orange, défenseurs de la liberté religieuse, et non de quelque symbole, et dont tout le protestantisme néerlandais peut s^enorgueillir à bon droit. M. Van Gilse écrivait dans le Gids {le Guide) , journal très distingué et qui se pique d'une certaine aristocratie dans le monde littéraire hollandais. Un autre journal, ultra-anti catholique , fde Fakkel^ le ïlamheaujy chercha à détruire, au moyen d'une plaisanterie de mauvais goût^ l'effet moral de la thèse que j'avançais, à savoir qu'il y a un catholicisme néerlandais et que la nationalité hollandaise est antérieure à la Réforme. Il parut par cette attaque elle-mênle que ma thèse n'était nullement chose superflue. — Le? critiques peu bienveillantes que je dois mentionner étaient inspirées par la prévention dont je viens de parler, et qui faisait considérer mes paroles comme un écho du parti antirévolutionnaire. M. Groen, en effet, s'est vu tour à tour accusé de tendances catholiques et d'un protestantisme exclusif et intolérant. Il est de fait que M. Van Gilse et le journal le Gids^ amis des catholiques, auraient pu faire cause commune avec lui toutes les fois qu'il défendait les droits des catholiques contre

les empiètemens d*an protestantisme , qui , sous apparence de libéralisme, se montrait crûment clérical. Voilà ce qui lui a valu le nom de crypto- catholique. D'autrepart Tun des ouvrages les plus appréciés de M. Oroen, son histoire de la patrie, qui débute par la fondation de la Bépublique des Provinces-Unies, après une courte introduction sur les temps antérieurs, aurait pu faire confondre son principe avec celui d'un protestantisme exclusif et intolérant, si l'on eût ignoré que ce principe était fort éloigné des négations du libéralisme. Eit tout cas les Mennonites ont pour le principe confessionnel une antipathie profonde, qui s'explique par leur point de vue ecclésiastique comme par leur histoire. Ce qu'il importait de chercher, c'est un principe qui expliquât les différents éléments dont la société néerlandaise se compose. L'Église réformée, et encore moins l'institution catholique, ne sauraient être confondues avec cette société, dont elles forment des faces distinctes. L'Église doit ses formes au génie des nations, au milieu desquelles elle s'établit. L'esprit national est antérieur, autant que supérieur, non à l'Église idéale, mais à l'Église historique, ou aux formes nationales qu'elle revêt.

Après avoir ainsi accusé l'importance de l'Église réformée au point de vue de l'histoire de la patrie, je cherchai à en marquer la physionomie actuelle. Je m'efforçai d'indiquer les caractères de l'enseignement théologique et du gouvernement ecclésiastique, et de décrire l'attitude des communautés.

Dans le domaine de l'enseignement théologique je signalais trois écoles , que je désignai sous les noms de l'école humaniste^ l'école idéaliste^héologique et l'école emjiirique' sceptique. Par la première j'entendais l'école

de Groaiiigue, dont nous avons déjà parlé ^). Je la qualifiais d'^Aumaniste ^ parce qu'il me semble, qu'en niant la valeur religieuse du dogme métaphysique elle ne réus* ait pas à s'élever, ainsi qu'elle cherche à le fair&, au dessus des régions de l'humanisme socratique. En appliquant à l'école de Leide le nom d'école idéaliste ^ je voulus marquer, non qu'elle nie les faits évangéliques, mais qu'elle se propose de placer la vérité religieuse sur une base indépendante de ces faits. En la nommant théologique, j'entendais indiquer qu'elle cherche cette vérité dans l'idée de Dieu. Tout en reconnaissant des éléments de vérité dans cette tendance, je lui reprochais de ne pas rendre compte de l'incarnation du Verbe, et je me permis d'exprimer l'espoir qu'elle corrigerait sa dogmatique au moyen de l'étude des phénomènes de la vie morale '). Enfin je signalais à l'attention du public

') Voir eu outre, pour la caractéristique de ces écoles, mon rapport aux Conférences de Paris, p. 144 etc., qu'on a considérablemeni diminué en le livrant à l'impression. Voir surtout l*B»' posé de la commimon waUonn€i puis les articles de M. Trottetdans la Revue chrétienne {h9* de Mai et de Juin). Je me permets de remarquer que l'espèce de timidité qui caractérise mon rapport provient de Tétonnement que j'éprouvai en voyant de quelle manière on accueillait en Hollande les manifestations d'une tendance réellement conciliatrice. Donnant en grande partie raison au parti confessionnel dans son opposition au rationalisme, je ne pouvais cependant ni approuver ses méthodes, ni admettre sans réserve sou principe. Je cherchais à ouvrir aux membres da parti confessionnel ^ de même qu'aux libéraux, la voie d'un principe supérieur à celui qu'ils avaient inscrit sur leurs drapeaux.

*) On voit par cette analyse combien est inexact ce que dit M. Sepp, dans le livre que nous aurons à citer encore, et qui a paru pendant que ces feuilles étaient livrées à l'impression, que c'est surtout l'école de Leide qui m'est antipathique. Précisément parce

religieux les premiers commencemens, à peme remarqués encore, de Técole empirique. Je crus pouvoir « du point de vue de la foi chrétienne, nommer cette école sceptique, puisque, dépouillant la vérité spirituelle de son caractère objectif, elle ne voit dans les dogmes autre chose que Fexpression et la manifestation de la conscience religieuse.

Quant au gouvernement de TÉglise, je ne pouvais assez déplorer les compromis, les demi-mesures prises par nos collèges ecclésiastiques; cette absence de principes qu^accuse la législation et la jurisdiction de TEglise et que des mesures récentes trahissaient manifestement dans ces deux domaines. J'attribuais cet esprit à la fausse position que font h nos collèges Tobligation de maintenir intactes les antiques bases de FÉglise réformée et leur sympathie pour des tendances qui ne sont pas en rapport avec elles.

En ce qui concerne Tattitude des communautés, je fis d'abord observer que les défauts qu'ofirent renseignement et le gouvernement des corps officiels ont leur source dans les maladies spir^uelles de l'Église ellemême: de sorte quMls renferment un pressant appel aux membres de cette Église, de rentrer en eux-mêmes et de se repentir. Il y a dans ce qu'on appelle le Eéveil deux graves dangers à craindre: Tesprit de séparatisme dans le domaine de la vie pratique, et l'orthodoxisme d^ns celui de la doctrine. Parmi les adversaires du Eéveil, quelques-uns manifestent contre ses tendances une haine fanatique, qui se répand dans nombre de brochures et d'articles de journaux; d'autres, plus nombreux,

que je me croyais fondé à atieadre beaucoup d'elle, j'ai été plus frustré dans mon attente.

ont une antipathie instinctive contre tout ce qui pourrait troubler leur douce quiétude; d'autres enfin» cédant à Tempire d'une prévention traditionnelle contre rÉglise historique I attendent sincèrement de Ta venir une Église qui ferait table rase du passé. Si le parti du Réveil a de graves défauts, ce que nous ne nions point, ce n'est pas en l'exaspérant qu'on l'en corrigera. Que l'Église officielle apprenne à mieux défendre que le Béveil les grands intérêts dont il s'est fait l'avocat, et il n'aura plus rien à craindre de ses extravagances.

J'ai mentionné deux des attaques que cet article provoqua; elles furent suivies d'autres.

M. le professeur Scholten dans la préface de la troisième édition de son livre sur la doctrine de l'Eglise réformée (1856), s'est plu à faire la caricature du ta* bleau que j'avais tracé de son école. Partant de l'hypothèse, toute gratuite, que je n'étais que l'organe du parti confessionnel, M. Scholten groupait avec art, autour de mon nom, ceux de la plupart des hommes qui s'étaient fait connaître dans les rangs de ce parti. Faisant ensuite sortir de Içurs écrits nombre d'hérésies, il parvint aisément à étonner le monde religieux par le chiffre des infidélités doctrinales qu'il mettait ainsi sur le compte de ceux qu'on disait jurer toujours par les canons de Dordrecht. Voici comment il conclut: „Après tous ces exemples il est permis d'affirmer que l'ancienne orthodoxie se trouve abandonnée de ses propres partisans , et que le problème du siècle n^est point résolu par une simple réproduction du système dogmatique du 16ème et du 17ème siècles, mais qu'il exige le développement libre et individuel de l'état présent des choses sur une base vraiment historique et au moyeu d'une commune adhésion à la vérité éternelle devenne vie et réalité en J. C". (Préface, p. XX).

Je ne fus pas peu surpris de ce genre de réponse. Je n'avais jamais, que je susse, arboré le drapeau confessionnel. Et voilà que le professeur de Leide me ramenait au problème, que j'avais posé moi même — et, ce me semble, ave\; plus de précision^ — mais dont j'avais contesté qu'il eût donné la solution. Je repli* quai par une lettre publique i), dans laquelle, après avoir défendu la critique respectueuse, que j'avais faite du système de Mt Scholten, je me constituai accusateur à mon tour en formulant mes griefs contre sa méthode. Mon apologie portait sur les six points suivants: loEn qualifiant (^idéaliste le système de M. Sch., j'avais dit, non qu'il niait l'apparition historique du Christ, mais qu'il considérait la vérité religieuse comme indépendante de cette apparition. 2» En blâmant la caricature à laquelle l'école de Leide avait recours pour jeter le ridicule sur ceux qui se constituaient les défenseurs des anciens symboles, je n'avais pas dit, comme elle le prétendait, que son chef tourne en ridicule ces symboles eux-mêmes, mais j'avais réclamé le respect pour la foi de l'Eglise même quand elle s'égare. — Ayant moimême signalé les défauts du Réveil , on ne pouvait m'accuser de les approuver; aussi m'étais-je simplement indigné de la manière dont on croyait devoir parler de ce mouvement. 3» J'avais blâmé M. Scholten^ non d'avoir fait l'analyse psychologique de l'idée de révélation , mais d'avoir employé la terminologie du supranaturalisme pour défendre une théorie purement rationaliste. 4o J'avais reproché à M. Scholten, non de nier le miracle, mais de soumettre l'histoire ésrangélique à une

*) Openbare Iriif, insérée d'abord dans le journal Ernst en Vrede, puis publiée à part.

méthode critique, qui ne pouvait-étre conséquente à moins de l'éliminer. 5^ J'avais dit, non que M. Sch. adoptait la trilogie rationaliste, à savoir Dieu, la vertu et Timmortalité, mais qu'il préconisait une christologie» en vertu de laquelle Christ ne pouvait être considéré que comme Tauteur et le défenseur de cette trilogie. Qo J'avais qualifié d'erreur atteignant les racines de la vie chrétienne, la négation du rapport personnel du fidèle avec le Christ. La faculté de Leide avait vu soutenir une thèse écrite dans cet esprit. J'avais cru que le disciple avait en ceci exagéré l'idée du maître. M. Sch., en prenant la défense de ce dernier, m'apprit que j'étais en deçà de la vérité, et que le dit disciple avait exprimé fidèlement la pensée du maître.

Après cette apologie je formulai contre la préface de M. Sch. les quatre griefs suivants. Je l'accusai, d'abord , de transporter la discussion du terrain des principes sur celui des questions personnelles; secondement, d'attribuer à l'un les opinions des autres ; troisièmement de faire preuve d'une inconcevable nonchalanche dans sa manière d'exposer les idées de ses adversaires; en quatrième lieu de les combattre dans un esprit peu sérieux. Je basais ces griefs sur de nombreux exemples ^). Ici déjà la question des principes se présentait tout na« turellement. Toutefois je terminai en indiquant les points controversés dans l'Église actuelle, sous forme des huit propositions suivantes:

1. La première question est de nature psychologique. C^est une question de méthode. Comment l'homme parvient-il à la connaissance de la vérité? Le critère de la vérité est-il en lui ou hors de lui?

*) Soixante pages des cent, dont se compose la brochure, y sont consacrées.

2. Cette question en renferme une autre: Y a-t-ilune raison pure ou n'j en a-t*il pas? point qui touche à la question du pëché, et en dépend.

3. La question psychologique domine celle qui a pour objet la nature de la révélation, La révélation n'est* elle autre chose qu'une illumination intérieure ou si elle implique encore une manifestation extérieure?

4. La question qui porte sur la révélation embrasse le problème historique de Texistence du peuple d'IsraeL Israël est-il un peuple dans lequel Dieu se révèle , ou seulement un peuple qui présente d'une manière particulière le génie religieux de l'humanité ?

5. De cette question historique découle la question dogmatique sur la personne du Christ. Que signifie la désignation de Messie =: Christ? Le Boi des Juifs est nécessairement ce qu'est son peuple , considéré dans son sens idéaL

6. La question du caractère du peuple d'Israël et celle de la nature du Christ renferment la question qui a pour objet la nature de l'autorité. Y a-t-il une autorité? L'Écriture fait^elle autorité. Qu'est-ce que le saint Esprit f

7. De cette question dépend la question ecclésiastique. Qu'est-ce que l'Église , quant à sa nature, son origine et ses destinées? Quelle raison d'être ont les différentes communautés ecclésiastiques? Dans quel rapport se trouvent-elles avec l'idée de l'Église?

8. Enfin, de la question ecclésiastique provient en grande partie ' celle de la vie chrétienne. Que faut-il entendre par les mots de régénération, de sanctification et de rédemption?

Sans avoir sur tous ces points des opinions arrêtées, je ne pouvais accepter les solutions de M. Scholten et il me semblait qu'avant de résoudre les problèmes il

s'agissait de bien les poser* Kien ne m^eût été plus agréable que de voir s'établir une discussion calme et d'an caractère scientifique* Combattant de tout mon pouvoir la prétention de M. Scholten , en vertu de laquelle rÉglise devrait accepter les décisions de la scieace , tant qu'on ne les a pas refutées , -^ ce qui dans le fait revient à dire: tant que les savants croient leurs opinions non réfutées, — je déclarai accepter le défi que me porta Thonorable professeur. Je me remis à Fétude de son ouvrage, en vue de motiver mes objections, ou de me rétracter publiquement si j'avais lieu de le faire.

Je consacrai deux années à ce travail, soumettant l'ouvrage de M. Scholten à une étude patiente , .approfondie, impartiale et faite dans un but de conciliation. Je sais que parmi les longues heures que je vouai à cette étude, heures qui m'ont d'ordinaire procuré peu de jouissances , je ne suis senti heureux quand il m'arrivait d'être éclairé ou convaincu par l'auteur. Dans le désir sincère de partager l'admiration de ses disciples, je serais volontiers entré dans leurs rangs et l'on m'aurait vu figurer parmi ses adeptes les plus ardents, si j'eusse trouvé dans son livre l'écho de ma conscience, l'explication de mes expériences chrétiennes, ou quelque chose de plus élevé que ce que j'avais puisé moi-même dans l'Évangile. Au lieu de cela, qu'y découvris-je? Dès qu'on croyait y voir poindre la question morale, on la voyait aussitôt écartée. Le développement de l'Église n'était plus que la suite des moments d'une notion religieuse abstraite, qui, tout en voulant être théiste, ne s'élève pas à l'idée de l'action personnelle de Dieu et flotte ainsi entre le déisme et le panthéisme. Le livre me semblait manquer tout à la fois de la profondeur spéculative dont doit faire preuve celui qui, de

nos jours, rédige une dogmatique, de la critique historique requise de qui retrace Thistoire du dogme, et du sens ecclésiastique que doit posséder quiconque veut rendre compte du développement d'une Eglise. Deux ou trois idées d^un caractère toujours extérieur, à savoir la négation de l'autorité , la souveraineté de Dieu et la négation du libre arbitre, et Tapplication de ces idées aux phénomènes si variés, si riches et tout palpitants de la vie divine, dont se compose Fhistoire de TÉglise, voilà en quoi consiste le fond du livre, M. Scholten semble croire que la critique du saint Esprit dans TÉglise n^est autre que la critique du rationalisme, dont le seul intérêt est de bannir le surnaturel et d'éclairer les intelligences. Je dois- déclarer franchement que Tétude du système de M. Sch., loin de modifier les impressions si défavorables que j^avais dVbord éprouvées » n'a fait que les confirmer. Je n'avais qu^à mettre à côté du livre du professeur de Leide Touvrage si substantiel et si sobre, si riche de faits et si judicieux de M. Schweizer de Zurich sur l'Église réformée, pour me convraincre que M. Sch. qui prétendait prêcher la doctrine réformée dans les conditions du siècle, était loin de pénétrer dans les profondeurs de son sujet et de saisir le sens des grandes doctrines de la réformation i). Je

*) Ce n'est pas que j'admette partout la critique de M. Schweizer. Je prétends seulement que son étude est objective, puisée aux sources; tandis que M. Scholten présente sa conception personnelle du sentiment religieux comme doctrine de l'Église.

Quant à mon appréciation du livre en question, — appréciation dans laquelle je me trouve en Hollande d'autant plus isolé, que les adversaires de M, Scholten sont en général, soit des laïques, soit des partisans du vieux supranaturalisme, — j'ose m'en référer au jugement du monde théologique compétent à l'étranger. 11 est vrai, on ne lit pas le hollandais hors du pays et 1 ouvrage capital

portance, notamment ceux qui concernent le gouvernement de rÉglise* Les actes synodaux» les nouveaux règlements, les procédures ecclésiastiques, fournissaient une abondante matière à ce genre d^appréciations. Si nous blâmions avec le parti confessionnel Findécision et les compromis des synodes et des directions ecclésiastiques, nous ne pouvions faire les mêmes voeux que lui. Je ne saurais dire que la société du journal Emst en Vrede^ dont les séances étaient surtout consacrées à des discussions de ce genre» réussit toujours à se rendre bien compte de la situation et à reconnaître le chemin qu^il fallait suivre» Peut-être pour cela se trouvaitelle composée d^éléments trop peu homogènes. Mais les voeux qu'elle exprimait dans la Bévue dépassaient rarement les limites d'une loyale et complète application du principe de la liberté. De son point de vue M. Groen a raison de se plaindre que nous renoncions aux droits qu'il réclamait avec ses amis. Ce qui caractérise les articles du journal Ernst en Vrede concernant la question ecclésiastique » c'est la foi à la liberté. Voilà

génération actuelle des symptômes qui indiquent que le public théologique ne tardera pas à s'étonner que dans la patrie des Goccéjas, des Witsius, des Vitringa, de pareils jugements aient pa recevoir la sanction d'un tribunal scientiGque.

Du reste, on peut juger de la compétence de M. Sepp» pour apprécier des points de vue différents de celui du maître qu'il suit, par des phrases comme celles-ci: que «quiconque écoute le témoignage du St. Esprit reconnaîtra le caractère religieux de la parole de Scholten, pas moins que celui de la parole de rÊcriture"; et que «pour juger Scholten il faut avoir sa tête et sa science"; à quoi l'auteur prend soin d'ajouter qu' i^il n'y a pas deux Scholten", récusant ainsi d'avance toute critique. A qui donc pense-t-on en imposer par de pareilles fanfaronnades ?

{pourquoi on nous accusait de lâcheté. On voyait des concessions là où se trouvaient des principes.

Toutefois ce ne fut pas là le seul point de controverse entre les représentants des principes de Ernst en Vrede et le parti confessionneL Déjà en commençant la quatrième série des livraisons de cette Bévue , je dus signaler la différence qui sépare notre tendance de toutes celles qui arborent le drapeau d^un parti. /^Nous n^avons point à combattre contre la chair et le sang, mais contre les ... . malices spirituelles'^ (Eph. VI : 13} : cette parole de St. Paul me servit de devise pour caractériser la lutte dans les conditions , où je la désirais. J^avaia déjà en deux articles antérieurs signalé 4^ les maladies de rÉglise^\ Je crus donc devoir montrer comment la vraie méthode à employer pour gagner //le monde^' consistait à lui donner conscience des éléments de vérité qu'il possède. >rll importe de combattre le mal par la recherche du bien. Il n^y a pas, dans Tétat présent des choses, ni de ^i^parti de la vérité'^ ni de /rparti de Terreur^^ au sens absolu du mot. Les époques où les fidèles se rencontrent sont rares, et ne doivent point être cherchées, mais seulement acceptées quand Dieu les accorde. Dans la règle. Dieu associe les fidèles au monde pour gagner le monde. L'ennemi que nous avons à combattre dans le monde ne sont pas les hom« mes; c'^est, en définitive, Tesprit de négation et de destruction, Tesprit de Satan. Cet esprit de négation se manifeste en ceci, quMl place Thomme hors de son centre et le pousse à chercher le fond de sa personnalité dans rintelligence et non dans la conscience. De là résulte qu'on donne une idée fausse de la science, en lui faisant jouer le rôle, non d'expliquer les faits, mais de les créer. Et comme la science ne saurait rem-

plîr an tel rôle, elle devient nécessairement négative et dë8tructrice'\

Je reviendrai pins tard snr la question de méthode, qui se posait ici, et par où le point de vue du journal Bmêù en Vrede se séparait nettement de celui de la science soi-disante pure. Au sujet de la manière dont, contrairement au parti confessionnel, nous concevions la lutte contre des adversaires communs, je ne puis me défendre d'une impression de douloureuse surprise au souvenir de Taccueil étrange que nous reçûmes de la part de ce parti» Je suis encore à me demander: d'oii vient que, quand nous cherchions simplement à gagner, en dehors du domaine politique et ecclésiastique, un peu de terrain pour la libre discussion, nous paraissions prendre la fuite et abandonner le troupeau? D'oii vient qu'à mesure que notre Bévue gagnait des lecteurs parmi les hommes impartiaux dans le camp libéral, il semblait que le mot d'ordre de ne pas la lire fut donné aux membres du parti orthodoxe? i). D'oii vient que, dans le milieu orthodoxe, la tendance de notre journal devint une sorte de sobriquet pour désigner toute espèce de transactions, la pusillanimité, le cléricalisme, le sémi'-libéralisme ? Noua étions-nous donc énoncés d'une manière si fort hostile au parti orthodoxe? Je cherche en vain, dans les six séries dont se compose le journal Ernst en Vrede , d'autres expres-

>} M. Sepp, dans l'ouvrftge que j'ai menlionaé ci-deâsas, fut Tobligeante conjecture que la monotonie de notre Revue fatiguait les lecteurs. Ce jugement suppose fort peu de connaissance des goûts du public orthodoxe. Je me permets d'ailleurs de rappeler à M. Sepp qu'en indiquant les motifs qui me déterminaient à cesser cette publication, j'ai déclaré que ce n'était pas le manque d'abonnés qui m'engageait à prendre cette résolution.

siona que celles d^une estime pleine de sympathie pour les représentants du principe confessionnel. J'en excepte seulement nne sortie assez vive contre M. Schwartz , pasteur, ouvrier de TÉglise libre d'Ecosse pour Fëvangëlisation des juifs, rédacteur d'un journal ayant pour titre De Héraut (le Héraut), journal qui est, pour le moment I Forgane avoué du parti orthodoxe. Peut-être aurait- il mieux valu, même à son sujet, garder le silence. Four faire comprendre la vivacité du ton de cet article, qui cependant n'avait rien de personnel, il importe de se rendre compte de la situation religieuse et de l'individualité de M. Schwartz.

C'était en 1856. L'opposition qu'avait rencontrée dans le pays le projet de loi sur l'enseignement , — opposition, qui n'était pas, comme lors de l'allocution du Pape, une année plus tôt, un mouvement spontané et national , — cette opposition avait amené la dissolution du cabinet formé à la suite de la tentative papale. Le ohef reconnu du nouveau cabinet , M. Yan der Brugghen , était un enfant du Béveil; il en avait été l'un des représentants les plus zélés et les plus distingués; plus tard, il s'était rattaché, comme membre de la chambre, mais en conservant une grande indépendance, à la fraction antirévolutionnaire. Grâce à cette indépendance, M. Van der Brugghen était accepté, malgré ses antécédents, du parti qu'on était convenu d'appeler le grand parti protestant, pour le distinguer des antirévolutionnaires. Â peine y avait il ici et là encore quelque reste de défiance, dans ce parti, à son sujet. Je laisse pour un moment de côté la question de l'enseignement. A mes yeux le point le plus important était de faire cesser les guerroyemens de parti, aussi stériles que fatiguants, qui rendaient impossible toute discussion sérieuse et approfondie. L'opposition ne faisait pas défaut ;

mais elle était personnelle, violente, virulente même. Qui donc ne se souvient avec tristesse des années où tonte la vie de TÉglise hollandaise semblait vouloir se consumer dans les débats du Nederlander et du Mot' genster^ débats d^autant plus infructueux que toutes les conditions manquaient pour s'entendre? Les libéraux ne pouvaient comprendre TÉglise telle que M. Groen la concevait, et M. Groen n'est pas assez théologien pour pouvoir accorder aux libéraux ce qu'il y a de légitime dans leurs réclamations. Les esprits recueillis, qui ne sont pas prêts, ou ne se sont pas résolu à cesser toute recherche, ne pouvaient, en un tel temps, que se taire et attendre <)• Dans un pareil état de chos6&, la nomination seule de M. Van der Brugghen à la conduite des affaires de TÉtat, était un signe de réconciliation. Les antirévolutionnaires devaient, semblait-il, y trouver une garantie que, dans toutes les questions politiques, où les intérêts spirituels se trouvaient engagés, ces intérêts ne seraient pas sacrifiés. Le parti protestant libéral devait, de son côté, trouver dans cette nomination une bonne occasion de se réconcilier avec les antirévolutionnaires, sans sacrifier le principe de la liberté et du progrès, au nom duquel il les avait combattus. Les théories, baptistes plus que réformées, que M. Yan der Brugghen a défendues dans la suite quant aux rapports de TÉglise et de FEtat, théories qui annullaient la signification politique de sa

*) A propos de l'expression de #n'êire pas prêt (fertig)*', je relève un reproche qui m'a souvent été adressé par les libéraux « à savoir que je ne suis pas #prêt". Est-ce à eux de m'en blâmer? Un tel grief est à mes yeux un véritable éloge. L'Église n'étant pas #prête", comment l'individu le Aerait-îl?

nomination, ont dû sans doute armer contre lai les antirévolutionnaires, dont il était censé adopter en quelque façon le principe. Mais avant qu^on pût supposer que le ministre ne répondait pas aux espérances qu^il avait fait naître comme membre antirévolutionnaire de la chambre,* son nom seul semblait devoir être un signe de ralliement pour les deux partis protestants. Nous ne pouvions nous taire sur la signification de cette nomination. Je crois avoir été très-sobre dans l'expression de mes espérances à cet égard. Il n'était pas dans Tesprit de notre journal d'attendre un bien moral d^un changement de ministère» le cabinet n^eût-il compté que des hommes de nos sympathies. Je me bornai à signaler à Tattention du public Tespèce de sanction que nos principes semblaient recevoir de Topinion publique, sanction visible en ce qu^un homme qui les professait publiquement était appelé à la direction des affaires de rÉtat. Je ne me faisais aucune illusion sur le concours que M. Van der Brugghen pouvait attendre de la part de collègues représentant d'autres idées politiques. Je ne crus pas davantage — qu'il me soit permis de le dire, — vu Tétat de l'opinion, à la possibilité d'une politique chrétienne, qui ne serait, ni antirévolutionnaire au sens de M. Stahl» ni ultramontaine. Je n'attachai au fait de la nomination de M. Van der Brugghen d'autre importance que celle de voir représentés dans le conseil du roi les principes que nous défendions. Mais comment ne pas nous en réjouir? Comment ne pas mettre à profit le changement que cette nomination allait opérer dans l'état de .l'opinion, et dont elle était déjà Tindice, pour chercher à rapprocher et, si possible, à unir les partis divisés?

Loin , d'ailleurs , d'avoir poursuivi nous-mêmes ce rapprochement, nous Tavons simplement accepté. Une pro-

position 9 émanëe de M. Pape, pasteur ëmériie^ ci-devant membre du synode, et Tun des représentants du vieux supranaturalisme, de M. Heldring et d^autres ecclësias'» tiques, fut adressiSe aux rédacteurs de tous les journaux et revues théologiques et ecclésiastiques, dans le but d^aviser en commun aux moyens d'atnéliorer les conditions de la lutte, de développer chez les combattants un esprit de fraternité et d'assurer le succès des débats en recourant à des formes moins âpres et en matiifestant plus de dignité et de charité dans le ton. Une telle proposition était irréprochable autant qu'inoffisnsive; néanmoins elle souleva des orages, La seule idée d'un rapprochement entre les deux fractions du Protestantisme déchiré effrayait un grand nombre de p»8onses. Les uns y voyaient poindre une propagande anticatholique; d'autres y signalaient une machine de guerre dans les mains des ministres pour agir sur les élections ; d'autres encore y découvraient une trahison de la foi des pères. Les journaux politiques ennemis du ministère firent de i^l'Union" projetée un véritable épouvantail. On redoutait le retour du régime ecclésiastique qui a fait tant de mal au pays. Si les pasteurs devaient être chargés de la direction des affaires, c'en était fait de la concorde; l'existence nationale même paraissait compromise.

J'ignore absolument s'il y avait quelque arrière-pensée chez tel on tel auteur de la proposition. Je ne l'ai, pour ma part, appréciée que d'après le sens des termes dont elle se composait, et il -m'a paru que ce serait renier notre programme que de ne pas accepter la main qu'on nous tendait. MM. Heldring, Beets, Hagenholtz et moi fumes les seuls membres de la société Urnst en Vreâe qui accédèrent à l'Dnion projetée. Noud y entrâmes, bien résolus de ne pas la laisser dégénère)

en association politique ou en propagande anticatholique. Bien ne me parut militer contre la conservation du titre èi Union t dont on s^ëtait servi en convoquant rassemblée. Ce titre avait suffi pour éloigner quelquesuns de nos amis qui en approuvaient l'idée. Mais nous eûmes grand soin de lui attacher un sens qui indiquait que l'union était le but à poursuivre et non le point de départ. Tout ce que nous voulions, c'était d'ouvrir une libre arène à la discussion.

Je dois encore le dire ici: je n'ai pas cru à l'avenir de l'Union projetée , aussi peu que je croyais à celui du ministère. Je savais trop que les deux partis constitués, au sein du Protestantisme hollandais, ne demandent pas à s'entendre; que Tun de ces partis qualifie de faiblesse ou d'infidélité le désir de tendre la main à des héréti* quesi de faire alliance avec des hommes qui nient, di* sait-ou, la sainte Trinité; et que l'autre parti a trop de mépris pour les orthodoxes arriérés pour vouloir s'associer à eux. Aussi bientôt l'Union projetée ne se cornposa-t-elle presque que d'hommes qui n'avaient pris aucune part à la lutte, parmi lesquels on distinguait plusieurs pasteurs émérites, représentants du supranaturalisme; de sorte que cette Union, d'abord si redoutée, finit par exciter Thilarité <).

Je compris fort bien le refus de M* Groen van Frinsterer et de plusieurs de ses amis de faire partie de ces réunions. Je compris encore que Da Costa vint pour dire à ses antagonistes de criaelles vérités , qui toutefois

^) Elle a tenu cependant tout récemment encore une séance. Que des personnes animées d'un même esprit puissent utilement s'assembler et traiter des questions intéressantes, qui le nierait P Mais il n'en reste pas moins vrai que Tidée de réunir les disparates n'a pas réussi.

ne Ie« blessaient pas dans sa bouche* Mais ce qne je ne compris pas, œ qoe je crus deToir Uftmer hantement, c^est la conduite de M. Schwarts, qni assista, comme rédacteur de journal» à la première réunion et se servit ensuite de son journal pour rendre Tentreprise odieuse. Aujourd'hui comme alors je trouve juste et méritée Texpression de mon indignation, bien que je me fusse probablement montré plus indulgent envers tout autre» QnW me permette de dire pourquoi.

L'antipathie que j'éprouvai dès le début, je ne dis pas pour la personne, mais pour l'activité de l'honorable M. Schwartz a une cause morale, des motifs que j'ose avouer. Lorsque le Nederlander^ écrit sous l'impiration du patriotisme de M. Groen et avec son talent, eut cessé de paraître, le journal de M. Schwartz , fondé en vue de poursuivre une mission religieuse parmi les Juifs , se proposa de remplir la lacune ainsi laissée dans la presse périodique, et la remplit si bien qu'il est maintenant l'un des journaux les plus répandus en Hollande, l'organe du parti orthodoxe, plus que jamais ne le fut le Nederlanier, Faut-il s'en réjouir? Je dois avouer qu'il m'a été, pendant longtemps, très-difBcile d'appliquer ici la parole de l'Âpâtre: #S^*ouis8ez-vous que Christ soit annoncé^ fût-ce même sous un voile". En effet sans vouloir, selon le proverbe, remuer des cendres encore chaudes; sans oublier que, sur la tombe récemment fermée de Da Costa, nous nous sommes, M. Schwartz et moi, tendu une main fraternelle, je ne crois pas faire tort au pasteur missionnaire d'Amsterdam en affirmant que son journal représente les tendances stationnaires et, à mon sens, stériles du BéveiL Je pense qu'il n'est pas difficile de résoudre la question si compliquée de l'Église au moyen du syllogisme que voici: ii^L'Église est la société des fidèles; les fidèles

sont ceux qai professent la doctrine formulée par l'Église: donc quiconque ne professe pas la dite doctrine n^appartient pas à TÉglise". Je pense que la réproduction continuelle de ce syllogisme , sinon dans les termes , du moins dans toute appréciation de la situation religieuse, a, aux yeux de la foule, une grande apparence de force, de simplicité et de conséquence. Je pense que, dès qu'il en est ainsi, rien n'est plus naturel que de voir les orthodoxes, ainsi dirigés, former un parti de plus en plus étroit, qui, tout en se plaignant de son impuissance politique, se croit toujours seul dans les termes du droit et de la vérité. Mais je me permets aussi de croire qu'en prenant cette position, quelque nombreux qu'on soit , on s'isole en réalité , bien plus que ne le font ceux qui , si peu nombreux qu'ils soient , croient que les questions soulevées réclament une solution en rapport avec les besoins actuels de FÉglise; et je ne puis me défendre d'une profonde tristesse en voyant le parti confessionnel arborer un tel drapeau. Je dois bien Pa vouer: il fut un temps oil je n'avais pas encore appris la tolérance à cet égard et où j'en voulais à M. Schwartz de pousser ainsi les Chrétiens dans une voie sans issue. Toutefois, sans sacrifier aucune de mes convictions, j'ai fini par accepter cette position à titre d'épreuve.

§ 6. La question de Venseignemeni.

J'aborde maintenant la question, que M. Groen considère comme la question principale et dont la solution ofScielle a déterminé sa retraite de la vie politique^ J'entends la loi sur l'enseignement public

On se rappelle que M. Van der Brugghen avait été nommé à dessein de former un nouveau cabinet, par

suite do ropposition qu'avait rencontrée, de la part d^une partie de la population, le projet de loi sur renseignement primaire, élabore par le précédent cabinet. Cette opposition qui se fondait sur ce que la loi ne faisait pas mention du principe chrétien, s'était manifestée par un grand nombre de pétitions adressées à la seconde chambre, qui soutenait le ministère. Nous n^avons pas à juger ici la conduite politique de M* Yan der Brngghen. Qu'il me soit seulement permis de révoquer en doute la vérité du jugement de M. Groen , qui chercha, jusque dans la chambre elle-même, à expliquer cette conduite par Tinfluence du journal Emet en Vrede. M. Van der Brugghen avait atteint Tftge oii, dans la règle, Thomme fait bien plus subir son influence aux autres qu^il ne subit Finfluence d^autrui D'ailleurs M. Yan der Brugghen a fort bien réussi à montrer qu'en suivant la ligne de conduite qu'il s^est imposée, il est demeuré fidèle à maint de ses antécé« dents. Mais, quoiqu'il en soit du ministère, le journal BmtA en Frede avait, dès la présentation du projet de loi, séparé nettement sa cause de celle du gouvernement. Bépétons-le ici: à nos yeux la question n^avait nullement l'importance qu'elle semblait revêtir à ceux de M. Groen et de ses amis politiques. Il est sans doute tel membre de la société du journal JBrnst en Vrede qui entrait dans les vues de M. Groen et considérait le fait de n'imposer plus le principe chrétien à l'enseignement primaire comme la destruction du dernier palladiiîm de l'existence nationale. En effet , ne doit on pas considérer un enseignement public chrétien comme le dernier rempart de l'État chrétien? Mais comment oe«x qui mettent l'accent sur l'individualité chrétienne, qui n'espèrent rien d'un christianisme imposé par la loi, auraient-ils pu accepter le point de vue de M. Groen?

Comment surtout» en présence du rationalisme bien avéré d^nn grand nombre d^instituteurs , auraient-ils pu trouver bon d^obliger ainsi ^instituteur à se servir de la bible à l'école? Pour ce qui me concerne — et je ne suis pas seul de mon avis — je n'ai demandé à la loi que de garantir la liberté des instituteurs. J'ai désiré que, pour fonder un enseignement chrétien, on ne se vît pas dans l'obligation de recourir aux écoles particulières, ressource qui n'est pas sans péril; j'ai désiré qu'un instituteur pieux, qui considère hommes et cho* ses du point de vue de la foi, ne fût pas dans le cas, pour ne pas blesser sa conscience, de renoncer à la carrière de l'enseignement. Je ne saurais développer ici mes idées sur ce point. Non que j'ignore les difiScultes qu'offrirait leur application; mais je ne crois pas ces difficultés plus insurmontables que celles que tout autre système présente et j'en crois le succès plus certain. Voilà pourquoi j'ai signé une pétition dirigée contre le premier projet de loi. La neutralité religieuse imposée aux instituteurs ne me paraissait pas moins tyrannique que l'obligation de suivre une confession de de foi imposée. Et lorsque le nouveau cabinet soumit aux chambres un projet de loi rédigé dans le même esprit, avec l'addition oiseuse du mot cAréêien , BLidiiion faite en vue de caractériser les vertus que l'instruction primaire devait inculquer aux enfants, nous avons fkit entendre nos plaintes tout aussi bien que les membres du parti antirévolutionnaire i). Voici comment je

*) Le projet de loi du ministère précédent portait que ^renseignemeut doit concourir aux progrès de la moralité et de la religion". Celui du ministère de 1855 renfermait l'article suivant : «L'enseignement doit conduire [la jeunesse] à la pratique de toutes les vertus sociales et chrétiennes"

m^exprimais sur le projet en question: ,,nou8 tenons à le déclarer: nous aurions préféré à un semblable oompromis la déclaration positive que la loi fondamentale ne fournit aucun moyen de prévenir des scrupules semblables à ceux dont il est question. Si Ton veut voir dans la séparation de TÉglise et de l'État , la séparation de la religion et de TÉtat , et considérer cette séparation comme un fait accompli et comme le principe de notre société, on a sans doute raison. Quant à nous, dont la foi nous laisse sans crainte sur Texistence et Favenir de rÉglise» nous préférerions, à tout palliatif, la franche proclamation et la pleine application de ce principe. Ainsi rÉglise, c^est à dire tous ceux qui s'en tiennent à la vérité révélée, sauraient oii ils en sont et pourraient travailler, sans le secours de TÉtat, à la réalisation da but qu'ils poursuivent. Mieux vaudrait cela pour TÉglise que de la contraindre par la loi à donner sa sanction à des principes qu'elle n'approuve point. Bien ne nous répugne autant que les demi-mesures et le justemilieu. Car rien n'apporte plus d'obstacles au déve* loppement de l'Église, et ne nous fait mieux rentrer dans une voie rétrograde. Nous avons besoin, avant tout, de fermeté dans l'application des principes. Il y a, dans les convictions inébranlables, fussent-elles même erronées, plus de puissance morale, que dans tout système de concession, f&t-il inspiré par les intentions les plus nobles". Je citais encore ces paroles de "Vinet : ^Vouloir satisfaire en même temps tous les intérêts, avoir cent mains pour fermer toutes les bouches qui crient, faire quelque chose pour chacun, donner un peu à tous, c'est d'une politique timide, mesquine, pleine de petitesse et menacée d'à vertement". (V Éducation^ la fa^ mille et la société ^ p. 382}. — Ce n'était pas là sans doute marcher de concert avec les antirévolutionnaires.

i^Nous ne saurions admettre Tidée de TÉtat chrétien*^ — ajôntais-je dans le même article; — /imoas nous sommes réjouis de la formation de ce ministère, parce que son chef représente à nos jeux trois principes qui sont les nôtres, à savoir: le rapport qui existe entre la religion et la politique; le caractère chrétien de la société moderne; la tendance morale mise à la place de la voie de Tautorité ecclésiastique, tendance qui, se réalisant par la séparation de PÉglise et de TÉtat, permet seule à la vérité chrétienne de remplir sa mission sociale. Ce principe nous sépare, comme on voit, de Técole antirévolutionnaire, dont la doctrine sur TÉglise ne nous semble pas réellement protestante'^ i).

Ces citations suffiront pour montrer : lo que M. Groen n'est pas en droit d'attribuer Pissue des débats sur la question de renseignement à Tinfluence du journal Ihiêi en Frede; 2» que M. Groen n'est pas en droit de qualifier d'abandon, dans la conduite de ses amisi le développement naturel de leurs principes 2).

«) Ernsi en Frede 1857: p. 154 etc.

*) M. Groen a raison de dire, de son point de vue: »Ce sont surtout les erreurs sur la nature de l'Église qui^ faisant méconnaître la légitimité et l'opportunité de nos efforts « ont amené un mal à mon avis incalculable dans son étendue et dans sa durée''. (p. 105). Sans nul doute, les différentes conceptions de l'Eglise sont la véritable cause de la désunion dont parle M. Groen. Ceux qui ne sauraient^ comme le veut M. Groen ^ être «sourds aux enseignemens de la théologie moderne"^ ceux qui ne comprennent pas ce que signifie, dans la bouche d'un protestant, une phrase comme celle-ci: irll fallait, dans l'intérêt de la liberté de la con« science pour tous, ne pas permettre qu'on vint porter le trouble dans une Eglise en répudiant sa foi", ceux qui pensent qa en effet l'institution ecclésiastique est encore une arène où l'on ne saurait éviter de «^disputer", c'est à dire où I*on ne peut, sans

Je signalai, d^un côté, les conséquences désastreuses que cette théorie avait eues pour rÉglise,et,derautre, les bons effets de la ferme conviction, des efforts persévérants et du noble dévouement de ceux qui la défendaient*

Mais à quoi servaient mes paroles? Je n^étais pas entendu. Quant à la rédaction du journal j'étais seul, ou peu s'en faut Dans la société, dont ce journal était Torgane, on ne s'entendait plus sur le principe. Une minorité reconnaissait les tendances de la Revue. La majorité les acceptait avec défiance. Aux yeux des orthodoxes le nom seul de partisan de Ernst en Vrede était compromettant. Les écoles libérales persistaient dans un silence dédaigneux. Toute discussion de part et d'autre devenait impossible. J'étais littéralement une vox damans in deserio. „Pour l'avenir prochain — écrivais-je — je ne nourris aucun espoir. Notre point de vue répugne tellement aux orthodoxes, qu'ils ne se donnent pas la peine de voir s'il y a quelque chose de bon. Dans le camp des libéraux on n'a pas accepté, aperçu ou compris ce point de vue, je ne dis pas seulement sous la forme que nous lui avons donnée, mais même sous celle que lui donnent les chefs de la science allemande. Des hommes, tels que Nitzsch, Jul. Millier, Bothe, Dorner, Lange, Martensen, dont nous aimons à nous réclamer, sont peu lus à nos universités, tandis qu'on y dévore des livres comme celui de M. Schwartz, de Weimar: Zur OeêchicAte der neuesûen Théologie .... Mais pour un avenir plus éloigné nous sommes pleins d'espoir. Nous ne croyons pas à l'avenir du parti antirévolutionnaire. Mais nous ne désespérons pas de voir que le but qu'il se propose, la libre pénétration des principes chrétiens dans toutes les sfères de la vie sociale, ne soit atteint, par d'autres voies que le rétablis-

sèment de TËglise historique. La lutte confessionnelle n'a pas eu les résultats qu'on en avait attendus. Les fruits de vie du Réveil ne sauraient se perdre; une nouvelle semence germe dans l'âme de la jeune génération. Si la conscience chrétienne de la nation s'est tue en vous voyant combattre en faveur de Forthodoxie, elle vous est sympathique , dès qu'elle voit que , sous le nom d'orthodoxie, c'est pour Christ que vous combattez. Elle applaudit sitôt qu^on lui parle des droits et de la liberté de la science: le peuple hollandais est libéral ^ en ce sens, — et comment ne le serait-il pas? — mais elle se détourne avec indignation quand elle voit cette apologie des droits de la science n^étre plus qu'un vain

prétexte pour lui enlever le Christ "

Ce fut pour notre journal le présage d'une mort prochaine 1). Toutefois je n'abandonnai pas le champ de bataille sans rendre raison de ma retraite , ce que je fis vers la fin de l'année 1858, dans un écrit intitulé les besoins de VÈglise (de Nood der KerhJ, Ce titre était emprunté au but que poursuivait notre société^ laquelle se réunissait pour discuter // sur les besoins de l'Église", et pour chercher les moyens d'y répondre. Je m'efforçai de démontrer, dans cette brochure, que la crise que traverse l'Eglise néerlandaise provient, non pas de ce qu'elle a dévié de la lettre de son symbole, mais de ce qu'elle ne possède pas de théologie propre à satisfaire ses besoins religieux. Je cherchai à établir

') M. Sepp ea mentionnant ces présages de mort, se charge de prononcer notre oraison funèbre et me souhaite un heureux requiescat in pace. Qu'il veuille bien se souvenir que mourir, pour le chrétien, c'est, au fond, ressusciter: comme mourants — dit St. Paul — et voici nous vivons.

la vëritë de cette assertion par Texamen des tendances et écoles qui ont surgi, de nos jours, dans le sein de cette Église. Au sujet du parti orthodoxe, je me bornai à résumer en peu de mots les appréciations contenues dans les six recueils dont se composait notre Hevue, indiquant ce qui me paraissait louable dans le Réveil et ce que j^y désapprouvais. Ma brochure avait ceci de caractéristique, que je fondais mon espoir pour l'avenir de TÉglise sur Faction des éléments éthiques contenus dans les écoles rationalistes. Et comme ces éléments éthiques me paraissaient devoir mieux se dégager du sein des idées contraires, dès que le principe éthique ne serait plus considéré comme le drapeau d^un parti ou de quelque fraction d^un parti i je crus servir la cause de la vérité en me retirant de la presse périodique. >^Ma retraite était donc un acte de foi, comme Tavait été mon entrée dans la carrière littéraire^.

Kimpression que produisit cette brochure me montra combien peu la tendance de notre Bévue avait jusqu'alors éveillé Fattention. Les principes qu'elle défendait avaient été proclamés pendant six années. Néanmoins ce n'est qu'à l'occasion de ce dernier travail, qui a été beaucoup lu, qu'ils paraissent avoir été remarqués. On parlait de mon apostasie quant au parti confessionnel, les uns pour la déplorer, les autres pour m'en féliciter. Le récit des curieux témoignages, que je reçus, de cette modification de l'opinion à mon égard, ne saurait intéresser le public. Qu'il me soit cependant permis, en terminant ce chapitre, d'expliquer la phrase de ma brochure que M. Groen reproduit dans la sienne.

Je n'ai pas à répondre au contenu du second chapitre de la brochure de M. Groen, chapitre où il s'explique sur le principe antirévolutionnaire. J'ai déjà indiqué jusqu'à quel point je me trouve d'accord avec lui. A-

près les dëveloppements qui précèdent, le lecteur comprendra sans doute que j^aie dû conclurre que la tendance antirévolutionnaire était, dans un sens, contraire à Tordre divin de Thistoire, et qu^elle offrait des dangers pour le salut de Tâme et pour le maintien et la prospérité d^une Église.

En déclarant cette tendance contraire à Tordre divin de Thistoire, je voulais parler de la déplorable confusion que le parti antirévolutionnaire fait, à mes yeux, entre la notion d^Église et celle du royaume des cieux. Je ne saurais appliquer à aucune Église, ni à TÉglise elle-même dans les diverses phases de son existence, la description que fait TÉcriture du Royaume des cieux. Je crois à Texistencc et an développement de ce Boyaume sur la terre au sein des désordres les plus apparents, et quand même toutes les Églises tomberaient en ruine. Je ne crois à la réalité absolue d'aucune institution ecclésiastique ni de TÉglise considérée comme Tensemble de ces institutions. L'^Église dont le Seigneur dit que les portes de Tenfer ne prévaudront point contre elle, est tout autre chose qu^une institution ou un corps d'institutions. M. Groen ne reconnaîtra-t-il pas lui-même combien mes idées sur TÉglise contrastent avec les siennes, et me contesterait-il le droit de qualifier de mon point de vue sa théorie sur TÉglise d'être contraire à Tordre divin de Thistoire ? «),

*) Dans la pré&ce d'une de ses plus récentes publications, M. Groen» citant les paroles par lesquelles je signale les conséqueuces qui découlent, à mes yeux, de cette confusion, demande avec ua peu d'humeur: «Quand donc ai-je été, quand l'un ou l'autre de mes frères d'armes a-t-il été partisan de pareilles folies P Quand les avons-nous professées F" Qu'il me soit permis de répondre qu'il s'agit ici, non de folies — qualification qui n'est pas sortie de

En dëclarani que la teudance antirévolutionnaire présente des dangers pour le salut de Tàme et pour la prospérité de TÉglise , je me bornais à raconter des expériences pastorales. Oui, je TafiBruie plus fortement que jamais, la formation d^un parti politique a nui au développement de la piété. J'en appelle à l'expérience de tous ceux de mes frères dans le saint ministère qui ont charge d'âmes en des troupeaux au milieu desquels le Eéveil a éclaté. Le zèle en faveur du parti et des théories antirévolutionnaires nVt-il pas chez un grand nombre pris la place du zèle pour le royaume de Dieu? N'a-t-il pas dénaturé Tidée de la sanctification? N'a-t-il pas remplacé par des devoirs factices les devoirs réels qui sont du domaine de la vie individuelle, de la vie sociale et de la vie domestique et pour des débats extérieurs le soin de la mortification intérieure? Les chrétiens ne se sont-ils pas signalés par une activité inquiète et remuante, bientôt suivie de fatigue et d'affaissement, plutôt qu'en portant tous ces fruits de cha-^ rite et de joie^ de paix et de patience y de bontés de hénéjicence y de fidéliiéy de douceur et de tempérance ^

ma bouche et à laquelle je ne songais guère — mais des cousé- .quences légitimes d'un principe. Ne fonde-t-on pas deux méthodes historiques, tout à fait différentes Tune de l'autre, selon qu'oa considère l'Eglise, comme une institution immobile, du moins par certains éléments, ou comme un corps qui croit et se développe? Et, d'ailleurs, est-il interdit de sortir les conséquences renfermées dans un principe, bien que ceux qui les défendent ne les acceptent pas toutes également? A ce compte il n'y aurait plus de discussion de principes possible. Car un principe ne se mesure pas aux idées et aux oeuvres de ceux qui l'inscrivent sur leur drapeau, mais d'après les conséquences logiques qui en découlent. Personne ne représente un principe dans toute sa pu« reté.

qui sont les plus puissantes et les meilleures prédicati^ ons de TEsprit, mais aussi les plus difficiles? Loin de moi ridée d'imputer à M. Groen ou à ses honorables frères d'armes quelque connivence pour des égaremens, qu'ils seraient les premiers à déplorer. Aussi ne veuxje pas prétendre que des hommes politiques puissent considérer les individus sous le point de vue pastoral, qui permet de reconnaître les premiers symptômes des maladies spirituelles. Qu^il me soit cependant permis d'exprimer une douloureuse surprise en voyant que M. Groen , — dont personne plus que moi ne respecte le caractère et n'apprécie les tendances joz^nVûzW^, ainsi qu'il les nomme, — semble attacher si peu de prix à des observations de cette nature. Le premier et suprême intérêt pour le chrétien doit être, ce me semble, en toute chose, celui de l'âme et il n'est pas pour lui de plus graves dangers que ceux que l'âme court. Or quand un pasteur, dont les sympathies pour des frères dont il diffère ne sauraient être suspectes, croit devoir signaler les dangers auxquels ils s'exposent en s'engageant dans une mauvaise voie, il me semble qu'il a lieu de s'attendre à voir ses avertissemens accueillis autrement que ne l'a fait M. Groen »).

Mais, après avoir exposé ce qui me sépare de M.

*) Voir la préface indiquée {Versjpreide schri/len, I: p. VIII et IX). Me suis-je donc complu à signaler dans la tendance antirévolutionnaire, comme le fait entendre M. Groen, «^l'étroitesse des vues, un conservatisme et un confessionalisme outrés", ou bien plutôt le déplacement des questions, reportées à tort du domaine de la conscience morale dans celui de Tintelligence? £t convenait-il, en si grave matière, de parler, comme le fait M. Groeo, avec une sorte d'ironie^ du «caractère multiforme des phénomènes lamentables" que j'aurais découverts dans le parti confessionnel?

Groen et de ses amis politiques, je ne saurais terminer ce chapitre sans m'approprier ses propres paroles : /r Nonobstant tout ceci, je n^oublierai pas quMl s^est formé entre nous, an sein même d'un dissentiment grave, un lien indissoluble d'amour et de foi'' >).

*) Préface des Ferspreide Sehri/Un, I: p. XL

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