S LA CRISE RELIGIEUSE
ses propres idées à ceux qui en sont éloignés. Il faut encore parler un langage qui puisse être entendu. Que la doctrine catholique n'ait pas toujours été exprimée en termes de nature à la bien faire saisir et justement apprécier des incroyants ou des hésitants du XIX^ siècle, c'est ce qu'expliquent suffisamment, semble-t-il, certaines raisons historiques qu'il conviendra de rappeler brièvement. Comment elle pourrait être exposée sous une forme plus accessible aux esprits du xx« siècle, c'est ce qui reste à dire pour achever d'indiquer ce qu'il faut faire pour la mettre à la portée de notre époque et de notre pays.
Le triomphe du protestantisme dans une grande partie de l'Europe n'a pas seulement rompu l'unité de la foi de la chrétienté en détachant du catholicisme des peuples entiers. Il a, en outre, et par contre-coup, exercé une action funeste sur l'orientationmèmedel'Église. Le grand mouvement intellectuel du xvi" siècle avait provoqué l'anarchie dans les idées et dans les faits. Après les terribles secousses qui avaient, en Europe, ébranlé les fondements de
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l'ordre social, une paix relative s'est établie au XVII® siècle, grâce au partage des territoires et des âmes entre divers absolutismes, également jaloux de leur souveraineté, également intransigeants dans leurs doctrines, également hostiles aux nouveautés menaçantes pour eux. Parce que l'intolérance des États protestants fermait à l'Eglise catholique tout espoir de reconquérir les peuples séparés d'elle et soustraits à ses prédications, il devait être plus tentant pour elle de chercher, dans l'intolérance des Etats catholiques, l'assurance delà préservation de la foi pour les nations dont les chefs étaient demeurés unis à Rome. L'appui du pouvoir temporel, parce qu'il était la garantie nécessaire de la liberté du culte catholique, devait paraître une garantie suffisante de la conservation de l'orthodoxie. La conquête des intelligences et des cœurs, interdite en pays réformés, devait sembler inutile en pays catholiques. Meurtrie des coups reçus, réduite à compter avec la force, à chercher dans la politique le soutien d'une existence libre, la hiérarchie catholique devait tout naturellement regretter le passé de puissance et