LA TRADITION RELIGIEUSE
clergé de la paroisse. Douées, en outre, d'un vif esprit de prosélytisme, elles faisaient beaucoup d'adeptes et diminuaient ainsi le nombre des paroissiens orthodoxes.
Leur enseignement même parut infiniment plus révolutionnaire aux yeux de l'Eglise, que ne Tétait celui des « vieuxcroyants », et le clergé mit tout en œuvre pour prouver que les doctrines de ces sectes étaient « particulièrement dangereuses » pour l'Etat.
Cet appel du clergé au bras séculier ne devait pas être vain. Bientôt commença une persécution systématique si implacable ([u'on n'en avait jamais vu de semblable auparavant. ^lais, en dépit des persécutions, le mouvement religieux alla grandissant de plus en plus, particulièrement dans la seconde moitié du siècle. La puissance de ce mouvement se manifesta d'abord dans l'augmentation considérable des adhérents des anciennes sectes, ensuite dans le développement continuel de leurs doctrines et enfin dans l'apparition de nouvelles sectes. Les résultats de cette évolution sont si multiples et si chann-eants qu'il est impossible, même approximativement, d'en donner ici un aperçu. Nous nous bornerons simplement h indiquer les principaux changements subis par les sectes que nous connaissons déjà et h mentionner parmi les sectes nouvelles celles qui sont les plus importantes.
Les « chlists », après avoir donné naissance à un tvpe plus parlait de chrétienté spirituelle ' doukhobors^ , ne restèrent pas stationnaires. Ils continuèrent de purifier leurs rites, d'élever la nature de l'inspiration, d'en rendre le sens mvstique plus profond, tout en s'efforçant de conserver à la secte certains moyens pratiques de recevoir l'Esprit, moyens dont la doctrine trop prosaïque des « doukhobors » s'était complètement débarrassée. En ce qui concernait leur rite, beaucoup de « chlists » avaient renoncé à la pratique de terminer leurs danses par des orgies sexuelles et avaient enrayé dans une certaine mesure leurs habitudes d' « amour spirituel ». Quelques-uns d'entre eux avaient même cessé d'employer des moyens artificiels, quels qu'ils fussent, pour obtenir la voix de l'Esprit dans l'àme. L Esprit devait être obtenu, ainsi le proclamait une nouvelle théorie, par de longues séries d'exercices spirituels.
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impliquanl un abandon absolu Je tout son être à la volonté de Dieu, un anéantissement complet dans le Christ. Ce n'était qu'après une entière mortification de la chair et de la volonté, c|u une voix intérieure pouvait se révéler ii Thomme et lui commander des actions indépendamment de sa volonté- Telle était la « résurrection mystérieuse » venant après la « mort mvstérieuse ». La voix intime de l'Esprit libérait la volonté de l'obéissance aux lois.
Contrairement aux « chlists » la vie et la doctrine des « doukhobors » partaient d'un point si élevé qu'il devait s'abaisser dans le cours du xix*" siècle. Cette doctrine abstraite étant inaccessible à des esprits peu développés, la secte fut obligée d'avoir recours à des symboles et à des expressions figurées pour la mettre à Li portée de tous, comme par exemple, cette espèce de catéchisme succinct composé pour l'instruction générale. Quant a leur vie, les « doukhobors » étaient gouvernés, plutôt arbitrairement, par une dynastie de « Christs » dont la dignité et la vocation se transmettaient régulièrement de père en fils. La dernière de la dynastie, la « Mère de Dieu », Loukéria, étant morte en 1886, ses héritiers s'emparèrent de la propriété collective des « doukhobors ». Ce fut pour eux le signal d'un réveil religieux. La secle, ayant considéré cette perte comme une punition de ses péchés, décida de vivre, désormais, selon la liberté et la conscience. Des « doukhobors » ayant été aussi, à cette époque, très fortement influencés par la doctrine de Tolstoï sur « la non-intervention avec le mal », quelques-uns, parmi les plus fervents, se mirent immédiatement à pratiquer leur nouvelle doctrine. Ils prirent alors nom de « tous-frères » et refusèrent, ainsi que le service militaire, le paiement des impôts qui servait à payer des hommes pour tuer leurs semblables. Ils furent donc exilés, pour la troisième fois en un siècle, sur les confins de l'Empire, puis transportés au Canada, avec l'aide de Tolstoï et de ses disciples. Lii aussi, ils essavèrent d'affranchir leur vie de toute intervention de l'Etat et refusèrent h cet effet de reconnaître la possession de la propriété foncière et de faire enregistrer leurs naissances et leurs mariaores. Leur désir d'être exclusivement dirigés par la voix de leur conscience