‹ La crise russeChapitre 9 sur 57 · LV TRADITION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LV TRADITION RELIGIEUSE

Nous avons dc'jii vu' que cette situation se modifia hcauroup ;iu milieu du wn" siècle et que les élranjrers lurent relégués aux confins de la ville. Cette épocjur inai(|ue le point de départ île rinfiuence étrani>ère parmi la population russe, mieux préparée ii recevoir sa semence, et vers la fin du wiii" siècle se dessinèrent en Puissie les premiers mouvements d'un caractère évangélique et spirituel.

11 faut nous rappeler que ceci se passait juste à une époque ' où les (( sans-prètres » commençaient à se séparer de la masse des « vieux-croyanls », époque de troubles et d'agitation générale dans laquelle on croyait que la seconde venue du Christ était proche et où l'on attendait l'arrivée de l'Antéchrist. La fin du monde était prédite pour l'année 1691 et la doctrine de la mort volontaire et du martyre était propagée avec succès parmi ceux qui étaient enclins à l'exaltation religieuse.

Telles furent les conditions au milieu desquelles apparut le prophétisme. Des hommes tombaient en extase et faisaient des révélations : « Le Saint-Esprit parle par notre bouche », affirmaient-ils. Ce fut là l'origine de la première secte russe des chrétiens spirituels qui s'appelaient eux-mêmes les « hommes de Dieu » ou simplement les « christs ». Plus tard, ce nom fut changé en celui de « chlists » qui équivaut ii celui de " Hagellants ». Dans la légende concernant le fondateur de leur secte ils expliquent la raison de leur apparition : « Cn jour qu'un vieux sage nommé Danilo Filippiteh étudiait la (jucstion des anciens et des nouveaux livres et qu'il se demandait (juels étaient les vrais, il résolut cette question' d'une manière radicale : Qn n'avait besoin ni d'anciens ni de nouveaux livres, le seul livre nécessaire poui- le salut était un livre « vivant », le Saint-Esprit lui-même. Donc, après avoir jeté tous ses livres dans la rivière, il rassembla les « hommes de Dieu » et ceux-ci résolurent de charf^er des hommes sao-es de demander il Dieu de venir lui-même sur la terre. Dieu alors, descendant des nuages sur un chariot de feu, alla habiter le corps sanctifié de Danilo Filippiteh.

' Voir pag-e v.4.

-' Voir pages 70. 7 1 .

^ ^'oi^ la réforme do Nikon, page js.

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Comme on le voit par celte légende, l'idée divine n'était pas confortablement logée dans l'esprit plutôt lourd de Danilo Filippitch et de ses partisans chez lesquels la notion de l'inspiration vivante était évidemment insulfisante. De là, l'ensemble de leur doctrine oîi le nouveau sallie si curieusement à l'ancien. Par exemple, pour devenir inspiré, les « chlists » usaient d'une singulière méthode, méthode tout extérieure et phvsiologique. S'étant placés en cercle dans une chambre, ils exécutaient une espèce de ronde sur un air qu'ils avaient composé et dont la mesure, devenant de plus en plus rapide, accélérait le tournoiement des danseurs, si bien que quelquesuns, plus aptes à l'inspiration, se mettaient ii tourner comme des derviches au milieu du cercle jusqu'à ce qu'ils tombassent épuisés sur le plancher. Alors ils commençaient à hurler des mots incohérents que l'on prenait pour une prophétie. Ceux qui pouvaient tourner dans le cercle étaient sûrs de posséder l'Esprit : c'étaient les prophètes et les prophétesses, et ils avaient un rang plus élevé dans la communauté. Les autres restaient dans la phase préparatoire. Toute communauté ou « vaisseau » avait à sa tête un « christ » et une « mère de Dieu ». Les « chlists » , issus des .( vieuxcroyants », avaient pris beaucoup de leurs rites, mais leurs assemblées se terminaient régulièrement par des orgies qui rappelaient quelque peu les rites païens, la notion de l'amour chrétien v étant interprétée dans un sens plutôt large. Nous ne nous arrêterons pas ici sur une réaction contre ce dernier trail. qui donna naissance au milieu du xviii*^ siècle à une secte d'ascètes, les « châtrés » (skoptsi), cette réaction ne constituant pas un progrès dans le développement de la croyance spiritualiste. Mais, avant d'étudier les différentes sectes qui firent réellement des progrès, jetons un coup dœil en arrière, vers la fin du xvii'^ siècle, époque ii laquelle les (( chlists » firent leur première apparition. Nous devrons chercher là aussi l'origine de la croyance évangélique russe.

Les « chlists », par leur origine populaire, étaient en relation immédiate avec le parti le plus extrême des « vieux-croyants ». L'origine et l'affiliation de la doctrine évangélique russe sont tout à fait diff'érenles. La doctrine évangélique russe s'im-

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piaula d al)t)r(l ilaiisiiu milieu qui did'crail csseulielleiiu-nl des assembh'es populaires des « vieux-croyants n. Elle se développa dans ralinosphfie beaucoup })lus rallinée de la première acadi'uiie de ihcolofrle russe qui venait d'èlre londée ;• Moscou en iCi.Sj. Bien qu'on n'y enseignât pas de théologie étrangère, et que les livres de I,ulher et de (Calvin, ainsi que ceux de la religion i-alliolicpie romaine y fussent strictement interdits, bien que les conférences dussent y être faites selon la doctrine la plus rigoureuse de la foi grecque, il y avait néanmoins dans cette académie de (réquentes discussions sur les dilfércnces de croyances et de rites qui devinrent des sujets courants de controverses savantes. Bientôt, ces dissertations franchirent les murs de l'école et donnèrent lieu ;i la formation d'un club à la tète duquel un libre penseur de Moscou, Dcmétrius Tvéritinov, entreprit de faire des conférences contradictoires et d'organiser une œuvre de propagande, laquelle fut favorisée par un changement dans la situation ofFicielle de la religion, changement qui eut lieu au temps de Pierre le Grand. « ()ue Dieu soit loué, disait Tvéritinov, cliacun est maintenant libre ii Moscou de professer la loi ([u il a choisie ! » En réalité, des contemporains attestent que Tvéritinov et son club professaient aussi ouvertement leur religion que s ils eussent été des étrangers. Mais cette liberté ne dura qu'une douzaine d'années, car en iji4 les opinions du cercle furent condamnées par un concile et les hérétiques obligés de les renier. Le seul, parmi eux, qui refusa de se soumettre fut brûlé vif. Pourtant, mali>ré leur rétractation, les enseignements de Tvéritinov ne furent pas perdus et, ii partir de cette époque, il exista toujours des opinions évangéliques en Russie.

On peut cependant discuter jusqu'il quel point le terme « évangélique », quoique ce terme fût bien ii lui, peut être employé pour désigner la doctrine du club de Tvéritinov, que ses adversaires accusèrent, non sans raison, d'avoir été Torigine d'une nouvelle hérésie, pire que le luthéranisme ou le calvinisme. Le fait est que l'évangélisme russe, dès ses débuts au xvi" siècle, paraît avoir tenu en grande estime, certaines opinions qui rappelleraient plutôt celles des doctrines sociniennes. Pour expliquer cette singularité il faut peut-être

tenir compte de rinfluence qu'exercèrent les Polonais sociniens. On se rappelle que les hérétiques russes de ce siècle, après avoir été condamnés par les conciles de Moscou (i552i5iî4), s'étaient réfugiés de l'autre côté de la frontière de l'Ouest'.

Un de ces réfugiés, Theodosius, « le Loucheur ». qui eut des disciples en Russie et dont les enseignements furent réfutés dans des pamphlets théologiques, passait pour être fort bien avec les Polonais antitrinitaires. L'histoire ne dit rien de ces hérétiques, mais leurs enseignements ont été conservés précisément par ces pamphlets théologiques. Ainsi jusqu'à la seconde moitié du xviu^ siècle, le nom même des croyants évangéliques semble avoir été emprunté aux controverses composées contre les hérétiques russes des xv^ et xvi" siècles. Ces hérétiques étaient appelés les « judaïsants » On ne sait pas exactement si le nom seul fut conservé ou bien s'il exista h partir de la fin du xv*^ siècle une tradition ininterrompue de l'hérésie elle-même.

Dans le premier cas, la doctrine de Tvéritinov aurait posé à nouveau les bases de l'évangélisme, dans le second cas elle aurait simplement servi h ranimer la tradition de l'hérésie. Quoi qu'il en soit, les premiers évangélistes russes tels que les « judaïsants » et les « observants du septième jour » adhéraient tous maintenant à la doctrine de Tvéritinov, et ses extraits des saintes Ecritures leur servaient de catéchisme et d'évangile. Ces extraits, que Tvéritinov avait disposés systématiquement, sous différentes rubriques, correspondant aux points principaux de la critique de l'Evangile, n'avaient pas pour but d'exposer une doctrine positive, mais de faire des adeptes pour réfuter les erreurs de la foi orthodoxe. C'est ainsi que les deux courants « spirituel » et « évangélique » de la pensée chrétienne prirent naissance en Russie à la fin du xvM® et au commencement du xviir siècle. Leur enseignement, ne subsista pas sans modification. Un siècle plus tard, profilant de la liberté relative du règne de Catherine II qui était indifférente à l'évolution des sectes et de celui d'Alexandre V, qui la

' Voir page 78.

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favorisait plutôt, les deux courants prirent une forme toute nouvelle, A cette époque, la nouvelle secte tle chrétiens spirituels, qui était sortie des « chlists » s'appelait « les lutteurs avec l'Esprit» ou (f doukliobors » ; l'autre, la nouvelle secte évangélique qui était sortie de l'ancienne, celle des judaïsants, sous l'influence des a doukhobors » avait pris le nom de f buveurs de lait » ou molokani ».

I<es « doukhobors » ou « doukhobori » sont particulièrement intéressants par les progrès considérables qu'ils firent réaliser à la chrétienté spirituelle do Russie. Chez eux, la doctiine religieuse s'est fortement spiritualisée. On ne retrouve plus ni danses tournantes, ni prophéties extatiques, ni orgies sensuelles en honneur chez les o chlists ». Ils suppriment également les distinctions hiérarchiques que faisaient ces derniers, entre les prophètes et le reste de la communauté. Pour eux, tout le monde est inspiré, chacun est un fils de Dieu et comme tel possède le Christ au fond de son àme. Ainsi était 1 état de toutes les âmes quand elles furent créées par Dieu. Mais certaines d'entre elles ayant péché, avant même la création, elles furent rejetées par Dieu et emprisonnées, dans la chair qui est l'élément même du péché.

Pour laire renaître le Christ dans l'ànie, il n'v a qu un moyen : se délivrer de toute séduction de la chair. Les premiers hommes qui vinrent sur la terre étaient si parfaits qu ils n'avaient besoin ni de règles ni de rites pour arriver à ce but. Mais, à mesure que 1 influence de la chair prévalut, des prescriptions de l'Etat et de 1 Eglise devinrent nécessaires, quoique jusqu'à ce jour ces lois et ces prescriptions n'aient guère été que des palliatifs " impuissants \\ refréner la perversité des méchants et qu'elles soient inutiles pour le juste dans le cœur duquel brille la vérité éternelle. Pour les enfants de Dieu, les autorités, les lois humaines sont réellement superflues, Jésus- Christ les aflranchit de toute loi. « Il n'y a pas de loi pour le juste »; il n'est pas de saintes Ecritures, de sacrements ou de rites qui puissent lier les fils de Dieu. Ils regardent ces choses comme de simples signes, comme des images n'ayant qu'un sens figure. Toutes les Eglises, sans distinction, leur sont également ouvertes. Supérieurs à toute Eglise ils se sen-

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tent aussi supérieurs à lEtiil. Ainsi que les « quakers », ils professent rillégitiniité de la guerre et des serments. On sait quelles conséquences danarcliio chrélieune lurent tirées de ces idées générales, lorsque la doctrine des « doukliobors » lut récemment renouvelée par les enseignements de Léon Tolstoï. Ils allèrent essayer au Canada, de réaliser leur utopie sociale qui était peut-être plus facile h. comprendre du temps de George Fox et de Roger William (ju'elle ne l'est aujourdhui'.

En 1818, deux quakers, William Allen et Stcphen Grellet, ayant visité deux colonies de « doukliobors » reconnurent à quel point la doctrine de cette secte se rapprochait de la leur. Ils visitèrent également les colonies voisines des « molokani » qui constituaient, comme nous l'avons vu plus haut, une nouvelle (molokani) secte évangélique formée sous TinHuence des « doukliobors » en dehors des éléments évangéliques existant antérieurement en Russie'.

Le principal mérite des « molokani » ou « buveurs de lait » fut d'unifier un grand nombre de sectes vaguement évangéliques et d'élaborer une doctrine positive et mieux définie qui complétât et remplaçât même les critiques plutôt négatives des Extraits de la Bible de Tvéritinov, Le fond de leur nouvelle croyance, complètement différent de celui des « doukhobors » et reposant entièrement sur l'Ecriture, est très bien résumé par les deux quakers mentionnés plus haut.

Nous empruntons le passage suivant à un rapport envoyé par William Allen a l'empereur (18 19) :

Ou no rencontre pas de chrétiens croyant pins rormeincnt qn inx en 1 autorité divine des saintes Ecr-itnros, en la divinité de rs'otre Seigncnr et Sauveur et en 1 influence du Saint-Esprit. Ils s'abstiennent de tonte céiéinouic et pensent que le seul culte acceptable est celui qnon accomplit en esprit et on vérité. Deux ou trois fois par jour ils rassemblent leurs familles pour entendre la lecture des Ecritures, et ils s'abstiennent de tout travail profane le premier jour de chaque semaine, appelé dimanche, qu ils consacrent à des exercices religieux. Leurs mariages sont célébrés avec solennité dans leurs réunions publiques et les époux se promettent lidélité réciproque pendant toute leur vie. Ils croient que le seul viai bafitème est celui du Christ avec l'Esprit et que l'can du baptême de

' Voir page 88.

' Voir page 8{.

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Jean n fsl plus iK-cossain' maintenant : ilss croient aussi <\\iv la vi-aii- coiiinninion est rie nature toute spirituelle.

Ils chantent des psaumes dans leurs rc'nnions cullui^lles et quelquesuns de ceux c[ui sont considérés comme les plus pieux lisent aux autres à tour de rôle. Ils n'ont point de prédicateurs tilulair<>s. mais celui qui se sont sulTisamment capable tle parlei" par le pouvoir de « rinlluence divine », le fait pour lédilicalioii tic ses fières sans en alliutli-e une rétri- Idilion pécuniaire.

Ils pensent tfu'un viai dirélien ne peut jamais nourrir des idées de vengeance et que son devoir est de souffrir l'injustice sans essayer de se venger. Si queKjue difliculté s ('■lève, elle est régh'-e par eux. sans être portée ilevant les tribunaux. Bien qu'ils semblent ne pas avoir de nomination régulière, quelques-uns d'entre eux, remarquables par leur grande piété, sont considérés comme « anciens ». Ce sont ceux-là qui doivent visiter les membres qui sont malades, les encourager et, si possible, leur procurer du confort. Aucune cérémouie particulière n'est célébrée à leur enterrement. Ils chantent simplement un psaume.

Si la conduite morale de l'un d eux ne correspond pas avec sa profession de foi, on l'exhorte au bien avec douceur et on se donne innuiment de peine pour le ramener à de meilleurs sentiments. Mais s il persiste dans ses fautes, il est renvoyé de la communauté. Ayant un profond respect pour les pauvres qui sont parmi eux, ils se font un devoir d en prendre soin et de se soutenir mutuellement. Il n'y a jamais parmi eux aucun exemple d enfants irrévérencieux envers leurs parents et ceux-ci veillent à ce que leurs enfants sachent liie et écrire.

Une autre citation des Mémoires de Stephen d'elle!, qui voyagea avec William Allen, met en évidence certains traits des « buveurs de lait », se rapportant spécialement à leurs enseignements sociaux et aussi à leur ressemblance avec les quakers :

Avant daller à la i-éunion des chrétiens spirituels nous avions préparé une liste des sujets sur lesquels nous désirions avoir des informations. Ils nous donnèrent très volontiers tous les renseignements que nous leur demandâmes. Ils le firent en peu de mots, qu ils accompagnaient généralement de quelques citations des Ecritures. Citations si appropriées, qu'un familier des écrits des quakers pouvait conclure que les « niolokani » les avaient choisies exprès, parmi les passages les plus clairs de ces écrits, afin de mieux soutenir leurs affirmations...

Leurs vues sont très claires sur tous les points de la religion chrétienne : la chute de riiomme, le salut par le (Christ au moyen de la foi, la mort méritoire du Christ, sa résurrection, son ascension, etc. Ils respectent aussi l'influence du Saint-Espril, le culte, la communion, les serments, etc.

Nous aurions pu supposer i[u ils couuai.ssaienl parfaitement notre société religieuse, mais ils n avaient jamais entendu parler de nous, ni de quiconque ayant la même profession de foi qu'eux. Leurs idées concernant la guerre sont moins précises : cependant, beaucoup d entre nous

pourraient les écouter avec profit. « La guerre, disent-ils, est une chose que nous n'avons encore pu comprendre entièrement de façon à la réconcilier avec récriture elle-même. On nous ordonne d'obéir à nos maîtres, à nos magistrats, etc., pour la pai.K de notre conscience; on nous prescrit également d'aimer nos ennemis, de ne pas nous venger, de rendre le bien pour le mal. Nous ne voyons donc pas clairement comment nous pourrions nous refuser à obéir aux lois qui exigent que nos iils servent dans l'armée. Mais, dans toutes les autres questions qui nous concernent, nous nous efforçons d'agir fidèlement, suivant l'Evangile. C'est ainsi que nous n'avons jamais de procès, car si quelqu'un nous frappe sur une joue nous lui présentons l'autre ; s'il nous prend une partie de notre bien nous le supportons, prêtant et donnant sans réclamer jamais tout ce qn on nous demande. Et dans toutes ces actions le Seigneur nous bénit. Le Seigneur aussi est très bon pour nos fils, car, bien que plusieurs d'entre eux aient été appelés à l'armée, pas un seul n'a encore porté d'armes. Nos principes étant connus, nos enfants sont toujours employés à des postes de confiance, dans les intendances, etc.. » Il y a beaucoup de similitude entre la façon dont leurs ministres sont reconnus et la nôti'e. Leurs ministres considèrent aussi que leur seule récompense est l'approbation du clier Sauveur et ne reçoivent aucun salaire. Ils se servent de la Bible de Slavonie ; cependant, peu de leurs membres sachant lire, les quelques lettrés lisent aux autres, et ceux-ci, à leur tour, enseignent de mémoire aux enfants, de sorte que ces dei'niers sont toujours prêts à citer correctement les Ecritures. Ils nous expliquèrent aussi la grande différence qui existait entre eux et les « doukhobors » qui nient 1 autorité des Ecritures, la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ, son sacrifice du Calvaire pour le péché des hommes et le salut jDar la foi.

Ces citations, plutôt longues, montrent à quel point la vie et la doctrine des évangélistes russes étaient pures, il y a cent ans, c'est-à-dire un siècle après la naissance de révangélisine russe.

Nous arrivons maintenant au xix^ siècle. Jamais la vie religieuse ne fut plus intense en Russie qu'au xix" siècle, et, en même temps, jamais n'apparurent plus grandes l'inertie et l'impuissance de l'Flglise ofTicielle dans sa lutte spirituelle contre les hérésies.

Cette Eglise avait depuis longtemps conclu un arrangement avec l'ancien schisme des « vieux-croyants », et les curés des paroisses, qui tiraient généralement piofit de ce parti, en lui délivrant des certificats pour l'accomplissement des rites et des sacrements orthodoxes, étaient intéressés à le soustraire aux persécutions du gouvernement. Mais il on fut tout autrement pour les nouvelles sectes qui s'empressaient, à l'exception des « chlists ». d'adirmer leur foi et ne faisaient aucun don au

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