I.A TKMIIIION IM)I,ITI«»n
très tlillicili' et en prolongeait Texistence séparée. Mais la période de prospérité de quelques eentres commerciaux sur le fleuve j)iincipal était tri's courte. Après (jue les royaumes arabes lurent tombés au pouvoir des Turcs et que leurs alliés des steppes russes lurent devenus trop puissants pour être tenus en échec par les princes du Sud, les principautés russes s'alFaiblirent vite et finirent par céder les unes après les autres sous le joug latare. Telle lut la fin de la splendeur du système commercial des Etats du Sud, qui dura du milieu du ix*^ siècle jusqu'au milieu du xiiT.
Après lui, le centre de la vie politique se déplace vers l'Ouest et le Nord, et l'unité fictive même qui avait encore existé dans la première période, disparait.
Nous arrivons donc :
')° Au type méridional secondaire ([ui. près de la scène originale de Taction historique, s était formé sous la forte influence de la féodalité polonaise, influence qui devait, quelques siècles plus tard, être une cause principale de décadence, l'organisation féodale trop faible devant faire place à une organisation plus forte. Nous reviendrons tout à l'heure à ce type.
3'^ Le type de la République marchande du nord de la Russie, qui était Novgorod, et, sur une échelle beaucoup plus petite, Pskov. Bien que dépendante, pour l'achat de ses marchandises, de ses voisins de l'Ouest, Novgorod tirait ses richesses des territoires énormes de terres colonisées qui s'étendaient h l'Est jus(|u'aux Ourals.
Elle put ainsi maintenir sa puissance durant de nombreux siècles jusqu'à ce qu'à son tour elle eût rencontré l'organisation supérieure de la Russie centrale.
A cette époque, la démocratie de Novgorod s'était déjà changée en une oligarchie de riches marchands qui dominait la République par l'Assemblée générale des citoyens.
4" Le type moscovite, celui des « Marches » colonisées, dont nous parlerons plus longuement tout à l'heure. Grâce à l'étendue de leurs domaines et à leur position de propriétaires souverains de tout le pays, les princes moscovites disposaient de plus grandes ressources pécuniaires et pouvaient ainsi
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organiser une grande classe militaire de propriétaires terriens. C'est pourquoi ils remportèrent la victoire dans la lutte générale pour l'unification.
Cependant, malgré la puissance que les princes moscovites déployèrent dans l'unification et malgré les moyens radicaux qu'ils employaient, ils ne réussirent pas h abolir les principales différences entre leurs terres premières et les terres annexées des autres types russes ci-dessus mentionnés. C'est ainsi que naquirent quelques types secondaires dont deux principaux qui sont :
5° Le type du paysan du Nord, sorti des territoires de Novgorod, Là il n'y avait pas de classe rurale militaire ; la région servait l'Etat plutôt par ses contributions en argent. (Sur notre carte, nous appelons ces régions « Districts ruraux » ; le gouvernement moscovite les appelait « Districts tributaires » ou « noirs ».)
Et 6" Un deuxième tvpe de pa\san, plus récent, qui se forma après l'accomplissement du procédé d'unification. C'est le type de la colonisation nouvelle du Sud. Nous nous y sommes arrêté suffîsamment dans notre premier chapitre. L'ancienne partie de cette région de nouvelle colonisation n'était pas très dilTérente du centre moscovite; mais, au fur et à mesure qu'on descend vers le Sud, la population prend un caractère plus moderne.
C'est le pays des courants religieux nouveaux, tandis que r « ancienne foi » trouve ses partisans parmi les paysans du vieux territoire de Novgorod. C'est là aussi qu'on cultive le bl(-, tandis qu'au Centre les forces productrices depuis longtemps ont été épuisées. En un mot, le Midi russe est la « Terre promise » de l'avenir de la Russie. Les liens et les traditions du passé n'y pèsent pas lourdement et cèdent facilement à tous les éléments de la nouvelle phase de la vie russe \
Nous allons maintenant revenir h l'histoire des deux types principaux qui ont joué le rôle le plus important dans l'histoire générale de la Russie : le type méridional primitif et le type moscovite. La différence, qui est grande entre ces deux
' Voir sur la carie la disposition géographique de toutes ces régions do la culture russe.
LA TRADITION POLITIQUE 1 oy
typos, peut s'expliquer par celle qui existe entre la terre tle l'ancienne tribu et la terre de la colonisation ultérieure des « Marches ». Les chefs des ^Marches, comme nous l'avons vu, étaient beaucoup plus libies dans leurs procédés de colonisation. Ils acquéraient facilement les droits seigneuriaux sur l'ensemble de leur territoire, parce qu'ils n'étaient pas entravés par les prétentions antérieures des organisations locales ou de l'aristocratie indigène.
C'est ainsi que l'organisation sociale et politique des Marches se trouva être comparativement plus puissante, comme cela était arrivé dans les deux Marches allemandes : l'Autriche et le Brandebourg, dans le nord de la France et partiellement en Pologne et en Bohême. Néanmoins, la difTérence fondamentale entre les deux types de colonisation a, pour différentes raisons, été souvent niée. Les princes moscovites eux-mêmes se basaient sur la succession continue de ces deux types pour établir la fondation de leur droit de propriétaire de « toute la llussie ». Puis, une école opposée de savants, les radicaux, se mirent à l'œuvre pour prouver que la Russie du Nord des derniers temps avait été en contact avec la Russie méridionale primitive, par la tradition démocratique du régime populaire des viètché qui furent plus tard si abominablement trahis par les princes moscovites. Alors parut un savant jurisconsulte, ]\L Sergueyevitch, qui voulait prouver qu'il n'y avait pas de différence fondamentale entre les deux types russes du Sud et du Nord, puisque les deux sociétés étaient fondées sur le même principe de contrat. Le mot contrat était employé comme contraire autant aux liens du sang, c'està-dire à l'organisation de la tribu, qu'aux liens de la sujétion à l'Etat, c'est-à-dire à l'organisation moderne de la société. Jusqu'à ce point, il est vrai que les deux types russes, celui du Sud et celui du Nord, sont intermédiaires entre la phase de la tribu et celle de l'Etat militaire de l'histoire russe, mais il n'en est pas moins vrai, pourtant, que le type du Sud est sorti de la tribu et que celui du Nord a abouti à l'organisation militaire de Jean III et de Jean IV.
Et ainsi, nous sommes lorcés de supposer ({ue, dans le tvpe du Sud, persistait quelque chose ([ui le rattachait toujours
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à la tribu dont il était sorti, et que celui du Nord portait en lui quelque chose qui le faisait forcément dominer dans une autocratie. Les deux types avaient naturellement de nombreux éléments communs : cependant ce ne furent pas ces derniers, mais au contraire leurs éléments divergents, qui déterminèrent leur sort final.
Nous avons vu que, si les éléments aristociatiques faisaient la plupart du temps défaut dans la vie sociale russe, ils étaient encore plus rares dans le Nord que dans le Sud. Nous avons vu éo-alement que le pouvoir politique, qui était généralement plus fort dans l'Europe de lEst que dans l'Europe de l'Ouest, était comparativement plus fort dans le Nord de la Russie que dans le Sud où il prit la forme d'une suzeraineté générale sur le territoire entier.
En raison de ces caractéristiques de la Russie du Nord, — une aristocratie plus faible, et un pouvoir central plus fort — la question se pose de savoir si cette phase intermédiaire entre la tribu et l'Etat a encore un rapport avec la féodalité de l'Europe occidentale.
La réponse h cette question se rapporte intimement a ce que nous avons déjà dit. Si l'aristocratie terrienne des grands propriétaires n'était pas très développée en Russie et si le pouvoir des princes terriens l'était beaucoup plus que dans l'Europe occidentale, il n'y avait pas de raison de supposer que la féodalité occidentale se développerait en Russie, particulièrement dans le Nord. Mais la féodalité avait une autre occasion de se développer sur le territoire russe — dans le type méridional secondaire.
Après que le type méridional primitif eut disparu, à l'époque de l'invasion tatare, et que la population du Sud eut été refoulée — à l'Ouest, vers la frontière polonaise, et au Nord, vers la Lithuanie, — ces régions entrèrent dans une nouvelle période de vie sur laquelle l'organisation supérieure de la Pologne exerça une grande influence, et apparurent alors, dans la Russie de l'Ouest et en Lithuanie, beaucoup de traits de la féodalité occidentale. Par exemple, la formation d'une classe compacte d'aristocratie terrienne qui, par le privilège de i447» s'émancipa finalement de la taxation et de la justice royales,
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el força ainsi 1 Ktal a demaiulcr aux seigneurs, dans un c(tn-
seil national, de prendre part aux frais de la guerre et de servir dans rarniée. Ce conseil national se transforma bientôt en parlement régulier, composé aussi bien de magnats, séparément convoqués, que de seigneurs régulièrement élus, f[ui représentaient leur classe dans l'Assemblée. (Les districts ruraux n'étaient pas représentés.) La compétence de cette grande Diète générale s'étendait jusqu'à la législation, et même jusqu'à la politique extérieure. C'est ainsi que le baronnage lithuanien de même que celui de la Russie occidentale empiétèrent sur les droits de leurs rois, comme le baronnage polonais lavait déjà lait auparavant.
La conséquence fut que le pouvoir central était devenu trop faible pour organiser une défense eilicace du pavs au moment même où cette défense était particulièrement nécessaire. C'était en effet l'époque des luttes interminables sur toutes les frontières, celle du rovaume allié et uni de la Pologne exceptée. Les Turcs et les Tatars attaquaient la frontière du Sud ; il fallait chasser les chevaliers teutons du Xord et. à l'Est, les princes moscovites menaçaient de reprendre le territoire des anciens duchés russes. Les princes lithuaniens furent ainsi amenés à faire de grandes concessions afin d'obtenir de l'argent, des levées militaires et des mercenaires, que les barons étaient lents à accorder. Lesquels barons, avant obtenu tous les privilèges politiques et sociaux qu'ils désiraient, n'en étaient pas plus soucieux des affaires de l'Etat, Le type de l'Etat féodal de la Russie et de la Lithuanie céda donc au type moscovite, qui lut à cette époque remodelé sur une donnée plus orientale. Les conditions existant alors à Moscou étaient les mêmes qu'à Vilna et à Varsovie. On v avait besoin d argent et de soldats, mais on se les procura d'une façon toute différente, et avec beaucoup plus de succès. Le prince moscovite n'avait à compter avec aucun élément féodal; aussi, dans sa politique, s inspirait-il de l'Empire byzantin, des Etats slaves du Midi, dans les Balkans, de la Turquie même, plutôt que de la Pologne ou de l'Europe.
En Asie et sur le Bosphore, le grand problème de larmée permanente avait presque été résolu de la même façon que
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dans 1 Europe du moyen âge : à défaut d'argent l'Etat distribuait ses terres aux guerriers. Et le résultat final de toute l'évolution fut similaire : les vassaux devinrent, en fin de compte, proprié- . tair«;s. Mais, en général, cette aristocratie terrienne se forma beaucoup plus fard en Orient, à une époque où le but primitif de l'organisation militaire était déjà atteint; ou la conquête était faite, comme dans la Turquie du xv*" au xvii*' siècle, ou l'Etat national était déjà fondé comme en Russie pendant la même période, ou bien les vassaux militaires étaient transformés par le conquérant étranger en propriétaires, comme aux Indes par les Anglais et en Algérie par les Français. Dans tous ces cas, malgré l'appropriation des terres nationales par des propriétaires privés, l'organisation féodale de la société fut évitée parce que le pouvoir central était déjà -trop fort pour être spolié de ses droits supérieurs.
On peut placer l'origine du système oriental des fiefs aux guerriers à l'époque où les deux grandes monarchies d'Orient, Bvzance et la Perse, se rencontrèrent dans un choc décisi!. Khosrou Xoushirvan fut le premier souverain perse de la dynastie sassanide qui employa le système contre l'empereur Justinien, au vi* siècle de notre ère.
Un siècle plus tard, des califes arabes remplacèrent les rois perses et partagèrent le domaine entre leurs propres guerriers : ce fut là l'origine de l'organisation militaire musulmane, qui dura des siècles. L'attaque des Arabes contre Constantinople força les empereurs de Byzance d'adopter le même système de fiefs militaires. Enfin, les Turcs ayant succédé aux Arabes aux xi*^ et xiii" siècles, devinrent un bien plus grand danger pour Constantinople. Les Turcs améliorèrent et complétèrent le système militaire des Perses et des i\rabes; et les empereurs byzantins n'eurent qu'à suivre leur exemple. Ainsi les fiefs militaires ottomans, les limas et les ziains, firent leur apparition et furent bientôt remplacés par les pronias byzantins qui représentaient exactement la même chose. Les Etats slaves du Sud adoptèrent alors le svstème des pronias.
C'est surtout dans la Serbie du xiv'' siècle qu'on peut étudier ce système. L'institution est partout la même : les tenanciers niililaiîfs. les pronii/ars, aussi bien que les liniarlis ou les