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lementSp.ioo en sont admis dans les bibliothi'qncs populaires. Voyons maintenant quels sont les livres choisis dans la littérature russe. Le conseil provincial de Koursk a signalé non moins de soixante des plus éminents écrivains russes dont les œuvres sont ignorées par le catalogue. Parmi les romanciers il y a des talents comme Saltikov, Korolenko, Garchine, Gleb Ouspensky, Chekhov ; il y a parmi les poètes, Nekrasov, Nadson ; parmi les critiques, Belinsky, Dobroloubov, Chelgounov, Michaïlovskv ; parmi les historiens Kostomarov, etc. Parmi les périodiques, les meilleurs en commençant par le C'ontcmpordin de i85() à 18G6, Mémoires de la parric, et la Pensée //isse, sont interdits. D'un autre côté, le cataloirue est rempli d'oeuvres spéciales qui ne peuvent intéresser que des savants. Les périodiques et les journaux d int(''rèt spécial et technique dominent. On peut y trouver des documents innombrables sur l'apiculture, l'aviculture, l'art d'élever les bestiaux elles chevaux; mais en lait de journaux dun intérêt général, ceux à tendance nationaliste v figurent comme le Aoi'oïé Vréniia, le A «'/V/ et les Nouvelles de Moscou. Tout ce qui pourrait attirer l'attention sur le courant libéral de l'opinion publique est rigoureusement exclu des bibliothèques populaires.
Mais on pourrait nous faire observer que tous ces écrits défendus passent cependant par des imprimeries, pénètrent dans des ateliers; cela nous amène a parler de la censure russe. Ici encore, nous pouvons distinguer la période de la « tutelle paternelle » et la période de l'arbitraire légal des règlements. Durant la première période, le censeur se préoccupait aussi bien de la loi et de la morale que des bonnes habitudes patriarcales et de la grammaire russe . C'était le temps où un censeur a pu être arrêté pour ne pas avoir interdit un poème trop passionné à une belle, et où Nicolas P"", par un acte particulier de bonté, corrigeait lui-même les vers de notre plus grand poète Pouchkine par l'intermédiaire de la « troisième section ». Mais cette période prit fin avec le règne de Nicolas P'' en i855.
La seconde période fut inaugurée par la loi de i865 qui n'était autre chose que l'adaptation de la loi de Napoléon III sur la presse élaborée par Persigny en i852,' loi qui était
pour le gouvernement russe le dernier degré du libéralisme, et il ne tarda pas à se repentir de tant de liberté accordée à la presse. Aussi la loi de 1 865 subit-elle des changements radicaux par les mesures subséquentes de 18^2 et i88a. La loi de i865 avait affranchi les périodiques et les livres de plus de dix feuilles de la censure avant l'impression, l'ancienne « censure préventive » ; et les auteurs étaient justiciables, en cas de délit, des tribunaux réguliers. Mais comme les juges et les avocats tenaient ii leur indépendance et qu'ils refusaient de condamner les livres que leur avait remis la censure, cette dernière jugea plus commode de saisir les livres imprimés avant la mise en vente. Aujourd'hui, les éditeurs sont obligés de garder les livres une semaine et les périodiques quatre jours avant de les mettre en circulation, afin de donner au censeur le temps d'en prendre connaissance et d'en arrêter la vente s'il le juge à propos. Lorsqu il s'agit dun petit délit, l'éditeur peut s'arranger avec le censeur en sacrifiant les quelques lignes incriminées; mais, si le délit lui semble grave, le censeur soumet le livre à un comité spécial de quatre ministres et non à un tribunal régulier, comme le prescrivait la loi de i865.
D'ailleurs, quand on en arrive à cette mesure extrême, le livre est généralement suspendu. La législation concernant la presse périodique est particulièrement riche en mesures préventives et répressives. D'abord, la fondation des périodiques dépend du gouvernement, puisqu'aucun journal ne peut être publié si le directeur «n'est pas officiellement approuvé par le censeur et reconnu comme « bien intentionné ». Souvent de longues années sont nécessaires pour obtenir l'autorisation de fonder un organe indépendant '.
Si par un hasard quelconque un journaliste indépendant a pu être autorisé à fonder un périodique, les moyens ne manqueront pas pour faire suspendre sa publication. Toute la série des mesures coercitives lui sera appliquée, et, après trois avis consécutifs, le périodique pourra être suspendu.
Ces mesures furent appliquées 58 1 fois pendant une période
' Il faut bien se rappeliT que toutes ces descriptions correspondent à l'état des choses en iyo3, avant la période révolutionnaire. Depuis lors tout est changé.