‹ La crise russeChapitre 21 sur 57 · L.V TRADITION POLITIQUE · texte numérisé non relu

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de quarante ans, ce ([ui roprrsente plus d'une suppression par mois. Cependant ces oliidres mêmes ne nous donnent pas une idée complète du nombre des très bons et très iiiHuents périodiques qui ont ainsi disparu. ^

Mais le gouvernement a encore ii sa disposition des moyens bien préférables à toutes les punitions de délits de presse ; c'est, entre autres, celui d'empêcher la presse de commettre ces délits, en lui interdisant la discussion des questions impoitantes au moment où cette discussion est le plus ulilc. (le pouvoir, f[ui lui donne au minisire de l'intérieur di's Tannée i8j3, explique pourquoi il est impossible à la presse russe de remplir sa mission en discutant des questions d'intérêt public. Le choléra menace-t-il la Russie ? la presse reçoit l'ordre de n'en pas dire un mot. Une rérormc financière est-elle en discussion, un traité de commerce est-il en préparation, l'étalon d'or va-t-il être adopté ? défense est faite à la presse de discuter ces choses afin de ne pas ébranler le crédit national. Qu'une banque soit sur le point de devenir insolvable, la presse n'a pas le droit d'en parler à ses lecteurs. La «tranquillité publique » semble une chose si précieuse au gouvernement quil défend qu'elle soit troublée, même par des marques (le sympathie pour le tsar. Lorsque Alexandre III était sur son lit de mort, les journaux ne pouvaient même pas mentionner sa maladie.

Le principal avantage que le ministère de l'intérieur tire de cette prérogative est d'empêcher les racontars politiques; aussi ne permet-on aucune communication sur les crimes et les procès politiques ; aucune information sur l'état des paysans et leurs relations avec les propriétaires terriens. Lorsque le mouvement ouvrier commença à se dessiner, il y a quelques années, il fut également défendu ii la presse d'en parler ainsi que des désordres universitaires, des troubles et des persécutions religieuses, etc. Bref, aucune « actualité brûlante » n'est accessible ii la presse russe. La chronique de la vie nationale se borne souvent à la reproduction d'édits et de communications officielles que les périodiques se gardent bien de critiquer.

Les lecteurs russes ne sont renseignés que par les reproduc-

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lions des communiqués du gouvernement pris dans le Journal officiel. Quelquefois ces reproductions mêmes sont jugées dancrereuses, et alors les journaux reçoivent Tordre de ne pas les insérer. Xon contente de soustraire à la critique publique les questions d'un grand intérêt général, la censure use de son pouvoir pour v soustraire également de simples particuliers assez puissants pour exiger sa protection. C'est ainsi qu'on a donné Tordre aux journaux de passer sous silence: les allaires de famille d'un certain M. Markus, conseiller privé, la tentative de suicide d'un jeune noble, Nicolas Mouraviev, le duel de deux t)fficiers appartenant à la haute société, la querelle de deux hauts fonctionnaires, etc.

Très souvent ces scandales de la haute société ne viennent à la connaissance de la rédaction que par les ordres du censeur s'y rapportant, lequel ne se donne pas toujours la peine de cacher les motifs personnels de ses ordres. Un jour, la presse reçut Tordre de faire le silence autour de certains faits scandaleux, concernant le « dopage » des chevaux pratiqué par des sportsmen influents, sous prétexte que cela déplairait au "-rand-duc Démétrius Constantinovitch.

Mais la censure va encore plus loin. Non seulement elle ne se contente pas d'iniluencer la presse dans un sens négatif, en lui imposant silence, mais elle agit encore sur elle d'u.ne manière positive, en la forçant à dire ce (jue les autorités veulent que le public sache.

Dans la première période de son existence, « la période patriarcale », la presse était censée servir « les vues du gouvernement » de sa propre initiative. Lorsqu'on trouva que cette supposition ne répondait pas à la réalité, le censeur commença à essayer d'amener la presse à servir « les vues du gouvernement )) par la persuasion et l'influence personnelle.

f'^n 1869., le ministre de Tinslruclion publique Golovine avouait devant le comité des ministres que toutes les mesures de rigueur qu'on avait prises jus({ue-l;i contre la presse ne servaient ii rien et qu'elles ne pouvaient « qu'envenimer les écrivains, leur suggérer un langage conventionnel, tacitement adopté partout et bien compris des lecteurs, et que finalement ces mesures produisaient un mépris général pour un gouverne-

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nient incapable d'atteindre son but». M. Golovine reconnaissait que le gouvornomont n'aurait pas dû essayer de transformer la littérature en une institution oKieielle. « I, a littérature, disait-il, est l'expression de la pensée et des aspirations de la société civilisée ; le gouvernement doit les connaître, la censure ne sert qu'à les lui cacher sans pouvoir les changer. »

Cependant M. Golovine estimait que le gouveincment pouvait indirectement influencer les journalistes « en leur faisant connaître ses vues et en leur (ournissant des subsides ».

l'iu iiS.")8, on alla jusi[u";i proposer au conseil îles ministres, la formation il'un comité spécial pour influencer l'opinion publique. Or il était clair que les meilleurs et les plus influents des journalistes ne devaient pas se laisser corrompre de cette façon, et le ffouvernement fut oblitré de fonder un organe ii lui pour défendre publiquement ses mesures et influencer loplnion. Cet organe fut la Poste du Nord., fondée en 1862 parle ministre Valouïev. \\n i8j8, la même question s'étaut encore présentée dans un comité, de nouveau le ministre Valouïev proposa de fonder un journal spécial ([ui serait sous la direction du gouvernement; et l'année suivante, un nouvel organe officiel, nommé le lti\>ai(c\ était fondé. Son directeur était le professeur Tsitovitch, qui devint fameux par ses invectives venimeuses contre les radicaux russes. ^lais le Rù'o^e sombra avant la fin de l'année, victime de lindilTérence publicjue, bien que matériellement il fût subventionné par le gouvernement dont il avait reçu ijao.ooo francs.

Toutes les entreprises de ce genre eurent un sort analogue, à l'exception de celles qui avaient le droit de publier des annonces officielles et ({ui, de ce chef, touchaient de fortes sommes : les Nom>eUes de Moscou par exemple.

Finalement un des directeurs du département de la presse, M. Soloviov (1896-1900), eut recoursà un moyen plus simple pour infiuencer les journaux. Il proposa h quelques-uns d'entre ceux qui allaient être suspendus de leur donner des directeurs officiels qui seraient bien pavés et qui répondraient de la bonne conduite de leurs organes.

Quelques-uns refusèrent et furent suspendus. Quant à ceux qui acceptèrent, ils en éludèrent les conséquences, en cor-

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rompant leurs directeurs officiels ou en les laissant dans lionorance des véritables ad'aires de leurs journaux : et ainsi échoua le plan de M. Soloviov. Nous ne voulons pas quitter ce sujet, sans conter un des tours les plus ingénieux du ministre de rintérieur à ce propos. En l'espace de deux années (1897- 1899), deux mensuels socialistes parurent à un moment où aucun organe libéral n'était autorisé. La chose était étrange ; mais on finit par découvrir le mot de l'énigme : il y avait un espion dans chacune des rédactions, et ils avaient contribué h la fondation de ces journaux pour espionner les clubs socialistes. Naturellement, aussitôt après la découverte des intrus, les deux mensuels furent supprimés.

Devant toutes les mesures rigoureuses qu'employa constamment le gouvernement pour obtenir le silence ou l'appui de la presse, il est facile de comprendre a quel point Topinion publique était faussée dans les journaux russes. L'opinion publique devait forcément remédier à cet état de choses et elle eut recours h la presse clandestine, publiée à l'étranger et introduite en Russie dans des proportions de plus en plus grandes. Comme il ne tolérait aucune opposition légale, le gouvernement contribua ainsi à éliminer de la vie publique tous les éléments modérés et l'opinion mutilée prit sa revanche, en se tournant de plus en plus vers le radicalisme. Mais nous reparlerons plus tard des résultats de l'influence de la politique de conservation de l'autocratie, sur le développement de l'opinion publique en Russie. Il nous suffit d'avoir indiqué ici que l'étoufrement delà critique et de l'opposition n'était pas l'unique conséquence de la politique gouvernementale.

Nous arrivons maintenant ii une branche de la vie publique, dans laquelle rinfluence politique du gouvernement pouvait se faire sentir encore plus facilement. Nous voulons parler de l'instruction publique. Nous laissons de côté les écoles privées, car elles ne comptent pas en Russie. Après avoir joué un rôle important dans l'instruction populaire il y a cinquante ou cent ans, elles ont été reléguées depuis ;i l'arrière-plan par les écoles publiques, qui ont maintenant le droit presque exclusif de conférer à leurs élèves les diplômes nécessaires pour entrer au service de l'Etat et dans les institutions d'en-

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seignenient suprrieur. l^ir ce seul privilège, les écoles publiques ont pu s emparer du monopole de renseignement public. Les écoles de village ont conservé un caractère moins officiel. L'explication en est dans l'origine même de ces écoles. Le gouvernement, n":iv;int jamais regardé d'un loil favorable les projets que les philanlhi(qies des classes supérieures ont toujours pouisuivis depuis la fin du xvin' siècle pour Tinstruction du peuple, ne fit presque rien à ce sujet avant l'émancipation des paysans en iSGi. Alors commença l'activité des conseils provinciaux, des zemslvos, nouvellement formés, et des écoles de village fur(Mit établies par les gouvernements locaux autonomes. Conformément à celte origine, les maîtres et maîtresses de ces écoles considéraient leur lâche, non comme un moyen de gagner de l'argent ou comme un métier, mais comme un devoir social, une vocation supérieure suivie par eux en pleine connaissance de cause, pour le bien général de la patrie. Cet enthousiasme patriotique attira la méfiance du gouvernement sur les écoles villageoises qui au début avaient passé inaperçues, et il prit ombrage du développement considérable de l'o'uvre des conseils provinciaux.

On enraya donc linitiative du gouvernement local autonome en diminuant les droits de ses délégués, et on augmenta le pouvoir des directeurs et des inspecteurs officiels, qui faisaient partie des conseils scolaires locaux. Le but du gouvernement était de faire payer toutes les dépenses par les conseils locaux et de s'emparer de l'œuvre. Jusqu'à présent, il ne l'a pas complètement atteint, mais les programmes scolaires, la nomination des instituteurs et institutrices, le choix des manuels, tout cela est déjà entre ses mains.

Non content de ces avantages, et pourtant incapable de créer des écoles de village selon sa propre conception, le gouvernement encouragea la concurrence du Saint-Synode. 11 n'y avait pas d'écoles paroissiales dans l'ancienne Russie, et le clergé, comme nous le savons déjà, était trop ignorant pour s'intéresser à rinstruction du peuple et s'en occuper. Les tendances qui caractérisent les écoles ecclésiastiques de l'Europe occidentale n'ont jamais existé en Russie. Alors qu'en Europe le gouvernement lui-même essaye de soustraire l'école

à rinlluence Je TEglise, en Russie, au contraire, il s'elForce d'éveiller le zèle du clergé pour l'opposer à Tinitiativepolitiquenient dangereuse des conseils provinciaux. Un type d'école paroissiale lut donc établi pour faire concurrence h l'école du gouvernement local. La vraie science, que cette dernière essayait de répandre dans ses enseignements, était remplacée, à l'école paroissiale, par le chant des hymnes religieux et la lecture des livres liturgiques écrits en slave médiéval, qui est aujourd'hui une langue morte. Tant que le prêtre et le sacristain furent seuls à y enseigner, les écoles paroissiales n'existèrent que dans les rapports officiels du Saint-Synode. Mais bientôt on voulut forcer les conseils provinciaux à mettre leur organisation au service de l'Eglise, etune lutte en règle s'engagea entre les deux écoles. Finalement M. Pobcdonostzev trouva le moyen de faire subvenir l'I'ltat aux frais des écoles paroissiales. Malgré tout, la victoire morale resta aux conseils provinciaux, dont les programmes sont en voie d'être adoptés par les écoles cléricales, qui commencent aussi à mieux préparer leurs instituteurs.

Malheureusement ces deux systèmes, même concurremment, sont loin de suffire aux besoins toujours croissants de l'instruction élémentaire. Le nombre des jeunes gens ayant fréquenté l'école augmente très rapidement. Par exemple, en 1868, 95 conscrits sur 100 étaient illettrés ; il n'y en avait que ^9 en 1 875, et seulement 55 en 1898. Pour correspondre seulement à l'augmentation de la population, 2.606 écoles devraient être créées chaque année, et l'on n'en crée que i . joo. 11 y a environ 3o.ooo écoles dirigées par les conseils provinciaux, et 18.000 écoles paroissiales, alors qu'il faudrait au moins iSo.ooo écoles pour permettre à tous les enfants de recevoir 1 instruction élémentaire. 11 faut ajouter que l'instruction donnée généralement dans ces écoles se borne à savoir lire, écrire et compter. Toutes les tentatives d'élever le nombre des années scolaires à trois, quatre ou cinq ans, ainsi que tous les essais d'élargir les programmes, en y introduisant quelques notions de géographie et d'histoire, ont été invariablement repoussées par les autorités.

Nous arrivons maintenant au deuxième degré de l'instruc-

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tion publi(jii(>, aux <'coics secondaires et supérieures, qui jouirent, au début, de toute la faveur du gouvernement, lequel les considérait comme les pépinières de ses fonctionnaires. Aussi sont-elles plus anciennes que les écoles de village et furentelles fondées dès le règne de Pierre le Grand; leur existence continue remonte à Catherine II.

Pendant les quarante premières années de leur existence (1786 à i8'.<6), si ces écoles ne répondaient pas à un programme dinslructioii id<>al. du moins elles remplissaient bien le Jjut que s'était proposé le gouvernement en les fondant. Mais, par la suite, la culture se répandant de plus en plus en Russie, et renseignement privé étant interdit, il airiva que les écoles secondaires et supérieures se remplirent de jeunes gens qui cherchaient autre chose c[ue des diplômes et des fonctions olficielles. Naturellement, le gouvernement s'inquiéta alors qu'il V eût tant de jeunes gens si instruits, et il lut décidé que les enfants des hautes classes seraient préparés pour le service civil et militaire, et que ceux des classes inférieures recevraient une éducation professionnelle dans des écoles d'un niveau moins élevé. INIalgré toute une série de mesures prohibitives, l'entreprise échoua. Les jeunes gens ayant reçu une instruction générale s'éloignèrent de plus en plus du fonctionnarisme et des métiers, cela particulièrement depuis le milieu du xix" siècle, pour se tourner vers l'action politique. Alors, pour empêcher les idées politiques de se répandre dans la jeune génération, les écoles secondaires devinrent des annexes de la police et l'on inaugura un système d'enseignement spécial dont le côté formel était accentué au détriment du côté réel, afin d'éloigner autant que possible l'esprit des élèves des réalités du présent. Ce fut le a système classique » du ministre Démétrius Tolstoï, sous lequel le svstème d'espionnage politique prit une extension si considérable. Il n'était permis aux élèves que des livres ayant passé par la censure scolaire. L'auteur a connu des jeunes gens qui ont été exclus de l'école pour avoir osé jeter un coup d'œil sur l'œuvre de notre meilleur critique littéraire, Belinsky, et pour avoir demandé à la bibliothèque publl(|ue un livre pour leurs parents. 11 fallait aussi une permission spéciale pour assister ii la reunion d'une

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société savnnto ou pour aller au théâtre. Cette surveillance ne s'arrêtait pas au seuil du collège, elle suivait l'élève dans la rue. jusque dans sa famille, et h n'importe quel moment, des maîtres spéciaux avaient le droit de faire des perquisitions dans son logrement.

Lorsqu'un étudiant avait achevé ses études, un maître était chargé d'en faire une « description » morale et politique qui le suivait à l'Université. Aussi les « malintentionnés » n'avaient aucune chance d'y être admis. La statistique suivante montre toute la sévérité de cette sélection : de 1872 h 1890, 4 jusqu'à 9 p. 100 des élèves seulement finirent le cours classique dans le délai normal (c'est-à-dire huit ans); 21 jusqu à 37 p. 100 le finirent avec difficulté, et 63 jusqu'à 79 p. 100 furent, après examens, écartés comme inaptes à l'enseignement supérieur. Le gouvernement se contentait fort bien de ces résultats pédagogiques; comme nous l'avons vu. il estimait que 1 instruction était trop répandue en Russie, et depuis 1828 il s'efforçait toujours de diminuer autant que possible le nombre des élèves. Lausfmentation des élèves des classes

inférieures, comparée à celle des élèves de la noblesse, lui semblait particulièrement alarmante. En i833, 78 p. loodes élèves appartenaient à la noblesse, 17 p. 100 aux habitants des villes, 2 p. 100 aux paysans et 2 p. 100 au clergé. Un demi-siècle plus tard, en 1884, il ^^'y ^^'^^^ plus que 49i2 P- ^^o ^^^ ^"" fants nobles, ceux des habitants des villes avaient doublé, 35,9p. ^^^ 5 ^^ ceux des paysans avaient presque quadruplé : 7,() p. 100. En 1887, le ministre Délianov lançait son fameux édit limitant le nombre des élèves juifs et interdisant l'école aux enfants des classes inférieures, « fils de cochers, de domestiques, de blanchisseuses, de fruitières et autres gens semblables ». Forcément, l'année suivante, la proportion des élèves nobles remontait à 5G,2 p. 100. Mais les écoles secondaires avaientelles cessé, comme s'y attendait M. Délianov, de nourrir ces sentiments de « mécontentement des conditions de la vie » et « de ressentiment contre l'inégalité des conditions sociales, inévitables par la nature même des choses » ? L'état d'âme des étudiants universitaires va répondre à cette question.

Presque tous les jeunes Russes qui ont passé par les écoles

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de Démrtrius Tolstoï sont soci;ilisles. Toutes l<,'s mesures des autorités scolaires, avec leur survi-ilhmce policière cl leur euseiguenient d'où la polili<juela plus inoirensive était exclue, produisirent des résultats dianiétralenient opposés au but ([ue l'on voulait atteindre. Les étudiants des universités russes jouent maintenant le rôle que jouèrent les étudiants allemands dans la première moitié du xix'' siècle, lorsque toute vie politique était encore impossible en Allemaf^ne. Avec un enthousiasme et un esprit de sacrilice ([ui surpassent ceux des sociétés secrètes allemandes, le Tugendbund et les Burschenschaften, les étudiants russes travaillent ii la régénération politique et sociale de la Russie.

Depuis 1899 pîii'ticulièrement, la révolution semble à l'état endémique dans les universités et les académies, ce qui a rendu la tâche de la surveillance ofFicielle bien plus compli(|U(''e. Aussi, les autorites n'ont hésité devant aucune mesure de répression : on a banni les professeurs libéraux et substitué à la constitution autonome des universités une organisation entièrement bureaucratique ; on a diminué le nombre des étudiants, augmenté les droits d'inscription, fondé le système de l'internat ; on a établi une surveillance étroite dans les universités, surveillance dirigée par la police supérieure ; on a mis des espions partout, on a interdit sévèrement les réunions d'étudiants et créé, sous la surveillance et la responsabilité personnelle des professeurs, choisis par la faculté (curateurs), des clubs modérés; on a même fondé des bourses dans un but politique, mais tout cela n a servi de rien et ne changera rien à la situation future.

Quelle est donc la raison de l'inelTicacité complète de toutes ces mesures d'oppression ? C'est que les mesures les plus oppressives ne sauraient jamais remplacer une politique créatrice, ni satisfaire des besoins réels, ni résoudre aucune dilliculté. Voilà pourquoi nous retrouverons plus tard, en considérant l'état général du pays, cette persistance de l'échec gouvernemental que nous venons d'observer ici sur une petite échelle.

Notre conclusion générale sur le système que nous venons d'essayer de décrire se résumera en deux questions et deux réponses :

iCSo

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i" Le gouvernement, tant qu'il restera ce qu'il est : un simple système de police, se retranchant hypocritement derrière une fausse tradition nationaliste pour ne laisser à la législation qu'une indépendance fictive, à l'administration un semblant de responsabilité, à la justice ni liberté ni compétence, pourrat-il alléger le système d'oppression qu'il doit employer contre toutes les manifestations de l'opinion publique éclairée ? Pourrat-il abolir Voklirnna , la gendarmerie, l'espionnage politique? Pourra-t-il rétablir une justice régulière, respecter la liberté inilividuelle, s'abstenir des arrestations, des exils arbitraires ? Pourra-t-il laisser le peuple se réunir et lire ce qu'il lui plaît, et discuter publiquement ses opinions politiques ? Pourra-t-il affranchir la presse de la censure et l'école de la police?

A cette première question nous répondrons : Non. Car le gouvernement ne peut renier sa propre essence.

2" Ce système d'oppression peut-il réellement empêcher la propagande politique? l'unité de l'opposition de plus en plus grande ? la formation des partis ? la colère croissante du peuple ? l'^n un mot, peut-il avancer le gouvernement en quoi que ce soit ? Encore une fois nous répondrons : non. Ce système pourra peut-être, dans une certaine mesure, retarder le mouvement; il ne manquera pas, en tout cas, d'accroître le nombre des victimes politiques, mais il ne parviendra jamais à emprisonner les forces vivantes de la nation. Ces forces vivantes qui s accumulent par la résistance et qui, si elles ne trouvent pas d'issue, rompent leurs digues et débordent comme « un fleuve pacifique, entravé dans son cours, submerge le rivage ».

Nous avons suffisamment étudié « le rivag-e )). nous allons maintenant étudier « le fleuve » qui de « pacifique » va devenir tempétueux.

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