L IDEE LIBERALE I
démocrates et aux amis personnels des démagogues de Pétersbourg qu'aux conservateurs, qui considéraient les piemiers comme de nouveaux Catilinas, des destructeurs de Tordre social. Quant à la représentation, elle signifiait pour quelquesuns une représentation réelle du peuple avec un pouvoir étendu, tandis que pour les autres elle devait consister seulement en une représentation de nobles, comme développement logique de la représentation locale accordée par Catherine II, L'opinion intermédiaire demandait la création de deux assemblées, Tune représentant la noblesse et l'autre le peuple'.
On se perdait facilement au milieu de toutes ces dilTérences d'opinions en voie de formation, souvent entre les membres d'une même assemblée. Il n'est donc pas étonnant que toutes ces nuances d'opinion échappassent ii ceux qui n'en faisaient pas partie, v compris les journalistes avancés, et que le libéralisme de la petite noblesse lût accusé d'être visiblement entaché de préjugés de classe. La petite noblesse réclamait des droits politiques, mais elle les revendiquait pour ellemême, en compensation de la perte de ses droits souverains sur les paysans; et, en efïet, les nobles considéraient ces droits comme un moyen de conserver dans l'avenir leur position sociale, en tant que classe élevée et privilégiée. Ils avaient aussi conçu l'idée de former de petites unités administratives locales, comme celles des assemblées paroissiales en Angleterre, et de mettre ii leur tète les nobles, propriétaires de domaines. Cette idée, empreinte également de sentiments aristocratiques, devait servir plus tard, sous le règne d'Alexandre III", pour un usage tout à fait réactionnaire.
Ce ne fut donc pas tout à fait sans raison que, pendant un certain temps, ces idées de représentation politique et de formation de petites unités locales autonomes restèrent suspectes aux yeux de la démocratie russe. Il est juste cependant d'ajouter que ces idées ne constituaient pas seules les aspirations de la noblesse libérale et qu'en général ses revendications dans les assemblées furent très peu influencées
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par un sentiment de classe ; elle se montra même quelquefois tout à fait désintéressée, et plutôt idéologue, comme on l'a vu du reste dans le chapitre du libéralisme russe. Ainsi, dans les assemblées de la noblesse à Pétersbourg et à Moscou, les petits groupes d'aristocrates mécontents furent dominés par les partisans d'un libéralisme plus avancé, et l'on y vota des motions tendant à la convocation d'une assemblée centrale représentant toutes les classes, afin d'examiner les désirs et les besoins du pays.
Des décisions plus radicales furent même prises dans quelques assemblées de province, à Smolensk et à Tver, par exemple, où les nobles décidèrent de demander un gouvernement constitutionnel.
En outre, rassemblée de Smolensk décréta l'abolition de tous les droits de la noblesse et celle de Tver, à une majorité écrasante de ii3 contre 22, demanda la vente immédiate et oblio-atoire de tous les fermages des paysans aux communautés des villages, ce qui avait été considéré par le gouvernement comme une forme radicale d'émancipation qu'il avait voulu éviter. Quelques assemblées demandèrent môme une réforme complète des impôts, basée sur le principe d'un impôt sur le revenu; elles demandaient donc l'abolition du plus important privilège qui, jusqu'alors, avait distingué les classes élevées des classes inférieures, ces dernières étant depuis des siècles les seules classes imposables. On voulait également abolir un autre privilège des classes élevées : celui d'être jugé selon les rèoles d'une loi écrite, tandis que les paysans étaient censés posséder une loi basée sur la coutume, ce qui, en réalité, voulait dire qu'il n'y avait pas de loi pour eux. Cette revendication était naturellement opposée à la doctrine courante du nationalisme démocratique, qui considérait cette loi de coutume comme une source cachée de sagesse populaire, beaucoup plus profonde et beaucoup plus parfaite que la ratio scri/jta des Romains, ou que les lois de leurs trop fidèles imitateurs de l'Europe occidentale.
Le désaccord était encore plus profond entre les nationalistes démocrates et les propriétaires agraires sur le régime de la propriété terrienne russe, sur le «mir». Pour les nationalistes,