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L IDEE LIBERALE 21 D

Cette abolition s'impose si chiirement dans ce mémoire de M. Witte, qu'il a clé publié à léhiingcr par les libéraux russes et a été le meilleur moyen de propager 1 idée constitutionnelle.

On peut donc admettre avec raison, et le rapport de M. Witte Ta prouvé d'une façon évidente, que les zemstvos et le « constilutionnalisme » sont inséparablement unis à la fois par leur principe fondamental de gouvernement autonome représentatif et par le rôle que jouèrent les premiers, en demandant, il plusieurs reprises, que le gouvernement autonome local lût complété par la représentation politique.

Nous avons vu c[ue cette idée de « couronner l'œuvre » du gouvernement autonome local par l'octroi d'une constitution était déjii bien répandue ;i l'époque de la fondation même des zemstvos. Les groupes les plus avancés espéraient que les zemstvos prendraient l'initiative de revendiquer la réforme politique, « dans une entente de tous les ordres », puisque l'empereur, par l'avertissement mentionné plus haut', avait relusé ii la noblesse le droit de parler au nom de « tous les ordres ». ^lais les zemstvos trompèrent les espérances libérales. D'abord, leur position légale était différente de celle des assemblées des nobles. Ils n'étaient pas autorisés h s'adresser directement à l'empereur: ils devaient envoyer leurs pétitions au ministre de l'intérieur, et ces pétitions ne devaient traiter que des besoins « matériels » locaux, et non des affaires de politique générale.

Ils n'inaugurèrent pas, dès le début de leur existence, de grands mouvements de démonstration politique. Ce n'est que plus tard qu'ils nObservèrent pas strictement les limites légales qu'on leur avait assignées. Il faut donc chercher l'explication de la faillite des zemstvos dans l'incertitude de l'opinion publique et dans la division des hommes d'action, qui s'étaient séparés en deux camps extrêmes : les nationalistes conservateurs et les socialistes révolutionnaires. Fhitre ces deux camps, qui répudiaient également les tendances constitutionnelles du libéralisme modéré, les premiers parce qu'ils les trouvaient antiautocratiques, les seconds parce que

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antidémocratiques, les zemstvos durent garder le silence pour d'autres causes que celle de la persécution directe du gouvernement. Dans la classe sociale qui élisait la majorité libérale des représentants des zemstvos, c'est l'opinion mise eu avant dans les débats de Moscou en i865 qui prévalut. Des hommes comme Milioutine et Kavéline pensaient qu'avant de soulever la question de représentation politique il devrait s'écouler une période plus ou moins longue, employée a une œuvre toute modeste d'éducation locale, sous la direction des zemstvos. Ils pensaient aussi que les diflférentes classes prendraient, de cette manière, l'habitude de travailler côte à cote et que, dans cette aide mutuelle, se dissiperait la vieille méfiance des classes inférieures envers la petite noblesse.

C'est pourquoi, après quelques tentatives timides en vue de formuler leurs demandes politiques et après avoir été sévèrement censurés par le gouvernement (le zemstvo de Pétersbourg ayant même été temporairement dissous^, les zemstvos gardèrent le silence et restèrent dix ans sans renouveler leur pétition politique. Pendant ce temps, les zemstvos s'occupèrent presque exclusivement de « l'œuvre pacifique de l'amélioration », qui amena une transformation complète dans les conditions de la vie provinciale. Ils fondèrent des écoles, bâtirent des hôpitaux, aidèrent les paysans dans des améliorations agricoles de tout genre et développèrent les industries domestiques. Il est impossible d'énumérer ici l'œuvre multiple qu'avaient entreprise les zemstvos.

En réalité, ils furent les premiers à apporter dans les villages la santé, l'hygiène, l'instruction et des principes solides d'économie privée. Tout ce qui a été fait pour la culture dans les vilhiges russes a été fait par les zemstvos, et cela en dépit de toute sorte d'obstruction (cette obstruction a pris récemment la forme d'une concurrence maladroite du gouvernement central). Par le tableau suivant, emprunté même à un rapport officiel, nous verrons quels progrès se sont accomplis dans les provinces où les zemstvos sont institués, comparées à celles où le gouvernement autonome local n'a pas encore été établi. Nous verrons aussi que les zemstvos l'emportent partout, et de beaucoup, sur l'ancienne forme de gouvernement

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