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claif Lavrov. Et il ilcmanda solennellement aux jeunes gens russes de la générallon qui «grandissait :
S'ils voulaient suivre le iiiiiuc clicuiiu cjue ces conslitutiouualislcs qui pouvcut aussi t'ornici" une eouspiratioii afin de liiiiilor le pouvoir impérial par une assemblt'e représentant tous les Russes el qui ncdemandenl qu'un treiii à l'absolutisme et des garanties libérales. S'ils oubliaient, eux, qu'on trompait toujours le peuple ciiaque (ois qu'une alliance entre le parti populaire el la bourgeoisie" se concluait et s'ils pensaient qu il y avait quelque chose de commun enti-cî une révolution sociale et une révolution pour une constitution libérale! Non! répoudait-il à sa propre question. Soit que le temps doive ou ne doive pas venir pour une révolution, soit que ce temps vienne avant ou après la formation d'une bourgeoisie en Russie '.... la révolution c[ue nous cherchons doit être populaire el sociale. Elle doit être dirigée, non seulement contre le gouvernement, mais son but ne doit pas être uniquennMil de remettre le pouvo en d'autres mains ; elle doit renverser complètement toutes les fonda lions économiques du présent ordre social.
Kt, par crainte d\in bouleversement « blanquiste », Lavrov recula jusqu'aux assertions initiales de Tanarchisme pur. « Le pouvoir d'Etat, avec qui que ce soit, est hostile à l'état de choses socialistes » et « peuvent seulement devenir membres de l'organisation socialiste, ceux qui veulent combattre le gouvernement avec l'idée de laciliter le soulèvement populaire, afin que l'Etat se translorme directement en une autocratie de communes populaires, de réunions populaires, de groupes populaires.
La seule idée de centralisation (( était abhorrée par cette génération ». Le fédéralisme, que Tkatchov considérait comme une utopie, était toujours en honneur parmi eux.
Cependant, tout en restant attaché aux vieilles erreurs de doctrine, il était impossible à Lavrov de suivre les anciennes erreurs de l'action révolutionnaire. Son activité antérieure, comme professeur et écrivain sociologue, Tempèchait de montrer une trop grande confiance dans la révolution russe. Il ne pouvait penser que la seule tâche des révolutionnaires fût de procéder à la destruction immédiate du parti impérial et des institutions existantes. Pour rendre la victoire durable, une longue préparation, un long enlrainement étaient nécessaires,
' Possibilité qui. selon Lavrov, avait été démontrée par l'Europe occidentale.
et il n était pas juste, selon Lavrov, d'appeler les gens simples sur les barricades, afin d'y risquer leur vie au hasard. S'il était vrai que ce qu'il y avait à changer devait l'être par le peuple, celui-ci devait apprendre dabord h se transformer lui-même; il fallait le rendre socialiste, puisque 1 expérience avait prouvé qu il n'était pas ce qu'on espérait : socialiste de naissance. Le résultat de ces idées fut de changer totalement l'opinion sur le rôle des a intellectuels », c'est-à-dire de la jeunesse socialiste dans la révolution à venir. Leur rôle ne devait plus se borner à quelques mois d'agitation préparatoire, au simple lait de « rendre le chemin libre » pour l'explosion qui se préparait. Ils devaient entrer en contact plus intime et plus suivi avec le peuple lui-même, aulieude travailler dans les classes instruites ou de ruiner les hautes couches sociales. Et, tout d'abord, ils devaient étudier de près tout ce qui touchait le « grand inconnu », le peuple; ils devaient apprendre de lui ce qu'il était, afin de mieux accomplir leur tâche et de lui enseigner leur propre savoir, leur idéal social de l'avenir.
Une expérience subséquente fit modifier à Lavrov sa théorie, par l'introduction de certains éléments de « centralisation » qu'il avait tout d'abord opiniâtrement répudiés. Il en arriva à comprendre que tout mouvement révolutionnaire nécessite une organisation plus serrée et une discipline plus étroite que ne le demandait la théorie courante du fédéralisme. Il admit même que, loin de détiuire l'Etat, il serait nécessaire de le préserver, même au w lendemain de la Révolution », et il remitindéfiniment le jour où l'anorchisme devait réduire l'Etat à néant. Mais toutes ces concessions ii 1' « odieuse centralisation » étaient autant d'hérésies que rien ne pouvait justifier, pas même la théorie de l'Etat, « mal nécessaire, » à laquelle maintenant Lavr(jv avait recours. Examinons donc les événements révolutionnaires pour comprendre comment ce changement graduel dans les vues de Lavrov s'était accompli.
Une sorte de prologue idyllique au drame terrifiant de la Révolution russe des dix années suivantes, se joua en 1872-j.) à Zurich. C'est là que la jeunesse russe, composée surtout de jeunes filles, se rassemblait en grand nombre, à cause des dilficultés qu'elles rencontraient pour étudier dans les universi-
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les russes et dans liinpossibilité complète, poui' les femmes, d'acquérir en Russie une éducation supérieure. Les deux chefs révolutionnaires — Lavrov et Bakounine — y vinr(;nt aussi et un échange de vues iort animé eut lieu, suivi de publications qui eurent un écho dans les universités russes dès l'automne de 1873. Ici, Lavrov défendit sa thèse de la nécessité d'un entraînement préalable pour les révolutionnaires et d'une propagande préparatoire dans le peuple. Cette thèse fut vivement discutée, puis condamnée, en général, par la jeunesse enthousiaste, trop impatiente d'arriver à l'œuvre principale : la révolution sociale. L'expérience de la génération précédente n'existait pas pour elle et de simples théories restaient sans influence. Lavrov soutenait que, puisque la révolution sociale devait être consommée dans les communes villageoises, il fallait qu'elle fût le résultat d'une propagande complète dans ces communes, et non l'aboutissement d'émeutes populaires, fondées sur la supposition que le peuple russe était déjà socialiste. A ces assertions les « bakounistes » répliquaient que les émeutes mêmes étaient un des meilleurs moyens de propagande et ils pensaient qu'elles étaient la meilleure introduction à une révolution générale. En tout cas, une idée fondamentale était hors de la question : c'est que les révolutionnaires devaient travailler dans le peuple et, pour ce, devaient apprendre à le mieux connaître. Ils devaient <( aller au peuple », qu'ils eussent 1 intention d'organiser des émeutes ou de luire une propagande pacifique de socialisme; qu'ils fussent « bakounistes n ou « lavristes ». Et sur ce sujet, le petit nombre des « jacobins », même avec Tkatchov ne fit pas exception.
Conformément aux vues des éléments anarchistes et fédéralistes, partisans de cette théorie, il n'y avait aucune organisation centrale du mouvement. Ce mouvement était tout à fait spontané comme l'avait été celui qui s'était déjii produit dix ans auparavant. Il s'était lormé dans des cercles isolés et de là s'était répandu à travers la Russie tout entière. Quand le mouvement commença, des cercles d'amis intimes existaient déjà depuis quelque temps et avaient favorisé, par difVérents moyens, la propagande socialiste. Le cercle pétersboupgeois de a Tchaïkovtsi » par exemple, commença par fournir des
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livres utiles pour lu lecture à la maison et Téducation par soimême. Le cercle moscovite de Dolgouchine tenta de fonder une presse secrète et de distribuer des brochures aux hommes du peuple qu'on pouvait connaître. Les cercles méridionaux d'Odessa et de Kiev, plus radicaux dès le début, furent les premiers (1871) ii essayer de l'agitation directe parmi les ouvriers des usines. Cette méthode fut d'ailleurs adoptée dé très bonne heure (1872-73) par la jeunesse révolutionnaire de Pétersbourg, puis (1874-75) par le cercle d'amies moscovites revenues de Zurich. Ces activités isolées se canalisèrent en 187^-74 dans le mouvement « Vers le peuple ».
Les Mémoires tfitn révolutionnaire par Pierre Kropotkine révèlent le fait qu'une œuvre d'organisation s'était accomplie dans l'hiver de 1873-74, préparation à la croisade célèbre de l'été de 1874. Kropotkine, Stepnïak et quelques autres membres du cercle Tchaïkovtsi avaient une large part dans cette activité considérable qui comprenait : l'établissement des communications entre le cercle de Pétersbouro; et les or^anisations provinciales ci-dessus mentionnées, la composition de brochures pour le peuple, leur impression à l'étranger et leur passage en fraude à la frontière, la direction d'une large correspondance avec une centaine de centres disséminés à travers dix-huit provinces de la Russie d Europe, en même temps la direction d'une importante propagande parmi les ouvriers pétersbourgeois. s'assemblant dans quatre succursales. Kropotkine écrivait également son mémoire formulant les principes directeurs du nouveau mouvement. La révolution sociale — c'est-à-dire le bouleversement des institutions sociales existantes et de l'état économique — était regardée comme le seul but possible du socialisme russe. La propagande parmi les paysans et les ouvriers était considérée comme le meilleur moyen de préparer une telle révolution. Les jeunes gens qui avaient rompu toutes relations avec la classe instruite — non seulement en théorie, mais en pratique — en répudiant toutes les habitudes de la vie raffinée et en partageant le sort de l'ouvrier étalent les seuls dignes de répandre la propagande. On reconnaissait que les émeutes locales n avaient qu'un sens tf éducationnel » et on dissuadait les gens de les organiser, par
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crainte de perdre de vue le principal but qui était le soulèvement général. Pour tout ceci, une organisation était considérée comme nécessaire; mais elle devait être fondée strictement sur le principe fédéraliste de l'égalité des membres et la publicité de la procédure, avec l'exclusion absolue de tout ce qui ressemblait aux métbodcs de Netchaiev, — sujétion, mensonge et violence. Aucune organisation secrète existante (y compris l'Association internationale des « ouvriers ») ne devait être acceptée, puisqu'il était avéré queleparti révolutionnaire russe devait se développer spontanément parmi le peuple russe luimême.
Avec si peu de préparation, avec une organisation si faible, un immense mouvement fut commencé. Un de ses chefs, Stepnïak dit :
Ou ne vit jamais rioii de semblable ni avant, ni après. Ce fut plus une révélation qu'une propagande. Tout d'abord, le livre ou l'individu qui avaient poussé telle personne à se joindre au mouvement pouvaient être retrouves ; mais bientôt cela devint impossible. Ce fut une clameur formidable qui s'éleva sans que l'on sût d'où elle partait, appelant tous les hommes de zèle à la grande œuvre de rédemption du pays et de 1 humanité. l]t ceux-ci, ayant entendu cette clameur, accablés sous la douleur cl l'indignation de leur vie passée, se relevaient abandonnant maison et famille, richesses et honneurs, se jetaient dans le mouvement avec une joie, un enthousiasme, une confiance qu'on ne peut éprouver qu'une seule fois dans sa vie et qui, perdus, ne se retrouvent jamais.
Je ne parlerai pas des nombreux jeunes gens et des jeunes femmes des plus hautes familles aristocratiques, qui travaillaient quinze heures par jour dans les usines, les ateliers, les champs. La jeunesse, selon le proverbe, est toujours généreuse et prêle au sacrifice. Le Irait le plus caractéristique du mouvement fut d'être éminemment contagieux el de s'étendre même à des iiommes d'un certain Age. qui s'étaient dé-jà créé une situation à la sueur de leuis fronts tels que des juges, des médecins, des officiers, des fonctionnaires : ces derniers n'étaient pas parmi les moins enthousiastes.
Pourtant, ce n'était pas un mouvement politique ; cela ressemblait plutôt à un mouvement religieux et en avait tous les éléments contagieux et absorbants. Les gens ne cherchaient pas seulement à atteindre uu but spécial, pratique, mais aussi à satisfaire un sentiment de devoir, une inspiration pour ainsi dire, les conduisant vers leur perfection morale.
A la fin du printemps de 1874 toute discussion cessa brusquement dans les cercles de la jeunesse révolutionnaire. La période des discours était passée : il s'agissait de l'œuvre proprement dite. Les vêtements des travailleurs — hottes, chemises, etc. — étaient préparés llévreusement. Ou entendait de brèves questions, des réponses laconiques ; « Où? — « A
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rOural » — « A ia Volga » — d Dans le Sud » — « Vers le Don », etc. On échangeait de chaleureux souhaits de succès, de fortes pressions de mains... « Le printemps s'achève, il est grand temps... » Et ainsi, comme une étincelle électrique, cette clameur « Vers le peuple » courait dans la jeunesse. Et tous ces hommes, sûrs d'eux-mêmes, pleins d'audace et en plein éveil, bien que sans amis et sans organisation, s'élancèrent en pleine vue de l'ennemi, dans la bataille.
Le nombre de ces propagandistes que connut la police était d'un à deux mille ; le nombre de ceux qui leur était sympathiques et de ceux qui leur fournissaient des aides était beaucoup plus élevé. Cependant le but et les moyens de la grande majorité d'entre eux étaient incertains et flottants. Ils s'attendaient î\ ce que tout s'éclairât au premier contact de ce peuple avec lequel ils avaient soit de « ne lairo qu'un ». Ils étaient parfaitement conscients de leur ignorance totale des paysans. Ils les approchaient avec des sentiments de déférence et d'humilité. Ils s'attendaient h prendre des leçons et a recevoir la lumière du peuple lui-même, — à apprendre sa sagesse, plutôt qu'à lui enseigner leur propre science. Ce n'était pas le moins du monde la nécessité de se dérober à la police qui les faisait apparaître au milieu des populations rurales en costume de paysan. Ils croyaient que c'était le meilleur moyen de se faire comprendre et de gagner la confiance du peuple. En outre, ils avaient grand'peur d'être pris pour les ennemis du peuple, les « seigneurs ». Leur déguisement était de la sorte aussi bien un moyen de propagande (|u'une nécessité morale. Ils préféraient même s'habiller comme les plus pauvres des villageois, afin d'avoir l'air de vagabonds et de pauvres. Parfois, ils se faisaient passer pour des illettrés.
Le résultat du premier contact des propagandistes avec le peuple lut un amer désappointement, aussi bien pour les paysans que pour eux-mêmes. Evidemment, les paysans n'étaient pas satisfaits des conditions de leur émancipation et demandaient une nouvelle libération: mais ils ne songeaient pas à combatire poui- elle et attendaient patiemment que cette nouvelle libération leur fût donnée, dans un avenir plus ou moins éloigné, par le tsar lui-même, quand enfin « il saurait la vérité sur eux et sur la façon dont les nobles dérobaient sa « libération » au peuple ». Certes, ils nourrissaient l'espoir
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d'un part;ige généiiil des terres et ils écoutaient avidement le propagandiste aussi longtemps qu'il leur parlait de la terre ; mais, dès que colui-ei conimcncait ii ahorder la fjuestion du socialisuie piopr<Mnenl dit, ils paraissaient entendre parler d'une chose qui ne les concernait pas ; ils ne comprenaient simplement pas. Leurs ell'orts étaient plutôt individualistes que communistes. « Que ferais-tu? demanda un jour un des propagandistes (lélïabov) à un paysan qu'il crovait entièrement converti à la doctrine socialiste, si tu possédais 5oo roubles ? — Eh bien ! j ouvrirais un cabaret », répondit le paysan.
Quelques mois, parfois même quelques semaines dexpériences de ce genre étaient suffisantes pour convaincre les jeunes gens que leur propagande dans les villages était sans espoir. Les partisans de la propagande comme les partisans de l'émeute étaient donc complètement désappointés, les premiers de trouver le peuple si ignorant, les autres de le voir si peu disposé à prendre le chemin de l'action. Les socialistes s'étaient bien attendus à trouver le peuple non préparé pour une révolution sociale immédiate^ mais ils vovaient nettement maintenant que même une préparation a la révolution sociale future était beaucoup plus diilicile qu'ils ne se l'étaient généralement figuré. Pour avoir prise sur le peuple il fallait évidemment une méthode beaucoup plus pratique.
Mais que devaient être ces méthodes de propagande plus pratiques ? Les réponses différaient suivant les doctrines. Les propagandistes, ou les lavristes (qu'on appelait ainsi improprement), commencèrent alors it se rendre compte que, tant que la propriété communale existerait, il serait inutile d'espérer un mouvement quelconque de la part des paysans et que les ouvriers seuls étaient capables de comprendre la pure doctrine socialiste. Mais ce parti ne formait qu'un petit cercle à Pétersbourg. Ses membres s'appelaient lavristes parce qu'ils avaient aidé Lavrov h londer son journal En Avdiil. ^lais nous savons que Lavrov, après avoir émigré, développa une doctrine se rapprochant bien plus de la doctrine courante et donna bientôt sa démission de rédacteur, prétextant être en désaccord avec le cercle. La grande majorité des révolutionnaires
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était avec Lavrov (et Bakounine) contre les « lavristes » et n'était pas disposée à renoncer à sa foi première dans la commune et à abandonner les paysans. La seule leçon qu'elle tirait de Téchee de r8-3-74 était que, pour entrer en contact plus intime avec le peuple, les propagandistes devaient changer leurs façons de le traiter. Si le peuple ne pouvait pas être amené au niveau du « socialisme pur », ils devaient s'abaisser au niveau de la compréhension du peuple. M. lélïabov exprimait ainsi cette idée :
La courte période pendant laquelle ils allèrent au peuple a prouvé que leurs efforts ne repi-ésentent qu'une science livresque et purement doctrinaire. Mais, d'un autre côté, la même expérience a montré qu'il y a bien des aspects de la conscience populaire sur lesquels on doit porter une soigneuse attention. Considérant donc que, dans les difficultés actuelles créées par le gouvernement, il était impossible de rendre l'esprit du peuple entièrement socialiste, les socialistes sont devenus « populistes »... Ils ont résolu d'agir au nom des intérêts reconnus par le peuple, non plus au nom de la doctrine pure, et ainsi ils resteront sur le sol ferme de la vie réelle et des efforts conscients du peuple. De rêveurs métaphysiques ils sont devenus positivistes.
De ce nouveau point de vue, les méthodes de propagande de 18-4 étaient tout simplement enfantines. « Les temps ne sont plus, écrivait alors un des révolutionnaires, où tout jouvenceau à peine sorti de Tadolescence pouvait s'imaginer qu'il deviendrait un agent utile dans le village et qu'il aiderait la cause populaire en remplaçant simplement son linge fin et son costume européen par la bure grossière d'un vêtement de paysan. » Et un autre révolutionnaire s'exprime en ces termes pour caractériser la propagande de 1873-74 : (( Je suis désolé d'être obligé de reconnaître que nos propagandistes parcouraient simplement la Russie, ne se fixant nulle part, sous prétexte qu'ils étaient tombés dans des milieux peu sympathiques. En menant une vie de paresseux parmi les travailleurs, ils croyaient malgré cela faire quelque chose d'utile et dépensaient sans profit des milliers de roubles pour leurs excursions démocratiques. »
La seule conclusion pratique à tirer de ces critiques est que ces simples excursions en guenilles et sous un déguisement n'étaient pas capables d'établir un contact intime entre lesintel-
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lectuels et le peuple, (le qu il fiillait, c'était un travail professionnel et continu au milieu du peuple : travail de forgeron, de meunier, de charpentier, de sage-femme, d'instituteur, de médecin. Pour atteindre ce but, il fallait fonder des établissements permanents dans les villages.
Une autre conclusion, tirée de l'expérience de 1873-745 était qu'avec la faible organisation des cercles révolutionnaires dans les communes « fédérées » aucune œuvre systématique et durable n'était possible et que, par conséquent, il fallait créer un système de rapprochement plus intime, plus capable d'assurer le secret et l'unité de l'action, Xe possédant pas cette unité et la facilité de se cacher, presque tous les propagandistes de 1874 et des deux ou trois années suivantes furent, du premier coup, découverts par les autorités.
Donc, l'établissement fixe de propagandistes instruits dans les villages ainsi qu'une direction centralisée de leur activité devaient être les principaux traits de la nouvelle méthode et nécessiter une nouvelle organisation. Cette organisation fut commencée à l'automne de 1876. sous le nom caractéristique du parti de « Terre et Liberté », formule populaire, dont les révolutionnaires s'étaient déjà servi quelque quinze ans auparavant. Ce nom donnait une certaine force à cet axiome fondamental du populisme que « le fondement de tout programme réellement révolutionnaire devait être l'idéal du peuple tel qu'il est formé à une certaine époque et à un certain endroit ». — « Nous ne croyons pas, déclare avec emphase le programme du nouveau parti, qu'il soit possible, par la propagande, de former dans l'esprit du peuple un idéal autre que celui dc'veloppé par toute Ihistoire antérieure du peuple. » « Les révolutions sont l'œuvre des masses, les révolutionnaires n'v peuvent rien changer. Ils ne peuvent être qu'un instrument de l'histoire, les chroniqueurs des luttes d'un peuple. »
Ces luttes populaires avaient pour but, selon les populistes : 1" « La possession de la terre par ceux (jui la cultivent », — idée qui correspond plus ou moins à la tradition historique des agriculteurs russes ; 2° « la liberté pour chacun de faire ses propres affaires », — formule ambiguë qui transformait l'ancien désir populaire de « liberté » — opposée au servage
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— en un principe des doctrines de Proudhon el de Bakounine. Cette formule donnait aux « populistes », en même temps que la possibilité de garder leur ancienne croyance, l'espérance qu un nouvel ordie de choses évoluerait de hii-nième et naîtrait des germes de socialisme déjà déposés dans Tesprit du peuple. Elle leur permettait enfin h eux, positivistes, de laisser tranquillement cet « avenir à l'avenir », et de choisir, comme tâche immédiate, r« accélération de la révolution agraire » en marche. Ce projet devait s'accomplir par des moyens tels qu'on ne pouvait les croire inaccessibles au peuple, même dans son état d'esprit « présocialiste ». Stenka Katzine et Pougatchov, — deux « leaders » des soulèvements populaires du xvii^ et du xviii^ siècle, — restèrent les dieux populistes. Les plus ardents d'entre eux étaient prêts à reprendre leurs méthodes et amener le peuple à la révolution au nom du tsar. Une tentative pour soulever la population par un faux manifeste avait même été faite dans la Russie méridionale fa Tchigirin) et un article — resté inédit — discutait sérieusement 1 avantage de nommer un tsar imposteur qui donnerait le signal d'une révolution populaire et la compléterait par une abrogation formelle du tsarisme. Mais la grande majorité du parti rejeta le charlatanisme et le mensonge comme moyens d action politique.
Le mensonge cependant était la conséquence nécessaire de la nouvelle attitude du parti envers les paysans. Prendre à son compte l'idéal et les revendications du peuple comme il les concevait lui-même et leur sacrifier — bien que temporairement — les idées des « intellectuels », telle était sa nouvelle liofne de conduite. De cette façon, une sorte de déguisement mental et moral succéda au déguisement physique de la propagande de i8j4i niais le premier n'obtint pas plus de succès que le second. L'ardeur des révolutionnaires pour leur œuvre se calmait au fur et à mesure qu'ils s'apercevaient que l'idéal du peuple était trop étrange pour servir de base à l'agitation ou à la propagande, et, comme leur résolution de travailler dans l'ombre s'affaiblissait graduellement, toute l'activité du parti prit une direction nouvelle.
En même temps que des établissements permanents dans
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les villages, les membres de la société ce Terre et Liberté » devaient aussi organiser des établissements dans les villes. L'activité de ces derniers devait être purement secondaire et administrative. Ils devaient assurer les relations entre les établissements villageois, servir de refuges, garder l'argent, procurer de faux passeports aux révolutionnaires et recruter de nouveaux membres parmi les étudiants des universités et les ouvriers des usines. Les vrais « populistes n méprisaient l'activité des contres urbains. Dans leurs programmes ils admettaient, certes, d'autres iormes de propagande révolutionnaire que la leur dans les villages, mais ce même programme considérait toute concentration des formes militantes du parti sur ces plans d'action secondaires : propagande dans les villes, luttes directes avec les agents du gouvernement, con)me la négation du principal but de la «révolution agraire ». Puisque maintenant il était prouvé que le mouvement agraire était impossible sans mensonge, les groupes urbains des révolutionnaires prirent peu h peu la direction de tout le mouvement.
Les révolutionnaires auraient dû comprendre que, tandis que la propagande dans les villages ne pouvait pas prendre racine, la propagande dans les villes avait toujours du succès. Les ouvriers se montraient toujours plus prêts au socialisme pur que les paysans, et le seul reproche qu'ils adressaient aux révolutionnaires était de ne pas donner une importance suffisante aux cléments révolutionnaires qui étaient parmi eux. Les ouvriers les plus avancés trouvaient les brochures répandues par les révolutionnaires parmi les pavsans trop élémentaires et trop enfantines et demandaient des lectures plus sérieuses. «Nous ne sommes pas de simples paysans! » disaientils, h la grande indignation des meneurs populistes, aux yeux desquels un ouvrier n'était qu'un paysan déchu. Et pendant que, dans les villages, les propagandistes essayaient en vain de provoquer un mouvement agraire, une grève d'ouvriers éclatait toujours dans les villes avant que les propagandistes eussent eu le temps d'en tirer plein profit. En un mot, si, pour les villages, les propagandistes étaient trop socialistes, pour les villes ils ne l'étaient pas assez. Enfin et surtout, ils étaient
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contre toutes revendications politiques, et partisans d'un programme simplement économique, tandis que les ouvriers commençaient à sentir la nécessité d une réforme politique aussi bien pour eux-mêmes que pour les libéraux. En 1879, une « Ligue des ouvriers du Nord » fut organisée, — organisation d où les intellectuels furent formellement exclus. La principale revendication de cette ligue était une réforme politique, — nécessaire pour le progrès futur du mouvement des travailleurs. Le fait que cette organisation s'attacha à ses revendications politiques ne perd rien de sa signification, bien qu'on sache qu'un de ses fondateurs était un disciple de Tkatchov dont il avait rapporté les théories de l'étranger. Le journal Terre et Liberté protesta contre l'hérésie, mais la protestation ne servit qu à donner plus de force au sens de cette hérésie, sans pouvoir rien changer à l'esprit des ouvriers avancés de Pétersbourg. De plus, il fut bientôt évident que des dissensions plus importantes existaient dans le parti lui-même. Les membres urbains du parti avaient non seulement abandonné la tradition du populisme, mais s'étaient fait une nouvelle ligne de conduite entièrement opposée à son dogme.
C'était ce groupe qui avait le plus à souffrir des poursuites du gouvernement. Presque insensiblement il fut amené de sa position neutre envers celui-ci à une défense passive, et dune défense passive à une lutte active d'un caractère politique. La nécessité de cette défense était déjà reconnue dans le programme du parti. De très bonne heure, en commençant par l'assassinat des espions, elle soutint une lutte ouverte et systématique contre les plus hauts fonctionnaires du gouvernement.
Au début, les actes terroristes des révolutionnaires étaient dus surtout à des motifs psychologiques et personnels. A la nécessité de se défendre ils ajoutèrent bientôt le droit de se venger sur le gouvernement de la mort et de l'exil de leurs amis. Mais alors ils s aperçurent que, tandis que leur propagande et leur agitation n'avaient aucun résultat visible, leurs tentatives pour opposer la force à la force produisaient une impression prolonde sur le gouvernement et sur la société instruite. Le terrorisme se révélait comme un excellent moyen de lutte politique. Une des premières tentatives de ce genre,
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bien que tout à fait personnelle et sans lien avec une organisation de parti, fut l'attentat de Véra Zasoulitch contre Trépof le 6 février i(Sj8 '. Le jury, avec l'approbation jj^énérale de l'opinion publi({U('. acquitta Véra Zasoulitch. (tétait la lutte pour les droits de riiomnic et non pour une lévolution sociale théorique, et les révolutionnaires ac(juireiil ainsi la conviction qu'ils avaient les sympathies de la société russe instruite. Ils finirent par former un noyau de membres qui, sous le nom de « Comité exécutif des socialistes révolutionnaires », entreprirent de lairc une guerre systémalicjue au gouvernement. Comme svstéme, le terrorisme était naturellement en contradiction tlagraute avec la théorie du populisme, non pas qu'elle condamnât les actes terroristes, mais ceux-ci signifiaient lutte polUiqiie pour réformes politi([ues, c est-ii-dire le but des libéraux. Dans l'esprit des terroristes eux-mêmes, le terrorisme n'était qu'un incident, — un des moyens de la lutte, — la principale question était de savoir si celle-ci devait être économique ou politique et ce fut cette question, plutôt que le terrorisme, qui amena la « dissension » dans le parti « Terre et Liberté ».
L'opinion courante sur ce sujet était qu'une révolution politique seule serait non seulement ineilicace, mais encore dangereuse pour le peuple, puisqu'elle donnerait le pouvoir aux libéraux, àlabourgeoisieet aux classes moyennes. Une constitution, pensaient les populistes, retarderait plutôt qu'elle n'avancerait la révolution s ociale et, de plus, en compromettrait le succès. Les seuls movens d\Tmener cette révolution étaient la propagande et les émeutes, et ces moyens devaient être employés continuellement jusqu'à ce que les idées socialistes se lussent répandues au loin et eussent inauguré le règne du socialisme.
Mais, puisque les émeutes et la propagande étaient restées sans succès, les révolutionnaires virent qu'ils devaient changer de tactique. Si l'état d'esprit des paysans pouvait, jusqu a un certain point, être rendu responsable de leur insuccès, l'autre raison de cet échec, — pratiquement la seule raison importante, était l'impossibilité d'influencer les basses classes
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à cause des mesures rigoureuses prises par la police. On s'aperçut qu'on avait mal mesuré les obstacles créés par l'absence complète de formes légales pour la propagande politique en Russie et, comme les ouvriers, on en arriva à la conclusion que les formes élémentaires de la vie politique, assurées par une constitution, étaient aussi nécessaires pour le parti révolutionnaire que pour les libéraux russes. M. Jélïabov, un des plus éminents leaders du nouveau groupe, préconisait la nouvelle politique pour les raisons suivantes :
Lo parti ne s'efforce pas d'obtenir des réformes politiques. Cette tâche devait appartenir exclusivement aux hommes qui s'appellent libéraux. Mais ces hommes sont complètement impuissants cl, quelles qu'en soient les raisons, ils se sont montrés incapables de donner à la Russie des institutions libres et des garanties de droits personnels. Pourtant, ces institutions sont si nécessaires qu'aucune activité politique ne semble être possible sans elles. C'est pourquoi le parti socialiste russe est obligé d'assumer le rôle de renverser le despotisme et de donner à la Russie ces réformes politiques, grâce auxquelles une lutte d'opinions deviendra possible. Nous devons donc prendre comme but immédiat ce qui établira un fondement solide à la liberté politique et unira tous les éléments plus ou moins capables de devenir actifs en politique.
Ce « quelque chose » devait être choisi de façon à ne pas abandonner entièrement la théorie reconnue du populisme russe. Et c'est ainsi que les partisans du nouveau programme avaient adopté pour plate-forme politique une « convention constituante » élue librement par le suffrage universel. Il était entendu que go p. loo des membres de cette assemblée seraient des délégués des paysans et que ceux-ci seraient prêts à donner leurs voix à une révolution asfraire. Cet argument apaisa la conscience des populistes russes; car, bien qu'ils combattissent pour la liberté politique, ils restaient toujours fidèles à leur premier projet d'une révolution agraire.
Néanmoins, il n'était pas facile de convertir la masse des populistes à cet argument problématique d'une « convention » grâce à laquelle la a volonté du peuple » dicterait ses décisions. Les populistes s'opposaient aussi aux mesures de guerre politique dont se servaient leurs amis plus avancés. Ils disaient que les partisans de la « volonté du peuple », en concentrant leurs forces sur les actes de terrorisme, oubliaient le
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vrai peuple. Cependant, l'activité dans les villages, à cause des mesures plus sévères de la police, devint tout ii lait impossible, et, comme très peu d'entre eux pouvaient entrer dans les complots du groupe terroriste, la majorité des populistes était condamnée à l'inaction qui, nécessairement, devait avoir pour conséquence de calmer leur ardeur révolutionnaire. Mais, en supposant que le but du terrorisme fût atteint, qui donc préparerait le peuple h voter pour les candidats populistes ? Et quand pourrait-on le faire? Sans préparation, le peuple ne serait-il pas obligé de céder aux libéraux et aux bourgeois le lendemain de la révolution poliliquc ? N'en reviendrait-il pas au vieux projet de faire une révolution sociale en chanofeant de gouvernement ?
Ces arguments étaient irréfutables. Evidemment, il n'y avait aucun moyen de faire accorder ces deux façons de voir. Le parti populiste « Terre et Liberté » se scinda donc en deux. Les partisans d'une lutte politique pour Tété de 1879 formèrent, dans une réunion privée, à Lipetsk, le noyau d'un nouveau parti, principalement composé d'anciens « émeutiers » et de nouvelles recrues. Presque tous appartenaient à la Russie méridionale, où le mouvement avait été le plus accentué et où l'organisation septentrionale de « Terre et Liberté » n'avait jamais eu grande influence. A l'automne de iS'^g le nouveau parti « la Volonté du peuple », terroriste et politique, proclama formellement son indépendance et reprit sur une large échelle l'activité terroriste du « Comité exécutif». Cette activité atteignit son apogée avec le régicide du i3 mars 1881. Il est impossible de rappeler ici toutes les phases de cette lutte, si souvent décrite, puisque notre but est d'esquisser uniquement la théorie du mouvement.
En ce qui concerne cette théorie, la dillerence entre le nouveau et l'ancien parti n'était pas aussi grande qu'on aurait pu le croire. Ce même Jélïabov, dont nous avons cité les arguments en faveur d'une politique nouvelle, admettait, en intimité, que seule une nécessité pratique l'avait forcé à prendre une nouvelle position, car il restait de cœur avec ses adversaires. Une lettre de lui publiée dans le Monde libre en 1881 par M. Dragomanov, le montre clairement :
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Si bizarre est notre situation que. tout en coniniençant par les vrais intérêts du peuple et déclarant que leur libération économique est un point essentiel, nous faisons des revendications politiques, rs'otre premier but. et, bien que nous voyions le salut dans le remplacement de l'empire par une fédération de parties indépendantes, nous demandons une convention constituante. Il n'y a pas grand mérite à garder intact notre idéal social à la façon d un ascète : nous avons préféré, coûte que coûte, rester « mondains ».
Même pour les moyens terroristes auxquels il avait recours dans sa lutte, le nouveau parti inclinait it s'en excuser et a prouver leur nécessité, non pas par des raisonnements théoriques, mais par les circonstances. Le terrorisme russe était souvent compris, surtout ii l'étranger, comme l'application d une théorie anarchiste. Nous avons vu'pourtaiit que les éléments anarchistes s'éliminaient graduellement de la théorie socialiste russe et, l'apparition mèiue du parti « la Volonté du peuple » tut un des pas les plus décisifs vers une rupture définitive avec l'origine anarchiste de la théorie. Nous avons vu que, pendant leur procès, les membres du parti déclarèrent lormellement que, pour eux. le seul trait important de leur politique était la lutte politique et que le terrorisme n'était qu'un moven temporaire et accidentel. Et Jélïabov, dans sa défense devant la cour, répudia formellement l'accusation d'anarchisme qui était autrefois reconnue pj'ar certains accusés dans les premiers procès (voirie discours de Bardina). « Ceci est une accusation surannée, dit Jélïabov, nous sommes pour l'Etat et non pour l'anarchisme. Nous reconnaissons que le gouvernement existera toujours et que l'Etat doit nécessairement subsister aussi longtemps qu'il y aura des intérêts publics à servir. »
Ainsi, les actes terroristes du parti <( la Volonté du peuple », quelque opinion qu'on puisse avoir sur eux, n'ont rien de commun avec la théorie anarchiste de la « propagande par l'action directe ». La difTérence n'en peut pasêtre définie plus clairement qu'elle ne l'a été par le parti « la Volonté du peuple » luimême, a l'occasion de l'assassinat du président Garfield. Le comité exécutif du parti, tout en exprimant sa profonde sympathie ii la nation américaine, protestait aussi, au nom de tous les révolutionnaires russes contre les actes violents, semblables
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h celui de Guiteau. Dans un pays où la liberté individuelle rend possible la lutte loyale des opinions et où la volonté libre du peuple atteint non seulement la loi, mais même la personne des clu'ls, rassasslnat politique, comme instrument, n'est que l'expression du même esprit de despotisme que nous avons à tâche de détruire en Russie. Le despotisme d'un individu est aussi méprisable que le despotisme d'un parti ; la violence ne peut se justifier que lorsqu'elle est dirigée contre la violence.
L'activité teiroriste du comité exécutif rejeta entièrement à Tarrière-plan le « groupe villageois» du vieux parti « Terre et Liberté ». Après la scission des terroristes, en l'automne de 1879, ^' ^^^ convenu que l'ancien titre du parti serait abandonné et les membres qui restaient du parti « Terre et Liberté » adoptèrent un nouveau nom : « Partage général des Terres » ou « Partage noir ». Ce nom était aussi très populaire chez le paysan russe et signifiait quelque chose comme la « nationalisation de la terre ». Il montrait que la majorité des populistes restait ([uantl même attachée à leur ancienne doctrine, bien quelle eût été entièrement réfutée par la pratique. Chez eux, comme chez leurs adversaires, la tête était en désaccord avec le cœur. La tête était pour la théorie, le cœur était avec les combattants réels. Pour les terroristes, au contraire, le cœur était toujours attaché à la vieille théorie, tandis que la tête considérait favorablement un changement dans les moyens pratiques. Les populistes, bien ([u'attachés à leurs principes, restaient donc inactifs, tandis que les terroristes préféraient être actifs et illogiques. La situation des deux partis était fausse et ne pouvait être que passagère. La nécessité de faire concorder la théorie du mouvement socialiste avec ses actes était évidente pour tout le monde ; mais les terroristes, qui au moins étaient au fort de la lutte, n'avaient pas le temps d en reviser les principes fondamentaux.
Leuis adversaires, les populistes purs, avaient plus de loisir pour discuter leurs divergences. Tandis que les meneurs terroristes étaient, l'un après l'autre, arrêtés, pendus ou emprisonnés à vie, les « leaders » du « Partage noir » fuvaient à l'étranger (1879-1880) et y entreprenaient une violente cam-
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paorne littéraire. Comme Tactivité des terroristes devenait politique et, par conséquent, suspecte de libéralisme, les purs populistes se trouvèrent dans la situation avantageuse de défenseurs des principes socialistes. C'est ainsi qu'ils furent amenés plus près de ce groupe de socialistes purs qui étaient plus « lavristes » que Lavrov lui-même et qui, ne croyant pas aux mesures révolutionnaires, restaient dans l'inaction \
Ce passasse du pur populisme au socialisme pur fut accompli d'autant plus rapidement par le groupe du « Partage noir » que ce groupe comptait relativement peu de membres, qu il était moins lié par la tradition du parti « Terre et Liberté », qu'il n'avait pas l'expérience du parti « la Volonté du peuple » et comptait davantage sur de nouvelles forces venues de la jeune génération. Bref, ce parti inclinait beaucoup plus vers la tbéoric socialiste que vers là pratique révolutionnaire.
Le point de vue du « socialisme pur » — celui-là même qui triomphe aujourd hui dans le parti social démocrate — avait été formulé de très bonne heure. Nous le trouvons dans le cercle des lavristes pétersbourgeois et, dès 1880, il avait été exprimé par Axelrod, un des leaders du nouveau groupe.
La formule de M. Axeirod est la suivante :
Toutes les nations ont passé par la phase de la propriété collective de la terre, toutes ont livré une fois un combat désespéré pour conserver ce principe, et pourtant il a linalement disparu partout. Et Karl Marx a prouvé, par la théorie du développement organique de la société humaine, la nécessité de ce procédé terrible de 1 expropriation de la propriété communale pour ouvrir le chemin à la civilisation bourgeoise. La vie russe contient-elle aussi assez de preuves que la destruction de la propriété villageoise et l'expropriation des paysans sont inévitables ? Devant cette évidence, une question sérieuse se présente à tout homme consciencieux. Est-il utile, dans ce cas, de faire tant d'efforts pour une chose condamnée à périr ? N est-il pas plus raisonnable de chercher un appui autre part? La pensée révolutionnaire se tourne vers les ouvriers. Mais cette classe est trop restreinte pour faire un effort heureux. N'ayant pas encore conscience des conditions de son e.vistcnce, on ne peut guère s'attendre, par conséquent, à ce qu'elle puisse devenir, dès à présent, un centre d action socialiste révolutionnaire. Cependant, considérant le parti ouvrier dans l'Europe occidentale, avec ses théories et ses idées promptes à se développer, nous pouvons espérer plus facilement pour la Russie
' Voir page 3oi ,
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un mouvement prochain des ouvriers dans l'ellort socialiste, et même, si en portant l'acliviti- r(''volii(ionriairo dans les cercles d'ouvriers, il n'y avait aucun espoir d'obtenir des résultats sérieux dans un avenir immédiat, cette tentative serait quanti même préférable à ce travail de Sisyphe, qui consiste à agiter les paysans dont 1 organisation économique est condamnée à ilisparaître, et qui ne peuvent adoptei" le point de vue socialiste par la raison qu'ils sf)ul attachés à leurs anciennes coutumes et que leurs idées sont très limilt-i-s.
Lono- fut ce voyage du populisme pur à cette iuterprélalion du marxisme orthodoxe. Le chcmiu lut fait, cependant, en un temps relativement court par M. Plekhanov, Tancien directeur du journal le Partage noir. Les articles de M. Plekhanov, à part quelques légères difierences d'argumentation, étaient « populistes» ; mais, après l'arrestation des plus anciens membres du parti et sa propre fuite à l'étranger, après surtout la défaite finale du parti « la Volonté du peuple », les amis de M. Plekhanov essayèrent de rallier l'armée en retraite des révolutionnaires. Comme point théorique de ralliement, M. Plekhanov élabora une doctrine dans laquelle il essayait de résoudre les difficultés et les contradictions du populisme par des arguments socialistes. Le premier document qui établit bien ce changement est le « Programme de la société du nord de la Piussie, Terre et Liberté » publié en 1880. Mais ici le changement ne dépasse pas une simple juxtaposition de V u agitation » populiste pour le partage des terres, avec la propagande socialiste des purs principes parmi les ouvriers et la minorité des paysans, et une thèse politique terroriste. Une reconstruction plus complète de la théorie fut entreprise trois ans plus tard, en i883, quand le groupe de ^L Axelrod et de yi. Plekhanov reparut sous un autre nom : le « Groupe pour lémancipation du travail ».
Ici, nous sommes en présence d'une tentative décisive pour introduire en Russie les enseignements du parti allemand social-démocrate. Cette tentative, comme nous avons vu, avait déjà été faite par Lavrov et avait échoué à cause des nombreuses concessions qu'il fit à l'ancienne théorie qui avait conservé sa fascination sur les révolutionnaires russes. Le Partage noir réunissait toujours les deux théories : la théorie anarchiste et la théorie socialiste, — union dont
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le caractère apparaissait dans le nom même du parti : les « socialistes fédérés ». Cette fois, le groupe de M. Plekhanov prit définitivement congé des derniers survivants de lanarchisme et commença une véritable démocratie sociale en Russie.
On sait que les doctrines de ÎNlarx représentent une synthèse des idées d'émancipation économique et de lutte politique, et c'était justement de cette synthèse que les révolutionnaires du parti « la Volonté du peuple » avaient si grand besoin, mais qu'ils ne pouvaient atteindre, jusqu'à ce que leur action centraliste différât de leur théorie « fédéraliste ». Le point de départ de Marx, comme le leur, était que l'émancipation économique ne peut être consommée que par les travailleurs euxmêmes. Marx demandait aux travailleurs de s'unir en un large parti politique et de livrer leurs combats d'intérêts de classe, non pas au moyen de petites émeutes dans des villages isolés, mais par l'organisation, large et centralisée, d'un parti ouvrier dont le but serait de conquérir le pouvoir politique. C'étaient également les principes posés, pour la reconstruction de la doctrine socialiste russe, dans les brochures de M. Plekhanov : le Socialisme et la Lutte i)oHti(jne (i883) et Nos Dissentiments (i885).
Dans ces brochures, cependant, INI. Plekhanov était loin de partager le point de vue du marxisme, adopté par M. Axelrod en 1880. Il ne s'écartait pas encore du point de vue populiste pour le plan général et le cadre de la révolution sociale à venir. Selon lui, la révolution devait toujours être agraire ; il admettait même, sur l'autorité de Marx lui-même, que la communauté vilhigeoise russe pouvait être un chemin de traverse pour atteindre la phase socialiste. « Nous ne tenons pas ii cette idée, disait-il pour lui-même et pour ses amis, cette idée, qu'on attribue à tort à l'école de Marx, que le mouvement socialiste ne peut pas être aidé par les paysans tant que ceuxci ne seront pas devenus des prolétaires sans terres et tant que les communautés villageoises ne seront pas supprimées par le capitalisme. Car nous pensons qu'en général les paysans russes accueilleraient avec sympathie toutes les mesures tendant à la nationalisation de la terre. » Et pourtant, en même temps,
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M. Plekhanov, faisait une forte objection contre l'illusion que le changement pourrait s'opérer immccliatemenl, grâce à cette espérance de pouvoir rassembler 80 p. 100 de députés socialistes dans la prochaine convention constituante. Il était loin de se douter que l'arrivée des socialistes au pouvoir fût proche en Russie. Loin dètre découragé par cet éloignement, M. Plekhanov insistait d autant plus sur la nécessité dune lutte politique pour l'émancipation économique, et il appuyait sur la nécessité que, dans cette lutte, « pour la première fois, toute l'attention devait être concentrée sur les centres industriels », et qu'une organisation centrale était nécessaire pour la soutenir.
Le seul but des socialistes « russes ». disait -il, qui ne soit pas du domaine du rêve ne peut être maintenant ijue : premièrement, l'obtention des institutions politiques libres et, secondement, la préparation des éléments pour la formation d un futur parti socialiste en Russie. Ils doivent revendiquer une constitution démocratique qui assurerait à l'ouvrier, en même temps que les droits du citoyen, les droits de llioninie et lui donnerait, au moyeu du suffrage universel, la possibilité de prendre une part active dans la vie politique du pays. Ce programme, en même temps qu il n effrayerait personne parle « spectre rouge », qui est encore loin, assurerait à notre parti révolutionnaire les sympathies de tous ceux qui n'appartiennent pas aux ennemis systématiques de la démocratie. De plus, ce programme pourrait être accepté, aussi bien par nos socialistes que par les très nombreux représentants de notre libéralisme... Dans ce cas, l'intérêt des libéraux leur commanderait de s allier aux socialistes pour une action commi;ne contre le gouvernement... En même temps ceux des libéraux qui ont plus de hardiesse et de jugement cesseraient de regarder les rt'volutiounaires comme des jeunes gens inconséquents, qui ne disent que des utopies... Celte opinion ferait place à une autre, et la société, eu général, non seulement admirerait leur liéroïsme, mais croirait à leur maturité politique.
Ces paroles révèlent un esprit de conciliation peu commun dans les derniers écrits de M. Plekhanov, mais très caractéristique de l'état général de ropiniou après l'écroulement de 1881 et pendant les dix années de stagnation politique qui suivirent. « — Alliés d'aujourd'hui et ennemis de demain », — on regardait les libéraux plus comme des alliés que comme des ennemis, depuis que (( demain » semblait ne pas devoir venir immédiatement. Quelques socialistes même étaient prêts h admettre
' Voir Jahrbnch fur Sociah\'isenssc/iu/ï und SociulpuUtik (publié par le D' L. Bichter), vol. II.
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que 1 arrêt de l'activité révolutionnaire et la faillite complète de la lutte terroriste de 1879-1881 auraient pu être évités si les révol-utionnaires avaient été en état. de s'assurer, non seulement la sympathie qu'ils possédaient déjà, mais aussi le secours actif des classes instruites de la « société ».
L'alliance avec cette « société » fut alors projetée sur une large échelle. Les socialistes, pour arriver à ce but, devaient insister sur ce fait qu'ils n'étaient plus indifférents à la forme du gouvernement ; qu'ils appréciaient la liberté politique tout autant que les libertaires, et qu'une constitution étuit, avant tout, leur principal but. Tous les écrits contemporains des socialistes révolutionnaires portent le témoionaçre de cette
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disposition. Ce fut le temps où Stepnïak essayait de développer le côté politique et constitutionnel du mouvement révolutionnaire ' et où un autre populiste, Debagori-Mokreiyévitch, accusait ses collègues d'avoir négligé « l'idée politique » dans leur programme. Le nouvel organe des socialistes révolutionnaires : le Gonvernemenl par soi-même (i88j), avait reproduit les lettres de différents leaders révolutionnaires, assez peu d'accord, déclarant tous qu'ils considéraient la liberté politique comme le but principal du mouvement russe. Un autre organe révolutionnaire, la Russie libre ^ alla plus loin et proclama, en 1889, que la liberté politique n'était pas seulement un but temporaire, mais un « bien en lui-même » ; que « d'autres buts que les buts politiques ne pouvaient pas exister à l'heure actuelle en Russie et qu'il était grand temps de cesser de classer les gens en libéraux et en révolutionnaires ». Et les journaux étaient prêts à faire bon accueil à l'introduction de la Zemski Sobor, même composée de représentants des zemstvos au lieu de représentants du peuple.
Mais ce plan allait trop loin pour un socialiste et, immédiatement, une réaction eut lieu. Cette réaction commença, d'une façon assez originale, par une tentative de conciliation entre les socialistes eux-mêmes, puisqu'elle était impossible entre les socialistes et les libéraux. En juin 1889, le premier et unique numéro d'un nouvel organe révolutionnaire parut à Genève
' Voir page 2Ï7.
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sous le titre sip^nificalif du Socialiste. Les leaders des deux fracliojis du socialisme russe, — les socialistes révolutionnaires des vingt dernières années et les socialistes démocrates des dix années suivantes, essayèrent de s'unir sur ce terrain commun, afin de s'opposer aux dispositions trop pacifiques de la Biissie libre envers les libéraux. Les noms de I^avrov, Tarasov, (pseudonvme) et de Sérébriakov y apparaissaient ii côté de ceux de Plekhanov et d'Axelrod. Ils admettaient tous que le caractère socialiste du mouvement devait être conservé, sans abandonner son but politique le plus proche. Ils admettaient de même que la lutte politique devait être soutenue par les classes laborieuses elles-mêmes et que l'aide des libéraux constitutionnels devait être rendue plus effective encore en l'isolant du mouvement socialiste propre. Pour le socialisme même, le journal essayait de formuler une politique qui pourrait concilier les deux fractions socialistes, mais qui était, en fait, l'abandon des idées antérieures du populisme :
Touchant récononiie sociale de la Russie des changcmenls radicaux sopèrent dans les fondements mêmes de la vie russe. La production capitaliste gagne de plus en plus de terrain, transformant 1 économie domestique en une économie fondée sur léchangc. La production des manufactures va toujours s'accroissanl. Dans les industries domestiques, ce qu on appelle le système domestique de la production capitaliste « est en train de prévaloir ». La propriété foncière révèle une tendance marquée vers la concentration. La population agricole perd son homogénéité et se dilfércncie en couches sociales de force économique variable. Comme conséquence de la dissolution de la communauté foncière, un prolétariat agricole est ne et, pressés par le besoin, les paysans grossissent sans cesse les rangs du prolétariat des villes. Tout ceci nous convainc que la Russie, à son tour, est entrée dans la même phase de développement économique que lEuropc occidentale a également traversée. Linfluence, toujours croissante, du commerce international nous force à emprunter aux pays plus avancés les moyens et les formes de production auxquels on est arrivé ailleurs, grâce à une évolution lenle et graduelle ^. Ce rapport de notre économie avec celle des autres pays rond tout à fait impossible toute prédiction sur la limite possible du développement de notre capitalisme dans un avenir même éloigné -. Nous pouvons seulement dire que, lorsque l'heure aura sonné pour l'abolition de
' Cet exposé lient compte de l'idée populiste — la possibilité d'une période d'évolution plus courte pour la Russie — c'est-à-dire une certaine originalité dans le mode de développement russe.
- Cela est un autre compromis entre le populisme et la démocratie sociale qui. tous deux, ayant la certitude de ce que serait l'avenir du capitalisme en Russie, avaient des idées tout à l'ait opposées quant ù cet avenir.
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la propriété capitaliste dans l'Europe occidentale et que « l'expropriation des expropriateurs » aura commencé, il sera nécessaire que notre production aussi soit réorganisée daccord avec les principes socialistes.
Cependant, le proo-ramnie commun des socialistes révolutionnaires russes est le même que celui des socialistes de tous les pays : « La socialisation des moyens de production comme but, la révolution sociale par le peuple comme moyen et le parti socialiste du travail comme arme nécessaire. » Mais la condition essentielle pour former un parti ouvrier — c'est-àdire une constitution démocratique — manque en Russie, et doit d abord être obtenue. La « véritable force » pour celte lutte est, en Russie comme ailleurs, le prolétariat. ^lais, puisquen ce moment \a partie rurale du pavs n'est pas accessible à la propagande, à cause de son degré de culture relativement inférieur, — aussi bien qu à cause de son isolement des centres intellectuels, politiques et industriels, — « notre attention doit se porter surtout sur le prolétariat des villes, sur les ouvriers des usines. C est au milieu d eux que doivent se former des cercles révolutionnaires qui constitueront l'embryon d'un parti ouvrier à venir et, « unis aux cercles socialistes des « intellectuels », créeront ce que nous appelons le parti socialiste révolutionnaire. » Dans ces deux dernières phrases le nouveau point de vue des futurs « démocrates socialistes » est atteint sans abandonner pour cela, entièrement, l'ancien point de vue des populistes.
Tel était létat des sentiments et de la doctrine des socialistes lorsque, quelques années plus tard, s'ouvrit une nouvelle période de luttes. Toutes les tentatives de réconciliation furent oubliées du coup, et les deux fractions du socialisme russe réapparurent, chacune avec ses doctrines et ses méthodes d'action caractéristiques, combattant l'une contre l'autre avec plus d'âpreté encore qu'auparavant. ^lais ces querelles n'étaient pas une simple répétition de celles d'autrefois. Nous verrons comment de nouvelles dissensions furent amenées par des questions pratiques nouvelles et comment le socialisme russe fit un nouveau pas en avant, bien que sa période d'éducation politique soit encore loin d être achevée aujourd'hui*.
' \ oir chapitre vu, pages j54 et suivantes.