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seraient épuisées et qu'il serait forcé de réduire ses dépenses. C'est malheureusement ce qui arrive maintenant.
Nous avons vu que la consommation de l'alcool a diminué considi-rahlement. Il ne faut pas essayer d'expliquer cette diminution par le procrrès des idées de tempérance ; il n'y a pas d'abstinents en Kussie et on ne permet pas aux sociétés de tempérance de nuire au revenu. Le tçouvernement fit quelques tentatives inutiles pour augmenter les droits sur l'alcool et obtenir ainsi, par une aujrinentation des prix, ce <[u"il ne p<uiv;nt obtenir pai- l'augmentation de la vente. Mais, comme la consommation allait toujours en diminuant, le gouveinement prit linalement la vente des spiritueux ii son compte, c'est-i«dire qu'il établit le monopole de l'Etat pour sauver le budget.
La consommation du sucre augmente lentement (de 8 livres par tête en 1890 li i3 livres en 1901); elle est encore loin de celle des autres pays civilisés (France et Allemagne, 2j livres; Etats-Unis, 69; Angleterre, jg). Mais l'augmentation de la consommation ne peut pas suivre la production du sucre, cette industrie étant protégée. Il est donc permis d'exporter le surplus, — naturellement à un prix inlérieur h celui du marché domestique. C'est ainsi que le pavsan russe paye G (r. yo la même quantité de sucre qui s'exporte au prix de 3 Ir. 35, — juste la moitié. Il y a un dicton russe (jui dit que le cochon anglais a l'avantage sur le pavsan russe d'être nourri de sucre russe. La même difïérence de prix existe, toujours au détriment du client russe, pour le thé, le fer et une foule d'autres articles de première nécessité.
Tout ce qui précède mène h la conclusion inévitable que la nécessité d'acheter et de dépenser a considérablement augmenté et qu'en même temps le prix des denrées et le taux des contributions ont auçTmenté énormément. Une «rrande partie des dépenses du paysan se fait en argent comptant. D'un autre côté, nous savons qu'il n'a pas d'argent pour subvenir h ce surcroît de besoins. Mais il est impossible de voir toute l'étendue de sa détresse, sans connaître ses ressources, comme nous connaissons maintenant ses dépenses.
Le produit principal, sinon le seul, pouvant être cultivé et
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vendu, étant le grain, nous revenons ainsi h la situation aorraire de la Russie. Nous verrons bientôt que, pendant que ses dépenses ont augmenté, les revenus du paysan ont considérablement diminué, La seule question est de savoir jusqu'il quel point lagrieullure et la vente du blé constituent la seule base du budget du paysan. Comme nous l'avons déjà vu, la réponse h cette question varie, suivant qu'il s'agit du nord ou du sud de la Russie.
Dans la Russie septentrionale, le paysan a depuis longtemps appris h chercber à d'autres sources ce que sa terre ingrate lui refusait. Dès le xviii*^ siècle, et même avant, il trouva un complément de revenus dans les industries de transport, de bâtiment, ou dans les petits métiers. Ce qui fait qu'avant l'émancipation le paysan russe de la Volga ne tirait de l'agriculture qu'environ 12 p. 100 de son revenu. Pour le reste, il dépendait de l'industrie. C'est pour cette raison qu'après l'afTranchissement il ne se trouva pas entièrement désorienté dans les conditions nouvelles et que, malgré la nécessité plus grande d'argent comptant, il arriva a paver ses dépenses.
11 en fut tout autrement dans la Russie méridionale. Le paysan n'y gagnait pas si facilement de l'argent et dépendait entièrement de l'agriculture ; la « terre noire » v était beaucoup plus fertile que la terre glaise et les sables du Nord, et son ancien propriétaire ne lui permettait pas d'aller à la ville ou il l'étranger pour chercher de l'ouvrage. Généralement, il était pour ainsi dire attaché au domaine et n'avait même pas, comme dans le nord de la Russie, un petit lot h cultiver pour son profit personnel. Le paysan était donc obligé de payer au seigneur en nature, bien plus qu'il n aurait ou à lui payer en espèces.
Lorsque sonna l'heure de rafTranchissement. le propriétaire du Nord était disposé à vendre au paysan tout ce que ce dernier désirait de ce sol stérile, pourvu que ce lût plus cher que le sol ne valait. Par contre, le propriétaire du Sud gardait autant que possible ses « terres noires », ne cédant au pavsaii que de tout petits lots qu'il lui faisait payer très cher. C'est dans ces mauvaises conditions que le paysan du Sud allait affronter le nouvel état de choses. 11 avait les mêmes
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charges ([lie son frère du Nord, et il lui fallait de l'argent, — le plus d'argent possible, — puisqu'il n'y avait plus de seigneur pour payer les impôts. Mais il n'.jvait pas, comme son frère du Nord, d'autres ressources que la vente de son blé et, de plus, la production et la vente du blé étaient devenues beaucoup plus dillieiles.
D'abord, la surface par habitant des terres arables a beaucoup diminué dans toute la Russie. En i8Go, le lot moven de cha([ue paysan était de G, 21 aipents; en raison de l'augmentation de la population, il se trouva léduil, quarante ans plus tard, il 3,5i arpents. Cela suilirait encore avec un système de culture intensive; mais avec le système triennal, un tiers de la terre arable en jachère et les deux autres tiers mal cultivés et mal fumés, la production de ces lots réduits est, en général, insudisante pour nourrir le paysan et son cheval. La récolte moyenne est de iG,G pouds de blé par habitant, et il ne faut pas moins de 20 pouds pour nourrir une personne. La récolte de l'avoine est de 23,6 pouds par cheval, et il ne faut pas moins de 40 pouds pour nourrir un cheval. De sorte que le rendement est de 17 et /\i p. 100 respectivement au-dessous des besoins de l'homme et de la bête, sans parler de vente et d'exportation. De plus, étant donnés ces petits lots et le svstème de culture en usage, la iorcc productrice de l'homme et du cheval ne peut pas être développée jusqu'à son plus haut degré. Un ouvrier peut cultiver environ 39 arpents; cependant, en réalité, il n'en cultive que 8, c'est-à-dire presque 5 fois moins, de sorte que ^9 p. 100 de sa force productrice restent iiiemployés sur son lot de terre. Un cheval peut labourer de 10 à II arpents, et cependant son travail ne suffît qu'à un tiers de cette superficie.
L'insuffisance des aliments se rattache donc à l'abondance delà force productrice. Pour trouver un supplément d'aliments et dépenser un supplément de travail à le produire, il y a deux moyens : ou accroître la production d'un lot ou accroître le lot lui-même. ^lais la production du terrain ne saurait être augmentée sans capitaux, en admettant même, ce que beaucoup d'écrivains nient, qu'il soit possible d'améliorer des terres communes ou celles de possessions précaires individuelles.
Or le pavsan. à bout de ressources, ne dispose d'aucun capital, et le crédit rural pour ramélioration des terres n'existe pas en Russie. 1/autre moyen, et, dans les conditions actuelles, le seul possible, est d'acheter ou d'aU'ermer des lots additionnels. C est justement ce que le paysan a toujours vivement désiré, et toute la période que nous étudions a été marquée par une véritable lutte pour l'achat et la location de terres. Grâce au grand nombre de domaines mis en vente ', et grâce aussi à l'aide financière de la Banque des pavsans (depuis i883) la population agricole a réussi à augmenter de lo p. loo (depuis i8j5) la propriété des communes paysannes. Cependant, même en y ajoutant les terres acquises par les paysans, individuellement et indépendamment des lots communaux, ce qui serait une nouvelle augmentalion de i3 p. loo, le total de 23 p. lOo ne correspond pas à l'augmentation de la population paysanne pendant la même période, augmentation qui a été de 48 p. 100 ou de plus du double. Comme résultat, les lots ont constamment diminué ", et il a fallu affermer des terres voisines. I.a nécessité a été si grande et les terres à louer ont été si rares que les fermaçres ont augmenté énormément-
Contrairement aux lois de l'économie politique, le fermage n a pas seulement atteint Va accroissement non gagné », mais l'a dépassé de beaucoup, engloutissant les profits et très souvent même le salaire du locataire. Les exemples sont nombreux où le locataire paie comme fermage i5 et même 25 francs de plus par dessiatine que la terre ne rapporterait comme bénéfice net, si elle était cultivée par des ouvriers salariés ^.
* Voir page 175.
' Voir pages 32 1 et suivantes.
■^ Dans tous les districts, sauf deux, de la province de Nijni-Novgorod, le fermage est supérieur à ce que serait le bénéfice net, quelquefois d'une fois et demie, jusqu'à trois fois. Par exemple : fermage - fr. i") et bénéfice net a fr. 3.ï par dessiatine (district de Gorbatov), 8 fr. 80 et 5 fr. o") (.\rdatov). 14 fr. 8.ï et 10 fr. 70 (Sergatch), 7 fr. 2'> et 4 fr. Jo (Nijni -Novgorod) et ainsi de suite. Dans la province dOrel le dessiatine qui, cultivé par des ouvriers salariés, rendrait 21 fr. 90, se loue aux paysans indigents pour 38 francs. Dans la province de Voronéje, la différence dans certains districts est comme suit: afi fr. 1.") (bénéfice/, 3<j fr. 3o (fermage) ou 40 fr. o'} et 4(j fr. 3o. Dans les cinq districts de la province de Poltava la différence est parfois de 18 fr. 60 (bénéfice) à 28 fr. o5 fermage;