‹ La crise russeChapitre 43 sur 57 · AVOINE · texte numérisé non relu

AVOINE

Russie.

Etats-Unis

Canada

Allemagne

Suède

Le prix des grains exportés (blé principalement) est en baisse constante, comme le montre le tableau suivant :

Grain exporté (par milliers de pouds) . . Argent encaissé (par milliers de roubles). Prix moyen (par poud. en roubles) . . .

Il serait trop long d'expliquer pourquoi ces chiffres sont ce qu'ils sont et ce qu'il y aurait à faire pour changer la position défavorable de la Russie dans le marché international du blé. Faisons seulement remarquer que des deux symptômes d'infériorité que nous venons de mentionner le second, c'està-dire le prix du grain, est absolument indépendant de tout contrôle. Le producteur russe ne saurait influencer les prix, parce qu'il ne peut pas attendre. 11 faut qu'il vende à tout prix, parce qu'il ne dispose d'aucun moyen d'emmagasinage, ce qui l'oblige, le propriétaire aussi bien que le fermier, à vendre souvent tri's bon marché en automne pour acheter plus cher au printemps. Le premier symptôme, le petit rendement du sol, peut naturellement être évité, mais seulement à la longue et par des efforts soutenus de l'activité publique et privée. Cependant, l'activité du gouvernement se dirige d'un autre côté, vers la protection industrielle, et l'initiative privée est entravée par le système politique de l'autocratie.

LA CRISE ET l'uRGENCE DES RÉFORMES 337

11 faut augmenter le rendement de la terre, voilii le cri général de la Russie. Mais quand on arrive à la question pratique des moyens il employer, les opinions sont très difTérentes. Quelques-uns croient qu'il faut d'abord venir en aide aux propri<''laires privés, aux nobles, et non aux paysans des communes, puisque c'est dans leurs domaines qu'on essaye les nouveaux systèmes de culture et que ce sont eux ([ui produisent les grains pour l'exportation. Les paysans alors suivraient l'exemple des grands propriétaires. Mais même les «agraires» russes admettent que la crise est générale et que c'est surtout le paysan ([ui en souffre. D'un autre côté, les agraires sont obligés d'admettre que, en ce qui les concerne, le soulagement ne peut pas se faire par le moyen facile d'emprunter de l'argent au gouvernement, comme ils l'ont toujours fait, ;i un taux très bas. Les plus obstinés d'entre eux commencent à comprendre que cette façon de réparer la « grande injustice » d'il y a quarante ans : l'affranchissement de leurs paysans, n'est pas la bonne solution. Même des écrivains favoral)les aux « agraires », M. Gourko par exemple, sont obligés de reconnaître que la lacilité du crédit et l'abaissement du taux n'ont fait que précipiter leur ruine. Le crédit qu'ils désirent maintenant ne serait affecté qu'aux perfectionnements agronomiques, sous la surA'eillance la plus stricte de l'Etat. Un autre de ces écrivains, ^L Bekhtéiev, favoriseiait pliitùl \c contrôle des marchés du blé par l'Etat au moyen de tarifs, d'élévateurs, de transports bon marché, de traités de commerce, etc.

Mais tout le monde s'accorde h dire que ce ne sont pas là les meilleures solutions du problème. Il y a sept ans, lorsque la question a été agitée par un comité d'agraires on s'est tout de suite rendu compte que la crise était universelle et que toute mesure échouerait qui ne prendrait pas en considération la condition du paysan. 11 faut augmenter le « pouvoir acheteur » du principal contribuable en augmentant son « pouvoir vendeur », c'est-à-dire que son seul produit doit être augmenté quantitativement si l'on ne peut pas en augmenter le prix. Mais cela ne se fera que par le bouleversement complet de toutes les méthodes surannées de cultiver la terre. Ce bouleverse-

meut peut -il se faire saus iustruire le paysau et sous le régime des terres communales ? Faut-il abandonner le paysan a son initiative privée, ou bien l'Etat doit-il s'en occuper ? Par quels moyens peut-on provoquer l'initiative du paysan ? Doit-on donner libre carrière à cette initiative, ou plutôt faut-il protéger les intérêts de tous par une série de lois spéciales contre les empiétements privés ? Voilà quelques-unes des nombreuses questions que fait surgir l'idée d'un changement radical et qu'on est en train de discuter avec passion. D'autre part, quelle est l'attitude du gouvernement dans cette discussion ?

Pour mieux comprendre cette question, il faut considérer une autre face de la crise : celle des industries que le gouvernement a prises sous sa protection spéciale et qui, maintenant, s'écroulent comme l'agriculture.

Nous avons vu que la protection des industries a été une des principales causes de la crise agricole, puisqu'elle a fait monter le prix des marchandises sans créer une augmentation correspondante dans les ressources du consommateur. Aussi longtemps qu'il croyait ces ressources à peu près illimitées, le gouvernement russe a toujours été en faveur de la protection, afin de se ménager de grands revenus douaniers. Naturellement, on n'a pas manqué de se servir de l'argument théorique de « développer les forces productives » et « d'organiser la production sur une base nationale ».

En conséquence, on a développé beaucoup d'industries incapables d'exister ni de prospérer sans l'aide artificielle de l'Etat. La protection des industries a été puissamment soutenue par des intérêts influents, et la législation protectionniste s'accentue de plus en plus. Elle a commencé par la fondation des manufactures russes sous Pierre le Grand et, après les deux interruptions temporaires de 1819 et i85j (les tarifs libre-échangistes ayant été abrogés immédiatement), elle arriva à sa présente phase de protectionnisme forcé, commençant par les « droits d'or » de i8j6, pour atteindre son apogée dans le tarif prohibitif de 1891. Les chiffres suivants ont été officiellement donnés par M, Witte comme indiquant le développement des industries (en millions de roubles) :

Page 1