‹ La crise russeChapitre 45 sur 57 · LA CRISE ET LURGENCE DES REFORMES · texte numérisé non relu

LA CRISE ET LURGENCE DES REFORMES

passe renouveler éternellement. Le réseau du chemin de fer a été doublé en dix ans (de 28.000 verstes en 1892, à 53. 000 verstes en iyo'.>) ; la dépense du Trésor pour construire ce réseau dépasse un milliard de roubles (i .oo5 millions). Le résultat financier a consisté en une augmentation correspondante de la dette russe, et des déficits quasi annuels dans l'exploitation des nouveaux chemins de fer: le total des pertes se montant à 600 millions de roubles pour vingt ans, soit 3o millions par an, sans compter les intérêts et l'amortissement de la partie correspondante de la dette publique. Quant au résultat économique, au lieu de produire une augmentation « du pouvoir payeur n du paysan ruiné, les chemins de 1er, en amenant sur le marché des grains moins chers, produits dans les champs nouvellement défrichés de Lextrème Est de la Russie d'Europe, aggravaient encore la condition du cultivateur des provinces centrales, par le fardeau supplémentaire de la concurrence domestique.

Dans ces conditions, il devenait difficile pour le gouvernement de soutenir sur la même échelle qu'auparavant les industries métallurgiques nées sous ses auspices. Le contrôleur général, dans son rapport confidentiel au tsar pour l'année 1902, déclare que la Banque nationale a été obligée non seulement de faciliter les conditions d'emprunt et d'escompte pour faire face il la crise, mais encore d'avancer des fonds pour soutenir les industries métallurgiques, bien que, par ses statuts, il lui fut défendu de le faire. (>es avances étaient de 4' millions de roubles en 1900, -5 millions en 1901 et de 100 millions en 1902. Sur les sommes avancées en 1901, 9 millions étaient déjà considérés comme perdus pour la banque, et l'on craignait d'autres pertes. Le contrôleur général concluait que, « bien que la crise ne fût pas sans remède, elle était sans doute le résultat du développement trop rapide et trop artificiel de l'industrie, qui dépassait de beaucoup la capacité d'absorption du marché national ». Le contrôleur général conseilla au tsar d'étendre ce marché et, pour cela, d'améliorer la condition des agriculteurs. Le ministre des finances essaya donc de sermonner les riches industriels ; il leur conseilla de chercher la clientèle dans les marchés villasfeois et d'abandonner

désormais toul espoir de subsides de la part du Trésor. On arrêta les grosses commandes. Naturellement, les capitalistes qui avaient placé leur argent dans les industries métallurgiques étaient fort mécontents. Ils ne voulaient pas solliciter le commerce de détail ; d'ailleurs, les petits acheteurs étaient rares, non pas que les paysans n'eussent pas besoin de fer, mais ils étaient incapables de le payer ou du moins de payer deux ou trois fois ce qu il coûtait en Angleterre ; de sorte que, sans même essaver de transformer la production selon la nouvelle base de la consommation paysanne, beaucoup de capitalistes étrangers préféraient quitter la partie et transporter leurs capitaux ailleurs. D où l'opinion générale s'accrédita à l'étranger quil n'y avait en Russie, comme client, que le « gouvernement ».

Tel a été le résultat de la tentative du gouvernement pour augmenter le (c pouvoir payeur » du paysan en lui faisant payer davantage pour soutenir les industries. Un pays où le développement industriel a atteint un degré plus élevé aurait cherché le remède dans les marchés étrangers, mais, en Russie, la chose est impossible pour les raisons ci-dessus indiquées. L'industrie russe dépend du régime de protection qui lui a donné naissance. Avec son haut prix de revient, ses bénéfices énormes et l'organisation inférieure de tout son système d'échanges, elle ne saurait supporter une concurrence. Elle a été incapable de toute conquête commerciale, excepté dans quelques marchés 'de l'Asie centrale où le commerce russe s'est implanté depuis deux siècles.

« Les marchés étrangers » n'étant donc pas un débouché pour l'industrie russe en temps de crise, les industriels russes finiront par se rendre compte qu'il faut s'emparer du marché indigène, puisque la protection seule a été incapable de leur assurer la clientèle russe. Jusqu'à présent, on croyait que les intérêts agricoles étaient opposés aux intérêts industriels, mais aujourd'hui que le «pouvoir acheteur » du consommateur russe se trouve épuisé, la dépendance mutuelle de l'agriculture et de l'industrie est pour la première ibis devenue évidente. Il faut bien tenter d'étendre le marché indigène par d'autres moyens qu'une augmentation constante du prix des marchandises. Les

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