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projetr par le i^roiipo central, lequel aurait entraîné leur dissolution et les aurait fait descendre au rôle subordonné de comités locaux Ils se sont donc séparés du parti social-démocrate réorganisé. C'est Tassociation indépendante du Bund juif qui prit l'initiative dans cette sécession.
Mais, à côté de ces organisations « nationalistes » séparées, il existait une importante brandie de socialistes qui, dès le commencement, avaient préiéré suivre leur propre chemin et n'avaient jamais partagé les doctrines du « marxisme pur » soit revisé, soit orthodoxe. C était le vieux parti « la Volonté du peuple » dont les membres survivants devaient bientôt se (aire entendre. Leur retour fut d'autant plus inattendu qu on les croyait annihilés par le marxisme triomphant. Mais comme le marxisme légal (1' « économisme »^ arrivait ;i son ch'ciin, ils commencèrent à disputer au marxisme orthodoxe l'honneur de rajeunir la carrière politique de la social-démocratie. Ils trouvèrent dans le programme et dans l'ccuvre politique du parti prédominant des lacunes qui devaient leur fournir l'occasion de poursuivre leur propre œuvre révolutionnaire sans concurrence et de devenir les tri's dangereux rivaux des socialdémocrates eux-mêmes.
En somme, ils adoptèrent envers les social-démocrates la même politique que ces derniers avaient adoptée contre les « économistes » et les « révisionnistes » ; c'est-à-dire qu ils représentaient le révolutionnisme montant, tandis que les social-démocrates jouaient un rôle conservateur.
En effet, malgré sa répudiation du révisionnisme et de l'économisme, le courant « orthodoxe » était de son côté entravé par la doctrine originale de Marx, cest-à-dire par la théorie de la « lutte des classes ». En stricte conformité avec cette théorie, la propagande devait se borner à la préparation des masses pour la prochaine révolution sociale ; et ces « masses » ne dépassaient pas le cercle relativement restreint des prolétaires russes, c'est-ii-dire des producteurs ne possédant pas les outils de travail. Les survivants du parti de la (c Volonté du peuple » s'adaptaient plus facilement aux conditions locales de temps et de place. Ils étaient prêts à entreprendre immédiatement l'action révolutionnaire, sous quelque
forme que ce fût. et recrutaient leurs partisans partout où ils pouvaient en trouver : des ouvriers, des petits fermiers, des prolétaires, des intellectuels. Cédant h la pression de l'opinion publique, ces social-démocrates firent alors un pas en avant et vinrent jusquà admettre, en plus des grèves et des démonstrations pacifiques, des démonstrations armées, comme forme possible de leur lutte contre le gouvernement. Les socialrévolutionnaires (le nom officiel du nouveau parti de la « V(donté du peuple ») allèrent encore bien plus loin, en ressuscitant la doctrine la plus redoutable de l'action révolutionnaire, celle des terroristes, et en organisant la « section de combat » qui est devenue si célèbre, à la suite d'une série d'assassinats politiques, comme ceux des ministres Bogoliépov, Sipiaguine, Plehve et tant d autres.
Ce n'était pas là cependant la seule, ni même la principale différence qui existait entre l'ancien socialisme en Russie et le nouveau. Quoique le terrorisme fût le trait le plus caractéristique de la pratique révolutionnaire, les successeurs de la (( Volonté du peuple » ne se contentèrent jamais de la simple pratique sans une théorie correspondante et considèrent toujours le terrorisme systématique comme une espèce d'expédient transitoire et temporaire, nécessité par les dures conditions de la lutte présente. Néanmoins, ils étaient si loin de croire que l'action Individuelle pourrait essentiellement changer le présent état de choses qu'ils allèrent dans la direction opposée, plus loin môme que les social-démocrates. Ils restaient attachés à leurs anciennes idées que tout le peuple, et non pas seulement les ouvriers et les prolétaires, devait amener le bouleversement socialiste, c'est-à-dire qu'ils crovaient que la vraie révolution sociale en Russie devrait se faire par les pavsans. Contiairement au nouveau courant marxiste, ils ne perdirent jamais la foi dans le paysan et crurent à cette force formidable d'où dépendrait, à l'avenir, la réalisation de la reconstruction économique. Cependant, au début, ils ne pensaient pas que cet avenir dût être proche ', et dans leur nouveau programme, publié on 1898, ils avaient lenoncé à toute « acti-
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vite systématique parmi les paysans », supposant qu'ils étaient trop ignorants et trop opprimés. Ainsi que leurs adversaires, ils préféraient travailler dans les classes plus intelligentes des ouvriers des villes. Mais ils n'idcalisaicnl pas lOuviier comme la seule classe choisie de l'état socialiste et comptaient sur cette avant-garde, mieux prépar<''e, de la même façon qu'ils comptaient sur les intollectuels poui' ti'availler jioiir le temps où le paysan serait à même de défendre, ii son lour, la cause de la révolution sociale.
Cependant, après les troubles agraires delà Russie méridionale, et devant la facilil»'- inipiévue de la propagande parmi les paysans, les social-rt'volutionnaires se ravisèrent sur le rôle des pavsans dans le mouvement et organisèrent une section spéciale du parti, « la ligue agraire », afin tle commencer une propagande directe dans les villages. Pas plus li» que dans leur activité terroriste, ils n'ont loncontré la concurrence des socialdémocrates.
La solide position des social-r<''vohitionnaires dans les villages obligea les social-démocrates ii lormuler, a leur tour, un programme agraire. Il est bien connu que la question agraire constitue le point laible de la théorie originale <le Marx et qu'elle est resiée telle tians la reproduction théorique russe. Mais les partisans sincères de Marx en Russie ne se contentèrent pas de la simple reproduction de la lacune allemande, ils essayèrent consciencieusement de la combler. Leur opinion est que, puisque le pavsan russe en est encore à 1 âge précapitaliste, il laut d aboi'd laniener au capitalisme. A cet effet, la propri(H('' commune doit laire place à la propriéli' privée, et alors le procédé naturel de la <c prolétarisation » (c'est-à-dire la séparation de la terre) comme moven de production pourrait être consomme. Comme nous 1 avons vu. le rôle du socialisme russe, selon cette théorie, était d'aider les pavsans russes ii devenir bourgeois et ;i déposséder les plus faibles d'entre eux. C'était une situation assez originale : travailler pour le capitalisme afin de iaire triompher le st)cialisme dans le village russe ! Les social-démocrates, cependant, rendirent cette situation encore plus compliquée, en proposant, au lieu du plan socialiste général — la nationalisation des terres —
un projet spécifique russe consistant à ne rendre aux paysans que les lots de terre que leurs propriétaires leur avaient retenus quarante ans auparavant, lors de leur émancipation.
De ces deux programmes agraires, celui des social-révolutionnaires est naturellement le plus acceptable pour le pavsan russe, parce qu'il essaye de grefïer de nouvelles revendications sur sa propre convoitise de la terre. Il est certain que la tentative des social-démocrates d'organiser séparément les prolétaires du village et de les opposer aux petits propriétaires (qui seraient les bourgeois), ne pourra aboutir qu'en théorie. Pourtant, finalement, les social-révolutionnaires ne font que poursuivre une utopie sociale, tandis que les social-démocrates suivent le cours de la vie réelle : les premiers, en essayant de conserver la commune terrienne et de l'imprégner de l'esprit socialiste, les seconds, en reconnaissant la prédominance delà tendance a la destruction delà commune et ravèncment prochain de la propriété privée dans le village.
Il y a donc une lutte acharnée et une concurrence très rigoureuse entre les deux courants du socialisme en Russie, dans lesquelles les social-démocrates sont agressifs parce qu'ils prétendent posséder une doctrine universelle et internationale. Mais les social-révolutionnaires se maintiennent, et gagnent même en influence et en nombre, parce qu'ils représentent plus pleinement l'aspect local du mouvement, tel qu'il est déterminé par des conditions particulières de temps el de lieu. Pour un observateur hors du mouvement, il est évident que, loin de s'exclure mutuellement, les deux doctrines se complètent plutôt. Naturellement, la part la plus enviable, qui était de représenter le côté théorique et idéal du socialisme, échoua à la doctrine cosmopolite, tandis que le courant local fut chargé de toutes les fautes de réalisation insuffisante de cette doctrine dans les conditions réelles de la vie russe. Pendant que les social-démocrates se préparaient pour l'œuvre prochaine, en s'efTorçant de conserver les limites exactes du « parti » et la pureté de la « doctrine », les social-révolutionnaires s'adaptaient, comme ils pouvaient, ii la vile besogne du présent. C'est pourquoi tous les coups révolutionnaires qui,
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ciuraiil ces trois on ([ii:itre dcrnit'res années, ont entièrement changé la sllualion politicjiic liiicnt porli'S par les social-iévolutionnaires.
Mais les social -dt'inocrates ont acciisf- violemment leurs rivaux d'agir contrairement aux maximes les [)lus solidement établies du socialisme scientifique et de laire ainsi cause commune avec les bourgeois, alors qu'eux-mêmes se préparaient avec confiance pour le moment où une « guerre de classes », laite par le prolétariat, deviendrait possible. Pourtant, jjar la force des événements, les social-démocrates se sont trouvés jetés hors de leur œuvre d'organisation d'un parti ouvrier dans la lutte active et révolutionnaire. D'abord purement économiques, leuis grèves devenaient bientôt politiques et leurs démonstrations pacifiques s'armaient. La psychologie du mouvement révolutionnaire a sûrement passé la phase marquée par le marxisme orthodoxe et, bien que les social-démocrates essayent d'éviter qu'on les soupçonne de faire cause commune avec les socialistes nationalistes et révolutionnaires, ils travaillent, en réalité, au même but, qui est une révolution politique et non sociale. Le mouvement se trouve donc plus unifié, dans sou activité pratique que dans sa base théorique. C'est pour cette raison qu'il ne faut pas se borner à l'étude des doctrines du parti et des critiques mutuelles des fractions opposées, si Ton veut se rendre compte de la force réelle et de l'importance politique de ce mouvement.
Les différences qui existent entre les deux partis auraient peut-être plus d'importance s'il était possible d'appliquer réellement des programmes et des projets établis sur du papier. Mais, pour le présent, la condition principale d'un programme est de correspondre au degré de dispositions révolutionnaires du public et dètre assez acceptable pour faire des adeptes. C'est pourquoi, en dépit des paroles amères et des accusations échangées entre les chefs des deux partis dans leurs organes littéraires et leurs organisations centrales (où pourtant les social-démocrates ont battu le « record »] , il y a moins d'exclusivisme et moins de précision dans la ligne de démarcation des partis, si des centres on descend dans les rangs des révolutionnaires du pays. Les social-démocrates et les
social-révolutionnaires se coalisent très souvent, et leu œuvre négative est certainement identique. La question princi pale étant de savoir jusqu'où va l'œuvre qu'on tait, ce n'est qu'en cherchant la réponse à cette question que nous pourrons nous rendre compte de l'étendue de la désafVection politique en Russie.
Au congrès international de Paris, les social-démocrates ont présenté un rapport pour les cinq pieuiières années du mouvement (i 8c)5-iC)oo). Ce rapport contient l'histoire des neut grandes organisations locales qui se sont réunies en 1898 pour former le parti-social démocrate ouvrier russe (Pétersbourg, Moscou, Ivanovo-Vozenensk, Kiev, lékatérinoslav, Kharkov, Odessa, Nikolaïev et quelques autres organisations dans les Ourals sans parler d'organisations moindres dans huit cercles locaux). Les organisations se créent dans toutes les localités de la même manière. Un groupe d'intellectuels, formé surtout de jeunes gens des universités et des institutions d'enseignement supérieur, entreprend une propagande socialiste parmi les ouvriers de leur localité. Dans ce but, ces jeunes gens organisent différents cercles privés de perfectionnement individuel et bientôt, les élèves les plus intelligents se joignant aux maîtres, on forme un comité local qui entreprend, sur une large échelle, l'agitation pour la lutte économique dans les usines et les ateliers. Le résultat est une grève plus ou moins réussie. Alors, l'attention des autorités se trouvant attirée sur le groupe local, le comité, après quelques mois d'existence, est découvert par la police et ses membres sont envoyés en prison. Quelque ten.îps après le comité se rétablit, puis un groupe plus grand d'ouvriers s'organise, le centre local devient plus solide et son existence moins dépendante des rafles occasionnelles de la police et de la présence des espions. Son activité s'étend; on se procure un auto-copiste ou une presse et l'on établit un centre local de publicité. On commence par la réimpression de petites feuilles volantes, et l'on finit parfois par un véritable périodique. Cette « littérature » est répandue parmi les ouvriers, et, de cette façon, un cercle toujours plus grand de partisans se forme autour de l'embryon central. Cela rend possible les démonstrations politiques pério-
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Jiqucs sur une échelle encore plus grande. La |(remière, et la plus régulière de ces démonstralions, est l'Internallonale, la fête du travail, le i*^"' mai. L'idéal ([ue l'on veut atteindre est une grève générale dans un but politique'.
Les résultats numériques des difTérentes activités des socialdémocrates ont été les suivants pour les cinq premières années 1895-1900. 11 y a eu environ •.>'.>o grèves; le nombre total des grévistes a dépassé 200.000. Des 160 cas connus, i :>o ont abouti ii la victoire; les trois quarts de ces grèves se sont produites dans linduslrie du coton et des métaux; les périodiques (édités en dix endroits) ont publié 3o numéros'; enfin 5.942 personnes ont été arrêtées. Etant donné que chaque individu arièté reste généralement au moins environ six mois en prison, en attendant son procès, — temps pendant lequel une insti'uction préliminaire est censée se faire, — le total de la prévention, pour la période en question, atteint le chiffre de joo ans de réclusion!
Naturellement, ces chiffres ne représentent pas les résultats complets de tout le mouvement socialiste de la Russie. Ils se rapportent seulement à l'activité des groupes qui, en 1893, se sont réunis sous le nom de Parti social-démocrate ouvrier. Si nous examinons maintenant le second groupe important du socialisme russe — le social-révolutionnaire — nous aurons de nouveaux chiffres se rapportant principalement à leur publicité. A la fin de 1901, tous les groupes locaux des socialrévolutionnaires se sont réunis en une seule organisation de parti; en outre, deux autres grandes organisations se sont
' Malgré sa coniposilion ouvrière et « intellectuelle », le comité socialdémocrate n'a pas encore perdu son trait dominant « intellectuel ». « Notre parti n'est pas encore devenu un parti de prolétaires dans le vrai sens du mot., il existe seulement une organisation de social-démocrates et, à son coté, une masse organisée de prolétaires qui se manifeste de temps en temps par des éruptions révolutionnaires. Nous sentons un certain isolement entre le sommet intellectuel et la base prolétaire et, malgré le désir qu'a cette dernière de se fcMidre en un seul tout avec les intellectuels, la fusion n'a pas encore pu se faire. La masse est restée incrédule à tous les appels des social-démocrates intellectuels... Nous ne pouvons pas entraîner la masse. Nos généraux n'ont pas d'armée... Ce n'est qu'à la dernière occasion que la masse a commencé à manifester la confiance que notre avant-garde attend depuis si longtemps. iCitalion d'une lettre d'un ouvrier publiée par V Etincelle. Janvier 190.Ï.)
- Il faut tenir compte des difficultés et des dangers de la presse clandestine.
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jointes au parti on iqo2, de sorte qu il eonipte aujonrd luii plus de 49 comités et groupes, distribués sur toute la Russie. Leur journal, la Russie ri'voltdio/inaire, qui parut en décembre 1900 et dont le premier numéro ne tirait qu'à mille exemplaires, voit son tirage s'élever successivement ii 2.000, 4.000, 5.000. ,7.000 et 10.000 exemplaires. Ils ont publié en plus 43 leuillets (1902^ se montant ii un total de ,'ii-.ooo exemplaires, et plus d'un million de feuilles imprimées. L'année suivante, 1903, ils ont distribué deux millions de feuilles et 395.000 exemplaires. Cependant, les comités locaux se plaignent toujours de l'insuffisance des imprimés et répètent que la demande dépasse de beauetmp la provision.
L œuvre journaliste de la Ligue agraire du parti n'est pas comprise dans ces rapports. Ainsi que nous l'avons déjii dit, c'est principalement dans les villages que le parti a organisé son œuvre de propagande dans les deux dernières années.
Outre les deux organisations socialistes que nous venons de ilécrire, il en existe d'autres en Russie, ayant un caractère national, dont (|uelques-unes sont plus anciennes, mieux organisées, plus généralement l'épandues, plus influentes.
Deux partis socialistes polonais viennent en première ligne et présentent les mûmes différences que les deux partis russes. L'un est purement social-démocratique, l'autre local et, par suite des conditions locales où il s'est développé, extrêmement nationaliste. Ce parti prétend travailler il l'indépendance politi([ue de la Pologne; il est très actif et très agressif. Le premier a été jus(|u';t présent plutôt défensif, et son rôle lut secondaire. Leurs relations mutuelles et leur importance relative se trouvent donc être le contraire de ce que nous avons constaté pour les partis correspondants russes. Depuis que la section nationaliste du socialisme polonais est prédominante, les résultats tle son activité sont devenus iort intéressants. Ces résultats ont été publiés dans le rappoi't sur le mouvement rév(/iutionnaire actuel en Pologne, imprimé ii Londres en 1904, au nom du parti (le « Parti socialiste polonais » ou V. P. S.). Voici quelques cbidres extraits du rapport et montrant son activité propagandiste :
LA CRISF FT I, LFUÎENCK HFS UFFOHMF^
Mk)
«JO.NTKEBANDI
AN.NtE
l'LULIl i:.\ l'OLOG.NE
élrangère.