NOMBRE TOTAL
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Ji.910
•2 j.3oo
il. 640
Malgré cotte augmentation régulière du nombre des exemplaires, le rapport admet que le parti « est loin de satisfaire à la demande de documents révolutionnaires, bien qu'il s'occupe tout spécialement de ce côté de la propagande n. Le rapport ajoute que <( chaque exemplaire passe de main en main jusqu'à ce qu'il soit complètement usé et illisible ». On donne comme -ij le nombre des victimes de la police pour cette même période (1895-1903); ce chiffre se rapporte seulement à ceux qui ont été condamnés aux travau.x forcés, à la prison ou h l'exil; les punitions mineures et la prévention ne sont pas mentionnées.
Dans la Russie proprement dite, il v a encore un mouvement bien plus significatif, celui des Juifs. La situation particulièrement dure qu'ont faite aux Juifs russes, pendant ces dernières vingt-cinq années, les restrictions de la loi a préparé le terrain pour l'agitation politique, et en même temps rendu nécessaire la Ibrmation d'un parti séparé, organisé strictement suivant les principes nationalistes. Beaucoup de groupes socialistes se sont amalgamés en septembre iSq- et ont formé « l'Alliance générale des travailleurs juifs de la Russie et de la Pologne » (mieux connue sous le titre plus court de « Bund »]. L'activité du Bund parmi les ouvriers et les artisans de la Russie occidentale a été très vigoureuse. Seulement pour les trois premières années le Bund a pu donner les chiflres suivants : grèves, 3 12, nombre de grévistes pendant i56 grèves, J2.890; sur les 262 grèves dont le résultat est
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connu. ?.3q '()i p. loo) «mt été ooiironnéos clo succès. Conimo résultat, la situation générale clos ouvriers de cette ri'gion a été visiblement améliorée ; les salaires ont été augmentés de 3o î« loop. 100 et la journée a été abrégée de :>. ou 3 heures. On a distribué 82.000 exemplaires de journaux en yiddiche (dialecte juif). Et ici encore le rapport nous apprend que ce nombre est loin de suffire à la demande, l^e nombre des lecteurs a triplé depuis 1897.
Dans son rapport postérieur, pour les années 1901 et 1902, le Bund donne les chiffres suivants : journaux imprimés (périodiques, brochures, proclamations) 398.130 exemplaires; grèves 172 ; des 90 dont le résultat est connu, 80 ont réussi. Démonstrations dans la rue, 3o ; manifestations dans les synagogues et les théâtres, i4; grèves politiques, 6; réunions secrètes, 260 avec 36.900 présences. Dans son mémoire confidentiel du mois d'octobre 1903, le gouverneur de Vilna, Pahlen, déclare que « ce mouvement politique est, sans contredit, le résultat de la position légale et économique anormale, que notre législation a faite aux Juifs russes ». Une revision des lois concernant les Juifs s'impose, et tout retard dans ce sens peut amener les conséquences les plus dangereuses.
Le même raisonnement peut s'appliquer avec le même fondement à la situation créée par les mesures du gouvernement russe à deux autres peuples habitant des frontières opposées : la Finlande et le Caucase. Avant le fameux manifeste de 1899, qui détruisit sa constitution, la Finlande était un pays exceptionnellement tranquille. Le mouvement national y était naturellement très puissant, mais il n'était nullement incompatible avec les sentiments de profond loyalisme, dont peut-être la Russie proprement dite n'avait jamais vu d'exemple. Il a fallu des années de tyrannie exercée par la brutalité de la police russe pour effacer les derniers vestiges de ce loyalisme et pour pousser cette population pacifique fdontle trait caractéristique est un tempérament flegmatique bien (jue tenace) jus- ([u'à la haine de tout ce (jui est russe. Nous ne connaissons pas, dans toute l'histoire, de trait plus fiappanl et plus dramaticjuc que l'acte de ce jeune homme (jui, ILunuxlius moderne, apiès avoir tné le tvran. se suicide, en laissant un«' lettre au Isar, où il
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imploro sa clémcnco pour son peuple et sa patrie, lettre ([u'Il signe : « Un sujet loyal de Sa Majesté ». Jusqu'au dernier moment, les Finlandais se sont abstenus de toute opposition ; jusqu'à la dernière limite, ils ont souffert patiemnienl. et, loisfjue, l\ toute exlrémilé, cette opposition est devenue aelive, elle a essayé de rester sur le terrain de la légalité <'tdu droit. Mais ils furent bientôt lorcés de l'aire de l'opposition illégale et violente, et finalement, après avoir débuté par des pétitions des plus humbles, ils finirent dans la conspiration et l'assassinat. S'il fallait prouver que l'autocratie engendre la révolution, la Finlande en fournirait la preuve.
Dans le Caucase, où les habitants ont le tempérament méridional, ces mêmes choses se produisirent en moins de temps; la violence y engendra la violence plus rapidement. Il v a quelques années, les révolutionnaires arméniens de la Russie laisaient des projets pour l'affranchissement de leurs compatriotes turcs. Or les frontières russes du Caucase sont dans la même situation que les provinces les plus mal gouveinées de la Turquie. Nous avons vu nous-mêmes leurs chefs, et entendu des paroles de haine que nous n'avons jamais entendues ailleurs qu'en Macédoine. Au Caucase, comme en Macédoine, ils s'appuient sur la conspiration la plus apte à les soustraire il la persécution russe : la conspiration de la haine de toute une population contre l'oppresseur commun. Qui a produit ce changement violent dans la situation du Caucase? Ce fut encore la politique de M. Plehve ; son dessein de fermer aux Arméniens le dernier refuge de leur nationalité, de leur enlever le suprême espoir d'un avenir meilleur, en supprimant leurs écoles et les ressources matérielles de leur Eglise nationale. Il n'est donc pas étonnant qu'ils mordent le pied qui écrase les plus belles fleurs de leur vie nationale.
Comme nous le voyons, la politique du gouvernement envers les pavs annexés a suscité de nouveaux ennemis à l'autocratie et a compliqué encore la tâche de sa « défense ». En même temps ([u'il se répandait jusqu'aux frontières de l'Empire, le mécontentement pénétrait de plus en plus profondément au cœur même de la Russie et atteignait les couches sociales qui jusqu'alors étaient restées intactes. Aujourd'hui, les univer-
sites et les usines sont saturées d'agitation politique, et Ion peut voir chaque jour le spectacle héroïque de notre jeunesse se sacrifiant h la cause de rairranchissenient de la Russie avec toute l'ardeur, toute l'avidité d'un martyr pour sa loi ^
Aucun travail réc^ulicr n'est maintenant possible, ni pour le professeur, ni pour l'étudiant russes ; car chaque année, au mois de décembre, le flux politique monte et le reflux ne revient qu'en avril. Au mois de janvier 1900, environ 400 professeurs des universités russes et d'autres institutions d'enseignement supérieur signèrent une pétition dans laquelle ils déclaraient qu aucune activité pédagogique, qu'aucune étude scientifique n'étaient possibles, tant que la représentation
' Pour décrire la disposition d esprit de notre jeunesse, nous citerons ici la lettre d'une toute jeune étudiante, lettre qui initiera le lecteur à l'atmosphère morale et mentale d'une démonstration publique russe et montrera que ces protestations ne pourront cesser, malgré toute la cruauté et la barbarie de la torce armée, tant qu'existeront cette disposition d'esprit et les causes qui Tengendrent.
« La démonstration avait été décidée pour le ii décembre (1904, Pétersbourg), et quoiqu'une rumeur se fût répandue qu'elle avait été remise par suite de quelque désaccord théorique, et sur la demande de la « minorité», je savais, dès le samedi matin, que la démonstration aurait lieu, et nous commençâmes nos préparatifs.
)> Je m'y rendis le cœur léger, débordant de joie. Tous mes camarades s'y rendaient joyeusement aussi dans l'attente de la mort, et sans aucune espérance de revoir nos foyers. A midi, nous étions sur la Nevsky. On m'avait informée que le drapeau serait arboré au coin de Nevsky-Michaïlovska'i'a, et naturellement nous essayions de nous approcher de cet endroit. Comme une heure sonnait, nous entendîmes crier : « Par ici, camarades ! » et nous nous pressâmes autour des porte-drapeaux lil y en avait deux) en chantant la Marseillaise. C'est ainsi que nous descendîmes la Xevsky, oii un régiment de cavalerie, sabre au clair, nous chargea. En quelques secondes, toute la démonstration fut dispersée et ce qui en r«stait fut enfermé dans un magasin... Il m'est impossible de raconter ce qui se passa... Je pourrais oublier toutes lesjoies et toutes les douleurs de ma vie, mais jamais je n'oublierai « cela ». Le moment surtout où, pantelante, je me couchai par terre et vis les sabots des chevaux passer au-dessus de ma tète, mes camarades renversés et blessés... J'entendais leurs cris et leurs gémissements... Mon amie fut atteinte, puis battue cruellement par deux agents de police; elle est encore en traitement. D'autres étudiantes furent traînées par les cheveux, on leur brisa les dents, plusieurs eurent les jambes cassées. Il y eut quatre morts, dont deux étudiantes; une troisième mourut de frayeur... Dans la soirée les social-démocrates donnèrent une fête dans la salle des étudiants de l'Ecole polytechnique. II y eut beaucoup de discours et de motions. On cria : « Vive l'Inlernalionale et la démocratie sociale russe! » On chanta la Marseillaise, et. bannières déployées, nous entrâmes dans la salle du concert, où le public, fatigué de chanter, voulait danser. Mais nous ne le perm.imes pas, et quelques étudiants qui sortaient d'une réunion dans une salle voisine, vinrent nous aider à expulser n cette bourgeoisie ». Nous continuâmes
notre meeting, et nous parlâmes, nous chantâmes Pauvres socialistes
révolutionnaires, on n'a pas accepté leur motion!... »