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politicjue lie seraii pas régulièrement organisée. Ils constataient ainsi ([iraucun enseignement indépendant ne pouvait se poursuivre sans des garanties de liberté personnelle, et tant que les institutions denseigncment seraient maintenues dans leur rôle d'organes policiers, au service du système de défense de l'autocratie. Des désordres politiques, semblables à ceux des universités, sont maintenant à Tordre du jour dans les usines. Les ouvriers ne manquent jamais de fraterniser avec les étudiants, dans l'action politique commune contre 1 autocratie. Il y a (juelques années, le i*^'' mai (fête du travail) et le 9 février (anniversaire de l'émancipation des paysans) étaient choisis pour les démonstrations des ouvriers, mais, aujourd'hui, les désordres ferment les usines à chaque instant, car le parti ouvrier s'organise de mieux en mieux et son action simultanée devient plus consciente de sa force politique.
Ces deux éléments, l'étudiant et 1 ouvrier, représentent les principales, mais non les seules classes troublées par la révolution. Nous avons déjà parlé du village russe, et nous avons pu voir que, maintenant, il s'y développe forcément quelque nouvel élément susceptible de faire réfléchir lancien seigneur. Un de nos grands dignitaires a déclaré que, presque tous les jours, il reçoit des plaintes de la noblesse terrienne. Il n'est pas toujours facile de préciser ces griefs, mais la forme vague de ces plaintes est bien caractéristique en elle-même. Les propriétaires ne s'inquiètent pas tant des crimes et des délits agraires que de l'attitude générale des paysans. Le paysan prend maintenant un air qui ne ressemble en rien à l'obséquiosité et à l'humilité d'autrefois. Que les uns qualifient cet air d'insolence et d'elïronterie, qu'il soit pour les autres le signe de la conscience de soi-même, le fait qu'un nouvel esprit existe est indéniable. Comment a-t-il envahi le village.' On en donne différentes raisons, suivant les différents cas. Tantôt, c'est un ouvrier du parti ouvrier « organisé » qui, renvoyé par le fTouvernement dans un village écarté, son lieu de naissance, a initié ses concitoyens aux questions courantes de la politique générale. Tantôt, c'est un étudiant qui a distribué aux paysans quelques brochures révolutionnaires, apportées dans sa province natale, pendant des vacances, ou peut-êtj"e pendant
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un exil. Mais, plus souvent, c'est un de ces nombreux nomades qui revient dans son village avec quelques roubles dans sa poche et quelques idées nouvelles dans sa tète, et qu'on écoute toujours avec plaisir, s'il rapporte quelques vagues rumeurs de nouvelles terres à partager. D'où qu'il vienne, le nouvel esprit pénètre dans le village par tous les souterrains qu'on oublie de fermer, et cela d'autant plus que toutes les voies normales sont condamnées. Comme suite de ces chemins clandestins de l'ouï-dire, les rumeurs arrivent au village très défigurées, et les conséquences se manifestent par des actes de violence intermittents. De temps en temps, ils se répandent comme des feux de prairies sur des régions entières, pour s'éteindre avec la même facilité, ne laissant après eux que des cendres et des ruines \ Une des plus récentes insurrections agraires de ce genre (presque spontanée) eut lieu, en mai 1902, dans les gouvernements de Poltava et de Kharkov. Quatrevingts domaines de la noblesse locale furent mis à sac par les paysnns, qui n'attaquèrent pas les propriétaires, mais « pacifiquement » vidèrent leurs greniers, emportant du grain, du foin et des pommes de terre. Leur excuse était qu'ils n'avaient rien à manger (c'était pendant une disette locale), alors que les propriétaires avaient du superflu. Les Cosaques envoyés pour rétablir l'ordre traitèrent ces malheureux villages en pays conquis : ils fustigèrent les paysans et violèrent leurs femmes et leurs filles. Par surcroît, M. Plehve leva une contribution de deux millions de francs sur cette population afl'amée, sans égard pour les innocents qui se trouvaient parmi les coupables et sans avoir évalué à l'avance le montant du dommage causé aux propriétaires. Nous savons qu'il cette époque les révolutionnaires formèrent une liouc aoriiire dans le but de svstématiser le mouvement et de donner une organisation aux mécontents parmi les paysans. Au mois de juillet de la même année (1902), les gouverneurs de province reçurent de la police une communication secrète les avisant que :
Dans différentes parties de la Russie, ou voit des jeunes geus inconnus qui, eu passant à travers les villages, soit en chemin de fer, soil en voiture,
' Voir page 264.
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à clioval ou même à piod. sèment des brochures révolutionnaires. Les uns les jfltent par les portières des wagons ou des voitures, les autres les distribuent aux passants. Tantôt ces écrits sont subrepticement introduits dans les maisons des paysans et les fermes, tantôt ils sont franchement déposés dans les voitures des paysans, aux foires publiques.
Jiis(]ue-lh, les méthodes de propagande dont parle le gouvernement rappellent celles employées déjà il y a quarante ans et dévoilées par les procès politiques de l'époque. Mais voici qui est nouveau :
Les paysans lisent volontiers ces brochures, et ils se les prêtent les uns au.x autres ; souvent même elles sont lues en public. Après ces lectures, les paysans croient à un partage prochain des domaines seigneuriaux et l'attendent impaliemnienl. Uc là, leurs relations avec les propriétaires du voisinage se tendent de plus on plus.
Ce rapport épique de la police n'exagère nullement le succès de la propagande agraire. Effectivement, en l'espace de deux ans, la section agraire du parti social-révolutionnaire a publié une douzaine de brochures à 120.000 exeiuplaires, et elle les a répandues, avec d autres publications, dans 44 gouvernements, c'est-a-dire dans presque toute la Russie. Le texte de ces brochures ne correspond pas a l'impression qu'elles produisent sur les paysans... s'il iaut en croire la communication du gouvernement. Il est vrai que « le partage des terres » est le pivot de cette propagande, et c'est le point essentiel pour les paysans. Aussi, les social-révolutionnaires essavent d'édifier tout un svstème de politique sur cette convoitise du paysan. Ils voudraient donner au mouvement agraire le même caractère qu'ont déjà pris les autres courants de la révolution, c est-à-dire un caractère politique; et ils éveillent dans l'esprit du paysan l'idée que leur ennemi principal est le tsar et que leur désir de partager les terres ne peut pas se réaliser sans la représentation politique selon le suffrage universel '. Ils savent que les paysans sont incapables d'amener une révolution sociale et, tout en organisant des
' .A.lexandre III et Nicolas II ont largement contribué ù séparer, dans l'esprit des paysans, les anciennes idées d'autocratie et de démocratie. Tous deux, au commencement de leurs règnes, dans leurs discours aux délégués des paysans ont déçu l'attente populaire d'un prochain partage des terres et conseillé aux paysans d'obéir aux maréchaux de la noblesse. Une image du tsar prononçant ces paroles est affichée d'office par le conseil de chaque administration villageoise.
comités et des clubs de « l'Alliance des pavs;ins » parmi leurs partisans les plus avancés, ils semblent vouloir borner leur rôle dans le mouvement révolutionnaire vénérai au refus de payer les impôts et de servir dans l'armée. Nous sommes donc loin des « troubles » d'il y a vingt-cinq ans. ]Mais il est plus difficile de faire changer le paysan que de faire changer les révolutionnaires; et si le mouvement agraire doit prendre de Textension, il est plus que probable que les anciens et non les modernes éléments du programme agraire en feront la base. D'autant plus que ces derniers — ceux de Pougatchov — font partie du programme des social-révolutionnaires.
Donc, l'université, l'usine et même le village, voilà les sphères plus ou moins habituelles de l'agitation révolutionnaire, bien que dans la phase actuelle de nouveaux groupes subissent le même sentiment de mécontentement.
Le personnel enseignant des écoles élémentaires et secondaires s'est joint au mouvement révolutionnaire, en formant « une alliance » avec le parti social-révolutionnaire (1903). Cet exemple a été suivi par les étudiants des collèges, et l'on croirait difTicilement que les choses ont été si loin, s'il n'y en avait pas des preuves irrécusables. ^ oici a ce propos un extrait dune lettre confidentielle adressée par le ministre de l'intérieur, feu M. Plehve, à ^I. Siinger, ministre de l'instruction publique jnai igoS) :
Parmi les papiers saisis lors duup perquisition chez un élève do 7'- de la 3* école réale de Pétersbourg. on a trouvé, reproduit au micrographe, un exemplaire du deuxième numéro du périodique Vers la lumière. Ce journal est édité par le comité exécutif de « l'organisation pétersbourgcoise des écoles moyennes ». Léditorial discute différentes formes de protestations contre les obstacles actuels à la libre pensée et à la libre étude, et cite les organisations antigouvernementales suivantes, constituées sur une échelle plus ou moins grande : i" l'alliance des élèves de Kharkov ; 2" la branche centrale des cercles n'-unis des écoles moyennes de Kiev; j'^ le groupe méridional des «'■ludiants ; j" l'organisation pi'-teisbourgeoise des écoles movennes. En dehors de ces rpiatre sociétés principales, il y a <les groupes secondaires à Moscou, ÏS'ijni, Pskov, Minsk. Irkoutsk, laroslav, Novgorod, Pioiza, Orel, Toula, Koslroma, Serpoukliov, SarHtov, Tchita, Bielostok, Vilna, Varsovie, Simbirsk, Saraara, Kalouga, Vitebsk et lékaterincnbourg. Ces groupes sont en relation constante avec l'organisation pétersbourgeoise, et leur but est de former une fédération de toute la Russie. L'édilorial dit que, dans une des villes de la Russie centrale, les étudiants des collèges ont fondé « une branche agrès-