‹ La crise russeChapitre 52 sur 57 · IO · texte numérisé non relu

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Bien que le nombre des criminels politiques condamnés soit considérable, celui des candidats criminels politiques est encore bien plus grand. La contrainte par corps n'existe pas

* Voir pages i3S à 141.

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en Russie, mais, en revanche, il y a la « prévention >•> ([ui peut durer des mois, et qui se termine, non pas par lacquiltement (car il ne saurait y avoir d'acquittement sans procédure légale), mais par l'exil déclaré par la police, comme preuve de son inlaillibilité. Voici les chiffres ollicicls des personnes accusées de crimes politiques :

Nous avons maintenant démontré combien est tendue la situation politique présente en Russie. La difficulté principale de cette situation est qu'a mesure que le mouvement révolutionnaire devient plus fort et plus dangereux l'abîme qui sépare le gouvernement et la révolution se creuse davantage.

Le seul espoir d'une solution pacifique est dans les partis qui, par position sociale, ou pai- leurs vues politiques, se placent entre le gouvernement et les révolutionnaires, c'est-adire qui font de l'opposition sans être révolutionnaires. L'importance politique de ce groupe dépend surtout de cette position intermédiaire et augmente au fur et à mesure que le rôle de médiateur devient plus nécessaire dans la situation politique générale. Le programme du groupe dépend, en grande partie, de l'état général de l'opinion publique à un moment donné; il est plus ou moins avancé, suivant que le radicalisme de cette opinion est plus ou moins prononcé. En un mot, il représente liqîinion publique dont il dépend. Par conséquent, la possibilité dune solution pacifique des troubles politiques de la Russie dépend entièrement de la possibilité, pour ce groupe, d'influencer le gouvernement, sans trahir l'opinion publique qui est sa seule source de pouvoir.

Il nous rost*' :i \<>ir quelles sont, en ce moment, les aspirations de ce groupe et quelle est l'atlilude du gouvernement envers lui, afin de pouvoir déduire affirmativement ou négativement si une solution pacifique est possible dans un aveniiprochain. 1/état actuel de l'opinion publique a eu sa large part d'influence sur les libéraux russes, qui poursuivent maintenant, avec une vigueur nouvelle et une énergie encore plus grande, l'œuvre qu'ils ont entreprise il y a vingt ans. Ces libé-

LA CRisK f;t i,'liu;kn(:k dks hki ormks .iSi

laiix, ([iil constitiUMit le «troupe p()lili([U(' tloiil nous allons parler, ont eu leur organe politique ii létrano-fT : Y lîmaiici/)ation (« Osvobojdéniyé »), dirigée pur M. Slruve, autrefois h Stuttgart, puis à Paris. Ce nouveau journal lappellc la Libre Parole, publiéi' par M. Dragonianov il v a vingt ans. Mais se tenant en conlaet plus intime avee les libérau.v russes de Tl^inpire même, et étant beaucoup mieux soutenu par eux, ce journal mérite mieux le titre d Organe du parti. L'Emanripddon lut soutenue par le groupe organisé de l'a Alliance pour l'émancipation « qui. comme les socialistes, a eu ses comités dans toutes les villes importantes de la Russie. L'Alliance, ii son tour, lut soutenue par un cercle beaucoup plus grand d'adhérents, lesquels, dans des circonstances propices, lormeront un véritable parti politique'. Un semblable parti ne peut naturellement pas représenter le libéralisme russe dans toutes ses nuances, parce que ces nuances sont trop variées et que tout le monde, en Russie, est libéral en ce moment. Mais il lormera la aauche du libéralisme russe, et son programme politique correspondra au nom que ses membres se sont choisi, celui de « démocrates-constitutionnels » (K. D. — cadets). Les membres sont et resteront constitutionnels, parce qu'ils veulent que la Constitution soit une réalité et non une fiction. Ils sont énergiquement opposés a toute demi-mesure, et à toutes les ruses gouvernementales, telles que la « Constitution de Loris Mélikov ». Ils ne parlent plus de la restauration de l'ancienne Zemski Sobor russe. « l'Assemblée consultative » de l'Etat moscovite; car ils veulent une véritable représentation politique, comme en ont maintenant tous les pays civilisés. Ils veulent qu'on donne aux Russes le droit de législation, de vote du budget et de conlj'ôle sur toute l'administration. Dans ces limites, il reste encore beaucoup de place pour des diflférences d'opinion très importantes, dont quelques-unes sont discutées dans les colonnes de V Emancipation . Les résultats de ces discussions sont de rapprocher les points de vue et d'amener une plus grande uniformité d'opinion dans les limites du parti libéral,

' C'est le parti « cadet >) d'à-préseiit. Voir chap. additionnel.

comme, par exemple, le sudragc universel, qui autrefois n'était pas accepté par le parti et qui, maintenant, est le point principal de sa doctrine politique, point justement qui lui donne le droit de s'intituler « démocratique ».

Si nous comparons ce programme avec l'état de l'opinion libérale d'il y a vingt ans, nous voyons que, sur les cinq projets de réforme politique que nous avons déjà indiqués ', deux seulement sont en discussion, alors que les trois autres, caractéristiques de l'extrême droite et de l'extrême gauche de l'ancien libéralisme, semblent être complètement abandonnés ".

On essaie maintenant de combiner ces deux projets. Celui de la représentation aux quatre degrés, par les députés des zemstvos, est encore en faveur auprès des libéraux modérés, partisans de la Chambre haute. Il constitue aussi le dernier vestige du « fédéralisme », jadis si populaire. Mais, même dans ce projet, l'idée fondamentale est que la représentation du premier degré, celle des zemstvos, émane d'un vote général des cantons ruraux. Les partisans de cette théorie admettent qu'il doit y avoir une autre Chambre, « la Chambre basse », élue par le sufTrage universel. Un projet de constitution, élaboré selon ces idées, a fait le tour des cercles politiques et, comme on devait s'y attendre, s'est heurté à l'opposition des membres plus radicaux du parti.

Les arguments des partisans du système bicaméral sont au nombre de deux. D'abord, ils prétendent qu'il doit y avoir une Chambre haute pour représenter les intérêts locaux des provinces parallèlement avec ceux du peuple en général. A cela leurs adversaires répondent qu'en Russie il n'existe pas d'unité locale correspondant aux Etats des Etats-Unis, ou aux provinces françaises d'avant la Révolution et que, par conséquent, il n'y a pas d'élément de « fédéralisme », les provinces

' Voir pages 227 cl suivnnlos.

* Co qui prôcf'flp a (Ut- ôcril avant Ifis ôvéncmonts do I904-I90s qui oui porté un tel discrédit sur le gouvorFif-ment que les libéraux ont accepté la revendication d'une « Convention constilnanto », qui d abord figurait dans le programme socialiste. Les deux partis s attendent naturellement à des résultats très différents dune Convention con-ililii-ml'' librcniiiil élue et se la représentent d'une manière très différente.

L\ CRISE ET l'urgence DES REFORMES 383

;u;tiiollos tic lii lliissic ('timl (roiioino piircniont îKlmiiiistralivo. De plus, les provinces crorigiiie historiquement iiulépendante, comme la Pologne et le (laucase ', ne se contenteraient pas d'une représentation dans le Sénat, on Chambre haute, puisque leur revendication principale est une anlonomii- plus ou moins complète.

Le second alfrument en faveur d une Chambre haute est qu'elle représenterait des classes plus intelligentes, et partant peut-être plus libérales. Ce raisonnement a son origine dans la double crainte que le suffrage universel pourrait servir les intérêts de l'absolutisme et de la bureaucratie, ou bien ceux de la « démagogie » des partis extrêmes. Indirectement, cet argument va contre le suffrage universel, et la conclusion en est que le peuple russe n'est pas encore mùr pour ce système, (^et argument n'est pas nouveau et a toujours servi aux réactionnaires de tous les pays pour retarder les progrès de toutes les réformes décisives. Il a servi aux partisans de l'esclavage américain comme ii ceux du servage russe. Les démocrates libéraux répondent ([uil n"v a pas de difïerence essentielle entre le ])euple russe et beaucoup d'autres peuples qui jouissent du suffrage universel, non seulement sans danger pour l'ordre social, mais au grand profit de la paix sociale; que jamais aucun peuple n'a été « mùr » pour une constitution, au moment où cette constitution lui était octroyée, et qu'enfin l'établissement d'institutions politiques libres est le seul moyen de faire léducation politique d'un peuple. La charte ne saurait reconnaître aucune restriction sans créer un sentiment de grande injustice et semer ainsi le germe d'une lutte civile prochaine, par la raison qu'il n existe aucune différence marquée dans les couches de la société russe. D'un autre côté, il ne faut pas craindre que le premier [Parlement devienne un « Parlement tic saints et de niveleurs » et qu'il aboutisse ii la tlictature d un nouveau C^romwell. Au contraire, on peut espérer que le lonctionnement eifectif tlu suffrage universel débarrassera les socialistes d'une des utopies que leurs théoriciens doivent ii léducation politique de leur jeunesse. La seule exis-

' On ne parle p;is de la Finlande i^iii a sa propre ort»-anisation politi<[ue.

tenci' d'une Chanibic haute servirait à prolonger la lutte théorique en lutte politi([ue, car elle serait toujours soupçonnée de servir les intérêts de classe, et sa création serait indubitablement considérée comme une trahison des principes de la représentation directe et générale. La situation politique générale décidera laquelle de ces deux théories prévaudra et formera la base de la réorganisation prochaine. Cette situation a beaucoup changé depuis le début de la lutte des libéraux contre le gouvernement, et plus ce dernier leur refuse des concessions, plus le programme libéral devient radical. Nous avons vu comment l'opinion publique avancée accusa les libéraux de « propriétarisme » et dautocratisme, lorsqu'ils formèrent leur groupe politique vers 1860, et comment leur programme politique perdit toute influence morale sur le gouvernement, aussi bien que sur l'opinion publique. Dans la seconde période de leur lutte, après i8jo, les libéraux étaient beaucoup mieux soutenus par 1 opinion publique des classes instruites ; mais les révolutionnaires leur restèrent hostiles, et les libéraux, de leur côté, étaient disposés à soutenir le gouvernement contre eux. Depuis, les deux groupes ont vu les désavantages qu'il y a à se combattre mutuellement en face de l'ennemi commun. Nous avons entendu l'aveu des socialistes et des révolutionnaires, qui expliquaient leur échec en partie par l'appui insulïisant des classes instruites'. En même temps les libéraux s'étaient rendu compte qu'aucun compromis partiel avec le gouvernement ne pouvait garantir les concessions faites et établir un état permanent de paix sociale-. Les révolutionnaires étant devenus ainsi plus pratiques et les libéraux plus démocratiques et plus radicaux dans leurs revendications, une entente directe entre les deu-x groupes était devenue possible.

Au mois de décembre 1904, les journaux publièrent un document très intéressant où cette entente était exposée. C'était une « déclaration » fondée sur les minutes d'une conférence tenue h Paris par les représentants de huit organisations, dont trois appartenaient à l'opposition, cinq à la révo-

' Voir pages 204 et suivantes.

■ Voir pages 217 et suivantes.

p. MilioukofT-Crise Russe.

Carte VI.

PROCÉDÉ COLONIAL ^ orA I.V oJl.U/AL iHCTUfl K N""ZemhIe

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ÉLÉMENTS ETNOGRAPHIQUES

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