‹ La crise russeChapitre 54 sur 57 · L.v ciusi:: ET l'lhgknck dks réformes · texte numérisé non relu

L.v ciusi:: ET l'lhgknck dks réformes

« la défense des iiilérùts des classes ouvrières forme une partie intégrale de leur programme ». Les « intellectuels » russes sont donc restés fidèles à leur tradition. Mais leur formule diflere de celles des socialistes, qui est la « défense des intérêts du prolétariat par les prolétaires ». Les intellectuels de la Osvohojdèiiiijè peuvent donc être regardés comme des « réformateurs sociaux » et il est bien connu (jue ces derniers sont répudiés par les révolutionnaires socialistes de tous les pays (Allemagne, France, Italie, Angleterre). En réalili';, l'accord n'est guère possible entre un programme qui essaie d'accentuer les contradictions sociales et un programme <[ui cherche i» les atténuer. L'un travaille pour la paix sociale, l'autre pour la révolution sociale ; l'un est plutôt humanitaire, l'autre est strictement une doctrine tle classe; l'un est opportuniste et transige pendant que l'autre est irréductible et préconise la lutte sociale. La concuirence étant toujours plus âpre entre les rivaux plus rapprochés, c'est peut-être pour cela ({lie jamais article de la Osi'obojdénujè n'a été plus violemment attaqué par les socialistes que l'article sur les réiormes agraires, lequel demandait non seulement que « l'Etat contribuât à l'acquisition des terres pour les classes ouvrières », mais admettait même, comme un des moyens pour arriver à ce but, « l'expropriation par autorité » des propriétaires*. Dans ces conditions, il serait évidemment inutile de discuter un programme commun de réformes économiques et sociales. Le fait que la conférence de Paris reste muette au sujet de ces réformes en est l'aveu tacite. Tant que la réforme politique reste la première et principale réforme à accomplir, il n'est évidemment pas utile de discuter des questions aptes à provoquer des divergences, au lieu de conduire à u l'action coordonnée ». Aussitôt que cette réforme politique sera accomplie, la disposition des partis subira un changement radical; et il est très probable que les réformes économiques lourniront le prétexte de ce remaniement. Des libéraux deviendront bourgeois ou « agraires », parmi lesquels aussi d'autres resteront .intellectuels; d'autres encore s'enrôleront parmi les socialistes ;

' Voir hi Osvobojdèniijé n" 9 (33) et V Elinceîle n" 54-

une difTéreuciatiou similaire entre les modérés et les pins radicaux résultera des conditions d'une vie politique plus libre. Mais, justiuà Tavènement de la liberté politique, tous — suivant un accord tacite on formel — feront cause commune contre l'ennemi commun, etleur unité d'action s'accentuera dansTavenir comme elle n"a jamais cessé d'aller en s'accentuant dans le passé. La « déclaration » des partis opposés et révolutionnaires marque l'apogée du mouvement politique en Russie. Comme résultat pratique, elle isole le gonvernemeni; russe dans sa lutte avec l'opposition. C'est ce qui constitue le trait le plus important de la situation actuelle. Vovons quels sont les faits et les événements récents pouvant prouver cette assertion. Les membres des zemstvos, considérés comme un ensemble, ne sont pas Identiques au parti « Emancipation ». Mais l'opinion publique courante est si forte que leur programme, formulé dans la pétition au tsar, est celui de « Emancipation ». Xous avons vu que, déjà en 1902, des voix s'étaient élevées dans les comités locaux pour demander une constitution. ^lais ces voix étaient indistinctes et, si l'une d'elles prenait un accent plus net, elle était étouflTée et son possesseur envové en exil. Or ces revendications furent reprises non pas cette fois par trois ou quatre individus isolés, mais par une centaine au moins, et cela, non pas dans les assemblées locales, légalement convoquées dans les districts, mais dans une assemblée semi-officielle des membres de tous les zemstvos, convoquée sur l'initiative du ministre Sviatopolk-Mirsky, d'abord défendue, et enfin tolérée à Pétersbourg. Ce fut, dans l'histoire russe, la première Assemblée qui représenta les zemstvos comme un ensemble, et qui formula l'opinion des zemstvos, non sur des questions locales et économiques, mais générales et politiques. Cette assemblée formulait une revendication bien plus positive que celle des quelques membres exilés en 1902. Sa pétition énumcre tous les droits fondamentaux de l'homme et du citoyen : « L'inviolabilité de la personne et du foyer. Pas de jugement sans procès, et pas de restriction des droits sans jugement d'un tribunal indépendant. Liberté de conscience et liberté de la presse et de la parole. Droits égaux, civils et politiques, pour tous les ordres sociaux et, comme conséquence, adranchissc-

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