‹ La crise russeChapitre 55 sur 57 · L.v ciusK KT i/uiu;knce des héioumes · texte numérisé non relu

L.v ciusK KT i/uiu;knce des héioumes

incnl des paysans. Auttniomic locale et intiiiic'l[)al(.* cl linalement, comme coiulltion générale et garantie de tous les droits précédents : ropri-sentation régnlirro, par un coi'ps élu qui parlicipora ii la It'gislalion, à rétablissement du i>udgel, et survcilleia l'administration. » Sur ()(S membres présents, y i votèrentcelte dernière clause dans son intégralité, pendant (jue laniinorité, c'est-ii-dire les plus conservateurs, se contentèrent d'une « représentation régulière par un corps élu ([ui participera ;i la législation ». Les conservateurs trouvèrent cette réforme « alisolument nécessaire » au développement normal de l'Ktat et de la société.

, Dans le dernier paragraphe de leur pétition, les membres des zemstvos demandaient que les réloriues ii venir fussent réalisées avec le concours « des représentants du peuple librement (-lus j), c'est-à-dire ([u'ils demandaient la convocation de « l'Assemblée constituante ».

Ce degré d'unanimité de l'assemblée de Pétersbourg a surpassé ce qu'attendaientles observateurs les plus optimistes, qui ont suivi de près les derniers événements de la vie politique delà Russie. La (( pétition des droits » du 19 au 21 novembre 1904 restera comme une page glorieuse de nos annales; et, quels qu'en soient les résultats pratiques immédiats, nous n'en pouvons pas exagérer l'importance politique. Ce fut le premier programme politique du parti libéral russe, ouvertement promulgué dans une assemblée, qui avait le droit moral et légal de représenter le libéralisme de l'Empire entier. La pacification de la Russie dépendait, à ce moment, de la réponse que ferait le tsar. Cette réponse semble avoir été arrêtée plus ou moins d'avance ; sans cela, on n'avait aucune raison politique de permettre ii l'assemblée de se réunir à Pétersbourg et de formuler ses demandes.

La Russie entière était dans la fièvre de l'attente, et, en attendant, tous les groupes sociaux : écrivains, journalistes, professeurs, savants, avocats, ingénieurs, cercles provinciaux d'intellectuels, ouvriers, étudiants, sociétés savantes, public des rues, chacun, selon sa manière, par des démonstrations, des banquets, des motions couvertes de milliers de signatures, s'empressait d'approuver la pétition des zemstvos. Jamais le

pays n'avait vu une action politique mieux coordonnée, quoique les journaux socialistes eussent établi une ligne de démarcation très nette entre leurs propres revendications et celles des libéraux et eussent essayé d'introduire des ouvriers dans les assemblées de ces derniers pour les amener à comprendre dans leurs résolutions une demande plus lormelle du sufïVage universel « direct, égal et secret », la liberté des grèves, une assemblée constituante et finalement la cessation immédiate de la guerre. Ces demandes furent acceptées dans beaucoup de cas, car, en réalité, elles n^étaient pas en contradiction avec les revendications des libéraux, qui, souvent même, les contenaient implicitement. La liberté de la discussion et l'audace des orateurs dépassèrent tout ce que la Russie avait jamais vu.

ï.,e même esprit animait la presse. Des journaux conservateurs, comme le Novoié Vré/nia, devinrent libéraux, des libéraux devinrent radicaux, et deux nouveaux cjuotidiens parurent à Pétersbourg pour soutenir l'opinion publique dans ses revendications les plus avancées. Malgré une censure sévère, ils emplovaient un langage si audacieux qu'il n'avait jamais eu de précédent dans l'histoire de la presse russe, à part peutêtre deux exceptions au début de l'ère des grandes réformes (1859 ^^ 1861), et en 1881. Des manifestations publiques dans les rues, bien que pacifiques, étaient réprimées sans pitié'. Des policiers et des « portiers » -, en groupes de quatre ou cinq, se jetaient sur des étudiants et des jeunes filles isolés et sans défense, et les frappaient à coups de poing et à coups de sabre, jusqu'il ce que les pauvres victimes tombassent sans connaissance ; quelques-unes en moururent, les autres restèrent estropiées. C'était là évidemment une tentative préméditée et systématique de terrorisation . Elle n'inspira (jue haine et vengeance.

Pendant ce temps, dans le palais du tsar, à Tsarskoïé-Selo, on discutait la question des réformes et, dans une séance de cabinet présidée par le tsar, le 1 5 décembre, on donna à cette

* Voir page 3^^^^ noie. Uno chose soniblahle s'est produite pour les manifestations des 18 et 19 déceinbi-c lyo.',, à Mosei)u, réprimées par Trépov et le grand-duc Serge.

' Voir page i^-a.

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question une solution ([ul, loin tic terminer le conflit, creusait irrénuHliahlenifnt raljinu'(|ui sépare le tsar de son peuple. M. Monraviev, ministre de la justice, prenant le premier la parole, essaya de prouver que le tsar n'avait pas le droit de chan<r(;r l'organisation politi(jue existante.

Puis, M. Pobedonostzev essaya également de prouver la mémo chose par des arguments d'ordre religieux. Il croyait, pour citer son laiîgage spécial, « que la Russie tomberait dans le péché et reloui nerait ii la barbarie )),sile tsar abandonnait son pouvoir, (jue la religion et la morale en souffriraient cl que la loi de Dieu serait violée. Ce lurent de tels arguments qui, provisoirement du moins, décidèrent du sort de la llussie. C'est en vainque M. Svlalopolk-Mirskv voulut démontrer que le ministre de la justice déraisonnait, et M. Witte conclut en ces termes : « Si l'on savait que la loi et la religion délendent à l'empereur d'introduire de son propre gré des réformes fondamentales, une partie de la population en conclurait (juil faut obtenir ces réformes par la violence. Ce sei'ait un véritable appel à la révolution. » M. \Vitte était ce jour-là piophète.

Comme résultat de la discussion, on publia le manileste du 26 décembre 1904. Il débutait par la déclaration suivante : « Lorsque le besoin detelou tel changement aura été reconnu mùr, il sera envisagé, même si la transformation à laquelle ce changement aboutit devait entraîner l'introduction de mesures entièrement nouvelles dans la léoislati jn . » Cette déclaration solennelle se trouvait pourtant contredite d'une façon ridicule et réduite à rien par l'affirmation contraire qui l'avait précédée : « Le strict maintien de rimmutabillté des lois fondamentales doit être considéré comme un principe établi du gouvernement. » Toutes les innovations pouvant déranger cette immutabilité des lois fondamentales furent à dessein et d'avance qualifiées par le manifeste comme des « tendances souvent trompeuses et souvent provoquées par des circonstances passagères n. Ces principes préliminaires suffisaient pour rendre peu probable toute concession ultérieure. Toutes les demandes des zemstvos, excepté la réforme politique, furent mentionnées dans le manifeste, mais les changements promis furent spécifiés dans des termes si ambigus et accom-

pagnés de tant « de limitations, de possibilités » et autres restrictions, que 1 impression du manifeste fut juste le contraire de ce qu'on en attendait. Les mesures qui suivirent immédiatement augmentèrent encore le contraste entre les promesses et les bonnes intentions du gouvernement et 1 implacable réalité. Tandis que le nianifoslc promettait de réexaminer les lois exceptionnelles et « provisoires » que le gouvernement avait décrétées dans Tintérèt de sa défense, ce dernier jugea nécessaire d'accentuer les mesures de répression par des perquisitions, des arrestations, etc. Pendant qu'il promettait d'abolir larbitraire et d'introduire un régime de « légalité », une troupe de policiers de Xijni-Novgorod fit irruption dans un club, et traita les gens qu'elle y trouva comme desimpies manifestants politiques de la rue, les abattant à coups de sabre... et cet exploit resta impuni. Le manifeste promettait d'afFranchir la presse de la répression « excessive », et il y eut une avalanche de mesures répressives contre la presse. En trois semaines (décembre), il y eut sept avertissements, deux interdictions de vente au détail, une admonestation sévère et deux journaux furent suspendus pour trois mois. Le manifeste répondait, eu essayant de le faire alfirmativenient, aux demandes politiques <les zemstvos, et en même temps un ordre fut promulgué défendant la discussion, par les zemstvos, de toute demande politique. Le tsar s'engageait à tenir les promesses de liberté religieuse qui avaient été faites dans un manifeste antérieur de 1903, et en même temps, le Saint-Synode, inspiré par M. Pobedonostzev, promulguait une lettre adressée au clergé, qui ressemblait beaucoup à un désaveu du tsar et qui invitait les prêtres à prier Dieu pour qu'il donnât, plus de sagesse et plus de pouvoir u l'empereur.

Bref, le manifeste eut pour résultat non pas la pacification, mais une irritation encore plus grande. Son seul résultat positif fut l'aveu qu'il y avait de bonnes raisons pour les plaintes et les réclamations de l'opinion publique. 11 fut aussi la preuve que les concessions avaient été jusque-là refusées par le gouvernement, non pas selon un plan systématique de sage politique, mais simplement parce qu'il n'y avait pas urgence. Evidemment, le omis prohanclL était pour l'opinion publique.

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Elle devait prouver (iiic le besoin de tel ou tel changement était « niùr », a(in ([ue le gouvernement pût le prendre en considération. Au Heu de diminuer, la tension allait toujours en croissant.

Une explosion était inévitable. Ou en parla ouvertement, les uns avec crainte, les autres avec assurance, mais chacun le prévoyait. Tout le monde citait la Révolution française. \^c prince Troubetskoï, le maréchal de la n(»bless(; moscovite, informa le tsar, par une citation historique, ([ue ce (ju'il avait vu il Moscou « n'éttiit plus une émeute mais une révolution », et le srand-duc Vladimir, dans une interview donnée ii un journaliste américain, citait une phrase de Napoléon egalenienl proverbiale : « Il faut mitrailler cette canaille. »

.Or, comme cela arrive souvent, la crainte contribua à précipiter le danger ([u'on craignait. Le 29. janvier i<)o:"), les autorités de Pétersbourg, dans leur nervosité, répétèrent, sur une plus grande échelle et en plein jour, ce que l'amiral Rodjestvinsky avait fait dans les ténèbres de la nuit aux pècjieurs de Hull. Ils firent feu sur une foule d'ouvriers sans armes, qui essayaient de voir le tsar dans son palais d'Hiver, afin de lui remettre personnellement une pétition demandant l'amélioration de leur sort. Pour compléter le parallèle, les autorités essayèrent de justifier leurs craintes par des allégations semiofficielles — attribuées au grand-duc Serge par la presse européenne et américaine — expliquant que les désondres de Pétersbourg étaient provoqués par l'argent anglais et japonais.

L'idée de présenter une pétition au tsar n'était rien moins que révolutionnaire ; elle était plutôt traditionnelle, et bien que notre histoire compte des exemples où les supplications du peuple reçurent l'accueil du 22 janvier (au xvii" siècle par exemple, le tsar Alexis fit massacrer par ses soldats la loule qui était venue à son palais de Kolomenskoïé), elle en compte aussi d'autres où la réception a été difïercnte. En 1878, une députation d'ouvriers fut reçue avec bienveillance dans le palais Anitchkovpar le prince héritier, qui devait être Alexandre IIL Le 22 janvier, les pétitionnaires avaient d'autant plus raison de croire au bon accueil du tsar que l'initiative de leur démarche

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venait de la « société » des ouvriers de Pétersbourg, organisée l'année précédente par le gouvernement lui-même, dans le but de constituer, parmi les ouvriers, un parti gouvernemental opposé aux sociétés révolutionnaires des socialistes. Le père Georges Gapone. — le premier héros de la révolution russe, — était le président de cette société, inaugurée avec la bénédiction de ce même archevêque de Pétersbourg, Antonius, qui devait l'excommunier « le dimanche rouge ». Et tout l'aspect tle la procession, avec les icônes et la croix, avec le portrait du tsar que portait un prêtre, revêtu de ses vêtements sacerdotaux des grands jours, ne ressemblait en rien aux démonstrations socialistes qui, au déploiement des drapeaux rouges, chantaient la Marseillaise. Cependant, la foule du 22 janvier était, sans aucun doute, révolutionnaire. La tension générale était alors si grande qu'en moins d une semaine de préparatifs ce mouvement, purement syndical, était devenu politique. La police n'ignorait rien; mais, au lieu d'empêcher la démarche, elle aima mieux donner au bon peuple une sanglante leçon — in anima cili — comme elle en avait donné une aux étudiants de Pétersbourg et de ^loscou les 11, 18 et i() décembre.

L'origine syndicale de ce mouvement se rattache intimement h l'évolution de la société des ouvriers de Pétersbourg, fondée sous la protection de la police, laquelle, à un certain moment, se rendit compte (jue les ouvriers de la société prenaient trop au sérieux les promesses du gouvernement. La société devint très répandue et avait onze filiales à Pétersbourg ; elle sentait la force de son pouvoir et devenait agressive dans ses rapports avec les patrons. Alors, la police retira sa protection aux ouvriers « indépendants », et les patrons, dans une assemblée du mois de décembre, décidèrent de renvoyer les a syndiqués ».

Ce lut le premier signal, et les premières revendications, purement syndicales, lurent formulées par la société dès le i5 janvier.

Mais déjà le lendemain, des orateurs social-démocratiques, apparaissaient dans les réunions des ouvriers. Bientôt le mouvement entra dans sa deuxième phase, et les revendications professionnelles firent place au programme minimum de la

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social-cléniocratie. Immécliatcment vint la troisit-mc pliase où aux revendications socialistes furent ajoutées les revendications politiques (juc toutes les classes de la société formu- • laient aloi*s, et que le père Gapono, « le Lassalle russe », appusa avec enthousiasme. En quelques jours, tous les ouvriers de Pétersbourg étaient en grève. Quel([ues jours plus tard, la grève s'était répandue dans toute la Russie, devenant pai'ticulièreinenl aiguë dans les prf)vinces polonaises et dans le (Caucase, Beaucoup de Russes crurent alors sérieusement ii un commencement de guerre civile.

Mais la crainte, comme l'espoir, était exagérée. Bien ([ne ce lût, en vérité, la plus grande dt-monstration polilifjue (pie la Russie eût jamais vue, qu'il y eût des centaines de morts et des milliers de blessés, le mouvement fut vite nové dans le sang, et une tranquillité relative, autant que piovisoire, put être établie. Néanmoins, tout le monde savait ([ue le gouvernement venait de remporter une victoire h la Pyrriuis, et son autorité morale avait sombré dans le sang des malheureuses victimes du i?2 janvier. Les classes éclairées, dans leurs réunions, se levèrent pour rendre hommage u la mémoire de ces martyrs, comme elles s'étaient levées en l'honneur de Sazonov, (c l'exécuteur » de ^I. Plehve. Ainsi, loin de cesser, la lutte devient de plus en plus intense. Des concessions immédiates, beaucoup plus grandes et beaucoup plus décisives que celles du manifeste du 26 décembre, peuvent seules maintenant conjurer des désastres futurs.

Quelle est donc la position du gouvernement en face de cette nécessité urgente ? ^lalheureusement, il est aussi incertain et aussi vacillant que jamais. Sans programme personnel, le gouvernement se traîne à la remorque de l'opinion publique, et lorsque, finalement, il sedécideà faire quelques concessions insignifiantes, il est toujours trop tard, et les revendications du public se sont considérablement accrues.

V.n somme, comment pourrait-il avoir un programme de réformes importantes, avec ses théories d'immutabilité nationale ? Nous savons combien, à son apparition, était inefficace et rudimentaire cette théorie de nationalisme officiel. 11 y a environ soixante-dix ans, elle sortit du slavophilisme en

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dépouilhint ce dernier de tout sens profond et de toute interprétation libérale. Les grands-prètres actuels du nationalisme olliciel ne restent même pas au milieu de cette théorie nationaliste simplifiée et déligurée. La théorie du nationalisme ofliciel avait été appelée à justifier le système « de conservation » de l'autocratie qu'on a délibérément applicjné depuis cette époque'. ^Liis, celte politique de conservation étant, depuis, devenue elle-même une tradition, sa justification théorique, pour une raison ou pour une autre, ne semblait plus nécessaire. Elle était devenue un axiome dont la sagesse était basée, non sur un argument, mais sur des précédents. « L'exemple » donné par le « prédécesseur » était toujours là pour remplacer une raison sociologique. politi([ue ou même strictement pratique. Le seul semblant d'argument théorique est celui de ]\L Pobedonoslzev - et, comme nous lavons vu, celui-lii est purement négatif. Retarder ou détruire tout ce qui est nouveau, tout ce qui veut naître, éliminer tout ce qui est vivant : voilà en quoi a consisté, durant ces quarante dernières années, la seule doctrine d'Etat. Elle peut s'appeler justement le nihilisme gouvernemental, La suprême stupidité de cette conception n'a eu d'égale que la sérénité de sa confiance. Le pouvoir « paternel » de l'Etat traitait obstinément « ses sujets » en enfants ou en mineurs. Il prétendait seul posséder la science et la sagesse suprêmes, inaccessibles à la « raison bornée » de ses sujets. Naturellement, lorsque l'opinion publique lui présentait certaines réclamations, loin de songer à les prendre en considération, le pouvoir « paternel w essavait plutôt de s'en tirer avec des persécutions inelficaces ou des concessions insudîsantes. Un a jamais essayé l'unique solution pacifique possible : gouverner apet- et non 60«//e l'opinion publi()ue. Consé([uemment, il n'y eut jamais ni système, ni sincérité de la part du gouvernement qui, en fait de concessions, n'accordait juste «jue celles qu'on pouvait lui imposer, seulement à ceux (jui pouvaient les lui imposer, et pas avant qu'ils le pussent. Et il retirait graduellement ces concessions, aussitôt que ceux

* Voir pages liJet l'i!^.

* Voir pages 4 j et 44.

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qui les lui av;»iciil imposées s'occupaient ailleurs. C'est Hi toute riiistoiie des « f^raiulcs rélorines » d'Ali-xantlre II. C'est là aussi rhisl(»irr (le notre létïislalion ouviière. Les lois de i8Si h i88(), celles de i88~ comme celles de i()o3, ont toutes été promulguées après de longues grèves et de graves désordres. Mais, la dilliculté passée, ces lois furent modiliécs et réduites à néant par toutes sortes c d'instructions ». Pendant ces dernières années, où le mécontentement public est devenu parliculièremenl intense, on eut rccouis, pour tromper ropinion, il un svslÎMue (jui consistait ii organiser des meetings pour féliciler le a(>iivernement et le remercier de sa sollicitude paternelle envers ses « sujets ». C'est ainsi que la police de Moscou en organisa un le 4 mars 1902, en l'honneur du grand-iluc Serge. Alors (jue les véritables grèves étaient sévèrement défendues et punies par la loi, des gendaiMiies et des espions organisaient des svndicats d'ouvriers, sous la protection de la police, et de temps en tenqjs triomphaient dans une grève.

La police envoyait au tsar des dépulations d'ouvrieis répudiées par leurs mandataires supposés, A côté de ces ouvriers « indépendants » il v avait des étudiants « libre-agissants » incorporés et protégés par la police. On essaya même de former dans les zemstvos un parti du gouvernement. On accordait la protection officielle n certaines sociétés et assemblées « russes » formées en dillerentes villes et composées de fonctionnaires et de gens vivant des faveurs ollicielles, qui devaient faire parade de nationalisme et de patriotisme chauvin, parler au nom de la société éclairée et représenter l'opinion. Pour désigner ces essais oflTiciels de « falsification de l'opinion publi([ue, lesRusscs ont créé un terme spécial. On les appelle « l'œuvre de "SI. Zoubatov » (^Zoiilxitoftckinci)^ du nom dun détective ingénieux qui appliqua le système sur le conseil d'un renégat du parti révolutionnaire de « la Volonté du peuple », jNL Léo ïikhomirov.

Mais, au lieu d'aider le gouvernement à sortir de ses dillicultés, toutes ces tentatives, et d'autres semblables, échouèrent piteusement et lui en créèrent même de nouvelles. C'est ce qui arriva particulièrement dans ralFaire des faux svndicats

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ouvriers, lesquels éveillèrent la conscience solidaire des couches que la propagande socialiste n'avait pas encore pu atteindre, et servirent ainsi h la cause socialiste. Ainsi, loin de duper qui que ce soit, le gouvernement devint la dupe de ses propres œuvres.

Mais, outre le danger qu'il y avait pour le gouvernement à s'endormir dans l'illusion dune paix intérieure, alors que le mécontentement couvait, il devait encore en surgir un autre, la disparition graduelle de toute confiance en sa sincérité. Et lorsque le temps des concessions réelles fut arrivé, personne ne put plus croire en la bonne foi de ses promesses. Les manifestes impériaux du ii mars 1903 et du 23 décembre 1904 nt' firent qu'augmenter le scepticisme général. Aujourd'hui même, les éléments modérés de l'opinion pviblique sont disposés à se joindre aux radicaux pour exiger que l'œuvre des réformes i» venir se fasse, non sur les conseils du gouvernement, non par des institutions comme le conseil des ministres, qui a toujours été une arme dans la main des réactionnaires, ou par le Conseil d'Etat, corps de fonctionnaires enlevés, pour la plupart, h des fonctions supérieures pour cause de sénilité, d'incapacité, ou de tendances trop réactionnaires \ mais par les représentants librement élus du peuple, dans une Convention constituante spéciale. C'est aussi le seul moyen capable d'amener des hommes nouveaux ii la politique. La composition actuelle de la classe de nos fonctionnaires est extrêmement défectueuse. Le svstème d'éliminer le talent et l'indépendance pour favoriser l'obséquiosité et l'intrigue, ce qui est « sélection naturelle » a rebours, a eu pour résultat de faire de l'incurie et de la malhonnêteté les qualités les plus adéquates au service de l'Etat.

Le gouvernement lui-même doit sentir amèrement la nécessité d'un changement radical dans les méthodes d administrati(jn. Au ministère hypocrite et violent de Plehve succéda le gouvernement de « bienveillante autocratie » du prince

' La prciiiiiTfî de ces mélbodes est inaiiitciianl employée jjar le gouverneineiit : la seconde a éti- proposée parles maréchaux de la noblesse, qui voulaient que le Conseil d'Etat fût assisté de représentants des <rorps constitués autonomes. L'opinion publique ne saurait accepter aucun de <:es deux projets.

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Sviatopolk-MirsUy, dont le progniinine était encore plus impossible que celui du premier. La chose la plus triste est que le gouvernement ne semble nullement avoir acquis de Texpcnence, puisqu'il se dispose a appliquer de nouveau l'hvpocrisie et la violence. Le projet de convoquer une Zemski Sobor sera certainement interprété comme une ruse, ;i moins qu'il n<soit exécuté de façon à contenter la colère du public. D'abord, il ne faudrait pas appeler rassemblée future Zemski Sobor, ce terme étant tombé en discrédit.

Quant a la violence, elle a toujours sévi. Les nominations de M^L Trépov et Bouliguine, pour succéder au prince Sviatopolk-Mirsky, doivent être considérées comme une menace et une provocation. (Ihaenn sait que ces hommes appartiennent au parti de leu M. Bogoliépov, le ministre de l'instruction publique, et de ^L Zvérev, qui vient d'être révoqué comme chel de la censure. Tous ces hommes ont reçu leur éducation pohtKjue à ^Moscou, sous les auspices du grand-duc Serge, dont la politique bien connue était implacablement révolutionnaire, et qui faisait tenir toute sa science dans cette formule condensée : « Etre ferme ».

Que signifie en réalité cette formule ? L'expérience n'a-t-elle pas démontré abondamment qu' <( être ferme », dans le sens que le grand-duc donnait à ce mot, n'est pas « être fort n, mais aveugle et sourd, et qu'elle équivaut ii vouloir arrêter une avalanche avec ses deux mains? Battre du tambour pour arrêter une éclipse de soleil serait encore plus sage, parce que le tambour ne (ait de mal à personne, tandis que « être ferme » devant une avalanche équivaut à provoquer une catastr(q)he.

L'histoire connaît peu d'exemples d'un semblable aveu^dcment volontaire. Le inonde civilisé regarde, efiTaré et terrifié le triste spectacle de la Bussie, et il ne comprend pas qu'on ne voie pas là-bas ce qui est si évident pour tous les étrangers. Comment, à moins d'être frappé de folie, peut-on continuer un jeu aussi dangereux, un jeu où il y a si peu d'espoir de gagner ?

Si ceux qui font durer ce spectacle ne sont pas mentalement malades, il est indubitable qu'ils sont au moins des monomanes. Ce sont les utopistes de l'autocratie.

CIIAl'ITRK VIII

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