Chiffre donné par Garnier-Pagès
LE LENDEMAIN DE LA RÉVOLUTION
aussi bruyants dans la forme que vides dans le fond, quelles idées peut-on dégager qui semblent communes à ces hommes dont les circonstances font les maîtres de Paris?
Les premières sont évidemment des idées politiques : ils veulent la République, et une République qui soit vraiment démocratique, égalitaire, qui consacre l’affranchissement de l’ouvrier en lui donnant la plénitude des droits d’un citoyen, en faisant de lui l’égal du bourgeois; donc, souveraineté du peuple et suffrage universel, disparition du pays légal, tout Français devenant électeur, et aussi garde national, ce qui est fort important; puis, toutes les libertés refusées par la monarchie, liberté de réunion, liberté d’association, liberté de la presse sans timbre ni cautionnement, etc....
A ce point de vue d’ailleurs, la victoire est complète, et il suffira de prévenir une réaction bien désarmée pour le moment. Mais, à côté des préoccupations politiques, apparaissent partout les préoccupations sociales : les chefs veulent satisfaire les aspirations de la masse, que nous avons déjà analysées. La Société des Droits de l'Homme se donne pour but, non seulement « de défendre les droits du peuple dans l’exercice desquels la révolution de Février l’a réintégré », mais encore « de tirer de cette révolution toutes ses conséquences sociales » i. « Sans la réforme sociale, il n’y a point de République, proclame Thoré 2. Si l’Assemblée n’abolissait pas bravement le prolétariat social, il faudrait continuer, au nom de l’égalité, la révolution engagée au nom de la liberté. » Et Blanqui, à la Société républicaine centrale , impose aux affiliés une déclaration ainsi conçue : « La république, comme la monarchie, peut ombrager la servitude sous son drapeau.... La tyrannie du capital est plus impitoyable que celles du sabre et de l’encensoir. La révolution de Février a eu pour but de la briser. Ce but est aussi celui de la Société républicaine. »
Mais comment briser cette tyrannie? Écartons d’abord les violences systématiques et outrées de ceux qui, à la tribune
1. Manifeste de la Société des Droits de l’Homme et du Citoyen.