‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 108 sur 158 · Balleydier, op. cit., p · texte numérisé non relu

Balleydier, op. cit., p

LA CRISE SOCIALE DE i848

pas très nombreuse, mais énergique, et paraissant décidée à défendre le gouvernement contre « les communistes 1 ».

Le môme phénomène se produisit pour la garde mobile, née d’une idée de Lamartine, qui s’inspira sans doute des volontaires de la Charte de 1830 2. Il avait remarqué dans la toule qui assiégeait l’Hôtel de Ville, le jour de la Révolution, une « masse mobile, turbulente, légère comme l’écume. C étaient des enfants ou des adolescents de douze à vingt ans, ii réfléchis par nature, indisciplinés par leur divagation perpétuelle à travers une capitale, irresponsables de leurs actes par leur âge et par leur mobilité.... armée sans chef et sans cause, toujours prête à prendre pour chef le premier venu, et pour cause le premier désordre.... Lamartine calcula que ces jeunes gens abandonnés au vagabondage et à 1 émeute, ou bien enrôlés sous la discipline et sous la main du gouvernement, feraient une différence réelle de cinquante mille hommes pour la cause de l’ordre contre la cause de 1 anarchie. Il rentra; il présenta en deux mots ces considérations rapides à ses collègues. Ils les sentirent sans les discuter. Un signe de tête était tout le vote dans ces uigences — Payer lui procura un lambeau de papier commun déchiié d une leuille déjà à demi écrite; Lamartine y rédigea le décret qui instituait séance tenante vingt-quatre bataillons de garde mobile et passa le papier à ses collègues; ils le signèrent. La nuit même les enrôlements furent ouverts 3 ».

Ce ne lut pas sans crainte que la bourgeoisie parisienne vit se constituer cette troupe recrutée parmi la population flottante de la capitale et composée des éléments les plus suspects. « La masse, en effet, ne sortait pas des ateliers où la position de chacun a une certaine fixité, parce qu elle suppose une aptitude particulière. A côté de quelques jeunes gens appartenant aux classes aisées et

i. Au ministère de 1 Intérieur, le poste improvisé pendant la Révolution céda egalement la place a des hommes plus sûrs, que Garlier recruta parmi les anciens condamnes po itiques et que commandait un nommé Considère. Mais ils restèrent indiscernables, et Ledru-Rollin dut les licencier. (Déposition Carteret, Commission d’enquête , t. I, p. 253.) r

t *11 Cp’ ^varenne> My*tères de l'Hôtel de Ville, p. 4; et Rittiez, op. cit.,

3. Lamartine, Histoire de la Révolution de ÎRU S, t. I, p. 292, 293.

LE LENDEMAIN DE LA RÉVOLUTION

poussés là par une vague espérance d'avenir ou par le désœuvrement, les listes contenaient surtout les noms de gens qui ne tenaient absolument à rien, qui souvent même n’avaient pas d’état. 1 «

Ces déracinés furent confiés au général Duvivier, qui, après 1830, avait déjà accompli le miracle de transformer en soldats à peu près disciplinés les volontaires de la Charte , d’origine semblable. Les débuts furent pénibles, non au point de vue de la discipline, car les engagés montraient une très grande bonne volonté, mais au point de vue de l’équipement; ils restèrent assez longtemps presque en guenilles, sans chemises, vêtus de pantalons troués et de blouses qu’ils faisaient sécher étant au lit parce qu ils n’en possédaient point de rechange2; ils attendaient longtemps leurs fusils, qu’ils réclamaient avec impatience; on finit par leur en distribuer, d’un vieux modèle à silex, qu’on retrouva à Vincennes3 4. « L’armement transforma ces jeunes gens qui se prirent de passion pour leurs fusils, et, en six semaines, se trouvèrent suffisamment instruits pour compter comme force militaire.... « Ils conservèrent bien toujours un esprit foncièrement indocile et une fâcheuse disposition à contester le pouvoir de leurs chefs, nommés pourtant par élection; mais chacun d’eux, en sachant son présent assuré, commença bientôt à tenir à sa situation et à se rattacher au gouvernement h » Malgré le travail entrepris pai les clubistes, qui créèrent un club central de la garde nationale mobile et s’efforcèrent d’en instituer des filiales dans toutes les casernes5, la garde mobile prouva plus tard, aux émeutes de Rouen, fin avril 6, et pendant 1 insurrection de juin, qu on pouvait compter sur elle pour la défense de 1 ordre.

La Préfecture de Police échappant au Gouvernement provisoire, il était indispensable à celui-ci, et en particulier

i. Audiganne, Les populations ouvrières et les industries de la b rance t. I, p. 020.

i. Rittiez, op. cit., t. II, p. i4-

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