‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 11 sur 158 · Cf. l’arrêté du 16 fructidor an IV · texte numérisé non relu

Cf. l’arrêté du 16 fructidor an IV

LA CRISE SOCIALE DE i848

d’une certaine tolérance, pourvu que l’ordre ne fût pas troublé.

De même, la protection de l’État à l’égard des ouvriers, et en particulier son obligation de leur fournir du travail qu’avaient promises les Assemblées précédentes comme contrepartie de leurs interdictions, disparurent peu à peu sans qu’on les réclamât. Au début, certains préfets marquèrent bien une tendance à intervenir dans les difficultés entre maîtres et ouvriers et à fixer, dans de grandes usines, les conditions et en particulier la durée du travail *, mais de telles mesures furent dénoncées comme illégales, et l’administration impériale, satisfaite d’avoir créé une assistance publique, laissa tomber dans l’oubli les autres devoirs sociaux de l’État avec les utopies révolutionnaires dont elle avait refusé l'héritage.

Cet état d’esprit ne lit que s’accentuer sous la Restauration, peu préoccupée d’ailleurs des questions sociales et dominée, au point de vue économique, par la liquidation des biens nationaux. La prospérité, après une crise assez grave au début, en 1818, avait paru persister sous l'influence d’une longue paix qui avait permis de renouer de durables relations avec l’étranger, sous l'influence aussi du développement que l’industrie devait à l’emploi de plus en plus étendu des machines. La richesse générale du pays augmentait1 2 et « la situation matérielle de la classe ouvrière, envisagée dans son ensemble, suivait le progrès de la richesse3 ». Mais dans cette période favorable elle-même, qui se prolongea jusqu’en 1826, on aurait pu voir se manifester, par suite de l'intervention même des machines et de la création d’une grande industrie, les symptômes d’un malaise social, encore localisé, qui ne devait pas tarder à se généraliser.

Pour la bourgeoisie, enrichie par le mouvement croissant

1. Cf. Du Cellier, Histoire des classes lab'>rieuses en France p 34 1 Levasseur, o p . cil., t. I, p. 38a et suiv., 387.

2. Dutens, dans son Essai comparatif sur la formation et la distribution du revenu, en France en 1815 et en 1835, ouvrage assez superficiel d’ailleurs, avance qu’entre ces deux dates, les revenus de l’industrie avaient augmenté d® , 7 P* u)0- L’accroissement du commerce intérieur serait de 3i,7 p. ioocelui du commerce extérieur de 76,5 p. ioo.

Page 1