‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 110 sur 158 · Commission d'enquête, déposition Marrast, t. I, p. 3a · texte numérisé non relu

Commission d'enquête, déposition Marrast, t. I, p. 3a

3. 17 33j francs comme maire de Paris, 11 5oo francs comme membre du Gouvernement provisoire. Cf. Rapport de la Commission d'enquête sur les comptes du Gouvernement provisoire, et Alfred Antony, La politique financière du Gouvernement provisoire , p. 268.

/1. Cf. Commission d'enquête , déposition Arago, t. I, p. a3i.

LE LENDEMAIN DE LA RÉVOLUTION

Ce dernier danger se trouva atténué et en quelque sorte neutralisé par l’aide imprévue que Marrast trouva au ministère de l’Intérieur. Ledru-Rollin y avait choisi comme directeur de la police, chef de division du ministère, un républicain d’opinion assez modérée, Carteret, qui exerça sur lui-même une influence modératrice, et qui se trouva plus porté à collaborer avec Marrast contre Caussidière et les clubistes qu’à faire le jeu de ceux-ci contre la majorité du Gouvernement provisoire. Comme principal agent, Carteret eut sous ses ordres Carlier, qui mit une véritable passion et un réel talent professionnel à surveiller les clubs et les conciliabules secrets de leurs chefs. Ses rapports tenaient Carteret très suffisamment au courant des projets des révolutionnaires, et son intimité avec la mairie était d’autre part assez grande pour que Marrast payât à l’occasion certains de ses agents chargés de missions momentanées.

Caussidière se trouva ainsi battu en brèche de telle sorte qu’il se plaignit à Ledru-Rollin et dénonça Carlier. Mais celui-ci, soutenu par Carteret, fut couvert par le ministre et continua à travailler au profit des modérés du National b

Marrast, par contre, ne parvint pas à joindre à cette police d’information une police de répression qu’il pût opposer aux Montagnards de la préfecture. Il pensa à créer une garde républicaine, mais, avant qu’il eût trouvé l’argent et les hommes, Caussidière s’empara de l’idée et la réalisa pour son propre compte2. On essaya aussi de se servir des anciens gardes municipaux, licenciés le 25 février sous la pression de la haine populaire ; ils avaient été recueillis aux ateliers nationaux, où Emile Thomas pensa à en composer pour luimême une garde particulière; mais les ouvriers, l’ayant appris, protestèrent, et on les envoya alors à Beaumont-sur- Oise, où ils formèrent 4 compagnies de 225 hommes sous le commandement de leurs anciens officiers et sous-officiers.

i. Il devait se signaler, comme préfet de police, par son zèle contre les révolutionnaires pendant l’Assemblée constituante. Cf. en particulier sur tout ceci, les dépositions de Carteret et Bûchez à la Commission d'enquête, i. Cf. Merruau, loc. cit.

Quentin-Bauchart. — Crise sociale de 1848. - 15

C'était, à proximité de Paris, un noyau d un millier d'hommes sûrs : Cavaignac, plus tard, devait les rappeler pour leur confier d’abord la garde du Palais-Bourbon, puis pour en faire un corps de gendarmerie mobile à Versailles1,

En attendant, le groupe du National ne disposait pour sa défense au début de mars que de la petite troupe de Rey , assez douteuse, et de la garde mobile, encore plus suspecte, et d’ailleurs à peine en formation. En même temps, il assistait à la désorganisation de la grande force conservatrice que constituait la garde nationale. Mais, tandis qu officiellement il contresignait les actes qui y appelaient la population ouvrière et brisaient les compagnies d élite, il sefloiçait, en sous-main, de neutraliser l’effet de ces mesures, et, ici encore, c’est Marrast qui, usant de son influence de maire, y travailla souterrainement et efficacement.

En vertu des décrets gouvernementaux, tous les citoyens devaient faire partie de la garde nationale, mais encore fallait-il les connaître ; des recensements étaient donc nécessaires; mais le personnel municipal, nommé sous la Monarchie et sachant qu’à l’Hôtel de Ville on ne lui saurait pas mauvais gre, bien au contraire, de manquer de zèle, s’abstint d’y procéder, ou, s’il parut le faire, n’aboutit qu’à des résultats dérisoires. Les citoyens pouvaient bien se faire inscrire eux-mêmes dans les mairies d’arrondissements, et les journaux populaires ne cessaient de pousser les ouvriers à user de ce droit, mais, là encore, les employés s’efforçaient de les décourager par leurs lenteurs ou par les difficultés qu’ils créaient à plaisir, et souvent y réussissaient, au point que F Atelier en venait à réclamer leur épuration2.

L’inscription avait son intérêt, car elle permettait de prendre part aux élections des officiers, mais beaucoup plus importants étaient l’équipement et surtout l’armement. Les ouvriers ne pouvant, comme les anciens gardes nationaux bourgeois, apporter leur uniforme, le gouvernement devait les habiller à ses frais, et la mairie centrale avança en effet des fonds aux mairies d’arrondissements pour leur permettre

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