‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 113 sur 158 · UNIVERSEL · texte numérisé non relu

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Entre les deux éléments en présence, le premier choc se produisit le 28 février, trois jours à peine après le grand assaut populaire que marquèrent, d’une part, la répudiation du drapeau rouge, et, d’autre part, la concession du droit au travail. Ces deux manifestations successives du gouvernement symbolisaient d’ailleurs deux politiques radicalement opposées, entre lesquelles il devait nécessairement choisir quand, du domaine des formules et des emblèmes, il descendrait dans celui des faits. Ce fut Louis Blanc, cette fois encore, qui l’y contraignit.

Pour Louis Blanc, en effet, la révolution de Février n’avait de raison d’être qu’à la condition de devenir une révolution sociale : la République n’était qu’une étape nécessaire vers le but réel, c’est-à-dire vers la transformation de la

PREMIERS ACTES DU GOUVERNEMENT

société1. Et, parvenu au pouvoir, il entendait, sinon y appliquer intégralement ses idées, du moins y marquer son passage par des réformes profondes qui rendraient tout retour en arrière impossible et engageraient de façon décisive le pays dans la voie du socialisme. « Il est, a-t-il écrit2, dans la vie des peuples, des occasions suprêmes que l’instinct des hommes d’État consiste précisément à saisir. Substitution d’une Banque nationale à la Banque de France, acquisition des chemins de fer, concentration des assurances, formation d’un budget des travailleurs,., que de choses faciles alors, qui, plus tard, devaient être faussement, mais avec succès, déclarées impraticables! » A ces mesures, ses collègues sont presque tous hostiles : qu’importe! Il saura bien les réaliser de sa propre initiative, engager au besoin le gouvernement malgré lui; mais, pour cela, il lui faut un pouvoir effectif, une prise sur les faits, le droit de prendre des décisions, et le moyen matériel de les faire exécuter : en un mot, un ministère.

Or, il est arrivé trop tard, le 24 février, pour participer à la distribution des portefeuilles : celui des Travaux publics, qui lui eût surtout convenu, appartient à Marie,, un adversaire déclaré, qui va avoir à trancher des questions économiques pressantes, et surtout à régler le sort des ouvriers sans travail qu’il commence déjà à embrigader dans des ateliers nationaux. Louis Blanc peut-il laisser, passif et désarmé, ses adversaires régler dans un sens contraire à ses convictions les problèmes dont la solution socialiste justifie seule sa propre présence dans le gouvernement? Evidemment non, et, tout de suite, il pense, non point à déposséder un de ses collègues, ce qui eût peut-être été insuffisant, mais à faire créer, à son profit, un ministère nouveau, auquel ressortiront toutes les questions ouvrières et sociales, et qui, par suite, donnera dans cette sphère, à son titulaire, la plus entière liberté d’action. Le nom en est tout trouvé : ce sera le ministère du Travail , et la tâche du ministre du Travail ne sera autre que d’organiser le travail.

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