Louis Blanc, loc. cit
PREMIERS ACTES DU GOUVERNEMENT
sion, et à y siéger en qualité de vice-président. J’aimais M. François Arago, je le respectais; sa sincérité n’avait jamais été et ne fut jamais pour moi l’objet d’un doute; son abnégation m’embarrassait et me touchait à la fois.... » Et puis, malgré tout, la responsabilité d’une insurrection nouvelle, du sang versé peut-être pour une cause où tant de gens ne verraient qu’une ambition personnelle, pesait lourdement sur sa décision. Enfin, s il savait en user, ce pouvait être tout de même un formidable levier que cette commission qu’on lui offrait ; « une occasion souveraine se présentait pour le socialisme d’avoir à sa disposition une tribune d où il parlerait à toute 1 Europe; ce n’était pas une œuvre à dédaigner que la propagande faite au profit d’une grande idée, du haut d’une grande situation; ce n’était pas un médiocre pouvoir que celui de mettre en discussion, devant une multitude immense, le royaume du mal 1 ».
Il céda. On décida rapidement qu’une « Commission de gouvernement pour les travailleurs » serait créée, que Louis Blanc en serait président, Albert vice-président, avec Arago et Marrast2, qu’elle siégerait au Luxembourg, et l’on fît entrer la députation.
« Un ouvrier mécanicien, aux manières froides et fermes, au visage austère, s’avança tenant un papier à la main, et lut la pétition qui réclamait la création d’un ministère du Travail. Répondre, raconte Louis Blanc, je ne pouvais le faire selon ma conscience, sans dévoiler la discussion qui venait d’avoir lieu et sans trahir mes collègues. Ce fut M. de Lamartine qui prit la parole. Pendant qu’il parlait, l’incertitude se peignait sur le visage des envoyés du peuple. Ils m’interrogèrent du regard, et, comme s’ils eussent lu dans le mien ce qui se passait au fond de mon âme, ils se retirèrent en silence. »
Le décret fut ensuite rédigé par Louis Blanc, avec des considérants qui en magnifiaient l’importance, et signé par tous les membres du gouvernement 3. Le lendemain, une