‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 116 sur 158 · Il parut au Moniteur du lendemain · texte numérisé non relu

Il parut au Moniteur du lendemain

LA CRISE SOCIALE DE i848

nouvelle manifestation, plus nombreuse, vint à nouveau réclamer un ministère du Travail et du Progrès. Arago, Louis Blanc, Marie, Bethmont, après avoir reçu plusieurs députations, durent descendre sur la place et y haranguer la foule. Louis Blanc tint loyalement ses engagements et n’essaya aucun retour offensif : au contraire, il annonça la création de la Commission du Luxembourg et exhorta le peuple à la modération. Les ouvriers l'acclamèrent avec enthousiasme et le portèrent en triomphe autour de la place b

Caussidière i. 2 raconte qu’au moment de signer le décret, Marrast avait murmuré :

— C’est bien fort! C’est bien fort!

Ses collègues pensaient certainement de même. Certains se sont excusés plus tard 3 d’avoir consenti à cette expérience en alléguant qu’ils avaient voulu ruiner le socialisme en le contraignant à se préciser au grand jour. En réalité, ils prévoyaient certainement le retentissement qu’allait avoir cette mesure, et ils devaient être plus portés même à s’en exagérer les inconvénients, voire les dangers, qu’à les ignorer; ils l’acceptèrent, la mort dans l’âme, comme une transaction inévitable, conservant la consolation d'avoir privé leur inquiétant collègue, sinon de moyens d’agitation, du moins de moyens d’action, et d’avoir en outre, ce qu’ils considérèrent à juste titre comme très important, soustrait à son influence directe les masses de chômeurs dont le nombre augmentait chaque jour.

Si la majorité du Gouvernement provisoire se refusait à tenter de résoudre, par l’application de mesures socialistes, le problème général du chômage, des mesures ne s’en imposaient pas moins en effet pour nourrir et autant que pos-

i. Cf. le Moniteur du i*r mars.

a. Op. cit., t. I, p. 38a.

Page 1